II. LES MÉGALITHES
Leur définition. Leur âge et leur durée. Piliers et dolmens.
Nous comprenons sous ce titre tous les monuments qui portent communément le nom de celtiques ou druidiques. Ce nom est impropre, car ces monuments existent et chez des peuples celtiques, tels que les Irlandais et les Celtibères,
• Pline, Hist. nat., 37. 51. Ce passage mal compris a fait dire à Agrieola que la Carntanie abondait en pierres de foudre, et celte erreur a passé d Agrieola dans Goguet, De l’Origine des lois, t. 1. p. 14S.
Il LES MÉGALITHES
où le druidisme n'avait point pénétré, et dans des régions où jamais Celtes n’ont mis les pieds.
Les mégalithes sont des blocs bruts, ou grossièrement ébauchés, d’une dimension plus ou moins considérable, qui offrent d’ordinaire la forme d’un pilier ou celle d’une table, et que l’homme a fait servir aux buts les plus variés, mais qu’il n’a jamais couchés les uns sur les autres pour en construire des murailles.
Ce genre de monuments suppose un sol jonché de blocs erratiques à la suite des dernières révolutions géologiques, l’absence du ciseau de métal et un grand concours d’hommes suppléant par le nombre et la vigueur de leurs bras au défaut de tout engin mécanique. Les mégalithes appartiennent donc proprement au premier âge de la civilisation. Mais le respect religieux pour les choses anciennes les a fait se perpétuer chez certaines nations historiques peudant la période du plein épanouissement des arts plastiques, et chez les barbares, le mégalithe s’est maintenu bien mieux encore que le celt en pierre, tout au travers des âges du bronze et du fer, pendant lesquels il a été taillé grossièrement sans rien perdre de son caractère primitif. Il a donc traversé tous les âges, et il a, lui aussi, son histoire, qui est une partie intégrante de celle de l’industrie et des beaux-arts.
En étudiant avec soin les mégalithes, nous les voyons se diviser eu deux classes fort distinctes : les piliers, qui sous leur forme simple ne sont le propre d’aucune race, et les tables ou dolmens, qui sont bien moins un certain genre de monuments, comme les piliers, qu’un genre spécial d’architecture, faisant opposition à l’architecture cyclopéenne, et qui sont l’œuvre de deux seules nations, l'une sémitique, l’autre japhétique.
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Piliers, peulvans, menhirs. Leur extension géographique cl leur durée. Les trois classes de piliers.
Le pilier sera pour nous le terme générique, et nous appellerons pierre-dressée le pilier dont la hauteur n’est pas de trois pieds, peulvan, pierre-levée, le pilier de trois à six ou huit pieds, menhir le pilier de huit pieds en dessus. La Grande-Bretagne n'a pas un menhir qui dépasse vingt pieds, tandis que la France occidentale en possède de gigantesques qui atteignent soixante-dix pieds. A notre connaissance il n'existe de semblables colosses qu'au cœur de l’Asie, près du lac. Balkasch, au pied de l’Ala-tau, dans la vallée de la Kora : ils sont au nombre de neuf, divisés en deux groupes, les uns perpendiculaires, les autres trés-inclinés; ils ont de 45 à plus de 65 pieds de hauteur. Dans la région avoisinante sont de grands tumulus avec d’immenses autels circulaires. Ces menhirs ont-ils été dressés par quelque peuple turc? ou des Celtes, des Cimmériens, ont-ils, du Caucase, pénétré dans le Turkestan, et jusqu’en Sibérie où l’on a retrouvé un Inverness? c'est ce que décideraient peut-être l’étude attentive des autels et les fouilles des tumulus avoisinants.
Les piliers ne se trouvent ni chez les peuples sauvages, trop faibles et trop paresseux pour prendre la peine de les dresser, ni chez certaines nations civilisées qui ont dès leur origine possédé le ciseau de métal, telles que les Egyptiens, ni dans les contrées dépourvues de blocs erratiques comme la Babylonie et l’Assyrie ou comme la Russie. Ils sont et ont toujours été assez rares chez les Chinois, les Indiens, les Perses, les Grecs, les Italiotes. Ils sont très-nombreux dans les pays de l’Occident où se sont succédé les trois âges de la pierre, du bronze et du fer.
< Chev. des Mousseaux, Dieu et les dieux. — Mone, Histoire du paganisme du Nord, 2 vol. (en aller».). — Richard et Hoequart, Guide du voyageur dans la France monumentale. — Jehan, etc.