‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 244 sur 254 · LES CI M BR ES · texte numérisé non relu

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celles de l’âge danois du fer? ou le séjour des Cimbres dans le Jutland a-t-il duré trop peu de siècles pour qu’ils aient laissé après eux de nombreuses preuves de leur présence?

Les Cambres appartiennent d’ailleurs à l'âge du bronze : par leur taureau de bronze, qui était leur palladium; par leur vase très-sacré de bronze, dont les restes de ce peuple firent présent à l’empereur Auguste 1 ; par l’immense vase de bronze, du contenu de vingt amphores, au dessus duquel leurs vieilles prêtresses égorgeaient les prisonniers ; par les ceintures de bronze que portaient ces prêtresses. Je ne sais si l’on a trouvé de pareilles ceintures dans le Nord, mais elles apparaissent avec le premier âge du fer en France, en Suisse, dans les Alpes orientales. Le taureau de bronze nous rappelle les vases et idoles en forme d’animaux de la Nord-Allemagne (p. 398), et le vase des sacrifices celui du bas-relief de Kivik et celui du tumulus de Peccatel (p. 425).

Comme dans le Jutland ainsi que dans toute la Nord-Europe le peuple de l’âge de la pierre était selon nous de race teutonique, nous ne pouvons faire arriver les Cimbres dans leur presqu’île qu’avec ou pendant l'âge du bronze. Nous supposons que le motif de leur invasion a été de s’emparer du principal berceau de l'ambre, la contrée d’Ebeltofl ou Abalus, et que cette invasion a eu lieu à l’époque, assez récente, on d’autres Cimbres, d’autres Belges abandonnaient leur patrie, le nord des Gaules, pour prendre possession de toute la côte méridionale de l’Angleterre et attirer à eux le commerce de l’étain.

D'Abalus les Cimbres auront étendu leurs relations mercantiles sur tout l’archipel danois, et fondé au Lagnus, prés de Thulé, dans la province de la Suède qui fait face au Jutland (p. 418), une colonie où se faisait tout le commerce de pelleteries de la péninsule Scandinave. Ainsi s'expliqueraient les mœurs et les coutumes celtiques des habitants de Thulé au temps de I’ylhéas*. Ils cultivaient les céréales, les légu-

1 sirab. 7, 2.

s Strabou, 4, 5. 5.

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mes, les arbres fruitiers et, ce qui est fort remarquable, ils coupaient leurs blés par l’épi (p. 248), sans doute avec des faucilles do bronze, dont les archéologues du Nord ont trouvé plusieurs exemplaires. Ils fabriquaient non seulement de l'hydromel, du meth, ainsi que tous les peuples transalpins, mais aussi de la bière, qui était la boisson favorite des Gaulois (p. 249). Si les timbres eussent été des Britons, leurs élèves à Thulé auraient eu pour greniers des silos; mais ils serraient les épis et les battaient dans des granges à cause des pluies fréquentes et des nombreux jours sans soleil , cl les granges sont très-probablement une invention des Gaulois. Les Cimbres, qui peut-être travaillaient le fer plus que le bronze, auront poussé leur commerce sur les côtes de la Norvège jusques aux LolTodes, et ainsi s’expliquerait encore comment la Norvège ne possède pas d’antiquités de l’âge du bronze, et comment, néanmoins, elle excitait assez vivement la curiosité de Pythéas* pour qu’il ail poussé son exploration jusques au cercle polaire. Enfin, les relations mercantiles des Cimbres d’Abalusetdu Lagnusavec la Scandinavie rendraient compte, dans l’ancienne religion des Scandinaves et dans les superstitions actuelles de leurs descendants, de certains traits qui caractérisent la race celte ou que du moins elle partage avec les Sémites : la coutume d’allumer de grands feux (p. 37 ü) et de les traverser d’un saut à la fête de Balder, qui se célèbre en Norvège jusques sous le cercle polaire ; certaines pratiques relatives au gui; dans le mythe de ce même dieu Balder, le gui qui fournit la flèche dont il est mortellement blessé de la main du méchant Hoedcr; une grande vénération pour l'if, qui, dans les Gaules, était, comme le gui, une plante sacrée, chère aux Druides’, et, pour les rois au moins, l’usage des chars de guerre (p. 248).

Au temps de Marius les Cimbres, chassés de leur patrie par une invasion de la mer du Nord, descendirent au sud et

1 Pythéas distingue Thulé ou ltalmstadl, et le pays do Thulé ou la Scandinavie.

* Voyez pour ires faits terril do Nilsson, qui les expose au long et les discute avec soin.

allèrent périr dans les champs de Verceil. Les faibles restes de cette paissante nation végétèrent quelque temps encore dans leur péninsule, où Tacite fait mention d'eux, et où Ptolémée les place vers le cap Skagen. Dans les traditions Scandinaves, ils habitent, sous le nom d’Elfes, la contrée de la Norvège qui fait face à ce cap, mais où l'archéologie n’a su découvrir ni les urnes cinéraires ni les bronzes du second âge. Ces Elfes passaient pour les armuriers des Ases et leurs alliés contre les géants. Ce sont eux qui ont forgé (on ne dit pas en quel métal) le marteau-foudre de Thor et l’épée d’Odin , comme aussi le vaisseau de Freyr et son sanglier aux poils d’or.

E* Commeroe maritime d.e« Phéniciens.

Indices : ppm; monnaies; symboles de kivik ; culte de Baal et de Balthis. Klélucuts multiples des bas-reliefs de kivik. Culte ténébreux de Peccatcl.

Nous avons cherché jusques ici à expliquer l’élément sémitique de la civilisation du Nord pendant l'âge du bronze par l’action intermédiaire des Celtes, belges ou irlandais, et par le commerce danubien. Mais les Phéniciens n’ont-ils pas visité en personne les terres de l’ambre ? les vaisseaux de Ménosca et def.adés n’ont-ils point abordé aux îles Glessaires et pénétré par le détroit de l’Eider jusques au cœur de la Baltique ?

Le seul souvenir que la tradition ait gardé de leur présence dans ces contrées, ce sont les colonnes d’Hcrcule, qu’elle croyait exister sur les côtes germaines de la mer du Nord (p. 2B3). La géographie ne connaît sur ces côtes ni cap, ni île dont le nom soit sémitique. La linguistique ne signale aucun élément phénicien dans le bas-allemand et le danois. L’archéologie seule croit en découvrir quelques traces dans les mœurs et les croyances des Scandinaves. Mais il est fort difficile de faire le partage entre le Raal des Sémites et le Béal des Irlandais (p. 375), ou entre les feux des cultes orientaux

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et les feux du druidisme. En tout cas, il serait bien difficile d'admettre qu’aux temps de Strabon , de Pline et de Tacite des vaisseaux gaditains sillonnassent la mer du Nord, et il faudrait reculer bien des siècles avant Jésus-Christ l’époque où les marchands tyriens de Cadix, où les colons sidoniens de la Biscaie seraient venus chercher eux-mêmes l'ambre sur les côtes des Frisons.

Les indices, d'une réelle valeur, fournis par l’archéologie sont les suivants :

1° Les nombreuses épées à petite poignée trouvées dans le Danemark. Elles ressemblent beaucoup à celles de l’Angleterre, de l'Irlande et de la France, que nous savons par Strabon être de fabrique gadilaine (p. 121). Mais elles pourraient avoir été apportées aux Scandinaves par l’intermédiaire des Vénétes ou des Irlandais. Il est d'ailleurs impossible aujourd'hui d’expliquer comment elles sont d’un travail plus soigné et plus élégant que celles d’aucun autre pays.

2" D’après M. Nilsson, on a trouvé à plusieurs reprises, dans des monuments de l’âge du bronze, des fragments de cuir percés de plusieurs clous rivés, qui seraient des débris de la monnaie carthaginoise eu morceaux de cuir scellés (p. 208). Mais un cachet est autre chose que des clous.

3° Le cône solaire et le croissant lunaire des bas-reliefs de Kivik sont phéniciens et carthaginois.

i° Dans la paroisse de Raflunda (sud de la Suède), qui doit avoir été le siège d’un important commerce de succin (kak), est un gros bloc informe de granit, le Balthastein, où, d’après la tradition populaire, la déesse Balthe faisait sa demeure. Balthe est l’épouse de Baal, et nous ne connaissons pas de déesse de ce nom chez les Gaulois ni chez les Irlandais.

3° Plusieurs noms de lieu témoignent du culte qu’on rendait à Balthis et à Baal. Ainsi Belteberga et Balsberg eu Scanie, Bals-elf et Bals-liord au sud de Tromsoë en Norvège.

6° Près de Falkôping est un Balderstein, pierre (lu dieu ïlalder, qui est un bloc erratique à bassins, où l’on immolail sans doute des victimes humaines. Balder était donc primi-

tivement par son nom et par son culte un Baal-Moloc, et une^ révolution quelconque dans les croyances Scandinaves aura fuit de lui le jeune dieu blanc (baltas, en lithuanien), le dieu de la beauté et de la bonté. Le même tumulus en Norvège s’appellera indifféremment dans la bouche du peuple Balesliaug et Baldershaug, et les feux de Balder en Scandinavie sont les mêmes que les feux de Baal en friande (p. 375).

7° M. Nilsson, trouvant sur la côte de la Norvège, près des LolTodes, plusieurs noms de lieux formés avec celui du dieu Baal ou Balder, suppose que les pêcheries de cet archipel remontent aux Phéniciens. Mais les Phéniciens auraient apporté dans ces contrées leurs bronzes, qui accompagnent partout leurs pas, et on n'en a point trouvé encore dans la Norvège.

L’argument le plus puissant en faveur de la thèse de M. Nilsson, ce sont sans contredit les symboles de Kivik; car ils sont du plus pur style phénicien. Mais ce monument est le produit d’une civilisation très-complexe, dans laquelle en tout cas l’action immédiate des Sémites n’entre que pour une faible part. Les prêtres encapuchonnés', supposent le bardocucullus des Gaulois et des Irlandais (p. 375). Le dessin des hommes qui dansent, est venu de Babylonie par l’Etrurie, Hallstadt et la route des fonderies ou de Rugen (p. 391) Les instruments de musique et les barques sont indigènes, et le vase du sacrifice est peut-être , comme celui du cairn de Peccatel, l'indice de l'influence que les Cimbres auraient exercée sur les Scandinaves comme sur les Goths du Mecklembourg

1 Comparez le bas-relief de Kivik avec, la pi. 57 de I Espagne dans YUnicers pittoresque : c'est une scène de l'inquisition on des prêtres encapuchonnés (et masqués) accompagnent au supplice les condamnés.

* Voyez sur ce culte sanguinaire et mystérieux , qui semble accompagner partout le culte public des Celtes, p. 378. 312. 287. 209.

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K. Lee Suions ou Iss Variée.

Suions, mœurs pacifiques , flottes, commerce. Mœurs pacifiques des Vanes, et leurs dieux Niord, Freyr et Frcja avec leurs chars et leur sanglier. Suions, Vanes, Vngles, Gothons, Suéves, Vandales : même famille. — Les Vénèdes de la Prusse, slaves ou icttes.

Dans les îles danoises vivaient an temps de Tacite ‘ les Suions, qui ressemblaient bien peu à ces intrépides pirates qui sous le nom d 'Hommes du Nord furent pendant plusieurs siècles la terreur de la France et de l’Angleterre. Ils obéissaient à un souverain absolu ; leurs armes étaient renfermées sous la garde d'un esclave ; les richesses étaient chez eux en grand honneur, et leur puissance résidait dans leurs bateaux ou vaisseaux à deux proues et sans voiles. Chez un peuple désarmé , qui estime très-haut la richesse, une flotte ne peut servir qu'au commerce, et dans une région aussi pauvre, aussi sauvage, aussi froide qu’était ou qu'est encore la Scandinavie, le seul objet d’échange devait être l’ambre avec les pelleteries. Mais rien ne nous autorise à croire que les bateaux des Suions allassent en Armorique ou en Irlande échanger leurs richesses contre l’étain. Il est bien plus probable qu’ils se bornaient à recueillir l’ambre de la Raltique et les pelleteries de la Suède, et à les déposer à l’entrée du détroit du Slesvig, d’où les Teutons et les Æsliens les transportaient aux iles (îlessaires.

Les mœurs pacifiques des Suions correspondent à celles que l’Edda attribue aux Vanes. Les Vanes se distinguent des Ases belliqueux par leur caractère bon et aimable, leur sagesse et leur vie de laboureurs et de marins. La guerre qui avait éclaté entre les Vanes et les Ases, s’était terminée par une alliance et une paix durable, et les adorateurs d’Odin, de Thor et des autres vieilles divinités de la race teutonique ou askénazite empruntèrent à leurs nouveaux amis trois

1 (lerni., 44.

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