LES RÉGIONS AGRICOLES
Division en régions. — Aux États-Unis, non plus que dans les États européens, les régions agricoles ne sont
(l) A l'Exposition de Philadelphie, la « colonie française » de Fayette- Tille (Caroline du nord) exposait des cocons. En 1869, une colonie séricicole française a été fondée à SilkTille (Kansas) par un autre Français.
pas assez nettement tracées par la nature ou par Texploiiation pour qu'on ne puisse pas différer au sujet de leur étendue et de leurs limites. Le Département de TAgriculture etleStatistical Abstract emploient dans plusieurs tableaux la division en Nouvelle-Angleterre, États du centre, États du sud, États et Territoires de Touest, États du Pacifique. J'ai adopté à peu près ce groupement en subdivisant cependant plusieurs régions qui présentent des caractères divers. Je partage en conséquence les États-Unis en neuf grandes régions agricoles : Nouvelle- Angleterre, Centre-Atlantique, Sud-Atlantique, États du Golfe, Région appalachienne occidentale, Région des plaines du centre, Région des plaines du nord. Région de la Cordillère, Région du Pacifique (*).
Je ne décrirai pas chacun des quarante-quatre États et des Territoires ; mais je prendrai dans chaque région quelques-uns de ceux qui la caractérisent et j'indiquerai les traits principaux qui peuvent en marquer le caractère .
Première région : Nouvelle-Angleterre. — La Nouvelle- Angleterre comprend le Connecticut, le Maine, le Massachusetts, le New Hampshire, le Rhode Islandet le Vermont (172,145 kilomètres carrés). Elle est surnommée la région granitique (^) parce qu'elle est presque entièrement formée de terrains azoïques ou paléozoïques. La couche de terre végétale y est très mince, excepté dans les vallées; en maint endroit les plateaux en sont dépourvus et on ne voit que roc, gravier ou sable.
(i) Voir dans l'appendice, pour la production des États, les figures de statistique ; n® 5 (maïs), 6 (blo), 7 (pommes de terre), 8 (coton), 9 (tabac), iO (foin), et les cartes n» 11 (cultures herbacées), n» 12 (animaux de ferjne).
(2) Le New Hampshire est surnomme « Granité State >k
Le froid est très rigoureux en hiver; Tété très chaud, d*ane chaleur souvent lourde, humide et énervante; Tautomne est généralement très agréable. La température moyenne de Tannée est basse : 42^ Fahrenheit (+ 5^ 8 centigrade) à Montpelier, capitale du Vermont; oO" ( + iO® cent.) à Hartford, capitale du Connecticut, qui est situé plus au sud. La moyenne mensuelle de la Nouvelle-Angleterre varie en général de 26^1 ( — 3® 3 cent.)-, en janvier à 68® 7, ( + 20® 5 cent.) en juillet.
La pluie est abondante ; elle atteint une hauteur moyenne de 48,19 pouces (1",22) pour Tannée entière. Elle est assez également répartie entre les saisons ; le maximum, soit 47,0 pouces (1"*,19) étant en juillet et Le minimum, 32,1 pouces (81 cent.) en juin.
La Nouvelle-Angleterre, qui a été une des premières contrées colonisées, n'a depuis longtemps qu'un rôle secondaire dans la production des céréales ('). En 1850^ Elle ne fournissait que le centième de la récolte des Etats-Unis en froment, et le cinquantième en maïs; Tavoîne y avait relativement plus d'importance. Il s'en faut qu'elle soit en progrès sous ce rapport.
En effet, elle récolte beaucoup moins de maïs qu'il y a vingt et vingt-cinq ans et surtout beaucoup moins de blé. Il semble qu'elle n'ose même plus avouer ses pertes, puisqu'on 1892 le Massachusetts, le Connecticut et le Rhode Island n'ont pas donné au Statisticien du Département de l'Agriculture le chiffre de leur récolte en blé. Elle n'a pas gagné sous le rapport de la pomme de terre dont le rendement est variable. Elle a beaucoup
'!)« In her industrial career, Massachussets wasfirst agricultural, then naYal, then manufacturing ». {Massachusetts ^ A typicat amencan commonweallh by William E. Oriffls, 1893, publié à l'occasion de l'Exposition de Chicago.)
moins de moutons et moins de bœufs que naguère, mais plus de vaches laitières; elle a plus de chevaux, mais elle n'a pas plus de porcs. (Voirie tableau ci-après.)
Il y avait eu un progrès dans la récolte du foin ; 3,4 millions de tonnes en 1850 et 4,6 millions en i867 ; mais ce progrès est enrayé depuis unequinzaine d'années par la concurrence de Touest (*). J'ai traversé deux fois en chemin de fer^du sud au nord et du nord au sud, toute cette région et sur ma route je n'ai vu pour ainsi dire que des prairies, çà et là quelques bois, très rarement un champ de céréales ; il est vrai que les voies ferrées suivent les vallées. La statistique confirme l'impression du voyageur. Dans les fermes de la Nouvelle- Angleterre le tiers du terrain environ est en prairies (*) : proportion bien supérieure à celle des autres régions (').
Dans les montagnes et dans les plaines toutes bossuées du Maine (*), les bois, principalement le pin (dans le Maine) et l'érable (dans le New Hampshire), couvrent une grande partie du sol. Il n'y a guère qu'un tiers du Maine qui soit occupé par des fermes et plus de la moitié des terres de ces fermes est en bois.
La population est très clairsemée dans le nord (8 habitants par kilomètre carré dans le Maine, 13 dans le Vermont, 16 dans le New Hampshire), la plus grande
(1) Ainsi le Maine est resté stationnairc depuis 1867 (1,050,000 tonnes en 1861, 1,292,000 en 1888), ainsi que le Vermont (1,000,000 en 1867 et 1,038,000 en 1888), le Connecticut (718,000 en 1867 et 574,700 en 1888) et le Massachusetts (1,032,000 en 1867 et 674,000 en 1888) ont rétrogradé.
(2) Dans le Massachusetts, 37 p.jlOO des terres de ferme sont en prairies, 29 seulement en labour, le reste en bois ou en friche. Dans le Vermont, la proportion des prairies s'élève à 39 p. 100 (Album of agricultural Statîstics),
(3) Excepté toutefois dans le Wyomîng, où la proportion des prairies est de 47 p. 100.
(4) Le Maine est surnommé « Lumber State ».
oi
sa
ae
ce
ce
0^1 lO a» «4 d o
r^S Od <0 <0 Od
co •* ^< »^ *i co
co r- o co •* »o
00 e*3 (N «fH lA (M
^4 ;d eo «41 lo
©^ co es 00 ^ r-
Ï-O co -r« co «2
OS co r- •* ^ »p
s:? «4< an ««^ co e^
co
•* 00 Ci 00 r- ^i
■«rt <N •* ïO «o (M
co
<N «o co Q<l
co oo
ta 00
^ co ^ co
00 o 2A vy 00 00 <N ^n lA Od ««^ 04
o* •* co r- ©I •*
lA
a fit ea
K eu
ce
as
SI
sa
*4 09 9> Od aA Oï
•k ffh p> «k •« ».
»0 »«f îO ^n r* c^
r* art r" so »< ao
«^4 sn oc aA co <M
^^4 lA ^^ ^H eo ao
■^ •* ^1 co l^
O co '4> co "^ 00
co O) aA o> Od lA >4< (M co co ««H A ^H (M ^i ^4 «rt
05 CO aA 05 r- r-
00 »—•<•««* Oi o
os ^ »* 05 ^ r^
co
OS
os
OO
co <o
co
os
os
co
co
co
lA
OS
CO Od 0> ^ CD «H
»« w. »i« ^. «^ as
««r co aA ^^ co •^t
aA r- co »A ^^ r-
aA f- o OO co co
94 OO eo aA <N OS
>4* OS aA CO ««^ 04
co "K co
»t ^^ os ce os r»
co aA oi os «H o
03 «^ os o ^ co
os ^ 00 CO eo OO
*4« »* ^1 os »* 00
co r- OO o <N co
^^ ^ri «r^ ••« Oi
co ^H ^-
co
»A ■(-• aA >*)• o eo •^ -«-1 ;0 aA v4 os
os
aA eo
os
os aA
CO
co co
S jS 'C
A A rt o «Q V
fr4
a~ en
Cug
partie du sol étant impropre au labour : sur 19 millions d'acres desupercifie, leMaine n'en avaitque 6 millionset demi qui appartinssent à des exploitations agricoles et près de la moitié (47 p. 100) de ces six millions 1/3 était sans culture. Au contraire, dans le Massachusetts (104 habitants par kilomètre carré), le Rhode Island (106 habitants par kilomètre carré); le Connecticut (57 habitants par kilomètre carré), elle est très dense, les villes sont nombreuses, Tindustrie très active; par suite, la consommation est considérable. Aussi la culture maraîchère y occupe-t-elle une place importante ; elle a fait depuis quinze ans de grands progrès.
Les ouvriers ont quitté les fermes pour les manufactures et dans les manufactures elles-mêmes il s'opère un changement considérable de personnel; les Américains ont été en grande partie remplacés par les immigrants venus par mer d'Irlande ou d'Allemagne et par terre du Canada français.
Les terres sont généralement exploitées par le propriétaire : sur 100 fermes on en comptait, en 1880, 91,8 qui Tétaient ainsi, 6 qui Tétaient par des fermiers et 2,2 par des métayers. Mais, en 1890 (*), il n'y en avait plus que 85 ; la crise agricole, qui semble avoir en France diminué le nombre des fermiers, a eu un effet inverse dans la Nouvelle- Angle terre.
Des fermiers ont été découragés par la dépopulation des campagnes, le peu de fécondité du sol et le bas prix des denrées. En 1890, il y avait dans le Massachusetts, surtout dans les comtés de l'ouest (*), 1,461 fermejs aban-
(1) Extra Census Bulletin, n« 31 et 40.
(2) Les comlés de Worcester et de Hampshirc sont ceux qui ont le plus de fermes abandonnées. Dans le comte de Berskhiro, il y a un « town », celui d'Otis, où 19 p. 100 des fermes ont été abandonnées.
données (^). Cette statistique étant la première de ce genre, on ne sait pas combien il y avait antérieurement de fermes abandonnées; le chef de bureau pense que beaucoup d'abandons datent de loin ('). Les 1,461 fermes avaient une superficie totale, cultivée ou non, de 126,809 acres (53,300 hectares) ; leur valeur vénale s'élevait rarement au-dessus de 10 dollars Tacre (138 fr. 78 rhcctare) sans les bâtiments; c'étaient en général de mauvaises terres. C'étaient aussi généralement de petites fermes, ayant en moyenne une étendue de 87 acres (35 hectares) et une valeur de 894 dollars, avec bâtiments à 561 dollars, sans bâtiments (4,604 à 2,889 fr.). Elles représentaient environ 3,4 p. 100 de la superficie totale des fermes du Massachusetts (^) et 0,9 p. 100 de leur valeur. Cette situation difficile n'avait pourtant pas empêché que d'autres cantons mieux situés, prospérassent, et que, de 1875 à 1885, dans certains cahtons du Massachusetts, la superficie cultivée se fût étendue (^) et que la valeur totale de la propriété agricole eût augmenté deS3p. 100.
Le Massachusetts, le Connecticut et le Rhode Island sont depuis longtemps au nombre des Etats où ia terre atteint le prix le plus élevé. Le prix moyen de l'acre de ferme était de 19 dollars (244 francs l'hectare) en 1880
[{) 689 fermes sans bâtiments et 772 avec bâtiments.
(2) Un rapport du secrétaire du « Board of agriculture » constate que sur 77 réponses faites par diverses localités à la question des formes abandonnées, 43 ont répondu qu*il n'y en avait pas plus en 1890 que dix ans auparavant, 25 qu*il y en avait plus, 5 qu'il y en avait moins, 4 que les conditions n'avaient pas changé.
(3) Depuis 1890, il n'a pas été dressé de nouvelle statistique de ce genre au Massachusetts. Le « State Board of Agriculture » s'est efforcé de procurer des acheteurs aux propriétaires qui voulaient vendre leur terre et a réussi quelquefois ; mais la plus grande partie est restée sans culture et a été transformée en bois ou en pâturages.
(4) 848,660 acres cultivées en 1875 et 876,558 en 4885.
aux États-Unis, il était de 43, 8S au Massachusetts, de 49,34 dans le Connecticut, de 80,37 dans le Rhodelsland (soit 860 francs, 638 francs et 647 francs Thectare); ce prix baissera probablement sous l'influence de la crise.
Les petites fermes, ai-je dit, tendent à diminuer en nombre par suite de cette crise pour faire place à de plus grandes exploitations (^). Mais, grâce aune plus grande variété de cultures, la valeur annuelle produite par les fermes du Massachusetts, au lieu de diminuer, a augmenté de 28,78 p. 100 dans l'intervalle des deux recensements de 1878 et de 1888 (^). L'augmentation de production est supérieure à celle de la valeur foncière : d'où il résulterait, si la statistique est suffisamment exacte, que Ton capitalise à un taux un peu moins élevé. Il est k remarquer que la valeur des produits manufacturés n'a augmenté dans le même temps au Massachussetts que de 27,56 p. 100, c'est-à-dire un peu moins que celle des produits agricoles; c'est que la prospérité de l'agriculture, est liée à celle de l'industrie, comme celle de l'industrie l'est à la richesse agricole.
Sur 144 « towns » dans lesquels il y avait des fermes abandonnées en 1890 et qui étaient presque tous exclusivement agricoles, 88 avaient moins d'habitants qu'en 1880; quelques-uns en avaient même moins qu'en 1885 ('). Déjà à cette date des écrivains se plaignaient
(1) La grandeur moyenne des fermes du Massachussetts était de 18 acres (31 hectares) en 1875 et de 88 (35 hectares) en 1885.
(2; Cette valeur était estimée à 42,898,626 dollars en 1885 ; augmentation 28,75 p. 100. Môme dans le Berkshire, où il y a eu beaucoup de fermes abandonnées, l'augmentation est de 34,61 p. 100. Plusieurs autres comtés sont dans le même cas.
(3) Ainsi dans les deux towns du comte de Barnstable, celui qui a été le plus atteint, la diminution a été de 53,6 p. 100 de 1855 à 1890 (3,393 habitants en 18S5, 1,819 en 1890.
de la désertion des campagnes. « Où est cette longue file de nobles fermiers si nombreux et si prospères, écrivait un publiciste en 1858, qui s'étendait de North River au delà de Christian Hills jusqu'aux Montagnes Vertes? Tout a disparu » On peut voir le même changement, plus ou moins accentué, dans la plupart des districts ruraux de la Nouvelle-Angleterre.
Ce déplacement de population se produit aujourd'hui non seulement dans la Nouvelle- Angleterre^ mais même dans le bassin de l'Ohio. La pauvreté de certaines terres comparativement à d'autres, la configuration du sol qui ne permet pas ou qui rend plus difficile qu'ailleurs la culture psT les machines, Téloignement des marchés ou des voies de communication, l'attraction des villes qui attirent dans leurs murs ou dans leur banlieue par leurs fabriques, leurs écoles et autres commodités de la vie, par la certitude d'un large marché pour la vente des denrées sont les causes principales de cet abandon, qui n'implique pas nécessairement une décadence générale de l'agriculture : je viens d'en donner une preuve.
Le changement qui s'est opéré dans la condition du fermier en fournit une autre. Les fermiers de la Nouvelle-Angleterre étaient remarquables autrefois par les qualités morales qui les soutenaient dans les difficultés de la vie. « Mais, dit le chef de la statistique du travail du Massachusetts, il serait facile de montrer que ces difficultés et que la pauvreté étaient beaucoup plus grandes autrefois qu'aujourd'hui. Les perfectionnements dus aux inventions modernes ont éclairé le travail de la culture, le chemin de fer, le télégraphe, la presse ont mis les fermes les plus écartées en communication avec le mouvement du siècle. Si le fermier n'est pas en situation
d'amasser la richesse, la majorité des citadins est dans le même cas. Mais il est généralement assuré de vivre confortablement en récompense de sa peine. »
Dans le New Hampshire et le Vermont où il y a plus de terres abandonnées encore que dans le Massachusetts, le gouvernement atenté de repeupler par la colonisation; le succès n'a pas encore justifié Texpérience. On n'a guère vu des citadins refluer vers la campagne; mais on voit des Canadiens français, enfants de familles nombreuses, ayant peu d'emploi dans leur pays natal et se contentant d'un gain moindre que les Yankees, venir prendre la place de ceux-ci.
Certaines campagnes, qui, pour être peu fertiles, n'en sont pas moins pittoresques, peuvent inviter, par le bon marché de la terre, des citadins aisés à en faire des parcs et des maisons de plaisance ; il y a encore là un emploi du sol qui deviendra plus fréquent à mesure que la population urbaine sera plus dense et plus riche.
L'agriculture de la Nouvelle-Angleterre subit certainement une crise très grave pour le pays et très douloureuse pour beaucoup de cultivateurs. C'est même moins une crise qu'une transformation sans chance de retour; ce n'est pourtant pas une situation désespérée, puisque la terre a des emplois divers et que, si des champs reviennent à leur ancien état forestier, d'autres se couvrent de légumes.
C'est encore dans cette région des États-Unis qu'on paye en général les céréales le plus cher et que la terre, mieux cultivée qu'ailleurs et, plus souvent famée ou amendée, rend le plus, quelquefois en quantité, presque toujours en argent : l'acre produit 30 boisseaux de maïs et plus (27 hectolitres par hectare) valant de 20 à 24 dol-
l'aGRICLLTURK aux ÉTATS-UNIS. 113
lars(103 à 124 francs); 14 à IS boisseaux de froment (13 hectolitres par hectare) d'une valeur de 16 à 21 dollars (8S à 108 francs). Cette région est aussi une de celles où les animaux de ferme, chevaux, bœufs, moutons, porcs, atteignent les plus hauts prix, conséquence de la densité et de la richesse.
Deuxième région : Centre^ Atlantique, — La région du Centre-Atlantique comprend le New York, la Pennsylvanie, le New Jersey, le Delaware, le Maryland (301,500 kilomètres carrés) ; elle est plus grande que la Nouvelle-Angleterre ,
La tetopérature dans cette région varie de 37® 7 Fahrenheit ( 4- 0® S6 centigrades) en janvier à 76<> 3 (+ îi*» 4 cent.) en juillet. La moyenne température de Tannée est de 49« (+ 9» 4 cent.) à Albany, de 62<> (+ HM cent.) à New York, de 84<> (+ 12^2 cent.) à Philadelphie, de 53« 3 (+ 11® 6 cent.) à Pittsburgh, de 5o« 6 (+ 12® 8 cent.) à Baltimore.
La moyenne de la pluie est de 45,42pouces (1™, 14), par conséquent un peu inférieure à celle de la Nouvelle-Anglerre. Elle est de 44,37 pouces (1",10) à Baltimore, près de la mer ; elle est un peu moindre quand on s'éloigne des côtes (') et n'est que de 37,3 pouces (0™,93) à Pittsburgh sur le revers occidental des Appalaches. C'est en juillet et en avril qu'elle est ordinairement le plus abondante.
Le thermomètre et le pluviomètre ne donnent qu'une notion incomplète du climat de cette région et en général des climats de l'Amérique. Le climat du Centre- Atlantique est en général excessif, non seulement dans l'intérieur des terres, mais sur le littoral, excepté dans quelques îles ou presqu'îles. L'hiver est rigoureux;
(1] Voir Maryland, its resources, industries and instilulions.
presque tous les ans la neige reste longtemps sur le sol ; les fleuves sont gelés. Les chaleurs estivales, de juin jusqu'à la mi -août, sont parfois accablantes quand soufflent les vents du sud et que Tair est saturé de vapeur. L'Européen est très incommodé par Thumidité chaude qui le pénètre» et TAméricain lui-même en est affecté. Même en été, it y a de grandes variations de température d'un jour à l'autre et d'une heure à l'autre dans la journée : ainsi, à Baltimore, ville située cependant sur le bord de la mer qui tempère les excès climatériques, on trouve 18®7 degrés centigrades de différence entre le maximum et le minimum de la température eii été (^).
L'alternative de grand froid et de chaleur humide, qui favorise la pousse de certains végétaux, rend impossible ou difficile la culture de certains autres. La vigne, par exemple, s'en accommode mal et la flore arborescente n'est pas aussi méridionale que celle de l'Italie qui est située sous la même latitude.
Le sol de cette région est en général meilleur que celui de la Nouvelle- Angleterre, notamment dans le Maryland et le Delaware. Dans aucun Etat le prix moyen de la terre de ferme ne s'élève aussi haut que dans le New Jersey, d'après le statisticien du Département de l'Agriculture, qui donne pour l'année 1880, 68,16 dollars l'acre (839 francs l'hectare). Il est vrai que cette valeur est bien supérieure à celle qu'a donnée en 1889, à cause delà crise, le « State Board of Agriculture » du New Jersey et qui est de 30 à 60 dollars l'acre (386 à 772 francs l'hectare) ('). Le New Jersey, le New York, la Pennsylvanie
(1) Maximum en été 33o5; minimum en été, 14*>.
(2) Twelftk Annual Report of the Bureau of slatislics of Labor and Industries of New Jersey, p. 308.
elle Delaware sont au nombre des dix États qui occupent les premiers rangs sous le rapport de la valeur (*) .
La majeure partie des fermes est exploitée par le propriétaire ; la proportion cependant est un peu moindre que dans la Nouvelle-Angleterre (*).
Plus des deux tiers du sol de cette région sont occupés par des fermes et plus de la moitié (') des teiTes de ferme est en labour; Taulre tiers est en bois (*).
La Pennsylvanie et le New York, sont au nombre des dix États de TUnion qui produisent le plus de blé et surtout d'avoine ; le New York tient aussi pour la culture de la pomme de terre un des premiers rangs. Ces deux
Etats produisent beaucoup de tabac et de foin (^) et sont dans les dix premiers rangs pour le nombre des chevaux et des bœufs ; la Pennsylvanie Test aussi pour celui des porcs (•). Ce qui s'explique par Tétendue de leur territoire, le chiffre de leur population urbaine et leur climat. La valeur moyenne du maïs, du blé et de la plupart des céréales par acre est un peu moindre dans la région Centre-Atlantique que dans la Nouvelle-Angleterre; mais elle est égale ou supérieure à la moyenne des Etats-Unis Ç). Les animaux de ferme ont, comme dans la Nouvelle-Angleterre, uii prix élevé.
(1) Le prix moyen, d'après le Ccnsus de 1880, était de $ 44,40 dans le New York, de 49,30 dans la Pennsylvanie, do 32,33 dans le Maryland. La moyenne générale des États-Unis était de 19,02.
(2) Exemple : en Pennsylvanie, sur 100 fermes, 78,8 étaient exploitées par le propriétaire, 8 par des fermiers, 13,2 par des métayers.
3) 38 p. 100 dans la PennsyWanie.
'4) 24,4 p. 100 dans la Pennsylvanie.
(5) Le rendement et la valeur par acre cultivée en tabac se sont élevés dans ces deux États de 100 à 130 dollars.
(6) La valeur de la production en 1892 a été en Pennsylvanie : blé, lo millions de dollars; avoine, 12. — Pour New York: blé, 7 millions de dollars; avoine, 15; pommes de terre, 11.
(7) L'acre cultivée en maïs rond 19 à 15 dollars; en blé, 10 à 19 '.moyenne de 1880-89, d'après VAlàum of agricultural graphies.)
Tous les Etats de cette région subissent, comme ceux de la Nouvelle- Angleterre, une dépréciation de valeur de la terre qui est la conséquence de la diminution du prix des denrées. Dans le New Jersey, un comité, chargé en février 1890 de rechercher les « Causes of the dépression of the farminginterests», a conclu que, depuis 10 ou 15 ans, cette valeur avait diminué en moyenne de 40 p. 100 (^).
Le Maryland^ qui se distingue par la diversité de ses couches géologiques et qui est un des Etats les plus fertiles du Centre-Atlantique, peut être pris comme exemple de la diversité des sols et des cultures, exemple d'autant plus frappant que le territoire de TÉtat est peu étendu (31,620 kil. c.)
La partie nord-ouest de cet Etat est la mieux dotée par la nature. Elle appartient au massif appalachien et se compose de terrains devenions à Touest, siluriens à Test. L'altitude est généralement supérieure à 1,200 pieds et atteint 3,000 (360 à 900 mètres) au« Negro Mountain » et au (( Savage Mountain ». Le terrain est ondulé et bien arrosé. Les terres calcaires, surtout dans les vallées, sont très bonnes pour les céréales et les fourrages; elles peuvent rendre jusqu'à 30 et 40 boisseaux de froment à l'acre (27 à 36 hectolitres par hectare) quand elles sont bien cultivées. Les terres formées de la décomposition du gneiss conviennent aussi au labour et à rherbage, plus encore au maïs et aux tomates ; emblavées, elles donnent environ 20 à 30 boisseaux (18 à 27 hectolitres par hectare). Le grès cambrien qui flanque à Test
(1) Twelfth Annual Report ofihe Bureau of Statistics of Labor and Industries of New Jersey, p. 308. A la question « Hâve farming lands depreciatedin your çounty? » toutes les réponses, moins deux, ont tété affirmatives.
le massif appalachien convient aux pèches de montagne. Les schistes argileux d'Hamilton et Ghemung sont généralement des pacages et des bois d'une maigre végétation. Ceux de THudson, légers et froids, conviennent mieux aux arbres fruitiers qu'au froment qui n'y rend guère que 15 boisseaux (13 hectolitres par hectare). Les grands pâturages du nord-ouest sont les parties qui nourrissent le plus de bétail.
Le massif appalachien se termine à Test sur la plaine basse de Hagerstown qui est en grande partie composée de calcaire de Trenton et produit du blé et de Therbe. Cette plaine est elle-même flanquée à l'est d'une bande de granit et de basalte qui parait avoir été le rivage de la mer à Tépoque où se sont formés les terrains appalachiens, et qui convient au froment, au maïs et à l'herbe.
Dans le Maryland méridional, qui est plus plat et moins riche en herbages, la formation tertiaire, dite de la baie de Ghesapeake, donne le meilleur tabac sur certains sols ; on y trouve des terres à blé plus légères et un peu moins productives que celles du Maryland septentrional et aussi des terres fortes. Souvent les fermiers cultivent alternativement le tabac et le blé. Les terres sablonneuses donnent des légumes qui, comme les fruits, y mûrissent plus hâtivement que sur les autres sols; elles sont recherchées à cause de cet avantage, mais la culture du blé n'y est pas rémunératrice. La formation Lafayette, qui est de gravier et de sable et qui pourrait aussi êlre utilisée pour les arbres fruitiers précoces, est en général stérile ou boisée de pins.
Le Maryland oriental, dont l'altitude est très peu considérable, comprend dans ses plaines unies de fertiles terres à blé et à maïs qui pourraient être converties en
prairies, des terres humides gui ont besoin de drainage et qui étaient bien cultivées avant la guerre quand la main-d'œuvre coûtait peu.
En allant de la frontière occidentale du Maryland à la baie de Chesapeake, on ne traverse pas moins de soixante-quatre bandes géologiques, dont plusieurs, il est vrai, appartiennent à la même formation, mais différent par Taltitude ou par la composition de la couche végétale. Ces bandes sont orientées du sud-ouest au nord-est, parallèlement à Taxe des Appalaches. La quantité de pluie annuelle (*) varie de 28 pouces, (soit 0",70), à l'ouest (dans les Appalaches) à 48 (1™,20), plus près de la baie de Chesapeake (canton d'Annapolis.) On conçoit qu'avec de telles conditions il y ait une grande diversité dans le degré de fertilité et le genre de production des terres.
Dans le Maryland, comme dans toute la région du Centre- Atlantique, l'agriculture avait fait des progrès et était prospère il y aune dizaine d'années. La diminution des prix a mis maintenant les fermiers dans la gêne, surtout ceux des terres de qualité médiocre. Avant la guerre ils cultivaient du riz et du coton pour la consommation locale : deux cultures que la facilité des transports ont rendues impossibles en permettant au nord de s'approvisionner à meilleur marché dans le sud. La suppression de l'esclavage a causé aux cultivateurs de la partie méridionale un dommage qu'ils n'ont pas pu réparer; leurs terres sont lourdement grevées d'hypothèques et, dans certains endroits, elles ont perdu, dit-on non sans exagération probablement, les
(i) L'été est la saison qui fournit le plus de pluie, au Maryland comme dans tout le Centre- Atlantique.
quatre cinquièmes et jusqu'aux neuf dixièmes de leur valeur. C'est une révolution pénible pour beaucoup, qui aboutira à un changement dans le mode d'exploitation : il paraît que le fermier du Maryland ne peut cultiver aujourd'hui le blé avec profit que sur un sol rendant au moins 18 boisseaux par acre (16 hectol. par hectare).
Le maïs (15 millions de boisseaux en 1892), le froment (8 millions de boisseaux) et Tavoine (2 millions de boisseaux) sont cependant encore les plus importantes récoltes du Maryland, quoique la superficie cultivée eu céréales ait diminué de 10 p. 100 de 1879 à 1889 ('). Le tabac, que, sous le régime de l'esclavage, on cultivait dans l'est, ne l'est plus aujourd'hui, sauf quelques excepptions, que dans le sud et la surface cultivée a diminué de moitié en dix ans (').
D'autre part, la production des légumes (^) et des fruits (^) a beaucoup augmenté et donne lieu à une active exportation.
Le Maryland méridional était renommé autrefois pour ses chevaux de luxe ; il a perdu sous ce rapport depuis la suppression de l'esclavage. Le gros bétail y
(1) La saperficie culUvëe en blé a diminué de 10 p. 100. EUe a même diminué de 41 p. 100 dans le Maryland méridional. Le rendement moyen du blé par acre au Maryland a augmenté de 14,06 boisseaux à 16,35. La superficie cultivée en maïs a diminué de 11,7 p. 100.
(2) Diminution de 52,9 de 1879 à 1889.
(3) J'ai dit qu'il y a deux modes de culture des légumes : les jardins maraîchers (Market gardening), qui se trouvent surtout près des vUles, et les fermes à légumes (Truck farming) où l'on cultive en grand des légumes qui sont vendus à des marchands en gros. Les principaux légumes cultivés au Maryland sont les patates, les choux, les pois, les asperges, les tomates dont la production a beaucoup augmenté, les pommes de terre, les melons d'eau.
(4) Avant 1830, on ne cultivait que quelques pêchers près de Baltimore. Cette culture, aujourd'hui, est importante dans le sud et sur certaines terres des Appalaches. Les fraises (comté d'Anne Arundel, etc.) les mûres, les framboises sont très cultivées.
180 É. LËVASSEUR.
est de bonne qualité et s'est amélioré depuis vingt ans. La race Durham, celle de Guernesey et du Holstein ont remplacé la race de Jersey qui a été trouvée trop délicate. Depuis quelques années la fabrication du beurre, qui était toute domestique, commence à se concentrer dans de grandes crémeries (*X dont Baltimore est le centre principal. On engraisse des bœufs, surtout dans les pâturages de Touest. L'élevage des moutons, dont les plus grands appartiennent à la race Southdown, et des porcs, dont la race la plus répandue est celle du Berkshire, est depuis longtemps prospère au Maryland.
La diversité des terrains et des cultures qu'on observe au Maryland se rencontre à plus forte raison dans les États qui ont un grand territoire. Aussi, dans celui de New York, le fertile comté de Genesee, qui est cultivé surtout en blé et en trèfle et rend 16 à 36 boisseaux par acre (14,8 à* 23 hectol. par hectare), quelquefois même jusqu'à 40 (36 hectol. par hectare), a un tout autre caractère agricole que le massif montagneux des Adirondacks qui ne présente guère que des rocs, des forêts et des pâturages. Dans la Pennsylvanie (^) la plaine du versant de l'Atlantique, avec ses prairies et ses terres de labour ne ressemble ni au massif appalachien dont les crêtes et les versants boisés encadrent des pâturages, ni à la terrasse de terrains cambrions, siluriens, dévoniens et carbonifères qui forme le talus occidental du massif.
Dans l'Etat de New York qui est presque aussi grand (127,380 kil. c.)que le royaume d'Angleterre, l'étendue
(1) La première date de 1884; il y en avait, en 1892, une soixantaine dans le Maryland, dont qaelqUes-anes sont coopératives.
(2) Au nombre des productions de la Pennsylvanie, il ne faut pas oublier le sirop d'érable.
l'aGRICDLTURK aux ÉTATS-UNIS. 181
des terres en culture avait beaucoup augmenté de 1860 k 1880 (*). Le nombre des fermes avait augmenté aussi (*). Mais depuis dix ans un mouvement inverse s'est produit et le Census de 1890 (') a enregistré 16,108 fermes de moins que celui de 1880. La population rurale a diminué aussi, et cela dans une proportion considérable (*).
D'autre part, on avait trouvé plus de fermes de 100 à SOO acres (de 40 h 202 hectares), et beaucoup moins d'une contenance inférieure à 100 acres en 1880 qu'en 1870 (•) : signes d'une concentration de la culture et d'une exploitation qui, ayant amélioré son outillage, emploie moins de bras. « Tous les États du nord et de Touest, dit le chef du bureau de statistique de TÉtat de New York ('), manifestent la même tendance, c'estr à-dire une diminution du nombre total des fermiers ou une augmentation beaucoup moindre que celle de la superficie mise en culture. » M. Dodge, comparant la population rurale qui formait 47,4 p. 100 de la population totale des États-Unis en 1870 et 44,1 en 1880, disait que cette proportion diminuerait encore et que, lorsque les améliorations de culture, qui étaient encore locales, seraient devenues générales, 30 p. 100 suffi-
(1) En 1860, 14,3 millions d'acres; en 1880, 17,7 : augmentation de 3,4.
(2) 1%,990 en 1866 ; 241,050 en 1880.
(3) 224,942 fermes.
(4) Elle a diminué de 66,735 habitants de 1886 à 1890 dans les fermes et dans les yillages de moins de^4,000 âmes.
(5) Voici la comparaison entre 1870 et 1880.
tsso.
AecroiMement.
Diminution.
Fermes de moins de 10 acres. .
— de 10 à 100 acres . . •
— de 100 à 500 acres. . .
— de plus de 500 acres. .
(6) Tenth Annual Report of tke Bureau of Statisiics of Laàor of ihe State ofNew Yorkfm* the year 1892, p. 205.
i82 É. LEVÂSSEUR.
raient à nourrir la totalité delà population américaine.
Dans la majorité des comtés agricoles du New York, le travail des fabriques et les chemins de fer enlèvent une portion et généralement la portion la plus intelligente de ses travailleurs à Tagriculture qui, de son côté, s'applique à leur substituer la machine.
Le msus est encore une des principales cultures du New York; mais cette culture, qui était en progrès jusqu'en 1880, a sensiblement décliné depuis cette date. Eu 1880, la superficie cultivée en maïsa été de 801,600 acres qui ont produit 27,896,000 boisseaux valant 15,900,000 dollars ; en 1892, il n'y a eu que 827,689 acres et 17,414,000 boisseaux valant 10 millions 1/2 de dollars (*). n en est de même pour le blé : en 1880, 788,000 acres produisant 12,609,000 boisseaux d'une valeur de 14,700,000 dollars ; en 1892, 518,000 acres, 8,405,000 boisseaux, 7,144,000 dollars ('). La culture de la pomme de terre, très importante aussi, a varié suivant les circonstances, sans qu'il y ait décroissance accusée dans les quantités , mais avec décroissance de valeur (^). La culture du tabac, pratiquée principalement dans les comtés d'Onondaga, de Gayuga et de Chemung, varie aussi suivant les circonstances sans décroître, mais perd quelque peu de sa valeur (*). Le houblon,
(1) En 1867, la récolte qui était de 19 millions 1/2 de boisseaux, a valu 25,7 millions do dollars : c'est le maximum de valeur obtenue.
(2) Le maximum de la valeur du blé a été, en 1867 ; 21,7 millions de dollars.
(3) C'est en 1876 que la superficie la plus grande (418,181 acres) a été consacrée à cette culture. En 1888, cette superficie, qui est en somme en progrès, a été de 371,105 acres. La plus forte récolte est celle de 1877, 39.300.000 boisseaux. En 1888, cette récolte a été de 29,688,000 boisseaux valant 11,3 millions de dollars. Kn 1867 la valeur a été de 22,4 millions, et n'est jamais descendue au-dessous de 12 jusqu'en 1885.
(4) En 1889, sur 8,629 acres, 9,316,000 livres de tabac, 836,000 dollars. En 1867, la récolte de tabac (8,743,000 livres) a valu 1,224,000 dollars.
l'agriculture aux ÉTATS-UNIS. i83
(comtés de Madison, Otsego, Oneida, Schoharie), qui avait beaucoup augmenté de 1869 à 1880, a quelque peu diminué en quantité, mais non en valeur (*).
Le nombre des chevaux dans les fermes avait augmenté sensiblement de 1860 à 1888 et a quelque peu rétrogradé depuis 1888 (') ; celui des vaches laitières augmente lentement (^} ; celui des bœufs, des moutons et des porcs diminue (^). Dans Tensemble la valeur des animaux de ferme a plus perdu que gagné.
C'est du côté des cultures intensives et de luxe que le New York a gagné. Il a plus de fermes adonnées à la culture des légumes, plus de pépinières, plus d'établissements d'horticulture, une plus grande production de raisin de table. Les récoltes en foin, qui avaient augmenté jusqu'en 1878, restent à peu près stationnaires et les prix ont une tendance marquée à la baisse {^). L'agriculture du New York se débat non sans peine contre la concurrence de Touest.
Troisième région : Sud-Atlantique. La région du Sud- Atlantique comprend la Virginie, la Caroline du nord, la Caroline du sud et la Géorgie (478,460 kil. c); elle diCTère beaucoup des deux précédentes par le climat, les cultures et l'état économique.
Le Maryland méridional forme en quelque sorte la transition.
Cette région comprend la plus grande partie du massif appalachien. Elle est bornée à Test par l'Océan. Elle
(1) 17,5 millions de livres de houblon récoltées en 1869 et 17,8 en 1890. (2)503,000 cheyauxen 1860, 674,000 en 1888, 659,000 en 1892.
(3) 1,123,000 en 4860, 1,510,000 en 1884 et 1,552,000 en 1892.
(4) 901,866 bœufs en 1880 et 775,000 en 1892; 1,732,000 moutons en 1884 et 1,421,000 en 1892; 751,000 porcs ea 1880 et 672,000 en 1892.
(5) Voir Tenth Annual Report of the Bureau of Statistics of Labor of the State of New York for the year 1892. Agriculture, p. 196 et suir.
est composée : à l'ouest de montagnes et de plateaux où les bois alternent avec les prairies ; au centre, d'une longue terrasse, dite Piedmont, formée de terrains azoïques et presque entièrement boisée, avec des clairières cultivées et des vallées d*alluvion fertiles, « Middle country » ; à l'est, d'une plaine cultivée et, sur le bord de la mer, d'une terre basse, << Tide water », sablonneuse et pauvre, entrecoupée de marais, de tourbières, de forêts de cyprès et de pins, « Pine barrens », avec des parties où pousse le coton longue-soie.
La température varie de 47®,5 Fahrenheit (-t- 8*»,5 centigrades), moyenne normale de janvier, à 80**, 7 ( + 26**,9 cent.), moyenne normale de juillet. A Lynchburg (Virginie) la température moyenne de l'année est de 57®, 1 (+ 13*»,9 cent.); celle de Savannah (Géorgie) de 67<*,1 (+ 19®, 4 cent.); celle d'Atlanta (Géorgie) dans le Piedmont est moindre : 61®,1 (+ 16®1), parce que l'altitude est plus grande.
La pluie tombe en abondance : 44 pouces (l^^jlO) à Lynchburg; 82 (1"*,30) à Savannah ; 85 (l'",37) à Atlanta. La moyenne générale (surtout près des côtes) est à peu près de 88 pouces (4", 37); elle est un peu supérieure (50 à 60 pouces) dans le massif appalachien et un peu moindre dans la plaine (48 à 80 pouces) ('). C'est en juillet, août et septembre qu'il tombe le plus d'eau.
Cette région n'est pas riche en céréales. On n'y récolte guère que 11 boisseaux de maïs par acre en moyenne, (10 hectol. par hectare), 6 de froment (8 hectol. à l'hectare), 10 d'avoine (9 hectol. à l'hectare). Comme en outre les prix sont bas, la valeur à l'acre ne dépasse pas
(1) Voir la carte de H. Gannett dans Internai Commerce of the United States, 1880.
8, 7 ou 6 dollars (H2à77 francs par hectare) (*) ; rémuné* ration très faible. La pomme de terre rend un peu plus; la culture du lîz, qui était importante autrefois en Géorgîe, a diminué de plus des deux tiers en quarante ans (').
Le tabac est une des ressources agricoles de la Virginie et de la Caroline du nord. Toutefois c'est le coton qui est la culture caractéristique de cette région. Sur 3,438 millions de livres de coton récoltées en 1888, plus du quart (913 millions) a été produit par les quatre États de la région, la moitié de ce quart (463 millions) provenait de la Géorgie. Ce dernier État cultive le coton longue-soie dans les îles de la côte à Tétat d'arbuste ; le coton « Upland » dans la plaine et dans les clairières du Piedmont à l'état herbacé. Herbacé, le coton est une plante annuelle s'élevant à peine de 80 à 60 centimètres au-dessus 4es à-dos sur lesquels elle a été plantée en avril et d'où, à partir du mois d'octobre, le duvet mûr s'échappe par les capsules ouvertes; le champ parait alors tout moucheté de taches blanches.
La patate, que la Caroline du nord et la Géorgie produisent en plus grande quantité qu'aucun autre État, certains légumes et quelque peu le riz sont au nombre des cultures de cette région.
Le bétail n'a qu'une médiocre valeur. Pendant que la moyenne générale du prix aux États-Unis dans la période décennale 1880-89 a été d'environ 30 dollars (103 francs) pour les bœufs, 26 (134 francs) pour les vaches laitières, 2,21 (11 fr. 35) pour les moutons, 5 (26 francs) pour les porcs, elle n'était guère que de 9
(1} Ce rendement est inférieur à celui que j'ai donné comme moyenne des États-Unis. (Voir plus haut le § Sat*rasin,) (2) 160 millions de liyres en 1850, 52 millions en 1880.
186 É. LEVÂSSEUB.
(46 francs), de 14 (72 francs), de 1,50 (7 fr. 70) et de 3 (15 fr. 50) dans le sud. Les mulets seuls se présentent avec avantage ; la Géorgie est un des dix Etats où Ton en compte le plus : 158,000 en 1893.
J'ai traversé tout le Piedmont, d'Atlanta à Richmond. Sur ma route le sol ondulé, presque partout de couleur d'ocre, très boisé d'arbres divers de moyenne futaie, paraissait d'une médiocre fertilité. Çà et là des clairières avec quelques rares champs de mil et un plus grand nombre de champs de coton où des gens de couleur, surtout des femmes, la tète cachée sous une grande capote blanche, faisaient la cueillette ; aux gares, des balles de coton, enveloppées en partie de treillis et cerclées de fer. Les stations portent le témoignage de la profonde séparation qui subsiste entre les deux populations : les gens de couleur ne sont pas admis dans les 3alles d'attente des blancs ('). Il en est de même dans les écoles. Les cabanes éparses dans la campagne et même les maisons agglomérées dans les villages ont un aspect très différent de celui des habitations du nord. Toutes sont en bois : ce qui d'ailleurs est commun an nord et au sud. Elles sont grossièrement blanchies à la chaux ou conservent la couleur du bois brut que le temps brunit; une porte, une ou deux fenêtres, quelquefois aucune fenêtre, un simple rez-de-chaussée composé d'une ou deux chambres au plus. La plupart des maisons bourgeoises de la campagne sont aussi de simples rez-de-chaussée en bois, ornés souvent d'un petit portique devant
(i) Il y a à chaque station deux salles d'attente avec cette inscription : « Waiting room for Wliite people » ; « Waiting room Colored people » . Dans le reste des États-Unis, il y a généralement aussi deux salles d'attente, mais Fune est réservée aux dames, Tautre est la salle commune où Ton peut fumer.
l'entrée. Quelques-unes ont un certain cachet de distinction; mais on devine de prime abord qu'elles ne doivent pas offrir à l'intérieur le confortable des cottages bourgeois du nord et on ne se trompe pas.
C'est qu'en effet la population de cette région, à con* sidérer l'ensemble, est pauvre. Elle est essentiellement rurale et nulle part aux Etats-Unis la proportion des travailleurs agricoles relativement à ceux des villes n'est plus forte (^). La consommation urbaine étant ainsi restreinte, les denrées ont peu de débouchés et sont à bas prix, quoique l'homme du sud paye souvent ses objets de consommation plus cher que l'homme du nord.
Autre conséquence : la terre a peu de valeur; l'acre n'est estimée en moyenne que 10,89 dollars (140 fr« l'hectare) en Virginie, 6,07 et 5,10 en Caroline, 4,30 (S5 fr. rhectare) en Géorgie, tandis qu'elle en vaut 49,30 (634 fr. l'hectare) en Pennsylvanie et 68,16 (838 fr. l'hectare) dans le New Jersey.
L'esclavage a été aboli; cette question devait être tranchée un jour ou l'autre pour l'honneur et pour l'unité de la grande république américaine. Mais elle l'a été sans que les propriétaires d'esclaves reçussent d'indemnité, comme en avaient reçu ceux des colonies de l'Angleterre et de la France, et les propriétaires sont appauvris. Elle l'a été sans que les anciens esclaves reçussent de terre comme les serfs de Russie, et ils forment aujourd'hui une plèbe de prolétaires ruraux.
On trouve, depuis l'émancipation, beaucoup moins de propriétaires exploitant leur domaine que dans les autres
(1) La moyenne des travailleurs agricoles aux États-Unis, d'après le Census de 1880, est de 44 sur 100 personnes engagées dans tout genre d'occupation. Dans les deux Caroline, elle est de 75 p. 100; dans la Géorgie de 71.
parties des États-Unis (*); n'ayant plus d'esclaves, beaucoup de planteurs ont été réduits à diviser et à affermer leurs terres. Les cultivateurs sont beaucoup plus souvent des métayers travaillant ^ mi-fruit que des fermiers payant leur redevance en argent; c'est précisément le contraire dans la Nouvelle- Angleterre où les capitaux sont plus abondants.
Mais ils sont rares dans le sud. L'esclavage a laissé une profonde empreinte sur les mœurs et sur toute l'économie sociale. La fortune des maîtres consistait en terres et en esclaves, les uns faisant valoir les autrespar leur travail. La plupart de ces maîtres étaient habitués à une vie de loisir et de luxe ; beaucoup laissaient la surveillance à des intendants et dépensaient leur revenu dans les villes ou dans leurs maisons de plaisance de la montagne. Quand les esclaves ont manqué à la terre, celle-ci a perdu laplus grande partie de sa productivité, les propriétaires n'ayant pas d'argent en réserve pour l'exploiter. Aussi, quand on examine les chiffres du Gensus de 1880, constate-t-on non seulement que la valeur de la terre est moindre dans le sud que dans le nord mais que le cheptel agricole et la production sont moindres aussi (^). L'habi-
(1) Ainsi d'après le Gensus de 1880, le nombre des fermes exploitées par le propriétaire est de 70,5 p. 100 dans la Virginie, de 66,5 dans la Caroline du Nord, de 49,7 dans la Caroline du Sud, de 35,1 dans la Géorgie; il décroit du Nord au Sud, tandis qu'il est en moyenne de 74,5 aux États-Unis et dépasse 80 et 90 dans la Nouvelle- Angleterre et dans l'ouest (Voir Album of agricultural Statistics),
(2) La comparaison suivante, calculée d'après le Census de 1880, en fournit les preuves :
Valeur moyenne par ferme, en dollars :
MasMchuMUi. PenniylTanie. Oéorgi«.
De la ferme 8847 4580 811
Du cheptel mort 135 166 38
Du cheptel vivant 841 305 188
Des constructions ou réparations
faites dans l'année 16 26 13
Des produits consommés, vendus
ou en magasin 636 609 486
l'agriculture aux ÉTATS-UNIS. i89
tude d'être servi a fait des maîtres une race d'hommes douée de certaines qualités aristocratiques jointes à de graves défauts : la morgue, le dédain du travail, l'inhabileté à traiter avec des hommes libres, inférieurs à eux. Aujourd'hui il y a beaucoup de propriétaires qui, ayant été impuissants à surmonter les difficultés de la transition, vivent en cachant une extrême gêne sous des dehors de gentilhommerie. Ils ne savent pas tirer parti de leur domaine, produire avec économie ce qui est utile à leur consommation personnelle; ils se bornent à faire et à vendre du coton. Dans la classe des intendants qui étaient presque tous des hommes de cou* leur, il s'est trouvé des hommes plus avisés qui, ayant su employer les noirs, sont parvenus à l'aisance, quelquefois même qui se sont substitués à leurs anciens maîtres.
Le noir est loin d'être un travailleur accompli ; l'esclavage n'était pas fait pour améliorer son caractère qui est insouciant et vaniteux. Il n'éprouve pas les mêmes besoins de bien-être que le Yankee et il vit de peu : mauvais logement, nourriture chétive ; quand il a de l'argent, c'est en plaisirs et en frivolités qu'il le prodigue. Beaucoup de noirs sont aujourd'hui métayers ; ils font valoir avec une ou deux mules un petit lopin de terre et c'est à peine s'ils en tirent, par la vente de leur récolte, de quoi suffire à leur subsistance. Le marchand auquel ils vendent leur coton leur a en général avancé, à un intérêt usuraire de 20 p. 100, de quoi acquitter leurs taxes, acheter leurs vêtements, leur nourriture, payer peutêtre les frais d'un enterrement; il faut qu'ils récoltent la quantité de coton indispensable pour satisfaire leurs créanciers. Aussi, comme le blanc, le noir ne fait-il
que du maïs et du coton (*) et, comme lui^ plus que lui sans doute, il achète cher sur le marché les denrées dont il se nourrit et qu'il pourrait produire sur son propre cKamp s'il avait plus d^énergie et de prévoyance.
Quoiqu'on puisse citer d'honorables exceptions en faveur de la race africaine, ces traits sont ceux qui la caractérisent. Des écrivains américains prétendent que le noir était matériellement dans une meilleure situation au temps oh l'esclavage lui assurait la nourriture et le vêtement.
Ces raisons expliquent la faiblesse des salaires agricoles. En 1890, pendant que l'ouvrier de ferme non nourri était payé par mois 30 dollars (154 francs) dans le Massachusetts et 22,80 (117 francs) en Pennsylvanie, il n'avait que 14,21 dollars (73 francs) en Virginie, 12,30 (64 fr. 30) dans les Caroline, 13,13 (67 fr. 65) dans la Géorgie ('). Il est vrai que le noir aimant mieux généralement louer un champ comme métayer que louer son temps pour un salaire, ce ne sont guère que les mauvais travailleurs qui restent ouvriers.
Le chiffre des hypothèques qui grèvent la terre est pourtant faible et ne dénonce pas cet état de gène. Cependant les cultivateurs du sud, les blancs comme les noirs.
(1) M. Bemis (The Journal of poUtical Economy, Univeraity of Chicago march 1 893) dit que la culture maraîchère pourrait procurer dans certains cas un rendement dix fois supérieur et cite l'exemple d*un nègre qui, en cultivant des radis, a récolté de quoi payer son fermage pendant dix ans.
(2) Ces salaires ont peu yarié depuis Témancipation (16 dollars sans nourriture en 1866, 17,21 en 1869, 13,21 en 1879, 14,77 en 1890) et la proportion est, entre les États, restée à peu près la même. Une preuve que le noir du sud se nourrit à moins de frais, c'est que la différence entre Touvrier de ferme nourri et non nourri est de 11,50 dollars au Massachusetts, 8,10 en Pennsylvanie, et qu*elle est seulement de 5,24 en Virginie, de 4,3 et 3,48 dans les Caroline, de 4,75 en Géorgie.
l'agriculture aux états-unis. 19i
sont rongés par Tusure (*), ayant emprunté sur leurs biens mobiliers et sur leurs récoltes qui sont engagées d^avance. Si donc la production du coton augmente, c'est surtout, comme je viens de le montrer ('), parce que les cultivateurs, quelle que soit leur couleur, sont forcés de produire pour s'acquitter vis-à-vis de prêteurs qui leur ont baillé les fonds nécessaires pour semer, cultiver, vivre et qui attendent la vente pour se couvrir de leurs avances. Propriétaires et fermiers sont devenus, suivant l'expression d'un Américain, les « péons » de leurs créanciers.
Les capitaux du nord commencent cependant à se porter dans ]esud;ilspourrontcontribuer au progrès de certaines branches de l'industrie agricole, comme ils l'ont déjà fait depuis quelques années, pour l'industrie métallurgique. La forêt de Biltmore, située sur les bords delà French river, dans la région appalachienne de la Caroline du nord, en est un exemple. Cette forêt de chênes et de pins, d'une superficie de plus de 7,000 acres, repose sur un sol maigre et sablonneux de gneiss et de quartz. Elle était livrée à la vaine pâture ; les fermiers mettaient le feu aux broussailles et le bétail détruisait les jeunes pousses. Un capitaliste de New York, M. G. W. Vanderblitt l'a achetée, l'a fait aménager, cultiver par des méthodes rationnelles ; dès la première année (1892-93) il a obtenu un produit de 9,519 dollars, laissant un bénéfice de 392 dollars (').
(i) Dans un article des Annals of the american Academy, M. Holmes dit que l'intérêt est au moins de 25 p. 1 00 et qu'il dépasse quelquefois 100 p. 100.
(2) Voir plus loin le chapitre de la dette hypothécaire.
(3) BUtmore foresl, on account of Us ireatment^ by GifTord Pinchot, Chicago, 1893.
192 É. LEYASSEUR.
Quatrième région : Région du Golfe. — La région du Golfe comprend six États : la Floride, rAlabama, le Mississipi^ la Louisiane, le Texas et l'Ârkansas
(1,362,920 kil.c).
Ce qui la caractérise tout d'abord, c^est son climat chaud : la moyenne température de janvier est de 47* Fahrenheit (-h 8^,3 centig.), celle de juillet de 82* (h- 27,8 cent.). La moyenne générale de Tannée est de 68*4 (+ 20*,2 cent.) à Key West (Floride), de 75* (+ 23*9), à Pensacola (Floride), de 70*2 (-h 21*,1) à la Nouvelle- Orléans, de 70*,5 ( + 21*3) à Galveston (Texas), de 66* (+ 18*8) à Vicksburg, de 62*,4 (+ 16*8 cent.) à Little Rock (Ârkansas).
La pluie est abondante : plus de 60 pouces par an (1",80) en moyenne, surtout dans la partie basse, sur la côte; 59 (1™,48) à l'est du Mississipi; 46 (1™,15) à Touest du fleuve. La quantité diminue à mesure qu'on avance vers le nord et surtout vers l'ouest; sur la frontière occidentale du Texas il ne tombe que 10. à 15 pouces (25 à 37 centimètres).
Le terrain est quaternaire dans la Floride qui renferme d'inmfienses marais, sur les côtes et dans les vallées des principaux cours d'eau ; il est tertiaire dans le reste du bassin du Mississipi et au sud du massif appalachien et il est encadré de formations plus anciennes.
Dans cette région, il y a de très vastes étendues qui ne font pas partie des exploitations agricoles ; ce sont des bois ou des marais qui, en Floride, constituent les 9/10 du territoire (*) et en Louisiane, près des 3/4.
(1) 90,5 p. 100 du territoire.' En outre, dans les exploitations agricoles., il n*7 a que 2|1 p. 100 du territoire cultivé ; le reste est en bois (6,3 p. 100) ou sans culture (0,5 p. 100) (Voir V Album of agricultural Staiistics).
Les prairies ont peu d'importance; dans la Louisiane par exemple, il n'y a que 3 p. 100 des terres de ferme (lesquelles elles-mêmes ne sont que le quart du territoire de rÉtat) qui soient en prairies, tandis qu'il y en a S8 p. 100 en bois. La proportion est à peu près la même dans les autres États, le Texas excepté (*).
Les deux tiers environ des terres sont exploités par leur propriétaire ; proportion un peu plus forte que dans le Sud-Atlantique, mais moindre que dans tout le reste de l'Amérique. Presque tous les propriétaires sont des blancs. Comme dans le Sud-Atlantique, le métayage, pra« tiqué par des noirs et par de petits blancs, est plus fréquent que le fermage, et les métayers sont eu général pauvres et peu industrieux. La population est en grande majorité rurale (*) et, comme dans le Sud-Atlantique, elle est rongée par l'usure.
Un habitant de l'Alabama écrivait, il y a un an, que les fermiers-propriétaires, y compris Tunique noir propriétaire dans le comté (il est vrai qu'un autre correspondant dit que le nombre des propriétaires noirs augmente), étaient actifs et prévoyants ; qu'il n'en était pas de même des métayers dont les deux tiers étaient des blancs et qui, les uns comme les autres, ne travaillaient que quand ils y étaient obligés et passaient le reste de leur temps à flâner dans les boutiques; que chaque métayer avait une ou plusieurs vaches, mais pas de jardin fruitier, que la plus grande partie des récoltes sur pied était engagée à des créanciers; que l'intérêt des prêts hypothécaires était communément de 12 p. 100, quoique
(1) Eq effet, dans le Texas, les prairies occupent 13,8 p. 100 des terres de ferme.
(2) L*Arkansas, qui compte 83 trayailleurs sur 100 occupés dans l'agriculture est TËtat qui a la plus forte proportion de population rurale.
If.
la loi le limitât à 8, enfin que les avances sur récoltes se faisaient au taux de 24 p. 100.
La terre a en général peu de valeur. D'après le Census de 1880, l'acre de ferme ne valait pas en moyenne plus de 7 dollars (89 francs Thcctare) ; il descendait au-des sous de 5 dans le Texas (64 fr.) (*).
La région du Golfe est caractérisée surtout, comme celle du Sud-Âtlantique, par la culture du coton. Le Texas et le Mississipi sont aujourd'hui les deux États de cette région qui en produisent la plus grande quantité ; mais c'est dans la Louisiane et TArkansas que le rendement par acre est le plus élevé (*).
Cette région a aussi quelques autres cultures spéciales : le riz, qui n'est pas en progrès ('), lu canne à sucre, les patates, les melons d'eau, les légumes et les fruits, surtout les primeurs, qui trouvent un débouché assuré sur les marchés du nord.
Le maïs est la céréale principale ; mais le rendement par acre est généralement faible (*). Le froment et l'avoine sont peu cultivés (•) et rendent peu (*).
(1) 7,13 dollars dans la LouisiaDe, celui des six États où la valeur est le plus élevée; 4,70 dans le Texas.
(2) Sur une production de 292 millions de dollars en coton (t*écoltede 1888,, le Texas figure pour 68, le Mississipi pour 45. Mais, tandis que dans ces deux États on récolte 197 et 194 livres par acre, on en récolte 233 et 230 dans la Louisiane et FÂrkansas.
(3) Cependant dans la Louisiane, la récolte de riz avait augmenté de 4 millions 1/2 de livres en 1850 à 23 millions en 1880.
(4) En Floride où il est le plus faible, il ne donnait (moyenne de 1880-89) que 9,7 boisseaux à l'acre ; dans l' Arkansas, où il est le plus fort, il en donnait 19,7. La moyenne générale des États-Unis était de 24,1. Entre Y Album of Agricultural Statistics et V Album of Agricultural graphies, il y a quelques légères divergences qui proviennent de la différence de date des renseignements.
(5) Dans le Mississipi et le Texas, par exemple, sur 1,000 acres do territoire, il n'y en avait en 1888 que 3 en froment, tandis que la moyenne générale des Ëtats-Unis était de 20.
. (6) Dans le Mississipi le froment ne rend (moyenne de 1880-89) que
Les animaux de ferme ne sont pas nombreux dans Test de la région ; ils sont au contraire très nombreux dans le Texas. Aussi le cheval se vend-il cher en Floride (75 dollars, 386 francs) et très bon marché au Texas (32, i7 dollars, 166 francs) (*). Les bœufs, les porcs et les moutons sont généralement à bas prix.
Les divisions culturales adoptées par le professeur Loc Kett pour la Louisiane donnent une idée de la diversité des terrains de cette région. Les « coast marsh », marais côtiers, n'y sont guère jusqu'à présent utilisés q^ue pour la pèche et la chasse. Les « wooded swamps )>, marécages boisés que la mer peut couvrir en grande partie, se trouvent sur la côte et dans les vallées fluviales; ils sont riches en bois, surtout en cyprès; ony trouve aussi du chêne et du noyer ; quelques parties ont été endiguées et cultivées. Les « alluvial lands », riches en humus et très fertiles, occupent le fond des vallées et atteignent une grande largeur des deux côtés du Mississipi ; elles portent des forêts et sont cultivée en coton, maïs, canne à sucre, tabac, riz, orangers, bana niers, etc. Les <( prairies », plaines unies situées dans la partie occidentale de la Louisiane, n'étaient guère exploitées il y a une vingtaine d'années que pour l'élevage d'un bétail à demi-sauvage; des émigrants venus du nord les ont peuplées et en ont défriché certaines parties qui produisent du maïs, du riz, des cannes et y ont multiplié les animaux de ferme. Les « pine flats », plaines de pins, sont de pauvres terres situées dans le bassin de la rivière Sabine. Les « bluff lands » sont des mornes qui
5,7 boisseaux à Tacre, valant 6,35 dollars (prix élevé), tandis qug la
moyenne générale des États-Unis est de 12 boisseaux, valant 10 dollars.
(1) La valeur moyenne aux États-Unis étant de 66,11 dollars (340 fr.).
196 É. LEYASSEUR.
n'occupent qu'une petite surface, sol fertile, où Teau est rare et qui est propre à la culture du coton, du maïs, de la canne et du riz. Les « pine hills », collines boisées de pins, terrain accidenté, bien arrosé, portant de beaux arbres, mais pauvre terre de labour, occupent une grande surface. Les « good uplands », bonnes terres hautes dont le sous-sol est d'argile rouge et dont la superficie forme une terre végétale rouge, jaune et sablonneuse, se trouvent dans la partie nord-ouest de la Louisiane ; c'est une contrée fertile, surtout dans les parties creuses : le coton, le maïs, la pomme de terre, les petits grains y poussent. La Louisiane produit plus des neuf dixièmes du sucre des États-Unis.
Situé au nord de la Louisiane, VArkansas est pour ainsi dire sur la limite de deux climats ; il n'est pas rare de trouver à la fois sur la même ferme le coton, produit du sud, et l'avoine, produit du nord. Le fleuve est bordé de vastes marécages hérissés de cyprès et de terres basses que l'inondation couvre à l'époque des crues. Les fruits de l'Arkansas, raisins, poires, pêches et surtoutpommes, jouissent d'une certaine renommée. Les forêts occupaient plus de 50,000 milles carrés (129,500 kil. carrés), dont 7,000 environ ont été défrichés ; elles contiennent des essences très variées : chêne, cyprès, pin jaune, frêne, etc. L'Arkansas tient un bon rang sous le rapport de la productivité en maïs, en pomme de terre, en foin, etc. Ses prairies lui permettent d'entretenir son bétail dans de bonnes conditions.
Le Texas a fait des progrès bien plus rapides encore. Cet État, plusgrandque la France (*), quiavait 24 3,000 hall} 688,000 kil. carrés.
Litants en 1850, en comptait dix fois plus (2,23S,000) en 4890, et il est loin d'être entièrement occupé.
Les formations de la période crétacée y occupent une très large place. Il y a d'immenses savanes et des déserts, principalement le « LIano Estacado », mais dans lesquels on rencontre des parties couvertes d'une épaisse et fertile couche d'humus et propices aux céréales. Le climat est très doux en hiver, chaud en été; les vents soufflent avec violence dans des plaines sans obstacle.
La face du pays s'est renouvelée depuis la fin de la guerre de la rébellion, grâce au caractère des habitants et surtout à rémigration des Américains du nord ou du sud et aussi des Anglais ou Ecossais qui ont apporté des capitaux. Les exploitations agricoles d uTexas étaient estimées valoir 16 millions 1/2 de dollars (84,9 millions de francs) en 1850, 170 millions 1/2 (878 millions de francs) en 1880, et elles ont beaucoup augmenté depuis ce temps par le progrès de la colonisation ; la valeur du maïs récolté a passé de 15 à 33 millions de dollars (de 1867 à 1892), celle du coton (sea-island et upland) de 41 à 68 (de 1878 à 1893); de 1880 à 1893 le nombre des chevaux s'est élevé de 805,600 à 1,246,000, celui des mulets de 132,000 à 241,000, celui des animaux de race bovine de 4,084,000 à 7,220,000, celui desmoutons de2,411,000 à 4,378,000, avec augmentation dans la production de la laine, celui des porcs de 1,950,000 à 2,423,000. La valeur totale de ces animaux était de 134 millions de dollars en 1893.
La population étant de 2,235,000 âmes en 1890, il en résulte qu^il y a presque 7 animaux de ferme par habitant et que, pour les chevaux particulièrement, il y en a 1 par 2 habitants. Aussi les domestiques de ferme
possèdent-ils presque tous au moins un cheval {*).
Le sol et le climat conviennent très bien à l'élevage de la race bovine qui y multiplie vite et qui constitue le principal revenu du pays. Il y a trente ans, le bétail erraitpresque partout librement dans les plaines sans clôture qui étaient des terres publiques ; chaque propriétaire reconnaissait à sa marque particulière les animaux qui lui ap* partenaient. Les bouviers, « cowboys » , montés sur des chevaux rapides, les surveillaient ; ils ne les rassemblaient dans des enclos qu'à certaines époques pour marquer les animaux et choisir les bêtes à vendre ou à tuer. Le régime pastoral est resté le mode dominant d'élevage dans Touest (*), oti il y a encore beaucoup de grands « cattle rauchos » ; la sécheresse oblige parfois les animaux à parcourir une cinquantaine de kilomètres pour trouver un abreuvoir, et il en meurt souvent de soif ou de faim.
Mais, dans l'est et le centre, les terres arpentées en « townships » et sections ont été en grande partie occupées en vertu de la loi de « Homestead » ou vendues par l'État du Texas ('). Les animaux ont été parqués, nourris l'hiver avec du fourrage conservé ; l'exploitation est devenue ce qu'on nomme « stock farm ». Malgré cette division du sol, il reste même dans ces régions de très vastes ranchos appartenant à d'anciennes familles ; quelques-uns ont jusqu'à280,000 acres (101 ,200 hectares).
La Floride, en partie marécageuse, ne jouit pas d'une
(l) Voir Métayer de Vo\iest du 7ea;a5(dan8 la coUectioD des Ouvriers des Deuœ Mondes)^'p2s M. Cl. Jannef.
(2} Voir àzxiz Report on the Intetmal Commerce, 1885,1a carte intitulée : the range and ranch cattle arca.
(3) Depuis 1873, le Texas a accordé à tout occupant père de famille un « Homestead » de 160 acres. Les terres peuvent être acquises aussi par droit de préemption, et achetées aux chemins de fer ou au School land.
grande prospérité; néanmoins ses fibres textiles d*aloës et surtout ses légumes et ses fruits subtropicaux sont l'objet d'un commerce actif qui se développera certainement encore. Elle tend à devenir pour ainsi dire le jardin d'hiver de l'Amérique qu'elle approvisionne de primeurs.
Cinquième région : Région appalachienne de Vouest. . — Le Tennessee, le Kentucky et la Virginie occidentale (277,720 kilomètres carrés) forment une région particulière, comprise entre les crêtes des Appalaches à l'est, le Mississipi et TOhio à l'ouest, qu'on peut nommer, quoique cette dénomination ne soit pas géographiquement bien exacte, région appalachienne de l'ouest.
A Nashville (Tennessee), la moyenne de la température annuelle est de 59**, 3 Fahrenheit (-f 4 8*,4 centigrades), et la hauteur de la pluie de 56,66 pouces (1"',41); à Louîsville (Kentucky), 87°3 (+ 44^3) et 47,46 pouces (4 ",48). Comme conséquence de l'altitude d'une partie de la région, il y a une différence sensible entre la température d'hiver et celle d'été : 33^9 ( + 0,87 cent.) en janvier et 77*5 (+ 28<»2 cent.) en juillet.
Cette région était autrefois et est encore très boisée; les flancs des Appalaches dans le Tennessee portent de vastes forêts de pins. Au-dessous, les collines portent des bois ou des p&turages; les vallées et la plaine ont des terres de labour fertiles.
Les fermiers et métayers blancs du Tennessee passent pour de bons travailleurs; ils emploient de plus en plus les machines agricoles, mais ils en prennent peu de soin : ils ne sont d'ailleurs pas les seuls. Parmi les noirs, la plupart sont ouvriers, et le petit nombre de ceux qui sont métayers manque d'intelligence. Les che-.
ÎOO É. LEVASSEUR.
mîns ruraux sont pour la plupart en très mauvais état : c'est une critique qui pourrait s'adresser à presque tous les États.
L'apparence des maisons rurales n'indique pas en général Taisance. Elles ressemblent un peu aux maisons du Sud-Atlantique : j'ai senti, en traversant le pays, qu'il avait dû être longtemps sous le régime de l'esclavage. Mais il participe aussi du caractère agricole de la région centrale dont il est limitrophe ; c'est ainsi que le Tennessee et le Kentucky sont au nombre des dix États qui ont, relativement à leur territoire, la plus grande superficie cultivée en maïs ; toutefois ils ne sont pas au nombre de ceux où le rendement par acre est le plus fort. Le Tennessee cultive le coton dans la plaine du Mississipi. Les trois États cultivent le tabac, sans que le rendement par acre les place dans les premiers rangs; le Kentucky est de beaucoup celui qui en produit le plus ('). Ils possèdent beaucoup d'abeilles.
C'est par l'élevage surtout qu'ils se distinguent. Le Kentucky particulièrement, qui possède une portion du « blue grass », région calcaire, bien arrosée, est renommé depuis longtemps pour ses chevaux, chevaux de selle et ses trotteurs dont il a commencé à former la race il y a une cinquantaine d'années, pour ses mulets, pour ses bœufs à courtes cornes qu'il engraisse et ses porcs qu'il nourrit de maïs, pour la laine et la chair de ses moutons. Cependant, depuis une quinzaine d'années, les bas prix de la laine et la concurrence de la région du nord-ouest ont découragé les éleveurs de moutons et la plupart des beaux troupeaux ont dis-
(!) 283 millions de livres en 1888 sor une production totale de 566 millions aux États-Unis.
paru ('). C'est une ressource qui manque à un pays dont réconomie agricole a été, comme celle de tous les anciens pays à esclaves, fortement ébranlée par l'émancipation.
Au nord-ouest du Kentucky, la Virginie occidentale, qui est située dans le massif appalachien à une altitude de 800 à 4,000 pieds, est en majeure partie boisée ou inculte. Le maïs y est la principale céréale. On rencontre aussi dans certaines parties le « blue grass », propice au gros bétail ; les moutons se plaisent dans les pâturages de ses montagnes {*) .
Sixième région: Région centrale onrégion des plaines du centre, — La région centrale est une région de plaines occupant le bassin du Mississipi moyen et comprenant rOhio, le Michigan, l'indiana, TlUinois, le Missouri, riowa, le Nebraska, le Kansas (1,237,986 kilomètres carrés). Elle correspond à peu près à l'ancienne mer de la période carbonifère et comprend même une partie des terrains dévoniens et siluriens (*) .
Il fut un temps où la partie occidentale de cette région était, la « Prairie » le « Far west ». Mais le Far west, qui n'a pas de bornes précises, recule avec le peuplement et la culture a couvert çà et là la prairie d'arbres (*).
(i) Kentucky live stock, 1893, by John W. Yerkes, p. 19.
(2) The mountain State. A description of the natural resources of West Virginia, 1893.
(3) Par exemple, dans le Missouri, on trouve les terrains granitiques et porphyriques, algonquins, cambriens (argiles et grès), siluriens, carbonifères inférieurs et supérieurs dont les couches ont 1,000 et 2,000 pieds d*épaisseur ; on trouve aussi les terrains tertiaires et quaternaires. Ces derniers comprennent les dépôts glaciaires qui couvrent toute la moitié septentrionale du Missouri.
(4) On a disserté beaucoup sur les causes qui ont fait des plaines de l'ouest une prairie sans végétation arborescente, excepté dans les fonds de vallée. On a dit que la terre, formée par des dépôts lacustres, était trop acide pour la pousse des arbres. On a dit que toute la végétation arbore«icente y avait été détruite par les glaces de ériode glaciaire.
Dans cette région, le sol superficiel est généralement un limon broyé et déposé par les grands glaciers de la période glaciaire loi*sque cette contrée ressemblait au Groenland actuel. Ce limon, aisément labourable et riche en humus dans maint endroit, fait la fertilité de cette immense plaine, très légèment ondulée de collines dans rOhio et riowa. L'altitude varie de 300 mètres environ dans rOhio à 100 mètres au confluent de FOhio et du Mississipi.
Latempérature variede 17*» ( — 8**33 cent.), moyennede janvier, à 72*» ( + 22'»2), moyenne de juillet. A Cleveland, sur le bord du lac Erié, la température moyenne de rannéeestde48°6(-h 8°89), à Cincinnati de 55°S(+ 12^9), à Alpena, au nord du Michigan, de 40^7 (+ 4^44), à Indianopolis (Indiana) de 82^3 (If 2), à Chicago (Illinois) de48°7 (-f 8«>9),auCairo (Illinois) de 58^ (+ 12^6), à Saint-Louis {') (Missouri) de S6«3 (+ 13^4), à Des Moines (lowa) de 48^9 (+ 8^9), à Omaha (Nebraska) do 49^6 (+ 9H), à Podge City (Kansas) de 81^5 (+ d0«>6).
La hauteur de la pluie dans TOhio, l'Indiana et Tlllinois est de 40 à 48 pouces (1",00 à 1™,12); elle est moindre au nord dans le Michigan (40 à 20) ; elle décroît à mesure qu'on s'avance vers l'ouest, de sorte que l'extrémité occidentale du Kansas et les trois quarts du Nebraska reçoivent en moyenne moins de 20 pouces (0™,80), quantité qui est considérée comme à peine suf-
On a dit que le sol était trop pulvérisé pour porter des arbres et que les surfaces boisées ne se rencontraient que là où il y avait des graviers glaciaires. On a dit que les feux allumés par les Indiens avaient détruit les arbres. M. Redway a affirmé récemment {The geographical Journal of the Royal geographical Society ^ march 1894) que, si la prairie n'avait pas d'arbres, c'était surtout parce que les semences n'y avaient jamais été propagées par la nature.
• (i) Température moyenne de rhiver,33o (+ 0o56); de l'été, 76* (4- 24o4)^
l'aGRICDLTI'RE aux ÉTATS-UNIS. 203
fisanie (') pour la culture régulière du froment. Mais plus de la moitié de cette pluie tombe d'avril à juillet, condition favorable aux céréales de printemps; « Ratn follow theplow », disent les Américains. En outre, dans la région des Grands lacs, il s'élève des brouillards du matin qui, dans certains jours d'été, remplacent la pluie.
Nulle part la proportion entre les terres productives et la superficie totale du territoire n'est aussi grande : 69 p. iOO dans l'Ohio,60,7 dans l'Indiana, 72,9 dansTIUinois. Elle est un peu moindre dans Tlowa et le Missouri, beaucoup moindre dans le Michigan, qui est très boisé, et dans les deux États de l'ouest, Nebraska et Kansas, où le sol est encore en grande partie inoccupé (^) . Plus de la moitié des terres des fermes sont labourées f ), tandis qu'il n'y en a guère que le quart dans la Nouvelle- Angleterre et le tiers dans les anciens Etats à esclaves.
Les trois quarts à peu près des fermes sont exploités par leurs propriétaires : proportion beaucoup plus forte que celle qui se trouve dans les anciens États à esclaves, mais inférieure à celle de la Nouvelle-Angleterre et surtout de l'extrême ouest.
La terre, étant très productive, a une valeur bien supérieure à la moyenne générale des États-Unis qui est de i9,02 dollars Tacre (244 fr. 70 Phectare). Or, dans l'Ohio, qui occupe le premier rang sous ce rapport, elle est de
(1) Des agronomes américains donnent 24 pouces comme la hauteur nécessaire. Mais, comme dans cette région la pluie tombe surtout d'ayrîl à juillet, c'est-à-dire pendant la pousse du blé de printemps, les i4 pouces qui tombent pendant ces mois sont presque l'équivalent de ce qui tombe à Test du Mississipi dans le même temps.
(2) Dans le Nebraska, il n'y a que 11,3 p. 100 de terres productives; elles sont siluées surtout dans la partie orientale de cet État.
(3) C'est dans l'Iilinois que la proportion est le plus forte : sur 100 acres de ferme, 6o,6 sont labom*ées, 16,8 sont en prairies, 15,6 en bois, 2 sont improductives.
48,97 dollars (591 fr. 70 Phectare), différant peu de - celle de la Pennsylvanie, État limitrophe de TOhio. Cette valeur diminue à mesure qu'on s'avance dans les vastes espaces inoccupés de Touest : dans le Kansas, la valeur moyenne (10,98 dollars) est bien inférieure à la moyenne
générale des Etats-Unis.
La région centrale est le grenier de T Amérique. Sur 1,628 millions de boisseaux de maïs récoltés aux États- Unis en 1892 (*), elle en a fourni 1,031 millions; sur 815 millions de boisseaux de blé, elle a fourni 348 millions ('}. Elle a fourni en 1893 plus de la moitié de la récolte d'avoine (') : 343 millions de boisseaux sur 638 ; le tiers de la récolte de seigle, le quart de la récolte d'orge, plus du tiers de la récolte de pommes de terre. Le Nebraska et l'Ohio sont, avec la Nouvelle -Angleterre, les Etats où le rendement du maïs par acre est le plus fort (*). (Voir le tableau ci-joint de la production des céréales en 1859, 1869 et 1893.)
Le rendement en blé, surtout en blé d'hiver, qu'on
{\) £lle consacre à cette culture de grandes étendues. Sur les dix États qui ont, relativement à retendue totale de leur territoire, le plus de terres cultiyëes en mais, sept appartiennent à cette région qui tient le premier rang. Dans Tlowa 22 p. 100 du territoire est cultivé on mais. L'Iowa, riUinois, le Missouri, Tlndiana, TOhio, et bien loin derrière eaz le Nebraska, le Kansas sont au nombre des 10 États qui. ont pi;oduit le plus de mais en 1892. Dans le bâtiment de l'Agiûculture à l'exposition de Chicago, rÉtat d'Iowa avait construit son pavillon tout en épis de mais.
(2) Elle consacre aussi do grandes étendues à cette culture. Sur les dix États qui ont, relativement à l'étendue totale de leur territoire, le plus de terres cultivées en blé, quatre appartiennent à cette région. Dans rindiana, qui tient le premier rang, 12,6 p. 100 du territoire est cultivé en blé. L'indiana, TOhio, Flllinois, le Michigan, le Kansas sont au nombre des dix Etats qui ont produit le plus de blé en 1892.
(3) L'Illinois (11 p. 100 du territoire) et l'Iowa sont les deux États qui consacrent la plus forte proportion de leurs terres à la culture de l'avoine. L'IUinois, Tlowa, le Missouri, le Nebraska, le Kansas sont au nombre des dix États qui ont produit le plus d'avoine en 1892.
(4) 32,7 boisseaux par acre dans le Nebraska, 31,7 dans l'Ohio. La moyenne des États-Unis est de 24,2.
l'agriculture aux ÉTATS-UJîIS.
eo
lt>
CO
co
ao
MILUl
de
toon< Foii
oo