‹ L'agent de change, ou, Une fin de mois drame en trois actesChapitre 16 sur 38 · SCÈNE XIX · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX

DARMANCOURT , CERNEVILLE , LARONCIERE.

DARMANCOURT.

Eh bien! l'étourdi qui oublie de vous faire ses remercîmens.

LARONCIERE.

Laissons le jouir de sa satisfaction, et parlons d'un autre motif qui m'a amené.

darmancou.it.

Que veut-il dire ?

laroncière , à Cerneville.

Vous permettez que nous traitions devant vous ?

CERNEVILLE.

Liberté entière aux affaires, et pour peu que...

LARONCIERE.

Il n'y a point de mystère. L'objet de ma mission est de rassembler tous les fonds épars dans les caisses de nos divers receveur» et de les faire passer sur le champ au trésor.

DARMANCOURT.

Qu'cntends-je !

LARONClÈRE.

J'ai appris, dans ma tournée, que j'avais des grâces à rendre à M. Darmancourt, il m'a sauvé les trois quarts de l'ouvrage. darmancourt, interdit.

Monsieur...

Ah! vous pouvez vous flatter, messieurs, que c'est un de vos bons receveurs, ilestexact ettoujours prêt... il ne fait pas travailler vos fonds, lui.

LARONClERE.

Il eît vrai qu'aujourd'hui une chose aussi simple c^tpresqu'une vertu. Commençons donc par envoyer cet argent attendu; alors, dégagé de tous soins , je pourrai jouir du plaisir de philosopher quelques heures avec vous. (Darmancourt parait plongé dans une profonde rêverie.) Je ne sais si je m'abuse, mais M. Darmancourt me semble aujourd'hui plutôt disposé à des opérations de compte* qu'à des réflexions d'une joyeuse philosophie.

DARMANCOURT.

Je... je rêvais aux diverses sommes qui m'ont été remises.

LARONClÈRE.

J'ai l'état ici... voulez-vous que nous passions dans votre cabinet.

darmancourt , embarrassé.

Si vous restez à diner avec nous...

CERNEVILLE.

Eh ! mais, puisque tu vas partir pour ton voyage.

LARONClÈRE.

Vous ne me faisiez pas celte confidence ?... je m'applaudis d'avoir devancé votre départ.

DARMANCOURT, plus troublé.

Je différerais.

CERNEVILLE.

Moi , je vous conseille de terminer de suite.

LARONClÈRE.

C'est bien dit.

CERNEVILLE.

Si ton domestique est absent , mon garçon de caisse ira faire le versement.

LARONClÈRE.

Rien de plus obligeant.

CERNEVILLE.

allons, allons., débarrassez-vous la tête.

darmancoit.t , oàïré, à Cerneville.

Et vous, n'embarrassez pas la vôtre, mon officieux ami.

CERSE VILLE.

Comment donc?

darmancoirt, déconcerté, à Laroncière.

Monsieur, vous me prenez dans un moment au dépourvu.

laroncière.

Que dites-vous, monsieur ?

DARMArSCOTRT.

Je le dis... ( à part ) et je sens la rougeur qui me surmonte.... il faut l'avouer , ce que vous me demar.dez est impossible.

LARONCIÈRE.

Impossible ! et vous partiez ?

DARMANCOCRT.

Il est vrai.

LAROSClÈRE.

Savez-vous , monsieur , les soupçons qu'on pourrait prendre ?

CERNEVILLE.

Fi donc , monsieur de Laroncière.

LARONCIÈRE.

Je vous demande pardon; mais l'air, le ton, les discours me paraissent si clairs... Ce voyage.

CERNEVILLE.

N'y a-t-il pas mille raisons ?

LARONCIERE.

Un instant, je vous prie... Avez-vous touché le montant de toutes les recettes, monsieur ?

DARMANCOLRT.

Je ne puis le nier.

LARONCIÈRE.

Pouvez-vous faire partir aujourd'hui tout l'argent que vous devez avoir?.. Parlez, monsieur,car mes ordres sont tels, que, sur votre réponse, il faut que je prenne un parti sur le champ.

CERNEVILLE.

Vous ne répondez pas?

darmancocrt, à Ccrneville.

Homme cruel l ( d'un air accablé. ) Je ne le puis avant huit jours.

laroncière.

Huit jours !.. . Il ne m'est pas per !iis d'accorder trois heures, l'argent est annoncé... C'est avec regret, monsieur.. .

Je ne saurais l'empêcher .. mais jamais tant de douleurs n'ont accablé un honnête homme. { Il tort. )

'21 CERNEVILLE.

Arrêtez, Darmancourt !

DARMANCOURT.

Laissez-moi ! laissez-moi !

( Darmancourt cherche à s'éloigner, Cerneville te retient avec force et indignation. Laroncière fixe sur lui des regards sévères. Dubreuil parait sur la portede la caisse, et semble remercier Darmancourt qui l'apercevant seul lui fait signe de se taire. )

Page 1