PROLOGUE. V
S'il put, avant de mourir, entendre les acclamations universelles qui saluèrent l'apparition des Lusiadcs, œuvre de sa vie, poème de son cœur, il ne put savourer les joies si douces et si enivrantes que procure la gloire: la misère empoisonna son triomphe, sa couronne de poète fut une couronne d'épines.
Poète de génie, soldat- intrépide, ardent patriote, amant malheureux, vieillard infortuné, toujours proscrit, persécuté, méconnu, isolé, Luiz de Gamoens apparaît comme une de ces mâles individualités, de ces chevaleresques natures, comme un de ces grands et nobles caractères dont les luttes et les souffrances ne font que rehausser la gloire et finissent par les transformer, après de longs siècles écoulés, en héros de légendes, en martyrs.
Faut-il s'étonner après cela si, dans ces dernières années, notre littérature s'est avidement emparée de cette grande figure et si elle a choisi le sujet d'un certain nombre depoèmes, drames ou romans, parmi les épisodes dramatiques dont est remplie la vie du chantre des Lusiadcs ?
Non, sans doute.