‹ L'AgranulocytoseChapitre 28 sur 45 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

La grande mortalité dans tous les cas d’agranulocytose suffit, dit LEUCHTENBERGER, à montrer le peu qu’il faut attendre de la thérapeutique. Il y a dans l’agranulocytose des symptômes très variables, un seul est commun à tous les cas : c’est la granulopénie. Il est légitime d’envisager un traitement symptomatique et un traitement étiologique.

Le traitement symptomatique lui-même s'attaque aux symptômes cliniques, angine, ulcération nécrotique et il est alors évidemment illusoire ; ou bien à la granulopénie.

Pour exciter la moelle osseuse on a essayé toute sorte de procédés.

1° Les irradiations du squelette. FRIEDEMANN, en 1927, irradia les membres inférieurs dans trois cas d’'agranulocytose foudroyants et observa une améioration passagère de la formule leucocytaire où seraient apparus des éléments myéloïdes immatures. Une irradiation suffit quelquefois. Deux ou trois peuvent être nécessaires avant qu’on ait un résultat, encore celui-ci n'est-il qu'hypothétique, tant sont nombreux les cas où des irradiations répétées et dirigées sur une grande partie du corps n’ont rien donné. Mais peut-être ignore-t-on la manière exacte dont il convient d'utiliser la radiothérapie. C’est pourquoi AUBERTIN et LÉVY préfèrent attendre de nouveaux cas pour juger de son efficacité qu’ils croient d’ailleurs réelle.

20 Il] était normal que l’on songeât à faire des transfusions ; ZIKOWSKI aurait ainsi obtenu une guérison. Des transfusions petites mais répétées sont, sans doute, plus efficaces que des transfusions massives.

L'origine peut être infectieuse de l’agranulocytose et en tout cas le tableau infectieux grave doivent inciter à utiliser la trypaflavine. CHRISTOF a associé la trypaflavine à l’omnadine et attribue à ces deux produits la guérison d’un malade.

3° Peut-être l’adrénaline viendra-t-elle apporter à la thérapeutique un sérieux appoint. BERCHTOLD, injectant de l’adrénaline à des chiens, fit apparaître dans les veines du tibia des formes jeunes de cellules rouges et blanches. ASKEY, GIBSON obtinrent des améliorations passagères de la formule leucocytaire dans des cas d’anémie aplastique.

4° Le lait, les abcès de fixation, comme agents exito-poïtiques, sont beaucoup plus discutés. LEUCH- TENBERGER ne leur accorde aucune valeur. Par contre, les travaux de LANDAU et HELD ont fait ressortir que l'injection de lait est suivie d’une phase de leucopénie passagère, puis de leucocytose cinq heures plus tard environ. BENHAMOU préconise ces injections de lait associées à l’adrénaline qui éviterait la phase leucopénique.

Il est certain que c’est dans l’abcès de fixation qu’il faut chercher la thérapeutique future de l’agranulocytose. Mais, pour solliciter les centres granulo-poïétiques, peut-on faire confiance à l’essence de térébenthine par exemple ! Non, ù faut créer un foyer septique, il faut suivre l’exemple que nous donne la nature. Il est, en effet, impossible de n'être pas frappé par le nombre d’agranulocytoses qui ont guéri en même temps qu’apparaissait une

suppuration en un point quelconque de l’organisme. Sur un total de quatorze guérisons définitives nous en avons trouvé quatre :

LEUCHTENBERGER : abcès de l'anus.

GUTHLEIN : abcès de l’anus.

SPENGLER : suppuration des ganglions cervicaux. STOCKINGER : pleurésie purulente

et il faut y ajouter les cas de D'ESPUJOLS (suppuration péritonéale), ROBERTS et KRACKE (nombreux abcès) où il y eut, au point de vue hématologique, guérison ou amélioration.

D’après ces données, M. le professeur COSTANTINI pense que le meilleur moyen pour exciter la moelle consiste à créer une lésion suffisante pour déterminer une suppuration. On atteindra ce but en injectant sous la peau des microbes et non plus des substances chimiques quelconques. M. le professeur PINOY nous a suggéré l’idée d'employer un lipovaccin antityphoïdique et d'utiliser le culot qui se dépose au fond des tubes de manière à injecter une préparation microbienne très dense.

La peau de l’abdomen ou la région périanale pourraient être choisies pour la formation de l’abcès.

L'idéal serait, évidemment, de lutter contre la cause même de la déficience médullaire. Mais nous avons vu que dans quelques rares cas seulement on pouvait affirmer l’étiologie : ce sont les cas postarséno-benzoliques. Il va sans dire que la suspension immédiate de l'emploi du toxique s'impose. Et l’on aura d'autant plus de chance d’avoir un bon résultat avec les moyens indiqués plus haut qu’on s’y sera pris plus vite.

Même on peut envisager dans cette catégorie de cas une prophylaxie de l’agranulocytose ; il faut, au

Eire

cours d’un traitement antisyphilitique, surveiller de temps en temps la formule leucocytairé et cesser le traitement dès que se manifeste une tendance à la leucopénie, quitte à le reprendre plus tard, quand le sang aura retrouvé son aspect cytologique normal. Il faudrait arriver ainsi à faire disparaître l’agranulocytose en tant qu’accident au cours d’un traitement antisyphilitique. Les cas où le médecin se trouve réduit à l’impuissance parce qu’ignorant de l’étiologie seront encore malheureusement trop fréquents.

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