Alfred Russel Wallace. — Loc. cit., p
cause accidentelle, ont perdu les caractères de leur sexe, et cela, aussi bien dans l'espèce humaine que dans les espèces animales.
Les vieilles femmes ont souvent une barbe abondante, les traits masculinisés, la voix plus forte, et, à leur intention, l'on a même créé le nom de virago.
Dans l'Asie centrale, il existe toute une classe de femmes chez lesquelles on a pratiqué la castration. On les nomme les hedjeras. Ces infortunées perdent rapidement tous les attraits de leur sexe et deviennent vieilles en quelques années.
Mais c'est chez les oiseaux que les faits d'arénoïdie se montrent plus spécialement fréquents.
On sait qu'un grand nombre de femelles d'oiseaux, telles que les poules, diverses faisanes, les femelles deperdrix, les paons, les canes, etc., revêtent partiellement les caractères secondaires mâles de leur espèce, après l'ablation des ovaires où lorsqu'elles vieillissent. Ce cas paraît se présenter chez la poule faisane plus fréquemment dans certaines saisons que dans d'autres {l'arrêt, 1827, D' Hamilton, 1862). Une cane âgée de
dix ans aété signalée comme ayant revêtu les plumages parfaits d'hiver et d'été du canard mâle. Waterton (1838) rapporte un cas curieux d'une poule qui, après avoir cesse de pondre, prit le plumage, la voix, les ergots et le naturel belliqueux du coq et se montrait toute prête à combattre l'adversaire qu'on lui présenterait. Tous les caractères, y compris l'instinct du combat, étaient donc restés assoupis chez cette poule, tant que ses ovaires avaient rempli leurs fonctions. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire(1842) a réuni les cas de dix oiseaux différents chez lesquels de vieilles femelles avaient pris les caractères du mâle. Il paraît qu'Aristote connaissait les changements qui ont lieu chez les vieilles poules. On connaît des cas de femelles de deux espèces de cerfs qui avaient pris des cornes en vieillissant...
Enfin, tout le monde sait que, chez beaucoup de femmes, après la cessation des règles, le menton et la lèvre supérieure se garnissent d'une véritable barbe, phénomène dont on ne peut nier non plus le rapport avec le développement du plumage mâle chez les vieilles poules faisanes ^
1. Bulletin scientifique du nord de la France et de la Belgique, année 1887. Numéros de janvier et février. — Alfred Giard. La castration parasitaire, p. 18 et 19.
Bien plus, l'arénoïdie est parfois temporaire, et la femelle qui a présenté à une époque déterminée de son existence certains des caractères du mâle, peut, les circonstances ambiantes venant à se modifier, perdre ces caractères et reprendre une nature plus en rapport avec son véritable sexe.
Le zoologiste allemand Lenz, dans un de ses plus importants ouvrages \ cite le cas d'une poule qui, le coq étant mort, prit sa place dans la basse-cour, cessa de pondre, et rapidement acquit quelques-uns des caractères extérieurs du sexe mâle, — développement de la crête, du plumage, du chant.
Cependant, le propriétaire de la basse-cour ayant donné à ses volailles un nouveau coq, la poule dont nous parlons lui céda la place, et, cessant d'être stérile, se remit à pondre comme si jamais elle n'eût abandonné son rôle de femelle.
La supériorité du sexe femelle sur le sexe mâle