ACTE TROISIÈME
cela et pour qui ces souvenirs n'aient leur ivresse ! Ils me troublent bien, moi qui les évoque, et vous rien! pas même une larme, je ne vous demande que cela, Taumône d'une larme! Berthe... Mais souvenez-vous donc!
BERTUE.
Je me souviens, soyez tranquille.
DE SAUVES, se relevant avec colère.
Ah!
BERTHE
C'est vous quiètes oublieux, monsieur, décidément!
DE SAUVES
Berthe, dans votre inflexibilité, il y a plus que de l'orgueil blessé, plus que de l'indififérence, plus que de l'oubli!
BERTHE
Ah! c'est cela! après Tinsulte de votre amour, l'injure de votre soupçon, je m'y attendais.
DE SAUVES
Berthe ! ce parent, ce conseil, cet ami aux allures de complice, qui vous cherche mes flagrants délits comme il vous chercherait des excuses, cet homme-là vous aime. Et savez- vous ce qu'on dit, madame? Eh bien, on dit que vous l'aimez, vous aussi?
BERTHE
Que je!... Et quand cela serait, monsieur, quand je l'aimerais, que vous importe et à qui la faute? Est-ce que je ne suis pas seule, grâce à vous? libre, grâce à vous?... savante, grâce à vous? Vous m'avez prise enfant... qu'avez-vous fait de moi? Vous m'avez appris qu'entre époux, il n'y a ni fol de gentilhomme, ni honneur de soldat qui tienne, on peut mentir sans se déshonorer, et que les lois ne comptent pas, et que les ser- 0jents ne comptent pas et que les baisers mêmes sont des traîtres ! Je suis votre élève, vous êtes mon excuse. 11
vous sied bien de venir aujourd'hui me demander des comptes ! Et quand vous m*avez quittée, — car abandonnée, je l'étais toujours, — quels soutiens m'avez- vous laissés?... aucun! Vous les aviez tous brisés, tous! Ma pudeur, ma foi, mon amour et jusqu'à mon orgueil. Eh bien! vous avez eu tort,'monsieur, l'orgueil d'une femme est le dernier combattant de son honneur! Ah! vous vous avisez d'être jaloux. Tant pis! Mettons que j'en aime un autre, voilà tout, j'en aime un autre!
DE SAUVES
Ce n'est pas vrai, tu veux me faire souffrir, je' ne te crois pas! tu n'es pas celle que tu dis! tes yeux démentent ton regard, ta voix dément tes paroles, tu es toujours l'enfant d'autrefois, tu mens, tu mens, tu mens, je
t'adore ! (BnUt de chaise qui tombe daos la chambre de droite.) Berthe !
qui donc est là?
BERTHE, à part, très troublée.
DésaubiersI... J'avais oublié! Ua sUeoce.
DE SAUVES la regarde uq iostant, réfléchit; puis avec nu accent de trioupbe, à part.
Je la tiens! (Allant à la porte de droite.) Oh! VOUS pouvcz Sortir, nonsieur le diplomate, à moins quevousnepréfériez..r
Désaiibters parait.