‹ L'agiotage de 1715 à 1870Chapitre 14 sur 18 · X. — Li COUPE DÉBORDE · texte numérisé non relu

X. — Li COUPE DÉBORDE

Les choses en vinrent au point qu'en 1850, malgré le bâillonnement et la complicité de la presse, un long cri d'indignation et de dégoût retentit d'un bout à l'autre dfl la France. Bonaparte et les siens seïitirerit le périls on permit aux tribunaux de punir les moins adroits îles voleurs. En 1856-57 quarante sociétés avait dû rendre compte de leurs pirateries toujours légèrement punies d'ailleurs. Thémis n*aimant pas à se brouiller avec Mercure, surtout quand celui-ci est le protégé de Jupiter. Cependant, en cette circonstance. Mercure s'était roulé dans de telles fanges que TOlympe impérial dut se résigner à un désaveu public — qu'un sourire intime et d'autres complaisances devaient racheter, sans trop tarder.

Donc, Napoléon III prît la plume en personne et félicita Ponsardà l'occasion de sa comédie ia Bourse ^ représentée à l'Odéon (juin 1856) (1). Il exprima ensuite par écrit sa recon-

(1) On y disait au s: Gogoa :

« La Bourse 1 m&îz C6 flpbiai vers qui tu te foufToifit, Pûarua (Edipe heureux dévore mille proi€« »«

Vu payaau a*j plaignait, en ces termes, du draiaage dee capiUui :

ï Meâtieurs, cfift beaux projets qui tous 8embJ«tit plaiHauts, Ne nouB arrangent paa, nous autres paysans,

rQ L^HIGTOIIIB

naissance à M, Oscar de Vallée, avocat général prèslacoar impériale de Paris, pour sod ouvrage intitulé: Les Manieurs d'argent, et déclara que le gouverûemeot n'autoriserait plus de nouvelles entreprises. Les lettres de BilUaut, de Saint- Arnaud, de Pietri et de l'empereur parurent dans le Moniteur^ Les spéculateurs et les malins en rirent. Ils savaient bien à quoi s'en tenir.

Ils répondirent à ces notes et à ces lettres publiques par un redoublement d'activité dans leurs spéculations, et formèrent de nouvelles sociétés en commaudite, sans Tautorisatioa du gouveraement.

Tous ces messieurs savaient fort bien, encore une fois, qnfi, malgré notes ministérielles et lettres impériales, ils seraient fortement soutenus par !a logique même du gouvernement. En effet, ce dernier, en organisant des machines financières aussi pnit^î^antes que celle du Crédit mobilier, diVd^it naturellement luis l'obligation de leur fournir les éléments nécessaires à leurs opérations:

< Vraiment, n*était-il pas risible de voir des individus comme Morny, Saint- Arnaud, Houher, Billlaut, Pietri, rédiger des circulaires contre des institutions dont chacun savait à Paris au'ils étaient les membres secrets, et quand ce n'était un mystère pour personne qu'ils conservaient pour eux seuls lesnouvelïes télégraphiques qui leur étaient parvenues, jusqu'à ce qu'ils en eussent profité, par la vente ou l'achat de leurs propres actions ou papiers? Pourquoi doue, en eflet, les âpres faiseurs et les spéculateurs se seraient-ils iuquié^ ^ tés le moins du monde de l'opinion publique ! Ne savaient-ils pas que les spéculateurs principaux et les premiers agioteurs de l'empire étaient le duc de Morny ; le démolisseur et reconstructeur de Paris, HaussmanUf qui vendait le matin à la municipalité la rue qu'il s'agissait de jeter à bas, rue achetée

Tout rargeot va choi toui, et les proppiétairefi N'en p©'jTenl plus trouver pour cuiti^er leurs terrai* Par exemple Toulaot d^seéclier un marais, Ja cherchais iin eraprunt même à gros iûtér4ts Ah I oui, le capital à dos champs infidèle S*eïiTole Ter» la Bourse <,ù la prime rappelle Et chez le» étrangers fait pleuvoir des millmrdB SaoB qu'il ôû tombe un sou parmi doi campagnards »

Ce n'était paa très méchant, Néanmtiii?^ comme ûela aurait pu donner à réfléchir, on fit tomber la pièce.

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le jour même pour son propre compte, parun de ses agents î ^ {Oaietie de Cologne).

Qui ne savait, continue !e même journal, que les plus grands coupables étaient ceux qui avaient écrit ces lettres morales àPonsard, à Oscar de Vallée, et qui, pendant que le papier était encore frais de leur encre menteuse, partageaient st mettaient dans leurs poches les millions dérobés à la fortune publique et à celle de l'Etat î

Depuis longtemps on n'ignorait pas à Paris que le véritable mobile de rexpédition du Mexique n'avait été qu'une spéculation d'argent entre Morny, Jecker et l'empereur des Français* Lorsque Mirés se trouva en danger de n'être pas acquitté par la cour de Douai, à cause de spéculations faites au moyen de fausses valeurs, il écrivit à un familier des Tuileries que, dans le cas où il serait condamné, il publierait la liste des personnes de la iamille impériale et des grands dignitaires de Vempire qui avaient honoré sa maison de banque de souscriptions d'actions en faveur de la Société en commandite qui était le sujet des poursuites exercées contre lui. Les agents de Pietri, ajoutait^], n'avaient nullement besoin de se donner la peine de chercher cette liste, car il Tavait depuis longtemps à Londres en lieu sûr, avec les lettres originales de ses associés secrets.

Il va de soi que Mirès^ sur des menaces aussi dangereuses, fut acquitté par la conr de Douai (l).

(1) Voici rhistoira de ce personnage : ^ En 1848, Miré a n'était qu'iia journaliste de troiaiènie on de quatrième ordre ; dix ans après, il était d^^Ttsiiii le chef d'une maîaon de banque qui fuîaait concurrence à celle de Rotbeeîjîld; le chef d'une caÏBae de cbamina de fer fondée au capital de 50 millioûs, le banquier de toue les petits rentiers de Palis, \& cnncefiaîonnaire des chemins de fer romains, des chemioa de fer de Pampelune et de Sarrsgosse, 3e propriétaire deB mine* de charbons à Partes et Senéchas, de h au ta -fourneaux et de fonderies dans les environ» de Marseille, le propriétaire du gaz à Mar^ seille. Mirés fut le négociateur de Temprunt espagnol au capital de 800 millions de réaux et celui de l'emprunt turc. Le capital qu*il avait versé dans ces deux entreprises fat Jlié à 700 milllions de francs. Dans lea salons de son hôtel se pressaient tonte la haute et toute la basse société du second empir^. Les maréchaux, les généraux, les ministres, les magistrat! , les pré* fets de Ja Seioe et de police, les sénateurs, les banquiers et les spéculateurstous les financiers, grands et petits, tous les joiirnalistea les plus bonapartistes, les écrivains payés, les reportei s, ete*

« Et comment le petit journaliste Mirés se procnra-t-il ces richesses ? Comment arriva-t-il à cette position dans le monde financier de Paris ? Uni-

E6 l'histoire

Où Mirés avait été pris, d'aotres devaioiit r ^^|^'I^ L^s procès financiers contiauèreQt. Lisez ce caleudner u^ 'auteur de la Spéculation devant ies Tribunaux et de VEm^tr'- i ndmtriel :

« 18j8j juillet Je Cheptel, escroqueries, ab.is d\ uontiaace ; — Les Mines d' Aio^la-ChapeUe : escroquen v^, ibus de confiance- — 24 août. Union des gaz et verrerie > dt^ Fn^ije : dbas de confiance, banqueroute si tn pie. — 14 septeiûsjr s Caisse d*escompte : escroqueries, abus le canâance. - :^7 o.:tibri\ Société préservatrice des pertes où ^mn^ relater: escpo Ji *j' î i, jl\}ù.A de confiance, banqueroute simple,

^( 1859, janvier, (évrier. Compagnie françaisp. de naoigjtlon à vapeur de roulage et de Messageries : bAuqaGruat ' si un pie. — i"" et 8 février, Union. Foncière: eiicroquerie. — 1 i fev,, Petites Voitures, — 13 avril. Affaire la Bonamiere de B *au -juiit Vassy

quemeut parce que, ptas que les autrea, il a'«ppiija sur Tiuûvjieûfîe et te coucours de la politique, et se servit de la politique plus t^ue Lo.it autr^tet a'tme façon plus habile. 11 devint le propriétaire de deuï fu^ufll^a ^'ouvei-aetut^atales, le Constitutionnel et le Pays, et, par sui^e, le ctivf d^is éc i' liu^i payés Isa plus dépourvus de seaa moral, les pîas impadents, la-^ ;iUs rai3i*^rÈ*6le3 de Tempire; il deviot Tasaoeié oatenaible des sénateurs et dia^ députea les plus bouapartiates qui Jui prêlèreut leur no tu et leur cré!;iit, qjii dei^Lareut les membres de aoa oouaeil d'adminiatratioo, aea eo-iLitér^^â(3- ; il dt de sa âUe une duchesse de Poligaac; il tut rassocié réel de Moray ev c lusort'ï, ^\xi le soutinrent jusqu'à ce que les affaires fussent passées i joar, Jusquà ce que les accusations les plus graves contre lea escro inertes et les manoeuvres irauduleuses fussent dans la bouche de tout le inonde, et pr-oviiquiasent le^ BCandales ûn^uciers révélés au conseil d^Btat et à la Chambre»

« Jules Favre fut même obligé de dédarer publiquement devant le Corpt législatif quo la justice connaissait les manœuvres du chef des agioteurs de Tempire, qu'elle en avait les preuves en main; que, malgré les inâueuces de hauts perâonnagea qut, parce qu'ils étaient intéreaaea dan^ ces manoeavres et entreprises déloyales, avaient juaqn^alors entravé ta marche de Ta justice^ elle ferait son devoir* Alors, Morny, Fleury et consorts abandonnèrent leur favori Mirés, Le grand financier fut arrêté, aea livres furent examinés, T instruction fut commencée. Alors, la banqueroute delà maison Mires et Compagnie devint un fait accomplie Le passif ne s^éleva pas à moins de 350 millions, pendant que Tactif n'arrivait pas à 80 millions. D'ailleurs, le procès eut .lien d*une façon vraiment gracieuse pour Mirêa. 11 ne fit que du scandale en révélant les spéculations faites an moyen de fausses valeur s avec Taide et la protection des grands dignitaires du second empire* En définitive, il ne fit que disparaître du ciel financier du second empire, des millions en poche >, (Gazette de Cûlogne^ i874).

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et affaire Sébillp. — 13 mai; affaire Boucaruc. — 23 juin, procès d^s fOïili^si^^rs. — 7 jaiilpt, : Compagnie générale deê compteurs à gaz y manœuvres de bourse, hausse lactice^escroquenes, abus do cr>ntlaiice, — 6 septembre, la Vigilante^ escroqueries, a bus «i A roTifla nce, df^struction de registre, usure habituelle — 28 dècf^rjd}n\ Mortaco: exagération de rapport des fondateurs, manœuvres de bourse. Mines de Rosdorff, Heilberg, Sarrebrùck et Marienthal: escroqueries, émissions d'action au porteurs avant libération, simulation de souscription. —27 décembre, agent de change Giblain(l): dix-huit cents faux.

« 1860, 27 janvier, procès de Giblain. — 18 avril, jeu de bourse, par Pj^^ 'iit de change Sauvage: destitution. — Mai^ Colomieux, a^^^^nt de change à Toulouse ; faux, usage de pièces fausses, 6 ans à^^ réclusion. — 4 mai, chemin de fer de Nassau: escroquerie^, iJuis de confiance, banqueroute simple. — 10 mai, Mines d Asphaltes et de bitumes de Bastennes : escroqueries, abus de confiance, banqueroute simple, l*'^ août, agent de change Fécamp : escroqueries, abus de confiance. — 1 et 6 décembre. Comptoir généra' de r^wet?er6eZ/e banqueroute simple et abus de confiance.

« L^s années 1861 et 1862 sont remplies par les débats devant toutes les juridictions possibles de l'affaire Mirés, accompagnées d'autres accusations d'escroqueries et d'abus de confiance.

« Depuis nous avons eu la fusion des Docks et Ports de Mar^ seille, des Ports de Bresty la faillite de la papeterie d'Essonnes, etc., etc.

< Le public ne se doute ni de rh'>rreur, ni de la grandeur de ces désastres dont nombre d'auteurs ont reparu plus effrontés que jamais, soit à Paris, soit en province, soit à l'étranger (1). »

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