LES GAULES ET LE DANEMARK
toute espèce d’antiquités, statuettes, vases, miroirs, armes, outils, dont la provenance romaine est attestée ou par leurs formes et leur style, ou par leurs inscriptions latines, ou par l’emploi du zinc*. Déjà même apparaissent en foule les objets en fer et quelques rares objets en argent. Ainsi les tourbières de Nydam, près de Flensbourg, ont livré récemment, avec des monnaies impériales de l’an + 67 à 217, un bateau qui avait coulé à fond, et dont la cargaison était composée de haches, de couteaux, d’épées, de lances, tous en fer. On prétend lire des caractères runiques sur les planches de ce bateau. De même en Fionie, à Westerschnabek sur la côte ouest, on vient de déterrer sous six pieds de tourbe un autre canot contenant des monnaies romaines du troisième siècle et des armes en fer. A Thorsbjerg, les médailles étaient de l’an -I- 60 à 197, et il ne restait plus des armes et des haches en fer que les poignées en bronze, que la rouille avait respectées. A Aleso, en Fionie, c’étaient des fers de lance ornés en bronze, tout pareils à ceux qu’on a trouvés dans le lit de la Tamise, des celts ou haches en fer et un ornement en laiton figurant un oiseau de proie fantastique (p. 3 1 7). Enfin, les mêmes tourbières de Nydam avaient déjà fourni, mais sans médailles, un diadème en argent, un mors de cheval en bronze, et une foule d’objets en fer : 160 flèches, dont une porte des caractères runiques, 30 haches, 500 lances, 80 épées et quelques cottes de mailles. De ces précieuses trouvailles nous concluons que le commerce étranger inondait pour ainsi dire d'objets en fer les pays danois pendant les derniers temps de leur âge du bronze; que ce commerce se faisait par mer sur des bateaux qui partaient probablement des bouches du Ithin, et qui sombraient parfois dans le détroit de l’Eider; que ces épées en fer étaient de fabrique gauloise, et que nous étions bien fondé à chercher dans les Gaules le berceau de la métallurgie Scandinave de l’âge du fer (p. 361); enfin, que les timbres recevaient déjà des Gaules leurs cottes de mailles (p. 438). Mais ce commerce
1 Dan Autland, 1864. N 0 39. — Lnliltock. p 8-10.
LA NORD-EUROPE
n’a pas duré longtemps; car les monnaies romaines du quatrième siècle sont extrêmement rares en Danemark. Les invasions sans cesse renaissantes des Germains auront isolé la Scandinavie et les Gaules, et ruiné à demi l’industrie de ce dernier pays.
Si le Weser, si le nord-ouest de l'Allemagne est pauvre en monnaies impériales, elles abondent au contraire dans les bassins de l'Oder et de la Vistule, le long des grandes routes du commerce de l’ambre (p. 147). Ici, comme en Danemark, les plus anciennes de ces monnaies sont de Néron et les plus récentes d'Alexandre Sévère. Elles ne sont d’ailleurs nulle part aussi nombreuses qu'à Bornholm, et elles ne sont même point rares dans les deux îles d'ŒIand et de Golhland. Ptolémée nous avait conduit de la Pannonie à Rugium; de Rugium, guidé par l’archéologie, nous naviguons en droite ligne vers Bcrgos qui est Bornholm (p. 418), et de Bornholm vers la côte orientale de la Scanie et le Bleking. Là sont les monuments de Kivik et de Willfara; là les tombeaux de l'âge du bronze sont plus nombreux que partout ailleurs ; là est Raflunda, le marché de l’ambre (p. 442). Plus au nord vivaient dans la Suède propre les Suéthans de Jornandès, dont la richesse consistait en pelleteries, et les iles de Golhland et d’ŒIand étaient vraisemblablement les marchés où les marchands du sud échangeaient contre ces peaux de grand prix l'ambre et les monnaies romaines, dont les barbares du Nord se faisaient des colliers.
Les Goths, que nous avons laissés dans la Suède méridionale, y avaient apporté leurs armes de bronze. Aussi la limite du bronze y est-elle celle de leurs établissements. Ils se sont fixés à l’ouest, du côté de Thulé, dans la Vestrogo- Ihie, qui fut le foyer de leur puissance. L’ Ostrogolhic, malgré la fertilité de sa région centrale et la beauté de ses campagnes entrecoupées de rivières, resta longtemps une terre à demi déserte et sans histoire. Les côtes à l'ouest, le Wiking, et au sud-est le Bleking et le Smaland, devinrent célèbres par leurs hardis pirates, qui furent l’effroi de la Bal-