II. MÉGALITHES. — 2» PILIERS SYMBOLIQUES
extrémités. Le terme de cromlech s’entend communément du groupe complet. Il était aussi appelé en Irlande bol/iat, c’est-à-dire, maison de Dieu (le beth-el des Sémites). L’explication que nous adoptons ici de ces cercles, est garantie par celui d’idoles en métal qui, en Irlande, avaient remplacé les pierres symboliques et que détruisit saint Patrick.
En France, on confond d’ordinaire le cromlech du dieu suprême avec les dolmens, et cependant il existe dans une île de la Vienne, près de Confolens (Charente), un temple gallo-romain qui ne laisse de place à aucun doute sur l’existence de vrais cromlechs chez les Gaulois. Dans une excavation elliptique, où l’on descend par quatre marches et qui a douze mètres de longueur sur cinq de largeur, sont à l’une des extrémités et derrière l'autel, quatre colonnes grossières, mais avec fût, piédestal et chapiteau, disposées en quadrilatère et supportant une roche énorme, brute, irrégulière, du poids de 18,000 kilog., qui déborde ses frêles appuis. Cette roche est à notre avis un symbole de Jupiter comme les menhirs carrés sont autant de Mercures. Toute roche pareille reposant sur des piliers bruts', doit être un dieu suprême de la période celtique, et nous distinguerons ce cromlech-là des dolmens à jambages ou dolmens-autels par sa face supérieure, qui doit être assez inégale et escarpée pour que l’homme ne puisse y mettre le pied. Parfois le cromlech est remplacé par une butte formée d'énorines quartiers de rocs empilés, et placée pareillement à l’une des extrémités du temple, comme au temple de la Mère de Dieu dans l’arrondissement de Quimper.
Sur le mont Pilai (Loire) se voient, outre des blocs de rochers du nom de chirats (les chirons de la Saintonge, p. ai») et des cercles de pierres levées, d’énormes pierres horizontales supportées par deux piliers (voilà le vrai cromlech), et
1 A Neuville (Poitiers), dans un temple dont un mur forme l'enceinte, sont deux blocs de pierre do 15 et de 16 mètres de circonférence1, posés, chacun, en architrave sur des piliers non dégrossis.
des pierres plates reposant chacune sur une pierre unique (le pilier étant l’accessoire, le cromlech garde son même sens symbolique, qu'il ait pour appui un pilier unique ou quatre colonnes). De même à Vauvenargues (Bouches-du-Rhône) sont à quelque distance l’une de l’autre «deux pierres horizontales placées chacune en travers sur une base plantée en terre comme un peulvan. » Dans les îles Baléares est un monument de la forme d’un T. Dans le Dir, à Gaslal, vers les frontières orientales de l'Algérie , M. Letourneux a découvert des pierres piales reposant, comme celle du Pilât, les unes sur un seul, les autres sur deux piliers, mais (à en juger par ses dessinsj de très-petites dimensions et de formes régulières supposant le ciseau et l’usage du métal. Enfin, les monts Ghourian, au sud de Tripoli et de la Grande-Syrte, ont offert à M. Barth des T colossaux, mais supportés à leur centre par deux piliers très-rapprochés. Ces symboles libyens du dieu suprême Amoun, le véritable et l'immuable, ainsi que les autels voisins, appartiennent à une civilisation assez avancée où l'on taillait avec soin la pierre si on ne la sculptait pas encore. Nous appelerons bilitbe le monument qui a la forme du T, que le pilier de support soit simple ou double.
Quant au vrai trilithe ou lichaven, on serait tenté au premier abord de le prendre pour une haute porte, pour un pylône à l’égyptienne; car la pierre horizontale ne déborde plus d'aucun sens les immenses piliers qui la portent à ses deux bouts, et ne parait plus correspondre au sens fondamental du cromlech. Mais le trilithe n’est que la répétition, sur une échelle colossale, d’une des deux formes que présentent les pierres taillées de Gastal, et nous ne pouvons ainsi l'isoler des bilithes T. Nous dirons donc que le trilithe figure une triade divine, un dieu suprême intimement uni aux deux divinités cosmiques qu’il domine et qui le supportent. Chacun connaît les cinq immenses trilithes des Stonehenge, qui datent de l'âge du métal et par leurs formes équarries et par leurs tenons en fer. En Irlande, Kildare avait ses Stonehenge. La Bretagne, dit-on, compte aussi des trilithes. Mais pour faire le tourment des archéologues, un
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voyageur vient d’en découvrir au cœur de l'Arabie, dans le Nedsched, au district de Kasim. Ils sont si élevés qu’on passe dessous à dos de chameau, et ils forment trois vastes cercles pareils à ceux des Stonelienge ; dans la vallée sont épars de nombreux piliers. L’Inde enfin a ses Irilithes, mais qui n’ont aucun sens symbolique et sacré. A Sanchée ils forment une enceinte continue et circulaire comme celle qui entoure les trilithes-idoles des Stonelienge *. Dans l’Himalaya, les Khasias érigent sur leurs tombeaux ou des cercles de pierres colossales, ou des trilitlies que les voyageurs disent ne le céder en rien à ceux de ces mêmes Stonelienge.
Ainsi donc, si nous laissons de côté l'Inde, nous dirons: que le cromlech est la pierre brute horizontale que supportent un ou deux ou plusieurs piliers bruts, et qui est, ou isolée, ou associée à un cercle de peulvans’, et que dans les âges du métal, le cromlech brut produit: a) le cromlech mixte de la Vienne (bloc brut sur colonnes travaillées); b) le bilithe T à simple ou double jambage, et c) le trilitlie, dont toutes les pierres, comme celles du bilithe, ont été taillées avec plus ou moins de soins. Le bilithe lybien a été transporté d’Afrique aux îles Baléares et au mont Pilât. Le trilithe est Sémitique par l’Arabie, celtique par les îles Britanniques et la France, dans sa plus petite dimension libyen par l’Algérie, d’où il aura émigré sur ce même Pilât.
Les cercles de dieux, formés de pierres levées avec ou sans cromlech, ne doivent pas se confondre avec l’enceinte circulaire d’un terrain consacré. D'ordinaire on reconnaîtra les premiers à leurs petits diamètres, mais surtout à la grande hauteur et au nombre symbolique des piliers.
' Les piliers de Sanchée, unis à leur sommet par les architraves, le sont en outre dans leur hauteur par trois traverses en pierre entre chaque paire.
’ Les archéologues français appellent dolmen le cromlech des Anglais, et cromlech tout cercle ou enceinte de pierres-flches ou de blocs posés sur le sol. quelle que soit la signification de l'enceinte et du cercle.
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•I" Enceintes et avenues.
Enceintes narrées. politique, funéraires, en Asie, mais surtout en Lybii» et ilans
l'Europe transalpine. — Avenues des sanctuaires, surtout en I.ybie et chez, les
Celtes.
Les enceintes en pierres-levées ou en simples blocs posés sur le sol, n’ont aucune valeur symbolique ou commémorative. Ils ne font qu’isoler de la terre commune, que délimiter un espace consacré au culte , aux assemblées du peuple ou aux tombeaux. Il y a donc trois espèces d’enceintes : sacrées , politiques , funéraires. Mais le tombeau est souvent un lieu de culte, et le lieu du culte un forum.
Les enceintes sont circulaires, semi-circulaires ou elliptiques, carrées ou oblongues, triangulaires et, en Scandinavie, naviformes.
a) Dans l’âge où l’on ne construisait point encore de temples ni de murailles, le lieu du culte était dans la forêt une clairière, en rase campagne un espace borné par des pierres ou par un fossé ‘ ; c’est le nemedh des Celtes, le téménns des Crées, le templum primitif des Latins.
lin trait distinctif du nemedh parait avoir été la position de l’autel hors de l'enceinte.
La presque totalité des nemedh dont il reste aujourd’hui des traces, renfermait une ou plusieurs idoles. Ainsi, le cromlech de la Mère de Dieu (p. 59) est à l’extrémité d’une ellipse de 24 métrés de tour, formée de pierres brutes peu volumineuses. Le temple de Pédernec avec ses 1 2-4-7=19 dieux qui font face au dieu supérieur, est sans doute des beaux
* A Lèves (Chartres, F.ure et Loir) est une éminence entourée de fossés, de forme circulaire, couverte encore d'un reste de forêt sacrée et peu distante d'une vaste caverne druidique. — A Alluyes (Châteaudun. F.ure et Loir) est un parallélogramme rectangle, entouré de fossés, de 215 pas de longueur sur 70 de largeur. — Aux Pieux (Cherbourg. Manche) est une enceinte rectangulaire, de 20 mètres sur 17, formés de fossés construits en pierre. — Les fossés peuvent d'ailleurs être l'enceinte d'un camp, d'une forteresse et non d'un temple.
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temps du paganisme gaulois (p. 38). Celui de l'ile de la Vienne avec son cromlech à colonnes est gallo-romain (p. 39).
Les Stonehenge sont un nemedh circulaire qni a pour enceinte d’immenses trilithes au lieu de simples piliers ou de blocs, et qui occupe le milieu d'un vaste parvis limité par un fossé circulaire.
La forme des nemedh varie d'ailleurs beaucoup et se complique parfois d'une manière assez étrange. A Abury, deux temples circulaires sont compris dans une vaste enceinte, circulaire aussi, où l’on arrive par de longues avenues. Au Crozon (Châleaulin, Finistère) un grand nombre de pierres alignées aboutit à une double enceinte carrée de piliers, et, non loin de là, une autre avenue conduit à deux enceintes contiguës, l’une carrée, l’autre triangulaire.
Si au lieu de disposer les pierres levées en trilithesromme aux Stonehenge, on les serrait toutes les unes contre les autres, on aurait un mur, une palissade, une haie de piliers, comme il en existe un exemple A Malte et un autre en Espagne *. [In antre temple de Gozzo a sa muraille formée d’immenses piliers couchés et entremêlés, qui ont un faux air de ressemblance avec l'architecture cyclopéenne. En Angleterre, à Furness (Lancastre) est une haie elliptique de piliers contigus, derrière laquelle est construit un mur de blocs cyclopéens sans ciment ; le diamètre de l'ellipse est de 31 3 et 330 pieds.
Les enceintes en piliers ont pu survivre aux temps barbares et se maintenir exceptionnellement en pleine civilisation. Ainsi, dans l’ile de Ceylan, à Anajapura, le temple de Bouddha est entouré à une certaine distance de 32 piliers de granit, hauts de 4 mètres.
En Bretagne la forme des nemedh circulaires s’est perpétuée jusques au temps où l'on construisait en maçonnerie des temples couverts. Le temple de LanlefT (Saint-Brieux, Morbihan) se compose d’une muraille circulaire qui sup-
1 Au mont Serrât de Cadirn est un inonrean de roches entouré d'un mur de pierres fiches.
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porte une voûte, et d’une autre muraille, concentrique à la première et formant avec celle-ci une galerie voûtée.
b) Les enceintes des lieux d’assemblées politiques portent en Suède le nom de Uomanringar ou anneaux, cercles des juges. Elles paraissent être aussi rares dans notre occident qu’elles sont fréquentes en Scandinavie. Au reste, il se pourrait que ces cercles des juges, ces forum fussent aussi des lieux de culte. La véritable signification de ces enceintes est si peu connue que M. Worsaë incline à croire que dans sa patrie toute enceinte de pierres brutes contient vers son centre un tombeau.
c) Les tombeaux, soit qu'ils aient la forme d’un haut tumulus, soit qu’ils se dérobent aux regards sous la surface du sol, sont fréquemment entourés, dans l’ouest et le nord de l’Europe, comme en Algérie, comme dans l'Altaï et dans la Daourie, comme dans l'Inde, d'une ou de plusieurs enceintes de pierres. Les pierres sont le plus souvent posées simplement sur la terre et les dimensions en sont peu considérables. En Scandinavie, ces enceintes affectent les formes les plus variées et appartiennent aux deux âges de la pierre et du fer. En Algérie, elles sont, parait-il, des trois âges. Dans le district d'Hyderabad (Dekhan), les maisons de Uakchasas ou géants sont des enceintes circulaires de pierres brutes qui se touchent presque de manière à former une muraille, et vers le centre, sous le sol bombé est une tombe en dalles de granit brut liées ensemble par du mortier ; dans les tombes sont des crânes de race hindoue et des pots remplis d’ossements et de quelques objets en cuivre.
En Scandinavie, en Algérie et dans le Lot, un certain nombre de tumulus ont à la base et sur leurs flancs deux ou trois couronnes de blocs plus ou moins saillants. Ces cercles indiquaient sans doute les limites où s’arrêtaient le peuple et les nobles. Mais dans plusieurs cas on ne sait si les piliers qui ornent ainsi le tumulus, sont de simples enceintes ou des trophées (p. 51).
Les avenues tantôt relient les tombeaux entr’eux, comme