‹ L'agonie de Luiz de CamoensChapitre 10 sur 17 · XII PROLOGUE · texte numérisé non relu

XII PROLOGUE

attribuée, à tort ou à raison, à Camoens, lui fit un ennemi mortel du gouverneur.

« Camoens composa, vers la même époque, ses stances mémorables intitulées : Dispara! es na India (Inconséquences ou folies des Européens dans l'Inde). Il stigmatisa dans cette pièce, avec une vertueuse indignation, la cupidité, les rapines, les mœurs dissolues et tous les vices dans lesquels se plongeaient ses concitoyens. Cette pièce, écrite avec la verve sévère qu'il déploie si souvent dans les Lvsiades, est le digne pendant des stances sur le Désordre du monde. On admire dans la misanthropique tristesse dont ces deux pièces sont empreintes, quelque chose de la profonde amertume qui a dicté, de nos jours, les plus poétiques invectives de lord Byron ; mais il y a de plus, dans les vers de Camoens, une louable, discrétion sur les personnes et un généreux pardon de toutes les injures souffertes, deux qualités qui n'étaient pas les vertus dominantes du dernier barde de l'Angleterre.

« Quoiqu'il ne se trouvât, dans les Disparates, un seul nom propre et une seule personnalité, Dom Francisco Barreto, qui ne cherchait qu'un prétexte, voulut y voir une attaque à son autorité. Camoens fut mis en prison, et comme plusieurs vaisseaux partirent peu après de Goa pour la Chine, le gouverneur le fit embarquer, avec ordre de rester aux Moluques ; c'était jeter douze cents lieues de plus entre Camoens et sa patrie.

« Quelques vers du poète, insérés plus tard dans la

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