ACTE TROISIEME
DE SAUVES
Oh! madame!...
DÉSAUBIERS.
Mais laissez-moi vous dire qu'il y a ai^malentenda...
BERTHE
Un malentendu, comment? Parce qu'il était là? Mais c'est moi... Voyons, voyons, ce n'est pas sérieux, n'est-ce pas? Parlez donc, vous! — Mais tout le monde m'insultera donc aujourd'hui!
Je vous jure, monsieur, que malgré les apparences...
BERTHE
Les apparences? ah! je comprends. Cette chaise est tombée bien à propos^ monsieur Désaubiers.
DÉSAUBIERS.
Oh! madame...
BERTHE
Allons, allons, vous êtes un habile homme! c'est entendu. Mais à quoi bon vos finesses? Me voilà compromise. Eh bien, après?
DE SAUVES
Après me regarde. Venez, monsieur.
BERTHE, l'arrêtant.
Mais vous ne sortirez pas! Je ne veux pas! (Le forçant à u regarder ea face.) Ah çà ! mais qu'cst-ce que VOUS croyez donc décidément?
DE SAUVES
Je crois ce que vous m'avez dit, madame !
BERTHE, avec na cri.
Ah!... vous croyez que cet homme!... ce n'est pas possible!... monsieur de Sauves... (sa voix se brise.) Albert! vous ne croyez pas cela... de moi... Albert, de moi... de
votre femme ! (Édataot bd sanglots.) Ta femme ! .ta femme !
ta femme I
DE SAUVES, la saisissant dans ses bras et la déposant sur le canapé.
Tu es prise, enfin tu es prise! Berthe, ce n'est *pas vrai; je ne crois rien. Pas un instant je n*ai rien cru... je mentais à mon tourl Ce que je voulais, c'était ce cri, c'étaient ces larmes, c'était toi enûn! Mais pas un instant, je n'ai rien cru, entends-tu, chère pureté. Enfin 1 — ah ! je vous demande pardon, Désaubiers, maisje n'ai pas été jaloux de vous un instant, vous savez !
DÉSAUBIERS, à part^ avec un sonpir. •
Ah ! l'âge ingrat !
DE SAUVES
Berthe!
BERTHE, le repoussant.
Ah! je vous hais, je vous hais!
DE SAUVES, à genoux.
Ce n'est pas vrai, je te dis, tu m'aimes, ton amour est dans ta colère, comme ta candeur était dans ton mensonge. As-tu été assez prise dans ton mensonge ? car tu est prise, le hasard m'a servi, tu es prise! Mais ne pleure plus, va, sois sans crainte, plus de duel maintenant, plus rien, c'est fini... Tu m'aimes... Ah! je suis bien trop heureux!... Désaubiers, voulez-vous des excuses?
DÉSAUBIERS.
Inutile, mon cher de Sauves, je ne me trouve pas plus ofifensé (â Berthe.) que coupable. La chaise est tombée par mon fait, je l'avoue ; mais avouez aussi que ma situation devenait.. . difficile. Du reste, votre réconciliation n'a pas eu à souffrir de l'incident, il me semble ; mais on a toujours méconnu mon amitié... elle n'en gardera pas de rancune. Vous m'aviez fait entrer là pour tout entendre, madame; j'ai tout entendu; je vous rends le mandat que vous m'aviez confié. Je crois qu'en effet, maintenant,