LE NORD TARTARE ET FINNOIS
ludion du fer comme l’Afrique, du fer sans cuivre ni bronze.
Le fer abonde dans la Ferghana (Haul-Jaxarle) , dans l'Oural et dans les marais de l'Uwalli (russe) et de la Finlande.
D’après les traditions indigènes, le fer aurait été, dans cette immense région, le premier et, avec l’or, le seul métal que l’homme aurait travaillé. Les Turcs et les Mongols placent leur berceau et leur paradis dans une vallée inconnue fermée de tous côtés par d'infranchissables montagnes riches en fer ; leurs ancêtres étaient sortis de celle prison par un défilé pratiqué au noyen d’un feu intense qui avait mis en fusion les rochers ferrugineux. Le souvenir de cette découverte du fer était célébré chez les Mongols par une fêle annuelle, et c’est de leur premier forgeron qu'était descendu leur grand héros, Gengis-khan. En Europe, les Finnois de la Baltique, Lives, Esthes, Finlandais, Lapons, ont pour industries primitives celles du forgeron et du tisserand. Ils ont un mythe sur la naissance du fer et n’en ont aucun sur la naissance du cuivre. A leurs origines ils ne connaissaient que le fer et l’or. Leur Yulcain Ilmarinen fabrique d’or sa propre femme.
Ces mythes des Finnois et des Tarlares ne prouvent pas que ces deux races sœurs n’aient pas eu leur âge delà pierre, ni que leur métallurgie remonte à une très-haute antiquité. Au moins les Scandinaves, voisins des Finnois, qui ont pour premier métallurgiste un ouvrier en fer, Volundr, le font contemporain d'un forgeron romain, Çmilias.
Voici en peu de mots ce que nous savons et conjecturons de l’histoire de la métallurgie du fer dans le monde boréal.
Au sud des Tarlares estlaracethibétaineà laquelle appar-
' klaprolh , Tableaux de l'Asie, C. Ritter. T. 2 et 3. Voyages de l’allas, Gmelin, etc.
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tiennent les Mian-tse de la Chine et peut-être les Sères des écrivains grecs et latins. I.es Miao-tse, nous l’avons dit, travaillaient le fer quinze à vingt siècles avant Jésus-Christ. Les Sères de la Haute-Boukharie étaient célèbres à Rome vers l’ère chrétienne par leur fer, qui passait pour supérieur à tout autre et qui arrivait sur les côtes de l’océan Indien à travers les immenses plateaux du Thibet.
Nous supposons que ces Sères ont été les maîtres des premiers forgerons tartares, les Hakas, qui soient mentionnés dans l’histoire. Au nord de la Haute-Boukharie, par delà le Muztag, dans les hautes vallées du Jénisséi, le peuple turc des Hakas (les Saces?) avait atteint vers le milieu du moyen-âge un assez haut degré de civilisation et, en particulier, une grande habileté à travailler le fer.
('.es Hakas auront eu à leur tour pour disciples les Mongolsde Gengis-khan, et ceux-ci auront transmis leur art, d’une part, à leurs descendants, les Kalmouks, et, d’autre part, à leurs voisins, les Tongouses.
Aux frontières des Tongouses demeuraient naguère ou demeurent encore plusieurs peuples d’une singulière habileté dans l’art de travailler le fer : les Arinses et les Omokes ; les kilaks du Bas-Amour, qui le damasquinent mieux que ne sauraient le faire nos ouvriers; les Jakoutes, de race turque, qui l’acièrent avec un rare succès. L’industrie indigène des Hakas et des Mongols aurait-elle, par un développement spontané, atteint chez des peuplades aussi barbares un tel degré de perfection? ou faut-il admettre que la haute civilisation du Japon aurait étendu son action sur toute la Sibérie orientale ?
Nous ne savons quand les Finnois de la Baltique ont pour la première fois travaillé le fer de leurs marais. Peut-être n’ont ils pas devancé de beaucoup les Hakas, et sont-ils les élèves des Scandinaves et des Slaves. Un des noms finlandais et lapon du fer, reuta, roude est d’origine slave et lithuanienne (rouda). De même les noms finnois de l’or (kulda, finlandais; «olle, lapon) sont Scandinave (oull) et germain
(gold) *. Nous verrons la métallurgie romaine pénétrer de la mer Noire chez les Lives qui ont eu après l’ère chrétienne leur âge du zinc.
Les Lapons se souviennent d'avoir vécu jadis en grande inimitié avec le peuple des Kivekkiiât ou mains de pierre. et à leurs frontières orientales, dans l’OIonetz, on trouve, en labourant ou péchant, des celts, des couteaux, des pointes de flèches et de lances en quartz et autres pierres de la contrée *.
Cependant notre région tartare du fer, qui est aujourd’hui presque déserte, a été habitée jadis par une race très-nombreuse et entièrement inconnue, qui travaillait le cuivre et que les Russes désignent par le nom de Tchoudes. Du Jénisséï moyen à l'Amour vers l'est, et vers l'ouest à l'Oural, est une multitude immense de tumulus ainsi que de mines abandonnées et de fourneaux en ruines. Les mines remontent à une très-haute antiquité à en juger par le degré de pétrification des bois qu’on y trouve. Les tombeaux appartiennent à deux âges différents : les kourgans, de beaucoup les plus intéressants, à l’âge du cuivre et du bronze ; les majaki et les slanzi, à celui du fer.
Les majaki sont probablement hakas, turcs, mongols, et non tchoudes. Ce sont des tumulus qu’entoure une enceinte de piliers quadrangulaires, et qui renferment une chambre sépulcrale, de pierres plates, où repose un squelette inhumé. On parle de débris de corps brûlés; en tout cas point d’urnes cinéraires. Des ustensiles en cuivre; des boucles d'oreilles et des bracelets d’or; de petits vases d'argent; des
' D’après la linguistique, les Lapons oni reçu l'argent (silba) des Allemands (silber) : les Permiens , l'or (sakm) des Persans (sar. zend sar). l'argent (esys) des Ossètes (awsis cp. schweta sanscrit), l'étain (osvs) des Persans (arsis. cp. erz allemand), le plomb (schiroï) des Arabes (scrb). Mais d'où viennent les noms wogouls du cuivre herren, de l'étain hattosch, du fer keerk ? les noms de hoppea, hobbe, cobija pour argent dans les langues des Finnois occidentaux?
’ Bulletin de l'académie de Saint-Pétersbourg . T. 5,.p. 554.