‹ L'agiotage de 1715 à 1870Chapitre 11 sur 18 · VI. — l'agiotage aous la restauration · texte numérisé non relu

VI. — l'agiotage aous la restauration

1815! Année de honte, de sang et de Tinvasion pour la France; année d'or pour les flnanciers,

€ On peut prendre la fatale année de 1815 pour l'ère de la nouvelle puissance des hommes d'argent, dltTousseneL »* (Lesjuî/Sj roiî de Vépoque).

« Le X1X« siècle date de 1815, dit un autre écrivain (M, de Eoisjolin dans la Revue libérale). Jusque-là on tourbillonnait dans la révolution et dans la guerre- C'est en 1815 qu'est né le siècle des machines, des forces collectives, des travaux compliqués de la vie terne et des arts tristes >.

C'est en ISiu, ajoutons-nous, qu'apparurent sur l'horizon boursicotier de l'Angleterre, les Baring, les Hope, étoiles de première grandeur, et sur Thorizon boursicotier de TBurope la pléiade redoutable des Rothschild qui, du ciel gris de Francfort, projeta, avec une égale intensité, ses rayons dévorateurs sur Paris, sur Londres, sur Vienne et surKaples.

A ces gloires cosmopolites, les gloires nationales des rafilages des vingt-cinq dernières années ne manquèrent pas de faire

(1) Où étaient lee héroïques temps delà Kéyolution? Cea temps où la ConTecUciîïnel Grégoire, revenu d'une misaion, disait à sa gouTernante , en lui remettant un sac d'écua : « Tiens j citoyenne Durand, Toilà ce qu^en mangeant du pain sec et eu buveant de Tenu le plus sauvent, j'ai économisé à la République >^,

33 l'histoirb

cortège. Ni Seillière, ni GoUot ne s'étaient éclipsés, et Ouvrard allait pouvoir pêcher dans d'autres troubles fournitures (1).

Tout souriait d'ailleurs aux hommes d'argent. Les idées industrielles et commerciales des Anglais débordaient sur le monde et nulle part le renouveau ne fut aussi vivace qu'en France, surtout aux temps de M. de Villéle l'ami souriant des hommes de Bourse. Crédit, industrie, comnjerce, prirent rapidement un essor inouï. Le gouvernement de la Restauration favorisa sagement cette éclosion économique. Il se trouva des représentants de la plus haute noblesse pour se mettre à la tête d'entreprises industrielles et commerciales, tel le duc de la Rochefoucauld-Liancourt qui arborait le qualificatif de filateur. Cette fraction avancée du vieux régime se joignit à la nouvelle classe riche et forme une espèce d'aristocratie moitié nobiliaire, moitié bourgeoise, que personnifia assez bien le gouvernement de Louis XVIIl. Les entreprises se multipliaient. Humann (2) fondait Decazeville dans l'Aveyron. Le Greusot, propriété nationale, fut

(1) « Nul doute que le marché OuTrard (armée d'Espagne de 1823) était inutile. Il a été ruineux et immoral, en ce qu'il a fait germer ce désir insatiable du gain, qui étouffe les sentiments honnêtes et généreux.

< Ce marché a sans doute été préparé de longue main; c'était du moin» le bruit répandu à l'armée lors de sa conclusion,

« On a tout ménagé pour rendre le marché Onvrard nécessaire, du moins en apparence.

« On a voulu considérer ce malheureux marché comme un mal nécessaire,^ et alors on a attaqué l'intendance.

« J'étais intendant d'un corps d'armée ; cette attaque se trouvait donc en partie dirigée contre moi ; j*ai dû la repousser et restituer à chacun ses oeuvres.

c J'adresse aujourd'hai mon rapport, par l'estafette, à S. Exe. le ministre de la guerre. J'ai combattu le marché Ouvrard pendant la campagne, et j'ai recueilli le fruit de mon audace, en étant seul privé d'avancement ou d» grâces quelconques. J*ig;Dore les nouveaux désagréments que pourra m'attirer mon mémoire, (Rapport de l'intendant militaire Regnard. Madrid, 1824).

« Les achats d'Ouvrard, bien que conclus à des prix plus élevés que ceux du pays, n'ont jamais porté la ration à plus de 1 fr. 25. Il était accordé à ce munitionnaire général 3 fr. 15 centimes. (Marchés Ouvrard, 1823. — (Rap. du sous-intendant militaire Dubois, cité par A. Perrin dans sa Résurrectioit det grands fournisseurs), -— Le beau-père du comte de Rochechouart eut ainsi le moyen de réparer les pertes de 1804.

(2) C'est à cet Humann que Louis-Philippe disait plus tard, en It créant ministre : « Gérez les finances de la France comme vous avez géré les vôtres >. C'est de quoi les ministres ne sont guère coutumitrs.

» DR L*AQIOTAGB 33

abusivement liTré aux gros financiers au moment où commençait rèrede ses déreloppements. Saint-EtieDoe s'éveillait à la fiévreuse vie minière et industrielle ; tandis que, dans le Nord et TEst, les industries textile et sidérurgique s'armaient de l'outillage mécanique et de la force motrice à vapeur, dont remploi annoaçait la plus grande révolution économique des temps modernes.

€ La restauration, ditCapefigue, eut rincontesiable mérite de faire pénétrer les mceurs ilnaricières de TAngleterre », En 1820, en effet, commencèrent les années plantureuses de la haute finance, avec les concessions à des <jompagDïes financières de huit h dix canausr, de nombreuses mines ^i^exploitation récentes et d'entreprises industrielles et commerciales nombreuses, sans parler des créations nouvelles comme VEçlairage au gaz et les Omnibus^ également concédées à des spéculateurs. La période de 1821-1 S26 qui fut marquée parce grand mouvement capitaliste, peut être regardée comme la troisième grande date du féodalisme financier français (1),

VIL — l'agiotage sous la monarchie de juillet

Le financialisme de la Restauration n'avait guère fait que semer, celui du gouvernement de Juillet allait récolter.

Alors, la spéculation jeta Tultime voile de pudeur. Elle commença par être anti- française, en faisant échouer la réunion de la Belgique à la France; elle fut fautrice de misère publique et d'antagonismes nationaux, en faisant échouer les projets d'alliance commerciale avec la même Belgique et le Zolleverein allemand. Dans son cercle d'action proprement dit, ses nouveaux moyens furent en rapport avec ses nouveaux appétits, on va le voir.

Les titres qui, jusque-là, s'étaient tenus dans leurs chiffres d'émission aux sommes de 1000 à 10,000, s'abaissèrent au taux de 250, 200, 100 fr., et le branle commença avec le concours de la presse industrialisée, subalternisée et achetée.

On vit, dit un écrivain conservateur (2), des actions de tout format, de toute couleur, on commença l'exploitation de l'action-

(1) Parmi les feudataire's de l'époque, nous trouvons Sagdo, B. de Bus- «ère, Sartoris, F. de Belisle, Huguermann, Jacques Laffite, Hubard, Odier, Ouvrard, Cattier, Heutz, Hardoin, Séguin, Seillière, Pellaprat, Greffulhe, Roy, etc.,. «te.

(2) Capefîgue : Histoire des sociétés financières.

M l'histoiuis

naire par Thabileté du prospectus et par la pulilicité de la presse périodique. L'annonce fut un moyen de succès ; elle entra dans les préYisions des entrepreneurs, des spéculateurs; elle fit partie de leur budget. Quant un industriel voulait fonder une entreprise, sa première occupation était de s'assurer la pubUcité, rannonce, le prospectus»

Il n'y avait pas de puissance comparable à celle du journal qui, chaque .jour, répétait le même éloge ou le mêmeblâme j la presse enfantait ou détruisait. Les industriels s'assuraient donc de la dernière page d'un journal. Ils annonçaient le phénomène d'une découverte, le produit immense, souvent d'une entreprise impossible. A ce grand coup de tamtam de la presse, les actionnaires accouraient pour prêter leur concours, sans savoir, sans hésiter, jusqu'à ce que surgit le grand jour du réveil. Les annonces devinrent même l'objet d'une association; un les afferma comme un champ de terre.

Une société tint dans ses mains les cent bouches de la Renommée; eiie pouvait en disposer au profit de toute spéculation nouvelle qui voulait appeler des capitaux. On eut alors des pages tout entières de journaux, remplies de grandes affiches, annonçant toutes les merveilles des asphaltes et des mines de Saint- Bérain (1). Les murailles se couvrirent d'affiches peintes, coloriées, appelant des actionnaires par des promesses de tout genre vers des édifices imaginaires. Plusieurs fois la magistrature, gardienne (croyait-on,) des lois sociales et de la probité, dut intervenir par une trop douce répression.

Louis Blanc écrivait de son côté, en 1840 (Histoire de dix ans) ces lignes qui paraîtraient naïves aujourd'hui :

« Trois ou quatre ans ne s'étaient pas écoulés depuis la Révolution de Juillet qu'un mouvement semblable à celui qui déshonora la Régence de Philippe, éclatait au sein de la société française. Elle se vit tout-à-coup dominée par une classe que tourmentait une honteuse fièvre d'industrialisme et pour qui tout était devenu un objet de trafic.

€ On se pressait, on se heurtait dans les avenues des Banques.

(1) Le grand menear de cette corruption de la presse fut Emile de Girardin qui, sous couleur de fonder le journalisme à bon marché, le vendit aux faiseurs financiers, 11 opéra d'ailleurs quelquefois pour lui-même comme le prouva l'inoubliable affaire des mines Saint-Bérain. La multiplication dea journaux a depuis décentralisé cette puissance colossale de l'annonce. Mais le résultat est le même, les financiers achetant toujours la masse des jour* naux, moins quelques honnêtes qui, le plus souvent, meurent de leur honnêteté.

UE L*AâlOTÂGE 35

Prendre des actions sans les payer, les vendre» toucher des prîmes, faire fortune avec la hausse, telle était la folie universelle, tel était le rêve de plusieurs millierB d'homme.s éveillés.

^ Aussi, dans Tarène industrielle, une émulation sordide entassait-elle chaque jour déhris et victimes,.. La com?oitise, i'impatience du succès, une soif de gain inextiuguible et cruelle, l'alliance de la richesse et de Tintrigue dans un but de spoliation. Rien de semblable ne s'était vu dans notre pays. Ce ne furent bientôt plus partout qu'entreprises fondées sur le mensonge- Les faiseurs d'affaires pullulaient; combiner des infamies lucratives, cela s'appelait avoir des idées. On mit en actions des mioes imaginaires, on proposa d'exploiter des invenlions qui n'en étaient pas.

< Nombre d'aventuriers sans pudeur se firent payer la crédulité des actionnaires des apports chimériques ou honteusement exagérés. La France fut inondée d'impostures. Alors, les tribunaux retentirent de plaintes, mais on eût dit que le châtiment ne faisait qu^éteudre la contagion, »

Ainsi pariait Louis Blanc. Pourtant ce qu'il flétrissait si éloquemment n'était que Tenfance de l'art. Les routiers du second empire et les éeumeurs delà troisième République hausseraient les épaules de pitié en lisant ces lignes et s'écriraient: ^ Nous en avons fait bien d'autres, nous, car comme VAutoli/cus de Schakspeare, nous disons : € Quelle imbécile demoiselle que la Probité! < Et la Loyauté, sa sœur, quelle sotte demoiselle ! » L'escroquerie la plus compliquée n'est pas au-dessus de notre génie et nous opérons sur un champ immense. Permis aux poètes poncifs de dire de nous :

4( Voyez l'agioteur : pareil au loup cervier

« Il semble calculer, dans ses courses errantes,

« L'heure de déterrer le cadavre des rentes.

Quand nous dédaignerons moins la gent irritahile vatum, nous soumettrons Apollon à Mercure, par une petite dispension d'or.»

Mais, il y a cinquante ans, on croyait encore à quelque honnêteté. Antier et Frédérik Lemaître, répondant au désir du public, créèrent Robert-^Macaire. Le loup-cervier de Bourse dont le règne commençait, fut ainsi pris au milieu de ses vols et de ses infamies et jeté tout vivant sur le théâtre avec son ami Bertrand. Le public applaudit chaleureusement aux mésaventures du bon M. Gogo, apportant toujours des écus pour que Tacoquinage — Robert-Macaire, Bertrand, Vormspire, la belle Eloa, — les croquât, tout en s'entre-volant, et en se tenant les côtes de la crédulité de la dupe commune. Seulement, si Mercure était le protecteur des larrons antiques, les gouvernants orléanistes protègent les modernes croupiers. La pièce fut interdite

36 l'hjstoihe

«t les tripotages qu'elle ridiculisait continuèrent de plus belle. Les femmes même s'en mêlèrent- Barthélémy eut des accents indignés contre :

Ces banquiers fémiDins de scandalease histoire Qui des fades boudoirs fuyant le madrigal.

Rêvaient du trois pour cent sur le lit conjngaL

et sa Némésis s'en prit surtout à Tagioteuse forcenée qui fut Mlle Mars, que Ton voyait;

,..EïpOî?or s€B reates incertaines.

Son fastueux hôtel de la nouvelle Athènes,

Son pavillon d'été, peint de vives couleurs, ,

L'éblouissant écriu, si connu des volears.

Un économiste orthodoxe et ami des financiers, constate ce qui suit sur cette époque précise.

En 1836, les actions de nombreuses sociétés industrielles obtinrent, ayant d'avoir donné aucun résultat, rien, fort souvent, que sur l'annonce de leur création, une faveur, sans nom, due parfois à des manœuvres coupables, plus souvent à Tengouement déraisonné du public. Les actions des Compagnies d'asphaltes, furent celles qui, en général, montèrent le plus ; les actions de 1.000 fr. de la G»® Lobsann arrivèrent à 6.000 fr. ; celles de la G^® Seyssel, montèrent à 10.400 pour tomber ensuite à 60 fr. ! » (Alphonse Courtois fils: Traités élémentaires des opérattons de Bourse et de Change.)

Il y eut dégringolades équivalentes pour les sociétés bitumeuses et asphaltines anglaises, allemandes, celles de Maurel de Bastennes, etc. Le bitume et l'asphalte faisaient florès, dit Leroy-Beaulieu : ces titres furent réduits à leur juste valeur au détriment du pauvre Gogo. Naturellement les lanceurs avaient rempli leurs poches, ce n'étaient plus eux qui vendaient.

Mais l'aliment par excellence de la spéculation, les titres de chemins de fer, commençaient à être jetés sur le marché.

Le 15 février 1838, M. Martin (du Nord), ministre des travaux publics^ se présenta à la tribune avec un projet fort bien fait, d'un vaste réseau de chemins de fer. Ce réseau se composait de grandes lignes dont sept auraient lié Paris à la frontière de Belgique, au Havre, à Nantes, à la frontière d'Espagne par Bayonne ; à Toulon par la région centrale du pays ; à Marseille par Lyon et Besançon. Le développement total eût été de 1.100 lieues et la dépense présumée de 1 milliard. Le ministre proposait de commencer par un réseau de 375 lieues et demandait de ce chef 350 millions. .

Ce fut dans la presse capitaliste un cri d'horreur retentissant «t prolongé* Eh quoi 1 l'Etat allait maintenant faire la guerre ausi capitalistes et s'occuper des intérêts du peuple'^ Gela ne se comprenait pas plus sous Mole l'ambigu que sous Thiers < le sanglant Tom Pouce > ouGuizot, robstiné et Tauslère corrupteur. Toute la bourgeoisie s'unit donc pour défendre les monopoles llnanciers en péril et les journaux républicains, socialistes comme la Réforme ^ le Bons Sensj le Journal du Pcf^ple^ la Pha^ lange ^ le Censeur de Lyon, la Revue du Progrès (appuyés aussi parle National^ que son sens patriotique rendit clairvoyant en cette circonstance) crièrent en vain : les financiers l'emportèrent ; l'intérêt public fut sacrifié.

Gomment en aurait-il été autrement ? Des deux extrémités de la Chambre, il vint du secours aux ventrus. Le député légitimiste Berryer et le député républicain François Ârago, sacrifièrent leur iofluence et leur éloquence aux intérêts des faiseurs, k. (ïui fut ainsi livrée la France industrielle el commerciale. Quant à la France ouvrière qui s'en occupait?

Les choses en vinrent au point que» dans un accès de sincérité, le ministre Lacave-Laplagne, un haut bourgeois cependant, déclarait, peu de mois après, à la tribune, que < la résistance des compagnies financières aux vœux du gouvernement et du commerce était une calamité publique, y^ Ce n'était pas exagéré ; dans la période de 1S3S-39, les scandales, les ruines et les rafles dépassèrent tout ce qu'on avait vu depuis le temps de Law, Les actions des chemins de fer montèrent, sans que Ton sût pourquoi, de 1,000 à 3.000 fr. pour retomber lourdement à rien, quelques jours après. On fit si bien qu'en i839 les conceasionnaires ayant ruiné leurs actionnaires en s'earichissant, eux, s'adressèrent àTEtat qui les reçut comme autant d'enfants prodigues et leur distribua, sous forme de cession de travaux effectués, de secours pècuuiaireis et de garantie d'intérêt, etc., l'argent des contribuables. Il donna tout, ce brave Etat hourgeoiSï ne se réserv^ant que déjouer au Géronte modèle, délicei du fils débauché» En Toccurence, le fils débauche dissipa tout encore et, en 1842, eut lieu un nouveau recours k l'Etat. Celui- ci, inépuisable dans sa générosité pour les insatiables, livra, avec i^dL désinvolture habituelle, d'autres millions par centaines.

Ainsi la féodalité financière allait rapinant et spoliant, sous Tœil débonnaire, pour elle, de TEtat bourgeois complice. Et qu« nombreuses furent les victoires qu'elle remporta au détriment de l'intérêt public !

Udc des plus scandaleuses fut» à cette époque, le marché ob-

38 l'histoire

tenuânviiâ de la constructioa de l'exploitation du cîienim de fer du Nord par Rothschild, Sur cent soixante Tûillions à dépenser, TEtat en dépensait cent, il prenait à ses frais l'achat des terrains, les travaiix de terrassement, etc., M, de Hotsciuld n'avait qu'à poser les rails et à se pourvoir du matériel : dépense 60 millions. En retour de ces 60 millions, il avait la jouissance, pendant quarante ans, du chemin de fer du Nord dont les bénéfices nets, qui sont depuis montés à des taux si élevés étaient évalués dès lors, par les intéressés eux-mêmes, à 15 millions par an.

Cette gigantesque opération fut vivement flétrie par la presse socialiste, la i^halange en tête» et par la presse républicaine, y comprit le NatwnaL\ mais la presse ministérielJe : la Presse de Girardin et de Boutray, le Constitutionnel de Véron, le Siècle de Louis Perrée, la Revue des deux Mondes ûe Bnloz^ Vl^poque ils Solar, le Commerce, le Courrier français^ le Qlohe^ etc., se prononcèrent en chœur pour Rothschild. Quant à Torgaiie^ chef des grands faiseurs de la politique et de la Bourse, quant au Journal des Débats de « l'illettré ;& Armand Berlin, il osa écrire cette phrase immorfeUe: « M. de Rothschild sollicite la permission de se ruiner. »

Cependant la presse honnête rendit Impossib le la coDclusion du traité tel quel. Mais le contrat n'eu eut pas moins le caractère léonin que nous avons indiqué plus haut.

Sij au moins, en construisant à ses ft-ais Toutiliage de la cir-culation française par lui livrée à d'implacables feudataires, l'Etat avait stipulé en faveur des travailleurs que celte révolution économique attirait dans son tourbilloQ, pour las exténuer et les asservir? Mais rien, rien, Gepeadant c'eût été urgent :

« Tout un personnel nouveau allait s'installer pour la traction des chemins de fer. 11 fallait organiser des administrations spéciales, une hiérarchie immense soumise à des compagnies particulières. Ce personnel devait surtout constituer rhomrae-machine; les philosophes avaient beaucoup déclamé contre le servage; ils pouvaient désormais le comparer à cette servitude de rhorame attaché aux rails^ aux mine^, aux machines, aux Toies ferrées, soumisàlaglèhe des signaux passant sa vie dans une petite cahute des champs, l'oreille attentive aux plus légers bruits, sonnaut dans ce petit cornet féodal, souvenir des nains dans les romans de Chevalerie qui annonçaient l'arrivée des paladins aux castels. La féodalité industrielle avait toutes les duretés inflexibles de la féodalité territoriale et» de plus, la prétention d*être un progrès,

c Oui, une nouvelle féodalité s'élevait, au cœur sec, aux ma-

BB l'àgiotaqb SO

ni ères froides j qui soumettait l'employé à un syatème d'obèissaace le plus inflexible. (Gapefigue) (1),

La féodalité nouvelle n'était pas restreinte aux chemins de fer; elle enserrait tout le corps social, opprimait, spoliait autour d*elle sans retenue aucuQe» méritant cette flétrissure d'un écri- Tain contemporain, Tauteur des Juifs ^ Eois de V époque^ que doub avons déjà cité:

< La féodalité industrielle^ flnancière, ou commerciale, ne repose ni sur Thonneur, ni sur les honneurs, comme la république et la monarchie de Montesquieu. Elle a pour base le monopole commerciaï, oppresseur et anarchique. Son caractère c'est la cupidité, cupidité insatiable, mère de Tastuce, de la mauvaise foi et des coalitions. Toutes ses institutions portent le cachet de l*accaparement, du mensojige et de l'iniquité. Il envahit la chaumière du pauvre, comme le palais des princes; tout aliment convient à sa voracité. Comme le mercure subtil qui s'insinue, par sa pesanteur et sa fluidité, à travers tous les pores de la gangue pour s'emparer des plus minimes parcelles du métal précieux qu'elle renferme ; comme le hideux f(?n2«, dont les anneaux parasites suivent dans leur circonvolution tous les viscères du corps humain; ainsi le vampire mercantile fait courir ses suçoirs jusqu'aux ramifications extrêmes de l'organisme social^ pour en pomper toute la substance et en retirer tous les sucs.

Le ton, sous le régime de la féodalité d'argent, c*est Tégoisme qui cherche vainement à se dissimuler sons le masque d'une philanthropie hypocrite. Sa devise est: Chacun roua soi.

..- La féodalité iDdustrieHe, plus lourde, plus insatiable que la féodalité nobiliaire, saigne une nation à blanc, la crélinise et Tabâtardit, la tue du même coup, au physique et au moral. Sou despotisme est le plus déshonorant ne tous pour une nation généreuse. C'est celui sous lequel nous vivons, celui qu'il faut briser,»

Toussenel entre ensuite dans certains détails navrants del'exploitation capitaliste qu'il faudrait reproduire tout au long, chose impossible vu les dimensions de cette modeste étude* Toutefois, quelques lignes encore :

^ Après avoir ainsi marqué au fer rouge la classe dominante, réloquent disciple de Fourier prophétise les conséquences de taut de cruautésj de tant de convoitises, en faisant toutefois la part trop belle au passé: la téodalité financière prolonge les maux et les hontes de l'humanité, elle ne les a pas créés.

« Ils ont fait que l'équité a disparu des relations humaines, comme la charité du cœur de Thomme. Ils ont forcé le juge de

^1) La littérature commence à ie préoccupt^r des serf* dâ la toie fçrrce. Que poignact» et Traie eât U monograptiie du Garde barrière dâ Té. ni ne .1 «c rivai n qui a iiooi Léon Cladel I

4U LHiSToniij

condamner à la prison le malheureux privé de travail qui tend là main pour vivre. Ils ont enseigné au tlls à maudire la longévité du père, et au frère à considérer le père comme le ravisseur de son bien. Pharisiens, votre société s*est vantée quand elle s'est personnifiée dans le type ignoble de Roherl Macairel Le type de votre société, c'est Gain, non le Gaïn <jui tue son frère, mais celui qui le laisse mourir à sa porte de misère et de faim,

« Mais le flot des vengeances populaires monte et monte sans cesse avec riniquité et menace de crever sa digue, et il est facile de prévoir rheure de la catastrophe. Déjà Toracie impur de la religion régnante, le coryphée des thuriféraires du veau d'or a crié: Les Barbare.^ mnt a nvs portes,,. Oui, vous avez raison, les Barbares sont a nos portes. *.< et quand ils menacent un monde trop vieux, c'est, comme dit Salvien^ que les infamies de ce inonde ont comblé la mesure et qu il est tempy de le régénérer,...

< Car, c'est la guerre sociale qui commence, je voua le dis ; la guerre de ceu:i (jui n'ont pas, contre ceax qui possèdent; la guerre des affamés contre les repus ; une guerre impiloyable de réaction et d'extermination. Les rivalités nationales sont a^^soupies, sinon éteintes j rintelligence est venue aux opprimés des excès de l'oppression; ils calculent leurs forces et leur nombre; ils ne demandent plus à leurs seigneurs et maîtres compte des abus delà conquête, leurs ressentiments et leurs haines portent plus haut,

4£ Le tisserand de Silésie mette feu à ses ateliers, comme celui de Manchester, comme celui de Lyon. Chansons du Prolétaire^ delà Pomme de terre ou de la Chemise^ toutes ces protestations des travailleurs opprimés sont un même cri de révolte et de guerre, auxquels peuvent répondre à un signal donné, tous les serfs de Tindustrialisme européen- (TousseneL Let Juifs^ roù de V époque, — T. U, p. 248. — 1845,)

C'est ainsi que le plus brillant écrivain de Técole phalanstérienne annonçait les insurrections prolétariennes et les conjurations socialistes qui allaient remplir la seconde moitié du XIX* siècle et auxquelles une totale transformation économique, par réformes ou révolutions, pourra seule mettre fin- Cependant la corruption sociale et les conllits politiques et économiques marchaient de pair avec les envahissbments de la féodalité tinancière. Dans le grand œuvre de la mobilisation et de la monopolisation de la richesse pubUque (1), les Péreires,

(1}* La propriété raobjlière, telle qu'elle est toaatituée, déi-ive du Moaoj.ûle, c'eat-à-dire ducréJit inODopolisé, Quoi de plus naturel dè-î lors que l« MoQopûle agisse dans le aeDS de soa institutiOD, c*eBt-à- dira dan» L^iûtérêtda tout ce qui iiia vient ? La logique doB aituatloos conduit là. (Paul Coq, Le sol etlaHaùte Banqttej 1849), »

saint-simoniens, donnaient la main au roi d'Israël, Rothschild (2)» k son sujet Fould, au puritaia Yankee Hottinguerj au libéral I^ffite, au duc romain de la Galliera, à Tespagnol Aguado, au genevois Dassier, à Tâpre et dur Benolst d'Azy, comme aux financiers iégitîraistes nommés de Légier, deNoailles, de Latour^ Maubourg, de Beauveau, de RenneYille, d'Alloa, de Siméon, de la Haute, de Noulcher, de Lapenouze, comme au riz-pain^sel Seillèrej comme au butté soldal-affariste Bugeaud, comme au marquis d*Aligre, comme au flnancier Teroaux^ comme au futur flétri Pellaprat, etc, etc.

Ce que ceax-ci faisaient pour le nouvel outillage de la circu* latioix française, Tabhé Louis Roy, Humana, les deuï Schneider, Cane, Gail, Derosne, Gouin, etc., le faisaient pour Tinduslrie, avec cette réserve, qu'au moins ces derniers, en multipliant et en perfectionnant la production, accroissaient singulièrement la richesse économiiiue de la France (3J, Ce n'est pas d'eux qu'eurent tout d'abord à s'occuper les tribunaux, mais des infatigabies lanceiirs d'affaires troubles. «Ces messieurs jouent une partie, disait un président ; d'un côté sont les tribunaux, de l'autre la fortune, s'ils échappent aux uns, ils conquièrent l'autre- C'est une partie de dés, où le Gode pénàL sert de tapis, * Valéa dt^s Tïiessieurs de la finance n'était pas autre; mais le jeu était bon, la justice conservatrice leur devait être si douccj !

Les choses en vinrent pourtant à ce point que les tribunaux durent enfin sentencier ; mais rien ne découragea Robert-Macaire> Il multipliait les déguisemeats pour puiser à discrétion

(2) « Bonaparte était mort. Et à\i sièiîle de fer était né le Biède d'argent, par lei emprunts qu'on fit pour les armées. Un juif lûtelligeat, OUii àe Rodi-kgTies, au nom de Saint Slmoû, écrivit Té van gile de cette nouvelle religîoii-

^ LeajuifSj qui jusque là étaient eu république, se constituèrent en double royauté, l^es juifs allemands, ptua tard ceux du midi, créèreut deux réservoir* où se versaient les capitaux.

« Tandi» que les premiers faisaient les fonds pour les armées de la Sainte - Alliance, les autres se donnèrent au aecond Bonaparte. Donc la tlièae de paii et d'industrie tourna promptemeût au service deî gouverasmaûti militai ree. (Michelet)* »

(3) < Oui sans doute, le génie de Tliûmnie avait créé lamacliîniî ; mais combien était petit le nombre des créateurs et des dominateurs de la macbine i côte des esclaves qui suivaient le char. La mécanique tendait à constituer la féodalité industrielle qui aurait ses jours de Èecousee et d'agitation, La machine pouvait être comparée à ces divinités asiatiques aux mille bras, couv^r^ te» de bracelets et de riches colliers qui Baissisaent et étou^^nt laa ^Tictimdi offert ifi eo lacrifîcea* (Cape^egue). »

4É x'histoire

dans les tiroirs éternellement ouverts de rincorrigifcle Gogo, pendant que la souillure des pots-de-vin montait jusqu'aux régions gouTernementales, éclaboussant le banc ministériel d'une manière si visible que la justice eut à porter ses investigations Jusque-là. L'impavide Pellapra, Tun des accusés, n'y comprenait rien. < Ces gens-làj»' disait-il des pairs appelés à les juger, ne savent donc pas ce que c'est que faire des afifaires ! »

La concentration des fiefs capitalistes que nous verrons s'étaler si impudemment sous le second Empire, taisait déjà son apparition, attirée par la logique des laits. On voulut commencer par les raines delà Loire ; mais lupinion publique avait encore quelque puissance et le gouvernement dût, à regret, opposer un veto aux faiseurs qui se dédommagèrent par d'autres opérations,

En résuméj le harponnage fut tel et de telle sorte, que le peuple indigné cria, à Paris et à Toulouse, devant les complices électoraux du financialisme orléaniste : A bas les voleurs ! et que la ^ Résolution du mépris > s'en suivit (!)•

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