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Un fait récent peut donner une idée de ce qu estlacon- 90iimiafioii de ces objets de luxe par le peuple proprement dit : c*est Thistoire de ce café populaire du boulevard du Temple, qui vient d'être exproprié pour bâtir une nouvelle caserne» et qpii a reçu du jury 750,000 £r. d'indemnité en mis du prix du terrain» pour représenter uniquement sa clientèle.
Tel est, en résumé, ce curieux tableau; il en résulte que le million d'habitants qui vità Paris consomme à lui seul le dixième de la production totale» et que par conséquent la ration moyenne y est quadruplé de la ration moyenne des Français. L'auteur ne tire pas lui-même cette conclusion» mais elle ressort de toutes les pages de son livre.
M. Husson consacre un chapitre spécial à comparer la consommation des principales villes de l'étranger avec celle de de Paris. La première qui se présente est Londres; il insiste avec raison sur la difficulté de connaître avec quelque précision la véritable alimentation d*une ville qui n'a pas d*octroi» ni de limites bien déterminées; il arrive cependant, à l'aide des documents qu'il a pu recueillir» à une estimation approximative de la consommation moyenne de Londres» et il ne la trouve pas trèfr«upërieure à celle de Paris. Il aurait pu aller plus loin et affirmer hardiment qu'elle était inférieiue. Je ne puise pas seulement cette opinion dans l'étude de renseignements statistiques» toiyours contestables» mais dans la comparaison positive du régime des deux populations.
Je considère la nourriture moyenne des Anglais en général comme supérieure à celle des Français, surtout en viande, mais U n'en est pas de même des deux capitales. Le quart de rimmense population dé Londres se compose d*indigents; les trois autres sont des ouvriers, des marins, des commerçants, des petits bourgeois» qui vivent, en général, moins bien que ceux de Paris; la classe véritablement riche ne forme qu'une
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minorité peu sensible au milieu de cet océan, et qui ne passe
à Lt)udi'es que deux ou trois mois de l'année au plus. 11 y a très-peu d'étrangers^ très-peu de fonctionnaires^ très-peu de garnison.
D'après M. Husson, chaque habitant de Paris consomme 73 kilos par an de viande, et cliacjue habitant de Londres 95; cette différence n'est pas exacte, même à son compte^ car il porte ailleurs 10 kilos de Tolaille par tète^ qvCîl faut igouter à la ration parisienne: Il me paraît d'ailleurs évident que la consommation de Londres a été exagérée. Mae Culloch qui, comme tous les Anglais^ est plutôt porté à grossir qa'k réduire les chifires relatifs à son pays, a estimé que la consommation moyenne de Londres en viande était inférieure à celle de Paris. Je serais assez porté à être de son avis. J'ai trouvé, quand je me suis livré à ces recherches, 60 lûios de viande pour ia ration moyenne des Anglais; je ne crois pas que ceUe des habitants de Londres la dépasse de beaucoup. Admettons que la quantité soit égale dans les deux villes ou 80 kilos environ, c'est tout ce qu'il est raisonnable d'accorder.
Pour la qualité, Paris a l'avantage. 11 suffit, pour s'en convaincre, de eomparer les viandes étalées chez les bouchers; Londres a le dessus pour le mouton, Paris pour le bœuf et pour le veau. Les basset viandes qui sortent de Paris, faute d'acheteurs, se consomment à Londres, et il en vient du dehors en supplément. •
Le pain de Londres est aussi mauvais que celui de Paris est excellent. M. Husson estime la consommation moyenne de
Paris à 180 kilos et celle de Londres à i48; je crois la différence plus grande ; uu Anglais ne consomme en pain que les deux tiers environ de ce que consonoume un Français. Pour le poisson, les deux capitales pèchent au même réservoir, le
canal de la Manche. On ne peut comparer la bière anglaise aux vins de France. Pour les légumes et les fruits, la diûé-
Nom
rcucc cbl incuuiineiisiuable. Poiu- Tart de prépaicr et de varier les meU^ elle n'est pas moindre, L'Angleterre est peutêtre le pays où le régime alimentaire de toutes les classes se ressemble le plus; le dîner d'un duc et pair ne diftère pas sensiblement de celui d'un bourgeois et d'un ouvrier ; partout de la Tiande rôtie, du poisson bouilli, des pommes de terre cuites à Teau. Il y a beaucoup plus de différence entre le dîner d'un ouvrier de Paris et celui d'un cultivateur breton. Les autres villes de l'Europe peuvent encore moins soutenir la comparaison. Paris est la yille du monde où Ton vit le mieax; et jeneveux pas seulement parler du café de Paris ou de Chevet, mais de la table du moindre bourgeois et des cabarets où se prépare l'alimentation populaire; vous y trouverez de meilleure viande, de meilleur pain, une plus grande variété de plats que nuUe part ailleurs.
Quand on essaye de décomposer les revenus de la population parisienne, on trouve qu'ils se puisent à trois sources principales. Le commerce etFindustrie produisent nne valeur annuelle d'un milliard environ ; c'est beaucoup sans doute^ ce n'est pourtant que la moitié du revenu total. Le budget de l'État y ajoute une somme d*un dem&>milliard tous les ans, soit par la liste civile, soit parles fonctionnaires de tout ordre payés sur le Trésor, soit par les travaux publics et la garnison. ' Cette multitude d'étrangers, que le luxe elles jdaisirs attirent, et qui ne forment pas moins d'un total flottant de 60,000 tètes, y laissent au moins autant. La population de Londres produit . beaucoup plus au point de vue industriel et commercial, mais ces deux dernières branches de profits lui manquent presque complètement; en somme, elle est moins riche. Le reste de l'Angleterre y gagne, la richesse se répartit plus également, plus fructueusement, et il n'y a nulle part, sur le sol anglais, le même contraste qu'entre Paris et une petite ville de province ; mais Londres y perd. Si Paris cessait d'être la capitale de la
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France, il subirait une énoitne dépréciation; si Londres n'était plus une capitale^ la population ne 8*en apercemit presque pas.
L'Angleterre a huU fais plus de chemins de fier ouverts que nous^ i 0^000 kilomètres sur 12 millions d*heciaresy tandis que
nous n'en avons que 5,000 kilomètres sur 50 millions d'hectares; mais Pai'is en a plus que Londres. Plusieurs sont tout à fait de luxe> comme cçm. d'Auteuil, d'Argenteuil^ de Saint- Germain, de Sceaux, de Versailles (rive droite), et nous ne sommes pas au bout, on en fait et on en fera d'autres, tandis que la moitié de la France en manque. Les chemins transversaux, si nécessaires pour établir des communications entre les grandes lignes, n'existent pas. La circulation, au Heu d*être partout facile, comme en Angleterre, se concentre sur un point, où les marchandises arrivent de tous les coins de l'horizon et produisent un encombrement prodigieux, aussi dangereux pour les personnes que nuisfblé à la prompte expédition des allaircs. Les beaux travaux pour Famélioration de là Seine, dans la traversée de Paris, ont un autre défaut : tout a été prodigué pour une navigation peù ajctive, tandis qu'il y a en France vingt* rivières où la même sonime, dépensée à propos^ aiurait répondu à de véritables besoins.
Quand M. Hussou compare la consommation de Paris à celle dA autres villes de France, il n'a pas de'peiné à signaler des différences qui sont quelquefois de plus de iO pàm* 100. Si Thabitant du Mans ou de Caen mange 28 kilos de viande de boucherie dans son année, celui de Pai'is en mange 62 ; si rbabitant de Lille ou d'Amiens boit 20 litres de vin, [celui de Paris en boit 1 id. fit cependant, ainsi qtie l^observe M. Hùsson, la consommation de ces villes est fort au-dessus de celle des campagnes qui les environnent. Si la nourriture moyenne dos Parisiens Teinporte sur celle de toutes les grandes villes d'Ëu* rope^ la nourriture de la plupart de nos paysans est inférieure