I. LE CF.LT
vages du monde antédiluvien, comme le prouvent les antiquités d’Abbeville (p. i).
Après le déluge la terre se repeupla rapidement, et nous trouvons aujourd'hui sur la plus grande surface du globe des instruments en pierre grossière ou polie, dont les uns sont aux mains des sauvages, et dont les autres gisent dans les plus anciens tombeaux. Coins, haches, couteaux, pointes de flèches, pointes de lances arrivent dans nos musées, tantôt de l’Australie, de l'Océanie, de l’Amérique, et tantôt des cavernes, des tourbières, des stations lacustres, des tumulus de l’Europe transalpine. Le coin poli, découvert dans le Bengale, ne diffère en rien de ceux de nos contrées. Le Japon livre (avec des disques en pierre qui ont servi de monnaie) des haches en silex et en jade, que les experts déclarent absolument identiques à celles de la France. Des haches toutes pareilles en jade sont semées sur le sol depuis le Chili à l’Ohio. Le Grœnland même a des haches en schiste. La ressemblance entre tous ces objets est si grande, que déjà l’on a dit qu’elle fournira peut-être un jour une preuve nouvelle en faveur de la commune origine du genre humain '. La linguistique n’y contredirait pas; car, la hache se dit tck, tak non-seulement chez les nations de la grande famille des Aryas, mais chez les Samoyèdes, chez les Nouveaux-Zélandais, chez les Peaux Rouges et, au Mexique, chez les Otliomis '.
Cependant les haches grossières ou polies ne se sont jamais rencontrées dans les plus anciens monuments de l'Egypte, ni à Ninive, ni sur les côtes de la Phénicie, et elles sont pareillement ou inconnues ou excessivement rares en Grèce et en Italie. Cette exception fort extraordinaire peutelle s’expliquer autrement que par la supposition que l'art de Tubalcaïn s’était conservé chez les peuples les plus rapprochés du foyer de la civilisation postdiluvienne ?
1 Jehan. |». 218. et Annales de philosophie chrétienne, S' série, t 6.
* Ad. Pictet : Les Origines indo-européennes, t. ï. p. 128.
Dans le monde barbare on peut suivre toute l’histoire de l’instrument en pierre. Le coin sert de ciseau, de grattoir, de racloir; il devient, en s’amincissant, pointe de lance ou de flèche; en s’allongeant, couteau, scie, poignard ; en s'élargissant, hache de paix, hache de guerre. Puis le coin grossier se polit et, dans les contrées telles que la Scandinavie, où l’âge de la pierre a duré fort longtemps et où les matériaux employés invitaient à un travail plus soigné, les haches, les couteaux, les pointes de lances sont travaillés avec une élégance fort remarquable. Un très-grand nombre de celts danois* et plusieurs celts suisses sont percés d’un trou, destiné à recevoir un manche, et certains exemples cités plus haut (p. 19, 20, 22) prouvent que ces instruments-là peuvent être antérieurs aux métaux. Toutefois en Danemark on les rencontre d’ordinaire dans les tumulus de l’âge du bronze .
L’Europe barbare vit l’âge de la pierre faire place à celui du bronze; mais les antiques instruments en silex et en jade ne disparurent point devant les nouveaux en métal. Le culte les conserva par respect pour l’antiquité, et l’industrie les perfectionna au moyen du bronze. Les hommes et les tribus du passé percèrent les celts de trous cylindriques, dont on a retrouvé le noyau, tandis que les ouvriers en métaux, auxquels appartenait l’avenir, tout en apportant ou fabriquant l'épée de bronze, coulèrent dans leurs moules des celts tout pareils à ceux en silex. L’usage du métal permit d'ailleurs de varier et de perfectionner la forme de ces haches’ : on en replia en oreillettes les deux bords pour y fixer un manche fourchu et coudé; cette façon de douille devint une douille parfaite, circulaire ou carrée ; on ajouta au celt une petite anse, soit pour l’assujelir par un lien au manche, soit pour le suspendre à la ceinture ; on élargit le tranchant en un
1 Dans le musée de Copenhague, sur 2770 celts en pierre. 746 sont perforés.
* Il est fort étrange que les ouvriers en bronze li aient jamais ménagé dans leurs celts des trous pour le manche. Les iles Britanniques ne possèdent pas un seul celt en métal perforé: le Danemark en a deux ou trois, qui sont d'une grande beauté