‹ L'agriculture aux États-UnisChapitre 18 sur 40 · LA CULTURE DES FRUITS · texte numérisé non relu

LA CULTURE DES FRUITS

Fruits. — Il y a bien des années que les Américains cultivent les arbres fruitiers. On montre encore àDanvers (Massachusetts) un poirier planté en 1632. Mais c'est seulement depuis 1840 que cette culture a commencé à devenir une industrie spéciale ; or le nombre des pépiniéristes et des espèces cultivées était alors très restreint O.L' « American pomological Society», dont Torigine remonte à la convention réunie en 1848 à Buffalo sous les auspices de la Société d'agriculture de New York et qui a été présidée pendant quarante ans par Marshall P. Wilder, a beaucoup contribué au développement de cette branche de l'économie rurale (').

(1) Massachusetts, 2,28 millions de tonnes en 1867 et 10,6 en 1888 ; Connecticut, 13,5 en 1867 et 8,4 en 1888.

(2) Voir Tarticle sur la « Nursery industry » de M. G. Ellvanger dans American AgricuUurist, January 1892.

(3) La Société tient tous les deux ans un congrès dans une Tille des

lis É. LEVASSEUR.

Tous les fruits d'Europe (*), pommes, poires, pêches, prunes, cerises, abricots, etc., sont cultivés depuis ce temps, surtout dans le nord, New York, Pennsylvanie, Ohio, Illinois, Indiana, Michigan, Californie {*).

Le New Jersey, le Delaware, TOhio, le Missouri, le Maryland, la Virginie Occidentale, où Ton cultive en

États-Unis; le dernier a eu lieu en 1893 à Chicago. A chaque session, il est présenté un rapport sur Tétat de la culture des fruits par les délégués de chacun des États et le catalogue des fruits cultivés. Un volume publié sous le titre de u Proceedings » contient tous les renseignements relatifs à la session.

(1) Les pépiniéristes américains [ont depuis longtemps introduit et propagé les meilleures variétés d'Angleterre, de France et de Belgique.

(2) Ces États sont ceux dont le Census de 1880 évalue à plus de 2 millions de dollars la production dos vergers. Le Kentucky, le Tennessee, la Virginie, le Missouri viennent au second rang. Dans les « Proceedings » de la session de 1889 de 1' « American Pomological Society », on trouve 339 variétés de pommiers cultivées principalement dans le New York, le Michigan, le Missouri, la Louisiane, et donnant des pommes à cidre, comme le Shockley, ou des pommes de table comme leNewtown-Pippiu; 117 variétés de poiriers, parmi lesquels les plus estimées ou les plus cultivées sont le Barlett (Bon chrétien), le Seckel, etc.; 114 variétés de pêchers qui sont cultivées en grande quantité dans la Géorgie, le Texas, les autres États du sud, le New York et le Michigan (le pécher, d'après le Census de 1890, occupe 330,000 acres et produit une valeur annuelle de 70 millions de dollars (soit 360 millions de francs) ; 86 variétés de pruniers cultivées surtout dans le Vermont, le New York, le Michigan, l'Ohio, le Missouri, la Californie, les États du sud. L'abricotier se trouve principalement dans le New York, la Californie, le Kentucky, le Nebraska; le cerisier dans les États du nord et du centre ; le fraisier, plante herbacée, dans le Michigan, le Connecticut, TOhio, le Missouri, le New York, le Maryland ; les gro6eillers,les groseillers à maquereau, les cassis, les mûriers, les framboisiers sont cultivés en général dans les États du nord et du centre. Les orangers, les limoniers, les citronniers le sont dans les États du sud, surtout en Floride et dans la Californie. LeSi ananas, les bananes, les oliviers on Floride et dans quelques autres parties de l'extrême sud. Les figuiers en Californie et en Floride. On cultive aussi en Amérique le noyer, le chataigner, le noisetier, le néflier, etc. (Voir Jm culture fruitière aux\Etati'Vnis, par Félix Sahui, Montpellier, 1894.)

D'après l'estimation du <« Manufactures Record » do Baltimore, la consommation des oranges aux États-Unis aurait quadruplé depuis 1885 et la production aurait presque vingtuplé en Californie. Nombre de caisses d'oranges consommées : en 1885, 2,104,000 dont 900,000 de Floride, 160,000 de Californie, 1,044,000 d'importation étrangère; en 1893, 8,000,000 dont 4,500,000 de Floride, 2,500,000 de Californie, 847,000 d'importation étrangère.

l'agriculture aux ÉTATS-UNIS. H9

grand la fraise, sont aussi à citer ici, quoique la fraise ne soit pas une plante arborescente.

En i 890, le secrétaire de la Société d'horticulture du Missouri avait évalué à 10 millions de dollars la production de rÉtat en fruits. On s'étonna du chiifre ; vérification faite, on trouva que la Compagnie « Chicago and Alton railroad » avait à elle seule transporté 5 millions de barils de pommes, ayant une valeur de 10 millions, et que, par conséquent, la production totale n'avait pas rapporté aux fermiers de l'État moins de 15 millions de dollars (77 millions de francs) ; car, outre les pommes qui poussent surtout dans le nord, le Missouri cultive en grand des pèches qui réussissent très bien dans la contrée des monts Ozark dont il vante la finesse des raisins (*), des prunes, des cerises et des poires (ces dernières surtout dans les environs de Saint-Louis) (^).

Dans les États du sud, particulièrement dans la Floride, on trouve les pruniers et les fraisiers, les figuiers et surtout les fruits subtropicaux, conmie l'orange et le citron, le cocotier même, l'ananas et la banane, plantes herbacées, dont les Américains font une très grande consommation. En 1890, il y avait dans les deux seuls États de Floride et de Californie 13 millions d'orangers et 664,000 citronniers. La Californie, qui, en 1870, ne possédait que 19,000 pruniers, en comptait plus d'un million en 1886, et ce nombre est dépassé de beaucoup aujourd'hui par suite des plantations nouvelles, surtout dans le comté de Santa Clara (').

(1) Les vignes qu'on a commencé à planter dans le canton de GaBCOnade vers 1840, se trouyent surtout sur les coteaux d'Hermann.

(2) Voir MissùuH ai the Worl(Vs Fair, 1893» p. 37 et suiv.

(3) Les comtés de San José, San Joaquin, Riverside, Los Angeles riyalisent avec celui de Santa Clara.

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Cet État, qui avait fait à Chicago une splendide exposition de ses produits agricoles et spécialement de ses fruits : oranges, limons, citrons, figues, prunes, pommes, poires, grenades, etc., a exporté, en 1879, 3 millions délivres de fruits frais et S98,000 caisses de fruits conservés (*) et, en 1891, 98 millions et demi de fruits frais et 1,460,000 caisses de fruits conservés (*). U avait étalé à Texposition des monceaux d'oranges, et se vantait d'en avoir exporté 2 millions et demi de caisses en 1892-1893. Il s'était ingénié à attirer l'attention de la foule sur sa richesse en ce genre, en construisant dans le bâtiment de Thorticulture et dans son palais particulier des pyramides et des sphères d'oranges, un grand tableau en fruits de couleurs diverses et une statue équestre en prunes ; le goût de cette exhibition était douteux, mais la foule admirait.

L'exposition de fruits de la Californie était la plus importante ; mais celle de bien d'autres Etats, surtout dans l'ouest, comme le New Mexico, l'Orégon, le Washington, étaient aussi très dignes de remarque. On s*étonnait particulièrement que les horticulteurs eussent pu conserver en si bon état des fruits jusqu'à la fin de Tété.

L'industrie des fruits secs et des conserves, qui a pris oans plusieurs Etats une grande extension, compte 1 ,860 établissements et approvisionne largement le marché intérieur et l'exportation. En 1890, on comptait aux Etats- Unis 4,810 pépinières d'une contenance de 172,800 acres (69,660 hectares).

. (1) La deasication est pratiquée en grand dansjdes fruitiers à un ou plusieurs étages chauffés par un calorifère ou dans des caissons exposés au soleil. Les fruits secs, pommes, poires, pèches, etc., valent de 0 fr. 50 à 0 fr. 75 la livre aux États-Unis et 1 fr. 25 le demi-kilo à Paris. (2) Rapport sur V Exposition de ChicagOt par M. Lourdelet, p. 568.

Le Gensus de 1890 estimait à 300 millions de dollars (1,545 millions de francs) la production totale des fruits aux Etats-Unis.

Vignes et vins. — La vigne ne pousse ni aux extrémités septentrionale et méridionale des États-Unis, ni dans la région de la Cordillère. On a trouvé à Tétat sauvage dans la partie centrale des espèces diverses : TAdirondack qui fournit un bon raisin de table, le Catawba, originaire de la Caroline du Nord, qui donne un vin souvent désigné sous le nom de « catawba tokay », risabella qui a un goût de muscat, le Delaware dont le produit rappelle les vins du Rhin. Aujourd'hui, presque toutes les espèces européennes ont été transplantées en Amérique ; mais elles n'ont que très médiocrementréussi, excepté en Californie, et les espèces qui sont le plus employées sont le Concord, le Catawba^ le Delaware, le Hartford, l'Ives, le Norton' s Virginia. Dans les Etats du sud on cultive le genre « vitis rotundifolia » dont on fait courir horizontalement les branches sur un berceau en charpente.

La Californie est rÉtat qui possède le plus de vignobles, son climat étant favorable à la maturation du raisin. Elle en a une grande variété et de qualité très diverse : tokay, muscat, sherry, claret, etc. En 1880, d'après le Gensus, la Californie récoltait déjà 360 , 000 hectolitres sur 1 0 , 000 hectares; en 1891, elle a produit 32 millions de gallons, soit 998,000 hectolitres et seulement 13 millions, soit 544,000 hectolitres en 1893. Les vins communs, blancs ou rouges, qui sont produits surtout dans le centre, dominent (*).

(1) Les comtés de SoDoma, Los Angeles, Napo, Eldorado, Santa Clara oii dominent les cépages français, Yola, San Francisco sont ceux qni produisent le plus.

Les vins blancs, dits de mission, qui proviennent en général de vignobles plantés par les missionnaires espagnols au xviii® siècle dans le district de Los Angeles, les vins rouges, le Claret, fourni par des vignes d'origine française, le Zenfendell, d'origine hongroise, jouissent d'une certaine réputation auprès des Américains. Une partie des vins de Californie est transformée en un vinaigre qui est estimé ou en une eau-de-vie qui fait concurrence au whisky (eau-de-vie de grain).

L'Ohio, dont les vignobles se trouvent pour la plupart sur les coteaux qui bordent TOhio entre Maysville et Louisville, et le Missouri viennent au troisième rang. La région des bords de TOhio qui s'étend sur l'Indiana et le Kentucky produit les vins de Charlestou, Ripley, Vincennes, New Harmony, Belleville, Hermann, eic. Au troisième rang est le New York, qui possédait en 1890, 43,000 acres (17,400 hectares) et faisait â millions i/2 de gallons de vin (113,000 hectol.) Les vins dits Concord et Tlves Seedling du Missouri, du Kentucky et de la Virginie sont estimés. Dans l'Ohio, le vin blanc de Gatawba, qui a une certaine saveur agréable, est plus renommé encore, surtout lorsqu'il est champagnisé, industrie qui est exercée en grand à New York.

Il faut citer aussi le New Mexico (surtout pour son raisin de table), le North Garolina, le Kansas.

En général, le climat américain, excepté en Californie, se prête mal à la culture de la vigne : la grande chaleur de Tété et l'état hygrométrique de Tair pendant cette saison favorisent le développement des maladies cryptogamiques.

Les Américains connaissent les procédés de fabrication et généralement ils n^épargnent pas la dépense pour

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avoir une installation convenable. Mais le sol et le climat n'étant pas les mêmes qu'en Europe, les meilleures espèces perdent de leur saveur et la fabrication des vins fins est loin de donner des résultats toujours satisfaisants.

La production du vin a doublé aux États-Unis depuis une vingtaine d'années : 12,984,000 gallons (587,000 hectol.) en 1875 et 23,033,000 (1,048,698 hect.) en 1892 {'). Cette production, quoique très minime relativement à la population, a entravé le progrès de l'importation ; elle a été de 7,036,000 gallons (319,434 hectol.) en 1875 et 5,434,000.(246,703 hectol.) en 1892; c'est que les

habitants font très peu usage de cette boisson (^ qui est

généralement chère aux Ëtats-Unis et ne paraissent guère disposés par leurs habitudes à augmenter beaucoup leur consommation.

La production du raisin de table est plus importante que celle du vin : elle était évaluée, en 1890, à267,000 tonnes que fournissaient surtout le New York et la Californie,

(1) D'après une estimation faite au Département de rAgriculture, principalement par M. Ch. Me. k. Leoser (voir Statistical Abstract., 1892, p. 215). Les vins exportés ne sont pas compris dans cette estimation. Une statistique, qui parait exagérée, porte à 40 millions de gallons, en 1892, la production du vin aux Ëtats-Unis (Resources of California, p. 129).

(2) On peut dire qu'en somme l'importation est, à travers les variations annuelles, à peu près stationnaire. Le maximum a été en 1883 avec 8,372,000 gallons, le minimum en Tannée suivante avec 3,103,000 : on avait trop importé; depuis 1885, il semble y avoir une tendance à Taugmentation qui s'accuserait certainement davantage si le droit de douane était abaissé.

Vins non mousseux en fût (gallons). . 3,419,532 3,860,503 »

Vins non mousseux en bouteille (douzaines de bouteilles) 239,381 348,660 »

Champagne et autres vins mousseux

(douzaines de bouteilles) 278,580 400,084 »

ValeurtotaledesTinsimporté8(dollars). 6,275,703 10,007,060 10,337,373

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et, après eux la Caroline du Nord et le Missouri. Dans la variété des raisins de table, il y en a beaucoup à gros grains, à peau épaisse et beaucoup trop qui ont un goût peu agréable de renard ou de cassis. La difficulté que les vignerons, surtout ceux de Californie, éprouvent à vendre leur vin et les bas prix qu'on en offre ont poussé beaucoup d'entre eux à faire des raisins de table et des raisins secs, ces derniers surtout étant d'une exportation commode.

Bière et cidre, — La bière a gagné beaucoup plus. On en fabrique beaucoup d'espèces différentes ; une des plus consommées est le « Lagerbeer ». Milwaukee, Détroit, Saint-Louis, Philadelphie, Albany possèdent de très importantes brasseries.

On consommait 29S millions de gallons en 1875, dont 293 fabriqués dans le pays et 2 importés; en 4 892, la consommation s'est élevée à 987 millions de gallons (44,809,000 hectol.) dont 984 de fabrication indigène et 3 d'importation.

Aussi, pendant que la consommation moyenne du vin par tète et par an est restée presque invariable depuis vingt ans à un peu moins de 1/2 gallon, c'est-à-dire moins de 2 litres, colle de la bière a passé de 6 gallons 1/2 (30 lit.) à 15 (68 lit.) 0-

On fait du cidre dans les régions où il y a beaucoup de pommiers. Cette industrie est en progrès parce que le climat convient mieux à la culture du pommier qu'à celle de la vigne. Toutefois elle est encore domestique et peu considérable. A l'exposition de Chicago on débitait beaucoup de cidre doux de pommes, ainsi que du

(1) La consommation de l'alcool par tète est restée pendant ces Tingt ans à 1 gallon 1/2 par tête (6 lit. 2/3).

cidre d'oranges. On vend, mais en petite quantité, du cidre mousseux dit « champaign cider».

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