‹ L'Age du romantismeChapitre 9 sur 18 · CAMILLE HOC 1ER · texte numérisé non relu

CAMILLE HOC 1ER

Nous avons lejiroduil déjà une eau-t'oite de Céluslin .Nautcuil, d"après les décorations du salon auxquelles tous les artistes de race s'associaient. Nous y pouvons juimlrc aujourd'hui un [lanniviu qui imi complète la physionomie : In jeune seigneur, un herger, est avec sa bergère dans un parc aux hautes verdures: la hergère tient négligemment un panier de cerises; elle tend son visage animé vers son amant, qui se penche, la serre par le cou et l'embrasse à pleine bouche, la préférant aux cerises. (Voir page 8.)

delà va à Boucher, par le geste, mais Watteau garde ses droits.

Cependant, ne voulant point s'enliser dans la vignette et voulant, au contraire, entrer à pleines voiles dans la peinture, Rogier sentait bien que les éditeurs français le tenaient. Il s'évada un beau malin de 1837, demeura trois ans à Florence en compagnie de .Joyant, puis s'en vint à Rome. Le voilà loin des amitiés parisiennes, des paradoxes de Gavarni, qui, l'appréciant, l'avait appelé au Journal des gens du inonde et l'avait présenté à l'.l/- ;25/e, dirigé par Achille Ricourt. loin des Imitations de Janet et des Bibles de Curmer.

En réalité sa personnalité d'artiste se faisait moins visible sous les atténuai ions des burins anglais. On l'émondait. On le nettoyait au savon de Windsor. Le talent de Rogier était trop en finesse pour subir la moinilre intervention.

La fatigue serait venue au public. Il le sentait. " La gravure sur acier, a écrit un

ne connaissant point la topographie plus que les mœurs de la Ville, une aventure galante décida en grande partie de l'autre trame de sa destinée.

Le sultan régnant cherchait à rendre moins turques les mœurs de son peuple. Il autorisait, par exemple, que, dans les promenades publiques, il n'y eût plus aussi strictement le côté des femmes et le côté des hommes. Un jour, aux Eaux douces d'Asie, Rogier aperçoit une charmante petite fille qui jouait et qui paraissait moins farouche que les autres sous les regards des étrangers. Elle était un |)eu éloignée de sa mère, sous la garde d'une négresse. Rogier, dans l'extase de cette fraîcheur de formes et de teint, et du brillant costume, ouvre son carnet et en fait un croquis. L'enfant se rapproche. Mais au bout d'un temps court, la mère voit le jeu, expédie une autre domestique qui, fondant sur l'artiste, veut lui arracher des mains le carnet. Rogier résiste. L'autre tire et Rogier avec l'aplomb d'un Français, sentant que le carnet va lui échapper, tend le bras et en courant arrive

,.o vju..,...v ii^éiâf pour les Contes d'ilu/fiua ou le Vampire.) Édition Camuzeaux (18351.

■ \i Goule

de ses biographes, excellente pour les elTels de finesse, a des sécheresses qui lui enlèvent parfois tout charme et tout attrait. >i 11 s'éprit de Tiejiolo et fut bientôt dans la boime voie de peintre décorateur.

Ce fut sur un bateau, en allant de Rome à Athènes, après trois ans d'Italie, qu'il rencontra Alphonse Rover et poussa jusqu'à Constantinople où il se rendait diplomatiquement pour le mariage de la fille du sultan.

A peine débarqué, non encore installé et

jusqu'à la voituro où la jeune maman venait de monter. Il se pose sur le marchepied, montre la feuille déchirée, et moitié riant, moitié désireux de ne pas perdre son élude, la refuse à la dame qui parlait quelques mots de français. Il lui fait entendre par une mimique convaincue qu'il la recopiera et lui donnera la copie. Le domestique le fait descendre du marchepied, et la voiture part.

Naturellement, il n'apprend rien sur la dame par ses compagnons, qui l'engagent à ne pas recommencer ces imprudences.

Quelques semaines après. Rogier voit passer, dans les faubourgs de Pise.la voiture qu'il reconnaît aux domestiques ; la petite fille bat des mains, et deux beaux grands yeux noirs le fixent par la fente du voile.

Il voit la voiture qui, quoique n'allant pas vite, le dépasse. Il l'aperçoit au loin, qui s'arrête dans une rue déserte, devant une maison de campagne longeant un long mur de

le salue, le fait asseoir ; on lui apporte un sorbet, une pipe, des confitures. Lui tire son album, son crayon le plus tendre et ne sachant pas un mol de turc entame un croquis, d'après la dame qui parait enchantée et sourit.

Après le dîner, on se parlait comme d'anciens amis, et la négresse apporte des coussins qui constituèrent un lit. Et c'est seulement le lendemain, assez lard, que Camille se demanda si ses amis n'étaient pas inquiets.

parc. Quand il arrive, la voiture a disparu ; il regarde longtemps la porte close, les fenêtres fermées. Il part, quand, au bout du parc, par une porte entre-bàiilée, une main de négresse s'agite dans le vide ; il s'approche, il est saisi parle bras. Sans qu'un signe soit échangé, il est conduit à travers les méandres des bosquets et sous l'ombre des lauriers j usqu'à la maison même oii on l'introduit sans retard.

La dame était assise sur des coussins. Elle

lUasiralioE de Camille Rcgisr pour les Contes de Doccace (La fiancée du Roi de Garbe.) Edition Camuzeaui (1835,.

Ils l'étaient. Alphonse Rover, dans le milieu de la journée, était allé chez le chef de la police, lui avait demandé si l'on n'avait pas appris l'assassinat d'un chrétien.

Le lendemain au petit jour, Camille Rogier frappait à l'hôtel de ses amis. Vers les deux heures, alors qu'il dormait du sommeil du juste, la négresse était venue le secouer. En se frottant les yeux, il avait constaté que la dame n'était plus là. Il avait, dans l'obscurité et la fraîcheur, refait la promenade dans le parc, mais à rebours. La petite porte s'était réentr'ouverte. On l'avait poussé parles épaules dans la petite rue, toujours déserte, mais gardée à l'extrémité par une bande de chiens errants et faméliques. Les chiens turcs sont doués d'un instinct jiartirulier pour reconnaître les chrétiens.

Ce fut donc au milieu d'une bande de ces défenseurs du prophète, n'ayant pour arme qu'une badine, qu'il reconnut son chemin, jalonné à l'horizon rougissant par les profils du château des Sept-Tours. Là, des chameliers attendaient le jour pour entrer dans la ville. Groupés à la porte d'un café, ils ne firent pas grande attention à Rogier. Ils le réconfor-

Ts

^a ($;g[5 alise.

Page 1