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nouvelles importations, une seule tient bon, le sorgho^ non
plus comme plante alimentaire, car le pain qu'on en fait est noir et amer, mais comme plante à sucre et à alcool dans le Midi et comme plante fourragère dans le Nord; reste à résoudre plus d'une question avant qu'il se répande, car il parait très-épuisant, et dans tous les cas assez difficile sur les conditions de sol et de climat.
Le nombre des machines était de deux mille. Parmi les nouvelles, deux surtout m'ont paru mériter Fattention : Tune est un outil fort simple, inventé par un professeur d'agriculture allemand, pour fabriquer des tuyaux de drainage, et qui ne coûte pas plus de 60 francs avec ses acces^ soires, ce qui le met à la portée des plus petits tuiliers de campagne; Tautre est une espèce de rouleau plantoir pour la culture (les céréales en toufïes, inventé par M. Auguste de Gasparin, irère de Tillustre agronome. La machine à drainer, de Fowler, a passé enfin la Hanche,elle aété accueillie avec une extrême curiosité : il ne paraît pourtant pas que ce tour de force mécanique puisse devenir d'un grand usage. Cette machine, placée à la surface du sol, creuse un sillon souterrain à la profondeur voulue, et y dépose un chapelet de tuyaux* C'est incroyable, mais c'est un &it« Malheureument elle est bien chère. Lord Willoughby d'Eresby a envoyé sa &meuse charrue à vapeur, dont TutiUté est fort contestée. La France a produit de son côté une piocheuse à vapeur^ qui a de grandes qualités, mais qui ne paraît pas avoir encore complètement résolu le problème.
Les instruments connus et éprouvés, se multiplient avec une assez grande rapidité. Il y avait des machines à moissonner de vingt origines différentes, la plupart françaises. Les locomotives à vapeur ne font pas moins de progrès ;
on en compte déjà plusieurs centaines en activité sur no« tre sol.
Sans aucun doute, la culture nationale tirera un véritable profit de cette exposition conune de la précédente. Répétons seulement que ces sortes de succès paraissent toujours plus grands qu^ils ne le sont. Les concours régionaux font moins de bruit et plus de besogne, en ce qu'ils vont chercher davantage les cultivateurs; ces concours euxHnaémes ne font encore qu'effleurer les grandes masses^ et ne leur communiquent qu'un faible ébranlement, qui cesse bien près de la tente officielle où se distribuent les prix. Formées sur un modèle anglais, les expositions n'ont et ne peuvent avoir qu'un but, développer la grande culture, et on sait combien ce genre de culture, si tlorissant en Angleterre, a répugné jusqu'ici à notre caractère national.* C'est un fait singulier et caractéristique que la culture dominante, celle qui occupe les deux tiers au moins du sol cultivé, reste à peu près étrangère à ces grandes représentations. Parviendra-t-on à exciter suffisamment l'esprit d'entreprise agricole pour ouvrir une nouvelle source de richesse ? C'est une question. Si frappants qu'ils soient quand on les voit rassemblés en un seul faisceau, ces moyens de production sont bien peu efficaces quand ils se répandent sur Timmense étendue du territoire national.
L'État peut y joindre un dernier stimulant qui a peutêtre plus de puissance, renseignement agricole. Nous avons vu un temps où il n'était question que de l'enseignement agricole; nous l'avons vu ensuite tout à fait passé de mode : aujourd'hui, par suite de la persistance des disettes, nous le voyons remonter sur l'eau. Le fait est que cet enseignement serait impuissant, comme toute autre re«
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ceUe^ à changer du^ir au matin la face de la France : il devient ridicule comme toute chose quand on le pousse trop loin, et la prétention de couvrir le pays de fermes officielles cultivées aux frais de l'État par des fonctionnaires pubKcs n'a pas le sens commun ; mais il n'en est pas moins absurde de nier que, renfermé dans ses véritables linûtes, renseignement agricole n'ait son utilité. Toutes les nations le pratiquent, toutes sans exception, y compris TAngleterre et rÉcosse^ et il serait bien étrange qu'en France, où tout s'enseigne plus largement qu'ailleurs, on n'enseignât pas précisément ce qu'il y a de plus nécessaire. S'il s'agissait d'une grande dépense, je comprendrais qu'on hésitât; mais dans un temps comme celui-ci, qu'est-ce qu'un on deux millions par an pour étudier les meilleurs moyens de nourrir et de vêtir la population ? L'entretien du bois de Boulogne coûte davantage.
Les quelques établissements publics d'instruction agricole qui ont survécu â la proscription n'ont pas peu contribué à l'éclat des deux expositions de 1855 et 1856. Si l'on retranchait de la partie française les collections de Grignon, de Grand-Jouan, de la Sauisaye, des fermes-écoles, les animaux de Rambouillet, du Pin, de Saint-Angeau, d'Alfort, de Monicavrel, de Gevrolles et leurs dérivés, il ne resterait que bien peu de chose.
On se fait encore de l'enseignement agricole qu'une idée fausse et étroite. On parle de l'établir dans les écoles primaires, conmie si la France avait besoin d'ouvriers agricoles. Nous avons les premiers ouvriers agricoles du monde, et si l'on entreprend de leur enseigner la pratique de l'agriculture, il n'eu est pas un qui n'en sacbe plus que tous les professeurs. La pratique proprement dite ne s'en-
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seigne pas; ce qu'il faut enseigner, c'est ce qui nous manque, l'emploi de la science et du capital. Qui peut croire encore, devant ces engrais artificiels, ces analyses de sols, ces échantillons géologiques, ces machines compliquées, ces instruments de précision, ces produits nouveaux extraits de plantes anciennement connues, ces animaux pétris à volonté par la main de l^omme, que la chimie, la physique, la zoologie, la botanique, la mécanique, toutes les sciences^ n'aient rien de commun avec l'exploitation du soll Comment espérer de ramener à Tagriculture les classes riches et éclairées, les seules qui puissent lui apporter un élément nouveau, car l'élément populaire, ellé l'a, si l'industrie agricole ne se transforme pas, comme l'industrie manufacturière, par l'exercicè généreux des plus hautes focultés de l'esprit humain? Les corbeilles de fleurs, les boxes peintes, les animaux peignés et lissés, toute cette coquetterie a sa valeur, mais à la condition qu'on fera quelque chose de plus fécond, et qu'après l'attrait piquant des boudoirs on recherchera le travail patient des laboratoires.
n ne suit nullement de là que l'État doive aspirer à diriger l'agriculture. Il peut éclairer, non diriger : en enseignant la médecine, par exemple, il ne la dirige pas, il lui fournit les moyens de se mieux diriger ellie-méme. H peut également concourir à mettre l'agriculture en meilleure voie , en l'aidant à former non des journaliers, qui se foiù' . ment tout seuls, mais des chefs d'entreprise instruits.
C'est surtout par les propriétaires aisés que l'impulsion içouvelle peut être donnée^ en attendant qu'il sé crée fmrtout une classe de bons fermiers. Ces propriétaires ne sont en auciJ^ne façon obligés de cultiver eux-mêmes s sauf des exceptions fort raines, ils seraient d'assez mauvais cultiva-
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leurs ^ mais ils peuvent assister leurs fermiers et métayers de leurs conseils et de leur argent, les encourager par leur présence, quelquefois même prendre le timon pour traverser une transition difficile, et si Ton veut qu'ils y portent la résolution et l'intelligence nécessaires^ il faut que leur éducation ne les en éloigne pas. Ainsi seulement pourra se résoudre, si jamais il doit être résolu, ce grand problème de la résidence des propriétaires français ; tant qu'ils ne trouveront pas dans la vie des champs honneur, plaisir et profit^ ils la déserteront, et la seule chance qui reste encore de constituer en France la grande culture sera perdue ; le flot delà petite propriété envahira tout.