Darwin. — Loc. cit
facilement, n'est-ce donc pas qu'ils sont moins essentiels à la vie générale du végétal ?
Les faits, comme l'on voit, se répètent à tous les degrés de l'échelle, et, ce que nous avons vu exister tout à l'heure chez les insectes, nous le voyons à présent se manifester chez les plantes.
Aussi bien, du reste, toutes les observations concordent-elles, et viennent-elles, chacune, se donner un appui commun et une confirmation !
Ainsi, dans la fécondité d'uae espèce survient-il une modification particulière, de suite l'on constate des phénomènes anormaux du côté de l'expression mâle.
A l'aquarium du Trocadéro, à Paris, où les bassins sont alimentés par l'eau de la Vanne cjui est très froide, les poissons autres que les salmonidés ne peuvent se reproduire. Les femelles de perche apportées pleines à l'aquarium pondent bien leurs œufs, mais ceux-ci ne sont plus fécondés.
L'arrêt de la fonction génératrice mâle avant celui de la fonction similaire femelle se mani-
feste avec une mèma rigueur chez les végétaux où les étamines devenues inutiles se transforment bien vite en pétales.
Lorsque la fécondité disparaît en conséquence d'une cause diftérente, notamment par suite de Phybridation, il existe, d'après Gartner, une forte tendance chez les fleurs à devenir doubles, tendance qui est héréditaire. En outre, il est notoire que, chez 'les hybrides, les organes mâles deviennent stériles avant les organes femelles, et que, chez les fleurs doubles, les étamines deviennent fohacées les premières. C'est ce qu'on peut observer chez les fleurs mâles des plantes dioïques qui, d'après Gallesio, deviennent aussi doubles les premières ^
Chez les animaux, notamment chez les animaux supérieurs, où, en raison des lois d'une longue hérédité, les organes de la génération présentent une plasticité moindre que chez les plantes, il n'y a plus guère de transformation ou de disparition de l'appareil sexuel, mais une simple di-
1. Ch. Darvin. — De la variation des animaux et des plantes, traduction Ed. Barbier. Paris, Reimvald, 1880, in-S», t. II, p. 163.
rainution dans leur valeur physiologique, diminution qui se caractérise par une tendance à la stérilité et par une exagération considérable dans le nombre des naissances mâles.
On sait, en effet, combien rares sont les hybrides féconds, et combien encore, quand il y a fécondité, cette faculté disparaît rapidement au bout d'un petit nombre de générations.
Les faits rapportés par Buffon sur la production des chabins sont concluants à cet égard, et, des expériences plus récentes effectuées par M. le professeur Giard, dont la haute autorité en matière de science zoologique est unanimement reconnue de tout le monde savant, lui ont démontré que chez les hybrides d'oiseaux de la famille des Fringillidés la proportion des mâles était énorme et, dans certains cas, atteignait environ 80 p. 100 du nombre total des oiseaux.
Un autre fait d'une grosse valeur zoologique vient encore établir une fois de plus la supériorité physiologique et organique de la femelle.
11 est logique de présumer que, si réellement
celle-ci est d'une expression plus élevée, son organisation doit être plus complexe, sa différenciation plus grande.
Or, c'est justement ce que confirment de nombreuses observations. Parmi les animaux inférieurs, la femelle est le plus ordinairement d'une taille et d'une vigueur plus grandes que celles du mâle, et ses organes sont plus parfaits.
A la suite de ses études sur la faune des Apiaires de France, M. Ferez ^ a reconnu qu'il était impossible de donner les caractères distinctifs entre un mâle de psithyre, — espèce parasite du bourdon et dérivée de lui par cause même de son parasitisme, — et un mâle de bourdon. Les différences se manifestent seulement chez la femelle.
Les truites et les saumons femelles sont, en général, à égalité d'âge et de nourriture, plus grosses et plus robustes que leurs compagnons mâles.
1. Porez. — Contribution à la faune des Apiaires de France, II» partie, Soc. linnéenne de Bordeaux, t. XXXVII, p. 205, année 1883.
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Au reste, dans la nature, il semble que le mâle soit d'une importance très secondaire, et qu'il n'y ait guère d'inconvénient réel à le sacrifier en grand nombre.
L'histoire des amours de l'araignée est â ce l^ropos notoirement intéressante.
L'accouplement chez ces derniers êtres, — où la femelle est, du reste, ordinairement beaucoup plus robuste et plus grosse que le mâle, — s'accompagne généralement d'un véritable holocauste des époux. Chaque fois, en effet, que ce dernier ne réussit pas, du premier coup, à satisfaire sa douce compagne, sa destinée est accomplie. L'araignée femelle en fait sa proie, le tue et s'en repaît. « La femelle, plus forte, tend des pièges aux mâles comme aux autres petits animaux et ne l'épargne même pas pendant ou après l'accouplement. Aussi celui-ci ne s'en approche-t-il qu'avec la plus grande circonspection', » écrit un des zoologistes les plus émi-
i. D"- Claus. — Traité de Zoologie, traduction de G. Moquin-Tandon, fin vol. in-8°, chez Savy, 1878, p. 517.
nents de notre temps, dans un traité devenu classique.
Si l'existence du mâle est d'un intérêt médiocre, celle de la femelle, en revanche, nous apparaît comme infiniment plus précieuse ; et, cela est si exact, que les moj^ens de protection mis à sa disposition sont plus nombreux et plus variés que chez les mâles.
C'est ainsi que nous voyons en certains cas la femelle user d'artifices particuliers et dont le raàle n'a cure, dans le seul but de mieux sauvegarder sa vie. De Homeyer nous en cite un bien curieux exemple :
« La grue-femelle, rapporte cet auteur, au moment de la ponte, enduit ses ailes et son dos avec de la vase, ce qui, en séchant, lui donne un ton roux. L'animal se confond — par ce mimétisme voulu — avec les objets environnants. »
Le procédé n'est-il pas d'une ingéniosité véritablement merveilleuse ?
Mais, au surplus, en cet ordre d'idées, les faits
abondent et nous n'avons que l'embarras du choix.
A ce propos, il en est un essentiellement intéressant et que chacun a pu observer, c'est la difiFérence existante entre le vêtement extérieur du mâle et celui de la femelle chez un grand nombre d'espèces animales.
Les oiseaux, sous ce rapport, sont des plus curieux à observer.
Ces êtres peuvent se diviser en deux groupes : l'un dans lequel les deux sexes sont ornés de couleurs voyantes, l'autre dans lequel le mâle seul en est paré.
Ces différences existantes entre des individus d'un même groupe animal ne se peuvent expliquer que par la nécessité, en certains cas, de protéger plus spécialement la femelle qu'un plumage trop coloré signalerait à l'attention des ennemis de sa race.
Et, cette façon de voir est justement confirmée par cette division que nous avons indiquée tout ' à l'heure en oiseaux dont les deux sexes
sont revêtus d'un vêtement éclatant, et en oiseaux chez qui les plumes de la femelle demeurent grises et ternes, tandis que celles du mâle sont splendidement décorées.
Les différences sexuelles de couleur et de plumage sont très importantes chez les oiseaux ; on s'en est déjà beaucoup occupé ; elles ont été, en ce qui concerne les oiseaux polygames, fort bien expliquées par le principe de la sélection sexuelle, énoncé par M. Darwin. Nous pouvons assez bien comprendre que larivahté des mâles en force et en beauté ait produit le brillant plumage et la grande taille des faisans et des grouse mâles, mais cette théorie n'explique pas pourquoi les femelles du toucan, du guêpier, du perroquet, de l'ara macao, et de la mésange sont toujours aussi vivement colorés que le mâle, tandis que celles du cotinga, du pipra, du tangara, des oiseaux de paradis, et de notre merle commun, sont de couleurs si ternes et si peu apparentes qu'on peut à peine les reconnaître comme appartenant à la même espèce que le mâle.
Cette anomalie peut s'expliquer par l'influence du mode de nidification, car j'ai reconnu, comme une règle souffrant peu d'exceptions, que, lorsque les
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deux sexes portent les mêmes couleurs éclatantes et très apparentes, le nid est de la première classe, soit, formé de manière à cacher la couveuse, tandis que s'il y a contraste, c'est-à-dire si le mâle est de couleurs brillantes et la femelle de couleurs ternes, le nid est ouvert et la couveuse exposée à la vue S
Ces quelques lignes du naturaliste anglais qui, avec Darwin, fut l'un des plus ardents et des plus autorisés défenseurs de la doctrine évolulionniste, sont particulièrement concluantes.
Au surplus, Wallace lui-même s'est chargé de nous donner une autre confirmation plus précise peut-être, de notre façon de voir et qui, en tout cas, en est le contrôle immédiat et rigoureux.
C'est à propos de l'examen de certaines anomalies apparentes observées chez les oiseaux, toujours sous le rapport du plumage.
On sait depuis longtemps que, chez certaines
1. Alfred Russel Wallace. — La sélection naturelle, traduction de M. Lucien de Candolle, un vol, in-S» chez Reinwald, Paris, 1872, p. 249.
espèces, les mules partagent ou exercent exclusivement la fonction de l'incubation. On a aussi souvent remarqué que, chez certains oiseaux, les diflerences sexuelles dans la couleur étaient renversées, le màlg étant de couleurs ternes, la femelle de couleurs vives et souvent plus grande que lui. Je ne sache pas cependant qu'on ait jamais considéré ces deux anomalies comme étant reliées par le lien de causalité jusqu'au moment où je les ai produites à l'appui de ma théorie de l'adaption protectrice. C'est cependant un fait incontestable, que dans les cas les mieux connus où la femelle est plus apparente que le mâle, il est certain que c'est à celui-ci qu'incombe la charge de l'incubation, on a tout au moins de fortes raisons de le supposer. L'exemple le plus concluant est celui du Phalarope gvis(Phalaropus fiilicarius), dont les deux sexes sont identiques en hiver, tandis qu'en été c'est la femelle et non pas le mâle, qui revêt le brillant plumage des noces, mais le mâle couve les œufs, déposés sur la terre nue. La femelle du pluvier {Eudromias morinellus) est plus grande et plus vivement colorée que le mâle, et, dans ce cas-ci encore, il est presque certain que c'est le mâle qui couve. Il en est de même chez les Turnices de l'Inde, et M. Jerdon dans ses Oiseaux des Indes affirme, d'après les récits
des indigènes, qu'après la ponte, les femelles abandonnent leurs œufs et se réunissent en troupes, pendant que les mâles sont occupés à couver ^
Mais, ce n'est pas chez les oiseaux seuls que des phénomènes semblables se peuvent observer. Chez les lépidoptères, le papillon femelle est, en règle générale, de couleurs ternes et peu visibles, alors même que le mâle possède les teintes les plus brillantes. On ne rencontre d'exceptions à cette règle que dans les cas où l'espèce se trouve protégée de ses ennemis par une odeur désagréable, comme il arrive pour les Héliconides, les Acréides et les Danaïdes ; les deux sexes alors possèdent une parure pareillement splendide.
« Dans les merveilleux insectes-feuilles de l'Orient, du genre PhylUum, la femelle seule imite les feuilles vertes, parce que sa sécurité pendant
1. Alfred Russel Wallace. —La sélection naturelle, traduction de M. Lucien de Candolle, un vol. in-S" chez Reinwald. Paris, 1872, p. 261.
le temps de la ponte est nécessaire à la perpétuation de la race '. »
Un naturaliste anglais du siècle dernier, Daines Barrington, rapporte encore M. Wallace, a observé que tous les oiseaux chanteurs sont petits et il explique ce fait par la difficulté qu'auraient de grands oiseaux à se cacher, si leur voix attirait l'attention de leurs ennemis ; « c'est pour la même raison, ajoute-t-il, que les femelles ne chantent jamais, car ce talent serait encore plus dangereux pour elles durant l'incubation, et, c'est ce même motif qui, peut-être, doit ex^Mquer leur infériorité au point de vue du plumage * ».
Les phénomènes d'arénoïdie, — c'est-à-dire d'apparition chez la femelle des caractères du mâle, — bien connus des naturalistes viennent encore appuyer d'une manière concluante la thèse de la supériorité physiologique de la femelle. L'arénoïdie, en effet, ne se manifeste jamais que chez les sujets âgés ou chez ceux qui, par une