SCENE PREMIERE
DARMANCOURT , GUSTAVE.
darmancourt , avec chagrin.
Ne me suivez pas, mon fils.
GUSTAVE
Eh quoi! vous refusez de m'entendre.... Grand Dieu! serait-il possible!... Ce que je viens d'apprendre.... Ah! souffrez que je reste près de vous.
DARMANCOURT.
Retirez-vous, je vous l'ordonne.
CCSTAVE.
Vous abandonner dans un moment si terrible!
Votre douleur m'importune... elle m'offense.
GUSTAVE
Je connais trop mon père pour soupçonner rien qui lui soit injurieux ; mais si votre bonté me laissait percer un mystère...
DARMANCOURT.
Mon fils..
GUSTAVE
Ne puis -je trouver le moyen de vous servir, d'adoucir vos peines?
DARMANCOURT.
A ton fige, il est des devoirs dont on ne peut sentir toute l'obligation.
GUSTAVE
Vous m'avez appris à respecter tous ceux qui sont sacrés pour vous. Daignez m'accorder un peu de confiance.
DARMANCOURT.
Mon ami, tu commences ta carrière quand je finis la mienne, et l'on voit différemment. L'intérêt du passé touche peu les jeunes gens: ils sacrifient beaucoup à l'espérance; niais quand la vieillesse arrive, dégoûté du présent, effrayé sur l'avenir, que restet-il à l'homme? l'unique plaisir d'être content du passé, [d'un ton plus ferme.) J'ai fait ce que j'ai dû, et vous défends de me presser davantage.
GUSTAVE
Les suites de cette journée me font trembler.
M. de Laroncière est généreux ; il réfléchira, avant de perdre un homme dont la conduite fut jusqu'ici sans reproche.
GUSTAVE
Ah, mon père! si cet espoir seul soutient votre courage, le mien m'abandonne entièrement. M. de Laroncière est votre ennemi.
DARMANCOURT.
Arrêtez, Gustave; ne calomniez pas un homme, parce qu'il fait son devoir.
Custave , vivement.
Il aime Eugénie; il me croit son rival ; jugez s'il nous hait, et si la jalousie ne lui fera pas pousser les choses.. .
DARMANCOURT.
D'où naîlrait cette jalousie ?... ÎNuire à ses desseins... Nous .., moi-même ne serais-je pas le premier à presser Cerneville de conclure un mariage aussi avantageux pour sa nièce, s'il avait la
folie de s'y refuser? Courez donc le tirer d'erreur, mon fils
mais non, il convient que ce soit moi-même, et je vais...
GUSTAVE
Arrêtez, mon père! Eugénie m'aime; elle vient de me l'avouer... N'aurais-je donc récusa foi que pour la trahir ù l'instant.
DARMANCOURT, surpris.
Reçu sa foi ?...
GUSTAVE
La céder me couvrirait de honte inutilement.
darmakcqurt 3 s' échauffant.
Mon fils...
GUSTAVE
Eugénie me mépriserait, sans ratifier cet indigne traité.
darmancourt, en colère.
Quoi donc, monsieur! me croyez-vous déjà si méprisable?... mon infortune a-t-elle éteint en vous le respect ?
GUSTAVE
Ah! mon père!... Chère Eugénie !