V.-E. Laurent était l'élu de la « section de Marat
J.-ÀI. Seguy, « ex-médecin du roi, » faisait partie du comité de correspondance de la Commune avec les quarante-quatre mille municipalités. Pourvoyeur de guillotine, il était allé avec Camus, le 29 avril, enjoindre aux ministres d'expulser de leurs bureaux les employés « suspects ».
Ces individus, adjoints au cordonnier Simon, furent sans doute très honorés de la confiance de Hébert et du maire Pache.
Nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas relater ici les interrogatoires de cet aréopage, tant leur immoralité est révoltante. Pourtant quelques témoignages s'imposent.
Le 6 octobre, les époux Simon avaient raconté, — sous l'avide regard de leur inspirateur Hébert, — les scènes incestueuses qu'aucune autre imagination humaine n'aurait inventées. Le 7, le dauphin comparut, et voici comment le secrétaire Daujon raconta plus tard l'ignoble « question » : « Le jeune prince était assis sur un fauteuil et balançait ses petites jambes, dont Jes pieds ne posaient point à terre. Interrogé sur les propos en question, — (les propos qu'on lui avait suggérés pour couvrir la reine d'infamie), — on lui demanda s'ils étaient vrais ; il répon-
dit par 1'aflirtnative.,. Pour moi, je n'ai pu regarder cette réponse comme venant de lui-même. Je ne l'ai regardée, ainsi que tout l'annonçait dans son air inquiet et son maintien, que comme... le résultat de la crainte des châtiments et des mauvais traitements dont on avait pu le menacer s'il ne le faisait pas. » — Cela d'ailleurs n'empêcha point Daujon d'apposer sa signature, sans aucune protestation, à côte de la signature tremblée de l'innocent corrompu et terrorisé.
Madame Elisabeth, qui, au premier choc, fut épouvantée du «monstre» qu'on avait fait de l'enfant-roi, interrompit les interrogateurs : « Une pareille infamie, s"éeria-t-elle, est trop au-dessous de moi et trop loin de moi pour pouvoir y répondre... »
Quant à Marie-Thérèse, elle dut subir l'haleine fétide de Hébert, qui flairait ses réponses virginales, et voici comment elle raconte sa déposition : « Le 8 octobre, à midi, comme nous étions occupées à faire nos chambres et à nous habiller, arrivèrent Pache, Chaumette et David,... avec plusieurs municipaux... Pachc, se tournant vers moi, me pria de descendre... Ma tante demanda si je remonterais ; Chaumette l'en assure en disant : « Vous pouvez « compter sur la parole d'un bon républicain ; elle montera.» J'embrassai ma tante, qui était toute tremblante... C'était la première fois que je me trouvais seule avec des hommes : j'ignorais ce qu'ils, me voulaient ; mais je me recommandai à Dieu. Chaumette, dans l'escalier, voulut me faire des polies : je ne lui répondis pas. Arrivée chez mon frère, je l'embrassai tendrement ; mais on me l'arracha de mes bras, en me disant de passer dans l'autre chambre. Chaumette me fit asseoir, il se plaça en face de moi... Ce fut alors Hébert qui m'interrogea ; il commença ainsi : « Dites la vérité. Cela ne regarde ni vous ni vos parents. — Cela ne
« regarde pas ma mère? — Non, mais des personnes « qui n'ont pas fait leur devoir. »
Passons sur les questions qui avaient pour but de perdre les amis de la jeune fille.
« Chaumette m'interrogea ensuite sur mille vilaines choses que je n'ai pas comprises. Je fus atterrée par une telle horreur et si indignée que, malgré toute la peur que j'éprouvais, je ne pus m'empêcher de dire que c'était une infamie. Malgré mes larmes, ils insistèrent beaucoup... Ce que je comprenais était si horrible, que je pleurais d'indignation...» « Une pareille infamie, s'écria-t-elle, est trop au-dessous et trop loin de moi pour pouvoir y répondre. »
Madame Royale ajoute : « Chaumette nous avait assuré que cela ne regardait ni ma mère ni nous, et qu'on ne la jugerait pas. Hélas ! il nous avait trompés, car on l'interrogea et on la jugea peu de temps après. »
En effet, le paquet d'immondices était prêt que Fouquier-Tinville avait mission de jeter à la face de la reine martyre, accusée par son propre fils...
SOURCES
Annales de la République française, numéro du 2 octobre 1792. — De Beauchesnc , Madame Elisabeth (Paris, 1869). — Archives nationales, W 297, dossier 261, t. II (interrogatoire du dauphin); W 78 (billet de Simon à Hébert). — F. Braesch, Papiers de Chaumette (Paris, Cornely, 1908), introduction. — Villatte, Causes secrètes de la Révolution du 9 thermidor (Paris, an III). — Hébert, le Père Ducliesne , numéros 19:2, 212, 217, 278, 280, 287, 296, 298. — Ouvrages cités d'Arjuzon et Aulard (Société des Jacobins, t. IV).
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