LA SUSSE ROMANDE
peuples civilisés du Sud, ne faisait que traverser la contrée de nos lacs, tandis que les bronzes, i liéniciens ou indigènes, s’entassaient dans des magasins pour s’échanger contre l'ambre des marchands rauroniens et pour se répandre lentement dans la région avoisinante. D'ailleurs l’ambre ne fait point défaut dans les tombeaux suisses de l’âge du bronze, et déjà l’on commence à en trouver quelques morceaux dans nos stations lacustres'.
Le commerce de l’ambre aurait donc été indissolublement uni à celui du bronze dans le centre de l’Europe, de même que le commerce maritime du bronze l'était à celui de l’étain sur les côtes occidentales de notre continent (p. 121). Si notre hypothèse est fondée, nous pouvons nous attendre à voir les fonderies indigènes du bronze s’échelonner dans notre Suisse romande sur la grande ligne du commerce de l’ambre. Or il en est bien ainsi. Ces fonderies sont rangées du nord au sud sur une ligne droite qui de Oranges (au pied du Jura soleurois) et de Tschugg (entre les lacs de Rienne et de Neuchâtel), se dirige par Estavayer et Echallens vers Burtigny et vers Morges, qui était pour ainsi dire la cité lacustre du Léman. De là le commerce se portait, non point vers Lausanne, Vevey, Villeneuve et le Grand Saint-Bernard, car la moitié occidentale du Léman ne possède que quelques débris de stations sans importance. Mais il se dirigeait par Genève et la Savoie vers le Petit Saint-Bernard ou le Mont- Cenis, ainsi que le prouvent les nombreux villages lacustres du Léman oriental, la fonderie de Dovaine près de Thonou,
1 A Corlaillod (Neuchâtel). — On vient de découvrir près des lacs de Moral cl de Binnnc quelques grains de collier d 'ambre avec d'autres grains en rerre (phénicien), des croissante lunaires (sémitiques) et des vases en terre cuite incrustés d ornements en feuilles A'étnin gravées. D'ailleurs on n'a point encore cherché l'ambre dans nos tacs: on ne peut le discerner depuis le hatcau au fond de l’eau pour le saisir avec des pinces, et personne n'a songé à le retirer des houes que rapporte la drague. Enfin, et surtout, l'ambre est aussi rare dans les lacs du bassin du Pô ou F.ridan, que dans ceux de la Suisse romande, et il n'est même point fréquent dans les musées de Copenhague et de Stockholm.
LE COMMERCE DE L'AMBRE
et les lacs du Bourget et d’Annecy dont les rives comptent aussi de fréquentes stations de l’âge du Bronze. De Tschugg à Annecy nous pouvons suivre de village en village, de fonderie en fonderie, la partie moyenne de la route antique par laquelle l’ambre arrivait en Ligurie et vers l’Adriatique. Un jour sans doute l'archéologie poursuivra celte route jusques à ces deux extrémités. D’après Ptolémée. le commerce du Rhin se faisait par la rive gauche de ce fleuve; car ce géographe nomme à peine trois ou quatre villes sur la rive germaine depuis le mont Adule jusques à la mer.
Cependant, à une date où ne remonte pas l'histoire, l'ambre arrivait par mer de l'Elbe au fond du golfe de Gascogne (p. 108). Car certains écrivains prétendaient que cette substance était rejetée par l’Océan au pied des promontoires des Pyrénées occidentales, et comme elle ne se trouve point de nature sur les côtes du golfe d’Aquitaine, nous supposons que l’on confondait ici encore l'étape et le berceau. Par une erreur toute pareille, Sotacus croyait savoir que l’ambre découlait de pierres éleclrides, dans la Hrilannie, qui n’était que l'entrepôt entre l'Elbe et les Pyrénées. Cette route maritime aboutissait à nos villes sémitiques d'Amanum et de Ménosca, et elle se prolongeait sur terre par l'Ebre jusques à Tortose, on bien les vaisseaux s'arrêtaient chez les Santons et l'ambre arrivait par la Garonne à .Narbonne (p. \ 10).
Mais qui doue apportait en Biscaie l’ambre de la Rauronie ? C'etaient les Sidoniens eux-mêmes qui allaient le chercher; car les écrivains classiques nous parlent de colonnes d’Hercule-Melkarlh, situées sur les côtes germaniques de la mer du Nord. Toutefois leurs voyages dans ces contrées lointaines n’ont certainement pas duré longtemps; au moins n’existe-t-il que bien peu d'indices d’une influence directe des Sémites sur la Nord-Europe.
Ce même motif et le silence d’Aviénus (p. 120; ne nous permettent pas d’admettre que les Gadilains aient, dans leurs voyages mercantiles, dépassé fréquemment la Cornouailles et
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visité d'une manière régulière les côtes du Jutland et de la .Norvège V
Les temps historiques pour le pays de l'ambre commencent avec Pylhéas. de Marseille, le Christophe Colomh île l'Europe septentrionale. La péninsule Danoise est pour lui une île du nom d'Ahalus ou Basilia, distante d’une journée de navigation du continent. Erreur géographique qui deviendrait une vérité si à cette date un canal unissait par le Sleswig les deux mers opposées (p. 130). L’ile d’Ahalus produisait l'ambre que la mer rejetait sur le rivage, et qui tenait lieu pour les indigènes de bois à brûler. Ils le vendaient aux Teutons (les 77/marses ou /bVinarses). Ceux-ci l'apportaient vers l'embouchure de l’Elbe, sur la côte de la Scvthie rauronienne ou (îermanie, où demeuraient les (luttons (Goths) et vers l'Elbe les Ostions (.Estions). C ‘St ainsi que celte côte, qui ne produisait aucun ambre, mais qui était l'unique contrée d’où il était exporté vers la Méditerranée, prenait le nom impropre de Uauronie, ou pays de l’ambre. De celte contrée, pendant l'âge du bronze, le succin se répandait par le eommeree maritime sur les côtes des Gaules et des îles Britanniques. Par terre il pouvait pénétrer par plus d’une roule dans le centre de l'Europe et jusques à la Méditerranée; mais l'une de ces routes était san ; contredit celle du Rhin, qui se bifurquait et se portait ou > ers les bouches du Rhône ou vers la Ligurie (p. I3K).
Aux temps de Diodore et de Pline, c’est-à-dire, au premier siècle avant et après l’ère chrétienne, la grande roule du commerce de l'ambre était certainement celle du Rhin et du Rhône. « L'ambre, dit Diodore, est apporté de l'ile de » Basilie sur le continent, d'où il nous arrive ensuite (à nous,
1 Quelque? savants faisaient naître l'ambre eu Afrique, soit sur les côtes océaniques de la Mauritanie, soit en N'umicie. soit dans la grande Syrie. Peut-être l une ou l'autre de ces contrée? produit-elle quelque peu d'ambre : mais il est plus proltable qu on aura simplement pris pour la patrie de cette résine les lieux où les Phéniciens venaient l'échanger eontre les produits de la Lvbie.