‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 35 sur 254 · LKS SLAVES ET LES LITHUANIENS · texte numérisé non relu

LKS SLAVES ET LES LITHUANIENS

scythique, la Hongrie, le Caucase, et à l'est de la mer Caspienne le pays des Massagètes.

Celte dixiéme région des Tchoudes, à laquelle nous donnerons le nom de Scythique, fait décidément partie, comme nous le dirons plus lard, du grand empire du bronze antique.

Aux neuf, aux dix régions dont nous venons d’indiquer en peu de mots les caractères distinctifs, nous devons en ajouter trois autres sur lesquelles nous ne possédons que des renseignements si incomplets que nous sommes forcé de les laisser en dehors de nos recherches. Ces régions forment de la Baltique au golfe du Bengale une zone entre notre empire du bronze au sud-ouest et les peuples de la Chine et de la Sibérie au nord-est. Ce sont les terres des Slaves, l’Iran et l’Inde.

Les Slaves et les Lithuaniens des temps anciens n’ont laissé après eux que des tombeaux. Ces moc/yles, qu’on n’a point explorés encore avec soin, sont épars depuis le Wolga à l'Oder et des Carpathes au lac Ladoga. Ils diffèrent peu des tumulus Scandinaves de l’âge de la pierre : ils sont érigés à la surface du sol, ils recouvrent des chambres formées de gros blocs et leurs instruments en silex n’offrent rien de particulier. Le mode de sépulture est tantôt l’incinération avec l’urne, tantôt l’inhumation. Dans le nombre de ces tombeaux, d'après les monnaies qu’on y trouve, il en est qui datent de l’empire romain et même du onzième siècle *. Mais quels sont les objets en bronze, en or, en fer, en argent, en ambre, en verre qu’ils recèlent, c’est ce que je ne saurais dire. Je «'oserais pas même affirmer positivement que ces peuples aient eu leur âge du bronze.

En Perse, d'après les traditions ', le premier métal tra-

1 Sohafarik, Antiquités slaves, t. 1, p. 516 et suivantes (en allem ).

* Peuple primitif, t. 3, p. 349. 373. 374

RÉGIONS AliTRKS QIÎF. CELLE DU BRONZE

vaillé par les Antédiluviens aurait été le fer (météorique) qu’ils auraient trouvé en faisant un trou en terre et qu’ils auraient frappé avec une pierre pour en fabriquer une hache. L’arme du héros mythique Féridoun, est une massue en fer. Dchemchid a un poignard ou soc de charrue en or et un aiguillon en or. L’or et le fer, tels seraient donc pour les Aryas de l'Iran comme pour les Finnois de la Baltique, les deux métaux les plus anciennement exploités.

Les Médes et les Perses ayant reçu toute leur civilisation de l’Assyrie, leurs bronzes étaient sans doute au même alliage que ceux de Ninive. Mais l'archéologie n’a point encore fouillé leurs tombeaux et leurs ruines, et nous sommes ici réduit à de simples conjectures.

Il paraîtrait au contraire que la Bactriane a eu sa métallurgie indigène. Bans le Yendidad * est un passage fort curieux, où les seuls vases en usage sont de bois, d’argile, de plomb, d’or et d’argent : aucun en pierre, aucun en cuivre, aucun en fer. Dans les siècles postérieurs, les commentateurs ont complété cette, bizarre énumération par des vases de cuivre, d’élain, d’orichaique ou laiton et d’acier.

Ailleurs’ il est fait mention de pointes de flèches en fer ; de fourneaux de verrerie ; d’autres à fondre les métaux ; d’ateliers où l'on travaille l’or, l'argent, le fer et un autre métal dont le sens est fort contesté. D'après M. Spiegel, « une partie des Parsis entend au fargard VIII l’expression » aonya para berejya de l'atelier de rétameur, et cette in- » terprétalion est en effet possible, comme aussi elle a été » adoptée, dans son Lexicon, au mot aonya, par Justi, à qui » l’on doit le travail le plus récent sur l’ancien bactrien. Mais » une partie des Parsis n’accepte pas celte signification, et » l’on ne pourra donc allirmer que l'étain ait été c#nnu dans » ces temps-là *. » Cependant les Bactriens avaient à leurs

1 Fargard 7 dans la traduction allemande de M. Spiegel.

* Farg. 8 et 14.

* Je dois la communication de cette lettre (en allemand) de M. Spiegel à l'obligeance de M. le professeur Neumann.

L'INDE

frontières des mines d'étain très-abondantes. Quant au cuivre, son nom en zend serait d’origine syriaque et sémitique*.

L’Inde est tout un monde dont l’histoire se compose de cent histoires particulières. Elle a ses aborigènes, de race camitique, dont nous ne saurions dire s’ils ont jamais travaillé les métaux. Elle a sa race étrangère, qui l’a civilisée : les Aryas, Japhétites de l’Iran, qui, déjà dans leurs plus anciens livres, parlent d’objets en fer’. — On a trouvé en Inde des haches en pierre, des celts, toutes semblables à celles de nos contrées. L’Iude a des monuments soi-disant druidiques, où sont enfouis des instruments, ici en cuivre, là en fer. — On cite entre le Gange et la Jumnah une province, l’Etaweh, qui a eu son âge du cuivre pur. — Les épopées supposent de fabuleuses richesses en métaux précieux. — Les Lois de Slanou parlent de pièces de cuivre, d’argent et d’or, qu’on pesait pour les échanges (et qui auraient succédé aux cauries), et font allusion aux faux-monnaieurs. — Le woots, acier excellent qui doit sa supériorité non à la trempe, mais à certains procédés employés dans la fonte du minérai (qui est un sable ferrugineux), était bien connu au temps de Ctésias, qui fait mention d’épées indiennes d’un très-grand prix. Ce sont là ces épées damasquinées que les Grecs traitaient d ’ admirables. On croit que l’art de les fabriquer a passé, avant le siècle de Dioclétien, de l’Inde à Damas et mille ans plus tard, par Tamerlan, de Damas à Samarcande

* L'Arabie, dans la haute antiquité, possédait de l’or en pépites de la grosseur d'une châtaigne, et d une telle pureté qu'il n’était pas besoin de l'afliner. Mais cette presqu'île ne produit ni fer, ni éuivre, ni étain. On y donnait le double du poids de l'or pour du fer, le triple pour le bronze. L'or et l’argent inondaient le pays des Sabécns, dont les vases et les meubles étaient d'une incroyable richesse (Diod. 3. -15-17). L'Arabie n'occupe aucune place dans l'histoire du bronze, et le bronze étranger n'a sans doute exercé aucune influence sur I histoire de ce pays.

’ Les dieux ont donné une jambe en fer à l'opulente Vis|>ala qui avait eu une jambe cassée. Le trait d'Indra sa foudre, est de fer. Peuple primitif, t. 3, p. 157. 170.

et dans le Khorassan. A une date inconnue, les Malais de Java auront appris des Indiens à tremper et damasquiner leurs fameux poignards du nom de kris, et il est fort probable que c’est aussi à l'Inde que les Africains de la Cafrerie et de la région des grands lacs doivent leur habileté à forger leurs lames de fer, qui sont fort bonnes'. — Il est aussi question d’un bronze indien, plus précieux que l’or, dont la composition dépasserait nos connaissances métallurgiques. L’alliage du bronze antique a été connu en Inde vers l’ére chrétienne par les marchands d’Alexandrie, qui y apportaient des monnaies romaines et grecques avec l’étain de la Cornouailles, du cuivre, du plomb, du fer et de l'argent.

Au retour du rapide voyage que nous venons de faire sur toute la face de la terre à la recherche du bronze, nous pouvons être certain, ce nous semble, que le bronze antique, le bronze binaire, le bronze, cuivre et étain à l’alliage normal de 10 ou 15 0/o, est un phénomène unique dans l’histoire, et qu’il caractérise une certaine civilisation dont les limites sont, à quelques exceptions près, celles du monde connu des Anciens. Vers l’orient, ces limites passent à l’est du Tigre ou plutôt des montagnes de la Médie et de la Perse propre. Du fond du golfe Persique elles se dirigent vers la presqu’île du Sinaï, et traversent l'Afrique de Syène par les oasis de la Libye à la Mauritanie. L’océan Atlantique, au-delà duquel est le Mexique, borne à l’occident notre empire du bronze et l’Europe. Au nord, la frontière, partant des Orcades, passe par l’extrémité sud de la Norvège et le centre de la Suède. Plus loin commencent les hésitations et les incertitudes ; nous laissons à notre gauche les peuples finnois, sauf ceux de la Livonie connus par leurs ouvrages en cuivre, étain et zinc ; mais nous ne savons si nous devons faire rentrer dans notre empire les races lithuanienne et slave, ou remonter l’Oder et gagner par les monts de la Hongrie et de la Tran-

' C. Ritter, I. 17. p. 1385.

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