‹ L'agiotage de 1715 à 1870Chapitre 12 sur 18 · VIII . — l'agiotage sous la seconde république · texte numérisé non relu

VIII . — l'agiotage sous la seconde république

« II y a un point sous lequel la révolution de février doit être examinée : elle fut produite surtout par l'insurrection de l'ouvrier contre la dictature industrielle, contre Texploitation de rhomnae par l'homme, par le capital. »

Ainsi dit Técrivain conservateur Capefigue.

L'économiste Paul Coq avançait dans le même esprit : « La révolution de 1848 n'eût-elle rendu que le service de faire ouvrir les yeux sur l'abîme creusé par l'usure et la haute banque, elle serait encore un bien. »

Tel fut, en effet, le caractère dominant de la révolution qui renversa l'orléanisme. Mais, grâce à l'insuffisance de la minorité du Gouvernement Provisoire, à la trahison de la majorité et à la longanimité des prolétaires, les bouchers Cavaignac et Lamoricière, Tun républicain bourgeois, l'autre royaliste clé-

(1) « Il est un point de yue sous lequel la réTolution de février doit être «xaminée ; eUe fut produite surtout par Tinstruction de Touvrier contre la dictature industrielle, contre l'exploitation de l'homme par rhomme, par !• capital (Capefigue). »

« La Révolution de 1848 n'eut-elle rendu d'autre servie* que de faire ouvrir les yeux sar l'abîme creusé par Pusure et la Haute Banque, qu'elle serait un bleu. (Paui Co;^. Le sol et la Haute Banque). »

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rical, purent, aux applaudissements d'une assemblée affolée de peur et de bêtise, rassurer tout à fait les capitalistes, massacrer Jes « vainqueurs de Février > et, selon l'énergique expression de Prondhon, « jeter les prolétaires à la voirie, » finalement ouviir la voie à l'empire.

Les capitalistes n'avaient pas attendu ce moment pour s'insurger contre le prolétariat triomphant, mais si mal représenté à rHôtel de Ville.

C'est M. de Rothschild, pourtant si prudent et si habile, qui donna le signah

< Il se trouvait soumissionnaire d'un emprunt de 250 millions en rentes 3 0/0, prises par lui à 72 fr. 48 cent. En février, H5 millions environ avaient été versés et le soumissionnaire était libre de tout engagement Jusqu*au 6 juillet- Mais, à partir de cette date^ il devait, le 7 de chaque mois, verser au Trésor^ 10 millions jusqu'à payement. Or il est certain que M. de Rothschild avait pu placer son emprunt avec un bénétice de 7 à 8 0/0 ; cependant il ne craignit pas d'invoquer le cas de force majeure lorsque la rente baissa; il rt^tuaa catégoriquement de faire les versements ultérieurs et le déclara tout net à M- Gondcliaux, dans des termes que l'on peut ainsi traduire :

— c Mon bon monsieur, quand, en novembre 1847 J*ai sou-^

< missionné Temprunt de 250 millions, j'espérais bien y ga~

< goer 100 millions; j'ai mal pris mes mesures, et, maintenant,

< je suis exposé à en perdre 60 [ Vous sentez bien que cela ne * peut pas me convenir; par ainsi, vous pouvez aller vous ^ promener, vous et votre emprunt f je ne paye plus î (A. Chi-

< rac ; Les Mois de la République),

Les vassaux suivirent le royal exemple et la grève des capitalistes mille peuple en quarantaine, suspendit la vie écoûomique de la France, Une ettroyable dégringolade de Bourse l'avait annoncé : D'un mois à Tautre, après la victoire des républicains et du prolétariat, le 5 0/0 tombait de 117,50 à 50,20 et le 3 0/0 de 75,20 à 32,50, soit 58 0/0 de baisse. Les actions de la Banque de France tombaient de 3,230 fr. à 950 fr. î

Pour avoir l'air de faire quelque chose, et aussi par crainte

< du lion populaire ?^ qui n'était pas encore € muselé », on ouvrit les Ateliers 1^at^ona^^., qui furent une dérision et un piège. Il n'empêche qu'on avait eusoiu, auparavant, de payer, par anticipation, un semestre de la rente et d'ajourner le remboursement des dépôts faits aux caisses d'épargne. Les financiers du gouvernement ne pouvaient pas insulter plus cavalière ment à la misère générale des producteurs et au caractère anti-

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capitaliftte de la révolatioE. L'impôt néfaste des 45 centimes

combla la mesure, il ne manquait plus, pour la faire déborder, ([lie de fermer les ateliers nationaux et de livrer le Paris ouvrier et socialiste au sinistre Cavaignac. Ce fut fait, après quatre mois de République.

Les affamés se levèrent donc en disant, d'une voix assombrie par le dénument et le désespoir : Bu pain ou du plomb. Ils eurent du ploQib, des calomnies atroces, des tortures sans nom et la transportation en masse, sans jugement, car ainsi flairent les lamentables Journées de Juin,

Du côté des barricades, fait à noter, s'étaient distingués particulièrement les nouveaux asservis de la grande industrie (1).

L'avènement de Bonaparte à la présidence rassura les boursiers; les titres cotés à la Bourse^ attreusement bas, depuis Fé* vrier, se relevèrent d'un bond comme après Waterloo» comme après tous les grands désastres de la patrie ou de la liberté : 1g 3 0/0 monta de 45 fr- ii 86, soit 85 0/0 de hausse! Le 5 0/0, sous le coup d'une menace de conversion, monta néanmoios de 89 à 106: 22 0/0 de hausse,

La liberté républicaine fut vaincue en même temps que la justice socialiste, bien que, comme le reconnaît un estimable publiciste (2) ^ seuls les socialistes avaient osé se prendre au « géant de Tagiotage, fouiller ses entrailles d'un ongle acéré « et se faire écraser au prix d*une vengeance suprême. L'é- ^ poque a prodigué la honte aux vaincus ; mais leur lutte n'en <c est pas moins Thonneur do la France* Le géant un moment < abattu par le dégoût d*un peuple qui fait volontiers de son « gouvernement le bouc émissaire des péchés d'Israël, se re- ^ leva plus puissant que jamais. Les eonemis agissaient sans « ordre et sans discipline, leurs armes n'avaient ni la même « trempe ni la même longueur ; il les brisa toutes les unes « après les autres. »

Mais au moins, grâce à la protestation socialiste, la République eut l'honneur de tomber avec l'honnêteté publique, avec toutes les aspirations émancipatrices et humanitaires du xix» siècle. C'était une promesse de résurrection.

(1) € TeUe fut la part ardente que prirent les ouvriers de la grande industrie à l'insurrection de Juin^ que lorsque le parti de Tordre triompha, il j eut un si grand nombre d'ouvriers frappés de proscription, que presque tous les ateliers des compagnies furent désorganisés ; les mains habiles manquaient aux œuvres (Capeâgue).

(2) D' Clayel : Statique sociale.

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