‹ L'agricolture et la population en 1855 et 1856Chapitre 22 sur 40 · N0TB · texte numérisé non relu

N0TB

tt Mais le lait n'est pas le scul^produit qu il paraisse possible de retirer de cette petite race; les Yeaux pèsent en naissant de 15 à 20 kilog.y je les fais nouïrir au seau» a^b cinq titres de lail frais coupé d'eau tiède par jour pendant le premier mois, et la même quantité de lait écrémé mêlé de thé de foin pendant les suivants; ainsi nourris^ ils pèsent 30 kilog. à un mois» SO à deitt, 70 à trois, e^ 90 à quatre. Je les vends 60 cent, le kilog. sur pied, pour la consommation locale. Je ne doute pas qu'en ajoutant à leur boisson de la farine et des œufs et en augmentant la proportion du lait non écrémé je n'arrive à les porter à 100 kilog. à quatre mois. €e résultat me satisferait encore» car il serait obtenu avec bien peu de frais.

tt Enfin, je ne serais pas surpris qu'il y eût aussi avantage à en faire des b<Bu£B de kouehene. J'ai quatre veaux mâles de l'an* née dernière qui avaient au i*' janvier 4855 de 18 à 20 mois et qui pesaient en moyenne de 240 à 250 kilog. ; je veux voir ce qu'ils seront à 3 ou 4 ans. J'ai déjà un exemple encourageant. J*aifàit d4trer cet été le taureau que j'avais acheté Tannée dernière, il a été au pâturage arec le reste du troupeau jusqu'au 25 octobre; je l'ai fait engraisser à l'élable pendant deux mois, et je l'ai vendu pour le couteau, à 1^ foire du 25 décembre^ 253 fr. yû avait 3 ans et demi^ et pesait vivant 415 kilog., ce qui le met à 610 cent, le kilog., poids vif; il ne faut pas oublier que nous sommes à cent lieues de Paris. Voici tout qu'il a mangé dans ces deux mois d'engraissement :

120 kilog. de seigle*

3 quintaux métriquesde foin.

540 kilog. de raves.

M Soit, par Jour» i kilog; de seigle, 5 de foin et 0 de raves.

« J'ai goûté de la viande de mes veaux, et je Tai trouvée parfaite ; c'était aussi le jugement du boucher qui les a tués. Je ne puis malheureusement pas dire mon avis sur la viande du

•114 l'agriculture et la population.

bœuf, c^T je n'ai pu en avoir ; j'ai seulement ouï dire par MM. Jamet et Baudement^ d'accord cette fois^ que la chair des boeufs bretons était la meilleure de toutes. Je ne puis non plus &ire connaître son rendement^ il n*a pas été abattu dans le pays. Je ne doute pas qu i 1 ne soit facile de porter le poids de ses pareUs à 500 kiiog. à quatie ans,

« Ce qu'il y a de phis^agréable dans ces petites bêtes, c'est qu'elles ne perdent pas de temps ; six semaines s'écoulent rarement après la mise bas sans qu'elles retournent au taureau; de sorte qu'on peut compter sur un veau par an avec une parfiiite régularité, ce qui n'arrive jamais avec nos vacbes de pays, souvent affligées de stérilité. Elles sont de plus très-précoces; mes génisses de Tannée dernière n'avaient pas beaucoup plus d'un an quand elles ont pris le mâle; elles me donneront à 2 ans leur premier veau. Je n'ai pas voulu contrarier le vœu de la nature ; je verrai plus tard s'il convient de les faire un peu attendre, ce que je ne aois pas.

« Le sol de la Creuse est granitique et maigre; l'altitude moyenne étant de 300 mètres au-dessus du niveau de la mer,

l'air est vif et froid. La végétation des prés et pâtures commence tard et finit de bonne beiu*e. La race limousine, déjà moins forte que la grande race agénoise, dentelle n'est qu'une variété, y a encore dégénéré, et ne donne que des produits insignifiants. J'espère que la race liretoiuie y grandii*a au contraire, et s'y fortifiera sans perdre ses avantages spéciaux ; elle ne foumbra probablement jamais des bœufs' de travail, et par cette raison elle ne peut se substituer à la race locale ; mais rien n'empêche, je crois, qu'elle ne se développe à côté, pour donner ce que l'autre donne peu.

« C'est encore la meilleure industrie du pays que celle qui consiste à produire ce qu'on appelle des cMtron», c'est-à-dire de jeunes bœufs de travail; mais s'il vaut mieux faire àes châtrons qui donnent au moins un faible bénéfice que de faire du seigle

qui n'en donne pas, je mUmagine qu*U y a un meilleur parti à tirer de l'espèce bovine, dans les conditions de sol et de climat où nous nous trouvons. J'espère nourrir abondamment deux bétes où j'avais peine à en nourrir une, et tirer encore plus de profit de chaque tète en particulier.

<c Dans tous les cas, rien n'est plus charmant, au milieu de nos prés, de nos bois, de nos rochers et de nos bruyères, que ce troupeau bariolé de noir et de blanc, qui ressemble de loin à de grosses chèvres et qui en a presque la vivacité; leurs petits pieds passent légèrement partout et ne font presque pas de mal dans nos pacages. Comme ornement du parc le plus élégant, rien ne vaut la vache bretonne, avec sa tête de chevreuil, sa taille gracieuse, son humeur douce, ses allures agiles, son pelage riant; quand même elle ne se recommanderait pas par ses produits, je Taimerais encore pour ses agréments, et au milieu des agitations de la ville, je ne vois pas venir sans regret cette heure paisible du sohr où nous nous disions si joyeusement à la campagne : Allons voir rentrer les vaches. »

Je n'ai que bien peu de chose à ajouter aujourd'hui à cet article écrit il y a plus de deux ans; les deux nouvelles

années qui viennent de s'écouler n'ont été ni plus ni moins fàvorables que les deux premières à mon expérience. Le rendement moyen en lait ne s'est pas beaucoup accnt, mais il n'a pas diminué, quoique la moitié de mes vaches soient aujourd'hui nées chez moi, et n'aient conséquemment que deux, trois ou quatre ans.

l'ai été obligé de renoncer à nourrir les veaux au seau, à

cause de l'inexpérience et de la négligence des domestiques chargés de ce sain. C'est le seul mécompte que j'aie essuyé dans ces quatre ans. Je le considère comme bien peu de chose, en comparaison des tribulations de tout genre qui attendent quiconque veut faire un peu de nouveau.

J'ai envoyé un échantillon de mon beurre au concours régio-

Page 1