IX. l'essor impérial
Sous la deuiième République, sous la royauté de Juillet et même, dans^ uoe certaine mesure, sous la Restauration, la presse indépendante pouvait au moins démasquer et flétrir les manœuvres des agioteurs et faiseurs de toutpoi). Mais Louis Bonaparte y mit bon ordre; la liberté, étranglée, — comme et avec la Républiciueetle Socialisme,— les aveuturiers tinanciers purent donner la main aux aventuriers politiques et opérer avec eux de concert, mêlant les opérations et les hommes- Ce fut un touchant accord.
Pendant que les Bonaparte, les Morny, les Troplong, les Maupas, les Piétri, les Saint-Arnaud, les Lespinassp, les Gracier de Cass3o:nac, les Fleury, les Canrobert, les Haussmanu, les BiLlauit, les Baroche, les Rouher, etc., etc., s^acharnaient sur tout ce qui restait en France de dignité individuelle et de liberté politique, sans négliger, pour la plupart, les profits fi* nanciers, une pléiade capitaliste, non moins illustre, et dans laquelle nous trouvons les deus Pereire, les immuables Rothschild, le persistant Benoist d'Azy, cligne représentant do ses durB et avides ancêtres, l'insurpassable Mirés, B- Fould, le financier-miuiâtre^ le créateur de la Trésorerie générale, en 1862; le duc romain de la Galliéra, Seillière, Thurneysen, flanqués dps Boucaruc, des Prost, des Crémieu, des Millaud, des Calvet- Rogniat, des Gibiat, des Solacroup — dont la devise était de « taire rendre le plus de dividende possible aux colis homme ot aux colis marchandise >, dussent l'industrie et le commerce français en périr ; — lesTalabot, les Sébille et autres Crochard» menaient la chasse aux écua contre les petits capitalistes français.
Ils pouvaient opérer à Taise, le silence était complet, lovent tout à la reconstitution,— un moment gênée par la République , — de la Bancocratie. Le pouvoir n'était pas seulement sympathique à Tœuvre de haute finance; il en était complice. De 1S53 à 1857, cette quatrième grande époque — et la plus grande — de la féodalité financière, on prorogea les monopoles de la Banque, des Chemins de ter, du Gaz, des Mines, des Omnibus. C'était déjà beaucoup, on fit plus : le principe des Adjudications publiques fut suppiimé, remplacé par les Concessions directes ; cent compagnies éparses turent réunies, amalgamées, façonnées ; les industries les plus répulsives à la
W l'histoire
commandite furent mises en action et le travail libre, auto^ nome, déclaré suspect (1).
La haute banque ainsi maîtresse, put tout remuer, tout bouleverser, tout accaparer : Comptoirs d'escompte. Assurances» Sociétés de crédit, Voies de communication, Métallurgie, Docks» Ports, Voiturage, Marine, Usines, Mines, Propriétés bâties, etc- Elle put couvrir le pays de commandites et de sociétés anonymes, inonder de son papier toutes les places du commerce européen, ruiner les gens par milliers, corrompre les consciences, asservirles travailleurs et raffler,par milliards s'eatassant sur des milliards, les produits, attirés par elle, de l'épargne française p
Au nombre des victimes» le prolétariat, qu'on asservissait et exploitait de plus en plus (1) voyait s*3gouter la petite bourgeoisie qu'on ruinait, conséquence inéluctable et. Tan-tagonisme des classes était poussé à son comble (1). Jamais rien de pareil ne s'était vu dans le monde financier.
Proudhon pouvait élever une voix vengeresse et s'écrier mé- Jancoliquemeut, au milieu de ces hontes, de ce tourbilloonement de la corruption financière :
^ L'improbité règne dans les mœurs, la piraterie dans les af» faires. Sous l'apparence de transactions régulières et libres-. -sévissent sans nul empêchement le charlatanisme, la corruption, rinfidélité, le chantage, Tescroquerie, la concussion, le voK,..
* Sur cent individus enrichis pris au hasard, il n'y en a pas quatre de foncièrement honnêtes,-. Partout Ton ne voit que le parasitisme sansvergogne se gorgeant à la barbe du prolétariat confondu..-
€ Oh 1 sachez- le, une fois, les laits et gestes de fa Bourse ont fait table rase de l'honnêteté commerciale ! Texagération arbitraire insultante des loyers, la mobilité des tarifs ont
détruit le respect de la propriété, et ce qui esl.pire, Tamour du travail dans les coeurs
« On a parlé des crimes de la Terreur, des hontes du Directoire, de l'arbitraire de l'Empire, des corruptions de la Légiti-
(1) Geoigea Duchêûe : La Spéculaiion devant les tribunaux.
(2} U existe aujourd'hui deux milliousde Français oUcUurs, éLig-it^lea Qftûti s de leurs droits civils, civiques et politiqties, pour lesquels il n'y a piui ai Code civil, ci Code de procédure, ni Code de commerce et auJtquels oa applique, eu revanche un Code pénal inédit dont les pouvoirs publics ne Boupfouuont même paa Texiatence. (Georges Dachêne<)
DE l'aGIÛTACE If
mité et de la Monarchie bourgeoise; comparez donc ces misères avec la dissolution d'une époque qui a pris pour décalogue la Bourse et ses œuvres ! » (EfeoucHON : Manuel du Spéculateur é la Bourse),
En sa qualité de bonapartiste, M. Oscar do Vallée ne pouvait se permettre ce mâle langage, mais il jetait aussi le cri d'alarme, disant dans ses Manieurs d'argent :
« Comment veut-on maintenir le respect de la propriété, par exemple, dans Tâme deceux qui vivent de leur travail, devant une fortune faite d'agiotage? ^
Paris, eu effet, était devenu la capitale des jeux de Bourse du monde entier- Un gouvernement constitué, grâce à uu crime, disait, en ISlb^ Idi Gazette de Cologne dans un article reproduit par le Gaulois et par le Rappel, et purement environné de créatures qui, auparavant, se trouvaient dans une situation financière des plus précaires, et dont le premier soin consistait à se délivrer de leurs créanciers, devait nécessairement ouvrir toute espèce de voies à tons les intrigants et au rebut de tous les gouvernements précédents.
Depuis le rétablisj^ement de i'empire, la France s'était jetée dans les spéculatioua et dans les afiaires de bourse avec une telle ardeur, qu'eu 1866, il y eut comme une véritable fièvre. Le gouvernement impérial mit tout en œuvre pour entretenir cette surexcitation monétaire. Dans une période do dixliuit mois à peine, il jeta sur le marché financier de Paris des centaines de millions, par des emprunts déguisés sous le nom de rente à 4 1/2 et à 30/0, A la suite de ces mesures vinreat les emprunts départementaux ouceax des communes, pour amor^ tir les dépenses occasiounées par les travaux entrepris de tous les côtés, lesquels devaient avoir pour but soit Tutilité, soit des embellissements, ainsi que les emprunts contractés en vue de constructions de chemins de fer.
Les joueurs de Bourse nageaient dans leur élément. Le marché était chargé d'actions et de papiers de tontes sortes. Les fluctuations incessantes et soudaines qu'ils produisaient amenaient la ruine du public en même temps qu'elles enrichia-
(2) La Bcission entre U Boui^geoiaie «t le Pralétari&t, de jour eu jour ploa apparente, et, on peat le dire Irrévocable, no as en dit les causes fataloa: Ce »oût ]ea abus qui accompagneot la production dans aes quatres facultés esrse Qti elles, le travail, le capital, réchange et par dessus tout la âpéculatiou (ProudboQ).
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saieitl les spéculateurs, qui étaient les faiseurs du gouvernetneot ou travaillaient sous sa protection. Aussi ces derniers étaient-ils toujours à même de connaître, avant le grand public, les moindres incidents diplomatiques, ainsi que les nouvelles Us plus secrètes de la guerre. Da sorte qu'ils s'empressaient d'exploiter ces avantages, et savaient bien en recueillir les etfets sur les vastes champs des sociétés en commandite,
< Ces gens d'affaires utilisaient tous les moyens propres à leurprocurer l'influence nécessaire, soit par l'intrigue, soit par la corruption pour obtenir ou des concessions de chemios de fer, ou d'autres privilèges pouvant être utilisés à la Bourse, C'est de cette façon que tous les représentants de l'empire spéculèrent en France pendant dix-liuit ans, depuis Louis Bonaparte jusqu'au faiseur lapins infime, soit directemeiit soit indirectement, en se servant de valeurs réelles ou simulées. Tant que cela était possible, ces agioteurs officiels et officieux, et ces pirates du deuxième Empire, lorsque leurs maoœuvres et leurs escroqueries venaient par hasard à être portées devant un tribunal, savaient fort bien se servir de la protec- ]on du gouvernement. Depuis le 2 décembre, le gouvernement s'était appliqué à remplir les sièges de la justice de créatures qui, dans leurs jugements» n'appliquaient pas le droit mais uniquement ia volonté d'un ministre de la justice tel que Ronher ou Baroche- )^ (Galette de Cologne).
Pendant que le gouvernement opérait ainsi sans vergogne avec les hommes de Bourse ;
Que, par le seul fait de la prorogation de la Banque de France, il gratifiait les agioteurs d'une plus value de 205 millions, dans les 24 heures;
Qu'il livrait les quarante-deux Compagnies de chemins de fer avec un outillage en pleine croissance de 7 milliards déjà, à six petits groupes de hauts faiseurs ;
Qu'il favorisait les syndicats pour les rafles en grand;
Qu'il haussmannisait Paris, au profit des spécntateurs et pour enrichir ses créatures ;
Qu'il substituait au régime des Adjudications le régime de Concessions ;
Qu'il terrorisait le prolétariat, dès que, par la grève, il demandait à être moins opprimé, moins exploité;
Pendant ce temps les financiers se surpassaient en tours et en coups de filets de toutes sortes. Nous jugerons de l'œuvre du menu [fretin par celle des chefs.
Les Péreire fondaient le Crédit Mobilier^ justement appelé
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par Berryer * la plus grande maison de jeu d^ TEurope » puisque, avec un capital de 60 millïons, les fondatt^urs en raflaient 218 à l'épargne française. Mirés fondait, au caî»ital de 50 millions, la Caisse générale des chemins de /'T, non moina célèbre. Venait ensuite la Caisse Centrale de C Industrie et autres institutions aux destinations dstssi honnêtps. Puis, s'agençaient des syndicats de gros faisetirs et insatiables preneurs qui, de temps à autre, e5com73^a'>*i/,c'est-â-dir*^ jouaient contre le public avec l'argent <\Mf c^ lui -ci leur avait confié et qu'ils ne lui rendaient pas en cas de caïastrophe: il s'agissait de ne rien laisser à )a p!èb<^ agioteuse — que nous ne plaindrons pas trop, si vous \^ voulez bi^n. — D'ailleurs, les faiseurs ne mettaient-ib pas, a sa di.^position, en vmgtuplant leur valeur, il est vrai, les actions de toutf>s |f^s eoîreprises qu'ils avaient sous la main et celles qu'ils créaient en putreprenant les chemins de fer du monde entier? Eile pût été bien ingrate do se plaindre; la seule victime innocente était le peuple travailleur.