I. LF. CF.I.T
triangle ou le déploya en deux ailerons ; partout on orna les celts de lignes symétriques. On dirait qu’ils devinrent essentiellement des armes de guerre : au moins un bas-relief de Rome nous présente-t-il un Gaulois levant le bras pour frapper son ennemi d’un celt fixé dans la main par une courroie, et en Danemark on a trouvé un eelt en cuivre avec son manche, au bout duquel la courroie était encore attachée. Ce sont là sans doute les haches de jet, secures missiles, dont parle Sidoine Appollinaire D'autres celts en bronze sont creux, et si fragiles qu’ils n'ont pu servir que d’insignes, que de biltotis de commandant. Tel est le parti que l'âge du bronze a su tirer du celt que lui avait légué l’âge antérieur.
Les celts en bronze, qui sont assez nombreux dans toute l’Europe transalpine et jusques en Hongrie*, sont le plus fréquents dans les îles Britanniques*. S’ils sont extrêmement rares en Italie, en Grèce, dans l’Asie antérieure, c’est que les celts en pierre y étaient à peine connus. l’allas en a trouvé en Sibérie (p. 33). On suppose que ceux du Pérou sont l’œuvre d’une nation plus ancienne et plus éclairée que celle des Incas (p. 26).
Avec l’âge du fer le celt disparaît en se métamorphosant. On ne possède que quelques celts en fer, trouvés dans le Morbihan, en Alsace, en Suisse, dans le Mecklembourg et en Scandinavie. Mais la petite hache de silex, qui s’était déjà agrandie en bronze, finit par devenir notre grosse et lourde hache en fer, tandis que le tranchet se transforme en doloire et la doloire en rabot. Le celt, dont l’histoire remonte à la porte du Paradis, s'est maintenu jusques à nos jours dans l’Islande, sous la forme d’un levier ou d’une houe.
Cependant, les révolutions de l’histoire et les progrès de
* L. 4, epist. 20.
’ A en juger par le musée de M. Schwab, la Hongrie sérail le pays où les celts oni revêtu les formes les plus variées.
* Le musée de Copenhague possède 350 celts en bronze ; mais celui de Dublin 688 et tous ceux de l'Irlande plus de 2000.
lt> LES LEGS DE L AGE DE LA PIERRE A CELUI DU BRONZE
la civilisation avaient plongé dans le plus complet oubli les siècles reculés où l’on ne faisait usage que de celts de pierre. Ces haches sont ainsi devenues un sujet d’étonnement pour le peuple et même pour les prêtres, qui les rencontraient semées partout sur le sol, ou déposées en grand nombre dans les tombes de tribus éteintes et près de leurs autels. Aussi devinrent-elles l'objet de superstitions populaires; mais ce qui est fort remarquable, c'est que ces superstitions sont identiques d’un bout de la terre à l’autre bout. Ces pierres, d’où le fer fait jaillir l’étincelle, s’appellent aujourd’hui vulgairement pierres de foudre en France, en Italie, en Espagne, où les paysans les conservent avec soin comme des amulettes qui ont la propriété de préserver les maisons et les personnes du feu du ciel. En Allemagne, elles portent le même nom de Donnerkeile. Déjà dans l’antiquité les Latins et les Grecs les appelaient pareillement kéraunia, et l’on prétendait que, par le moyen de ces haches, on prenait les villes et les (lottes. Les Mages d’Asie recherchaient tout spécialement pour leurs opérations une certaine espèce de céraunies extrêmement rare qui ne se trouve que dans un lieu frappé de la foudre*. Hors du monde connu des anciens, en Chine, les celts se nomment comme chez nous pierres de foudre; à Java, dents de l'éclair , et la même croyance aux pierres de foudre se retrouve jusques au Brésil.