‹ L'agriculture aux États-UnisChapitre 22 sur 40 · CO · texte numérisé non relu

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206 É. LEVASSELR.

a préféré jusqu'ici dans cette région, est bien supérieur à la moyenne générale ('), quoique inférieur à celui qu'on obtient dans la Nouvelle-Angleterre et dans l'extrême ouest. LlUinoiSy le Michigan, TOhio sont au nombre des États où l'avoine donne les meilleurs résultats (*). L'orge réussit surtout dans l'Illinois ('); le seigle dans le Michigan {^), Tlndiana, etc. L'Ohio occupe un bon rang dans la culture du tabac {^), quoique le rendement n'y égale pas celui des États situés plus à l'est. Le jardinage et la culture des fruits se développent à mesure qu'augmentent la population des villes et la consommation. Le Michigan est considéré comme prenant rang sous ce rapport, immédiatement après le New York; le Missouri, l'Illinois, l'Ohio viennent ensuite. Le Missouri, une partie du Kansas et une petite partie du Nebraska cultivent beaucoup de pommes. Sous le climat chaud et sur le sol alluvial et siliceux du Missouri méridional, desfruits variés, pommes, poires, pèches, prunes, cerises, raisins ('), viennent en abondance.

(1) La moyenne générale, calculée par M. Dodge pour la période 1880-89, est de 12,3 boisseaux de blé par acre (11,12 hectoUtres par hectare). L'Ohio a produit 14,6 dans la même période, llndiana 14,1 , l*IIlinois 13,7, le Michigan 15,9; les autres États ont donné un peu moins, plus cependant que la moyenne. D'après M. Veblen {The Journal of political Economyt University of Chicago, december 1892), le rendement moyen du bassin de l'Ohio a été de 14 3/4 boisseaux dans la période 1877 1883 et 13 3/i dans la période 1885-1892 pendant laquelle il y a eu la mauvaise récolte de 1885 (10 boisseaux par acre) et la bonne récolte de 1891-(17 1/4 boisseaux par acre). Voir aussi V Album of agricultural Statislics of the United States 1889. Dans l'autre; publication du même genre faife par le Département de l'Agriculture A Ibum of agricultural Graphics 1890, la moyenne générale est de 12 boisseaux (10,06 hectolitres par hectare).

(2) 34 boisseaux à l'acre dans l'Illinois, 31 dans l'Ohio.

(3) 15,5 boisseaux par acre. -

(4) 25,1 boisseaux par acre.

(5) U récolte 913 livres par acre. '

(6) Illinois, Ohio, lowa, Indiana, Michigan. Les premières vignes [sur-

Quoique cette région appartienne en partie à celle qu'on nommait autrefois la « Prairie », et qui commence à l'ouest de la région forestière, les prairies n'y occupent qu'un espace restreint, beaucoup moindre, relativement au territoire, que dans la Nouvelle- Angle terre. Néanmoins, cinq des Etats de la région comptent parmi les dix qui produisent le plus de foin par acre. Plusieurs Etats, entre autres le Missouri, avaient fait à Chicago, une belle exposition de leurs plantes fourragères. Ce foin, ajouté aux céréales, surtout au maïs, permet d^élever un très nombreux bétail.

L'Illinois, Tlowa et le Kansas étaient, en 1893, les seuls États, avec le Texas, qui comptassent plus d'un million de chevaux (*) : dans le Kansas, il y a presque autant de chevaux que d'habitants ('). Le Missouri est l'État qui élève le plus de mulets (*). L'Illinois et l'Iowa étaient, avec le New York, les seuls qui eussent plus d'un million de vaches à lait, en 1880 : ils fabriquaient plus de 200 millions de livres de beurre. L'Iowa (*), le Kansas, l'IUinois, Tlndiana, le Missouri, le Nebraska ont, outre leurs vaches laitières, plus d'un million de bêtes de race bovine ; il n'y a que trois autres États en Amérique qui en comptent autant (^). C'est aussi une région de moutons, quoique les moutons soient, proportionnellement aux autres animaux, bien moins nombreux en Amérique que dans les pays d'Europe : l'Ohio, l'IUi-

tout le catawba) ont été plantées de 183B à .i840 dans le comté de Gasconade. Missouri ai the Wortd's Fair^ officiai publication, 1893.

(1) Le Aiissouri et rOhio en ont près d'un million.

(2) 1,000,594 chevaux en 1893, et 1,421,096 habitants en 1890.

(3) 249,000 en 1893; ce qui fait plus d'un million avec les chevaux.

(4} L*Iowa avait, en 1893, 2,704,000 animaux de race bovine, et, en outre, 1,291,000 vaches laitières. (5) Le Texas : 6,462,000 (sans compter les vaches laitières).

nois, rindiana, le Mîchigan, le Missouri (^) figurent dans la liste des dix-sept Etats ayant plus d'un million de bêtes de race ovine. Région de porcs surtout; on en comptait, en 1893, 24 millions dans les huit États et sept de ces Etats étaient les seuls, avec le Texas, qui en possédassent plus de deux millions (*).

Le bétail s'est en général sensiblement amélioré depuis quinze ans, particulièrement dans le Missouri ; la vieille vache des broussailles, « before the war » recule devant rintroductiou des Courtes-cornes, des Holstein, etc. Dans les gras pâturages du « blue grass » les bœufs de bonne race s'engraissent vite. Les moutons mérinos acquièrent une haute taille, surtout dans le Missouri ; malgré la diminution du prix de la laine, on en élève un grand nombre. L'ancien porc à échine saillante a disparu ; on ne voit plus que des races à courtes pattes et d'un engraissement précoce, telles que le Berkshire et le Polandchina. La volaille doit être comptée aussi au nombre des richesses agricoles. L'État du Missouri, par exemple, a vendu hors de ses frontières, en 1890, 14 millions de douzaines d'œufs et 38 millions de livres de volaille. Presque tous les États de la région figurent dans les premiers rangs par le nombre des animaux de chaque espèce, les mulets exceptés (').

Par kilomètre carré du territoire, cette région possé-

(1) D'après le Slatistical Abstract^ le Missouri aurait depuis 1880 plus d'un million de moutons. Une publication officielle de TÊtat du Missouri (Missouri at the WorldCs Fair) n'en comptait que 675,000 en 1891, mais déclare que le relevé n'est pas complet.

(2) L'Iowa, qui est en Amérique au premier rang, possédait 6, 181, 000 porcs en 1893.

(3) Trois États, Ohio, Illinois, Missouri y figurent pour les quatre espèces, le Michigan n'y figure que pour les chevaux et le Nebraska que pour les bœufs.

daitplus d'animaux qu'aucune autre . Cinq Etats possèdent plus de 8 chevaux par kilomètre carré (*) (privilège qu'ils partagent avec le New York et la Pennsylvanie), tandis que la moyenne des Etats-Unis n'est que de 2; cinq(*) ont plus de 12 bêtes à cornes (privilège qu'ils partagent avec une partie de la Nouvelle- Angleterre et du Centre- Âtlantique), tandis que la moyenne générale n'est que de 6,6; trois (^) ont plus de 11 moutons par kilomètre carré (privilège partagé avec le New York, la Pennsylvanie et le Yermont), tandis que la moyenne générale n'est que de 6,1 ; TOhio est beaucoup au-dessus de tous les autres (^). Quatre ont plus de porcs qu'aucun autre État : le rapport par kilomètre carré varie de 35 dans rillinois à 25 dans le Missouri, tandis que la moyenne générale des Etats-Unis n'est que de 6.

Je ne connais pas de grande contrée qui ait, par tète d'habitant, une telle abondance, et en même temps une si grande diversité de céréales et de bétail (*).

Sil'on additionne les animaux sans distinction d'espèce, on trouve qu'il y a en moyenne par habitant 3,3 têtes, ayant une valeur de 87,7 dollars (297 fr. 15). Si Ton additionne, d'autre part, les deux principales céréales, maïs et blé, on trouve par habitant 63 boisseaux (25 hectolitres) valant 21,7 dollars(lll fr. 75). Ces rapports sont de pures abstractions, les totaux étant composés d'unités de na-

(1) Ohio (7), Illinois, Indiana, Missouri, lowa (5,5]

(2) lowa (18), Ohio, Illinois, Indiana, Missouri (12). En France on en compte en nombre rond environ 20.

(3) Ohio (48), Michigan, Indiana (U).

(4) La tonte a produit 60 millions de livres de laine en 1860, 232 en 18S0 et 276 en 1890 pour tous les États.

(5) Dans la République Argentine et TAustralie, il y a beaucoup plus de moutons par habitant; mais il n'y a pas la même abondance de céréales.

210 É. LEVÂSSEUR.

ture très différentes ; néanmoins ils attestent une richesse agricole énorme, que la nature du sol et le génie des colons ont contribué à créer. Il n'est donc pas étonnant que tout fermier ait une ou plusieurs voitures, que tout habitant consomme beaucoup de viande, et que le pays se soit enrichi pendant une trentaine d'années par Texportation de ses denrées agricoles.

Le progrès a été rapide. En 1889, le nombre total des animaux de ferme était de 28,6 millions; en 1893, il s'était élevé à 62 millions. En 1868, le nombre total d'hectolitres de céréales récoltées (maïs et blé] était de S60 millions de boisseaux; en 1888, il s'élevait à 1,496 millions de boisseaux. La valeur totale des fermes a triplé en trente ans; elle était en 1860 de 1,971 millions de dollars (10,150 millions de francs), en 1880 de 4,865, en 1890 de 6,069 (31,255 millions de francs)('); la valeur moyenne d'une ferme s'était élevée de 2,879 dollars (1860) à 3,140 dollars (1880) et à 4,200 environ en 1890.

Les fermiers ne payent pas la main-d'œuvre très cher, puisque le salaire par mois dans la région est plutôt au-

dessous qu'au-dessus de la moyenne générale des Etats- Unis ('). Cependant ils se plaignent, comme ceux de la Nouvelle-Angleterre, parce que la baisse du prix des denrées a restreint leur revenu, et ils réduisent leurs

(1) Les chiffres de la valeur m'oQt été communiqués par M. CarroU D. Wright. Comme ils sont encore inédits, il est utile de donner la preuve du total. Voici donc en millions de dollars cette valeur pour les huit États : Ohio 1,050, Indiana 755, Illinois 1,263, Michigan 556, lowa 858, Missouri 626, Nebraska 402, Kansas 560.

(2) Cette moyenne, calculée d'après la moyenne de chaque État en 1890. et non d'après le nombre total des salaires payés [aux Etats-Unis, est d'environ 24 dollars; or, le salaire variait entre 20,25 (Missouri) et 25,50 (Nebraska).

emblavements. Leur mécoateatement a commencé vers lannéc 1884, année où la récolte a été mauvaise et où les prix ont commencé à décliner; il augmente d'année en année dans les États du bassin de TOhio et plus encore peut-être dans ceux qui sont situés à Touest du Mississipi. La population émigré vers les villes et les théories socialistes recrutent de nombreux partisans dans les campagnes ; le génie allemand se prête à cette propagande.

Les fermiers regrettent amërem&nt le temps où le blé se vendait cher. Aux élections présidentielles de 1876 et de 1880, temps où le papier monnaie était contesté ou venait d'être supprimé, les « Greenbakers », défenseurs de ce papier, ont trouvé parmi eux de nombreux adhérents. Ils sont restés « Inflationists », c'est-à-dire partisans de Taugmentation de la monnaie qui fait hausser les prix. A la dernière élection présidentielle (1892), les démocrates de la région et même, dans plusieurs États, les républicains ont demandé l'égalité des deux métaux, ce qui signifie la libre frappe de l'argent. Les démocrates de Tlowa disaient : « Nous croyons que Ter est une base monétaire insuffisante et qu'il est nécessaire d'avoir une circulation libre et illimitée d'or et d'argent», et les républicains faisaient chorus : « Nous réclamons le vote de lois qui augmentent la frappe de l'argent» (*).

UOhiOy dont la terre végétale, formée d'alluvions glaciaires, est sableuse et légère, produit, outre les céréales, des fruits divers, pêches, poires, etc., du raisin, l'érable à sucre; possédant un nombreux bétail, il fabrique une

(1) Voir The Tribune Almanae, 1893, p. 50 et 51,

grande quantité de beurre et de fromage, et vend beaucoup de laine ; il élève de la volaille : c'est un des Etals les plus riches de cette riche région.

h'Indiana a aussi des terres faciles à cultiver, avec une proportion plus forte de plaines labourées que TOhio, et est caractérisée à peu près par les mêmes productions.

Le Michigan forme une région à part, plus boisée dans sa partie supérieure que les autres, malgré les abatages qui ont éclairci ses belles forêts. Une acre de bois n'y vaut guère, en moyenne, que les deux tiers d'une acre de terre labourée ; le revenu d'une acre de ferme en moyenne ne s'élève pas au dixième du revenu d'une acre dans l'intérieur d'un village, et est 200 fois moindre que celui d'une acre à bâtir dans une cité. Ces rapports, calculés par le chef du bureau de statistique du Michigan, peuvent, avec des proportions quelque peu différentes, s'appliquer à la plupart des États de la région (^).

L'Illinois est un peu plus grand (146,720 kilomètres carrés) que le cinquième de la France. C'est une grande plaine, qui s'étend entre le lac Michigan et le Mississipi, très légèrement ondulée et sillonnée de fossés peu profonds où coulent les rivières. Le sol, formé de dépôts glaciaires, est presque partout facile à travailler à la charrue et fertile, naturellement couvert de hautes herbes qui ont fait donner à l'IUinois le surnom de « Prairie State » et que la culture a remplacées par des champs de céréales, par des herbages et par des bouquets de bois dans le voisinage des fermes. Dans la partie contiguë au Mississipi, du côté d'Alton particulièrement, on trouve un humus de plusieurs pieds d'é-

(i) Rapport du chef du bureau de statistique du travail du Michigan, i892, p. 269.

paisseur dont la fécondité est renommée en Amérique.

L'Illinois a été érigé en État en 1818. Toutefois la culture n'y a pris un ample développement qu'à partir de Tépoque où les chemins de fer ont facilité le débouché des produits. D'après le recensement de 1850, la récolle était de 9,4 millions de boisseaux en blé(*), de 57,6 en maïs, de 10 en avoine; en 1864, les mêmes récoltes s'étaient élevées à 33,3, 38,3 et 24,2. Depuisce temps, le blé et le maïs sont restés à peu près stationnaires en quantité ; la superficie consacrée au blé a même sensiblement diminué (*). L'avoine a continué à augmenter jusqu'en 1888 dans une très forte proportion ('); l'orge aussi, à cause de la demande croissante des brasseries dans un pays où une forte portion de la population est d'origine allemande (^).

La partie septentrionale de l'État d'Illinois produit moins qu'elle ne consomme. C'est là, il est vrai, que se trouve la ville de Chicago qui à elle seule exige 4,7 millions de boisseaux ; mais, indépendamment de cette ville, la consommation dépasse de près de 1 million 1/2 de boisseaux la production dans cette partie. Au contraire, les parties centrale et méridionale produisent 19 millions

0) Ea 1892, la récolto a été de 30,5 millions de boisseaux de blé, de 137,5 boisseaux de mais et la valeur qui avait atteint 55 millions de doUars en 1861 pour le blé et 103 millions en 1864 pour le maïs est tombée à 21 millions pour le blé et à 49 millions pour le maïs en 1892. Lapins forte récolle en blé a été ceUe.de 1882 [467 millions de boisseaux, et la plus faible celle de 1885 (7,1 millions). La plus forte récolte en mais a été celle de 1879 (306 millions de boisseaux) et la plus faible celle de 1863(83 miUions).

(2) Il y avait, en 1880, 3,256,000 acres cultivées en blé ; en 1892, il n'y en avait que 1,665,000.

(3) L'avoine occupait en 1864, 779,000 acres ; en 1888, 3,809,000 acres ayant produit 114 millions d'hectolitres ; en 1892, 2,698,000 acres ayant produit 89 millions d'hectolitres.

(4) La production de Torge a été de 85,000 boisseaux en 1864, de 4,064,000 en 1882 (maximum), de 2,259,000 en 1892.

214 É. LEYASSEUR.

de boisseaux de plus qu^elles n'en consomment. Les comtés de Madison, de Saint-Clair, de Washington, de Monroe, de Randolph, de Clinton, situés dans le sud^ ont fourni plus de 7 millions "de cet excédent en 1892. Au 1" janvier 1893, l'IUinois possédait 1,3 millions de chevaux, 0,1 de mulets, 1 de vaches laitières, 1,8 d'autres animaux de race bovine, 1,2 de moutons, 3,7 de porcs (*), le tout ayant une valeur de 187 millions de dollars. De 1850 à 1870, cette valeur avait sextuplé (*); mais, devant le progr^s d'autres contrées plus neuves, elle avait un peu rétrogradé de 1870 à 1880 ('). Elle a augmenté de nouveau, de 30 p. 100 seulement, de 1880 à 1893 et, cette fois, le progrès est dû à ramélioration des espèces plus qu'à Faccroissement du nombre (*).Les bœufs de travail ont été peu à peu remplacés par des chevaux ; les vaches laitières ont augmenté parce que la consommation du lait a augmenté dans les villes; mais le nombre des bœufs et celui des moutons est resté à peu près stationnaire depuis douze ans et celui desporcs a considérablement diminué. La concurrence de Touest et les bas prix pèsent lourdement sur l'agriculture de riUinois, comme sur toute la région centrale.

(1) Le prix moyen était de | 65 le cheval, $ 68 le mulet, $ 23 la vache laitière, $ 20 le bœuf, $ 3,6 le mouton, | 8,1 le porc.

(2) 24,2 millions de dollars en 1850, 72,5 en 1860, 149,7 en 1870.

(3) 132 millions de dollars en 1880.

(4) NOMBRB DKS ANIMAUX DB FBRMB DANS l'iLLINOIS A D1VBR8BB BPOQUBS

D'APR£8 I.E CENSUa DB AU

ANIMAUX. 1850 1860 1870 1880 l<r jAXViSft

Chevaux 267,653 563,736 853,738 1,023,082 1,377,654

Mulets et àncs 10,573 38,539 85,075 123,278 105,778

Bœufs do travail 76,156 90,380 19,766 3,346 ■

Vaches laitièros 294,671 522,634 640,321 865,913 1,093.813

Antres d'cspèoo bovine. . . . 541,209 970,799 1,055,499 1,515,063 1,538,009

Moutons 894,043 769,135 1 568,286 1,037,073 1,187,329

Porcs 1,915,907 2,502,308 2,703,343 5,170,266 3,720,053

A l'ouest du Mississipi^ la colonisation agricole n'a commencé réellement qu'après la cession de la Louisiane par la France. Le Missouri Siéié érigé en Territoire en i809; en 1890, date de son admission comme État^ il avait 66,586 habitants (') ; il en a aujourd'hui 2,679,000. La place n'y manque pas encore; car la densité n'est que de 15 habitants par kilomètre carré. Au nord et à l'ouest sont des savanes doucement ondulées ; dans le voisinage des deux grands cours d'eau, Missouri et Mississipi, un lœss qui atteint jusqu'à une cinquantaine de pieds d'épaisseur ; dans le sud-ouest, des forêts dont le chêne, surtout le chêne blanc, et le gommier sont les essences principales.

h'iowaj qui est réputé aujourd'hui une des terres les plus fertiles de TAmérique, n'a commencé à être apprécié que postérieurement à Tannée 1865. Dans le sud-ouest, la région appelée « blue grass », qui s'étend jusque sur le Missouri septentrional, est couverte d'une herbe haute, drue, nourrissante, qui rivalise avec celle du Kentucky.

Il produisait 1 million 1/â de boisseaux de blé en 1850, 8 millions 1/2 en 1860, 22 millions de boisseaux enl87S, puis, par une subite élévation, 34 millions 1/2 en 1873: ce qui procura aux fermiers un supplément de recette de plus de 8 millions de dollars; or il n'y avait que 115,600 fermes (Census de 1870). Le climat et surtout les longues sécheresses ont rendu le succès aléatoire. En 1876, on récoltait 17 millions 1/2 de boisseaux de blé et l'année suivante 37,8, la plus forte récolte que cet État ait eue. Cependant le «Board of agriculture», conseillant un assolement varié avec fumure, sonnait alors l'alarme :

(1) Saint-Louis avait alors 5,000 habitants dont le quart était français.

É. LEVâSSEUR.

« Sans cela, l'État d'Iowa cessera bientôt d'être compté parmi les grands producteurs de blé. Le temps n'est plu s où un homme pouvait semer 160 acres de blé, le laisser pousser en se croisant les bras, recommencer la seconde année, puis une troisième et compter sur la récolte pour payer la terre, construire des clôtures, bâtir une maison, une grange, acheter un piano et faire les frais d'un professeur pour sa fille ! » S'il ne le pouvait plus (ce qui est douteux) en 1878, quand la récolte était de 30 millions l/S d'hectolitres sur 3,238,000 acres (il est vrai que le prix avait été très bas), combien ne devait-il pas être gêné en 1893 où il n'a emblavé que 886,000 acres et récolté que 6,749,000 boisseaux de blé? C est un désastre (*).

La plus grande partie des terres du Kansas sont pro* près au labourage. Les variations des récoltes n'y ont guère été moindres que dans l'Iowa. Celle du blé s'est élevée de 2 millions de boisseaux en 1872 à 27 en 1878 ; elle était de 35 en 1884 et de 11 l'année suivante, de 7 1/2 seulement en 1887; elle a atteint son maximum (70,8 millions de boisseaux) en 1892 pour tomber brusquement à 23 en 1893. Cette récolte était estimée valoir 40 millions de dollars en 1891 et moins de 10 millions

(1) Le tableau suivant donnera une idée des différences qui se sont produites d'une année à l'autre dans les récoltes de Flowa. 11 montre la quantité récoltée en 1888, la dernière pour laquelle le Département de Tagriculture ait donné régulièrement les quatre récoltes mentionnées et les trois dernières années. En 1893, le Département a donné quatre récoltes. '

VARIATIONS DBS r6C0LTES DANS L'IOWA (BN MILLIONS D^UNITés}

Maïs (boisseaux) 278 350 200 251

Blé (boisseaux) 24.2 27.6 7.2 tf.7

Pommes de terre (boisseaux) .... 16.9 > » 9.7

Foin (tonnes) 3.6 » >» 5.4

en 1893; de telles variations sont néfastes dans un État dont les fermiers ont à payer les annuités d'une très forte dette hypothécaire. Le sorgho à sucre est cultivé dans le Kansas plus qu'ailleurs. On y élève beaucoup de bétail ; les porcs de Kansas City sont célèbres en Amérique.

Dans le Nebraska, qui n'est colonisé que depuis 1854, on trouve de vastes étendues de lœss sablonneux, perméable, épais de 10 à 100 pieds, recouvert d'humus : conditions favorables. Le maïs y rend parfois jusqu'à 70 boisseaux à l'acre (63 hectolitres à l'hectare), rarement moins de 26 (23 hectolitres à l'hectare) ; on peut le cultiver sur le même champ pendant une suite indéfinie d'années. Le blé y vient bien, ainsi que l'avoine, le seigle, l'orge, le millet et le lin; on a essayé avec succès la culture du tabac, de la chicorée et de la betterave ; deux fabriques de sucre ont été créées en 1892. Les prairies sont renommées pour la variété et la qualité de leurs plantes fourragères. Les fruits, surtout les pommes et les pèches, sont devenus l'objet d'un commerce actif. « Il est démontré jusqu'à l'évidence, dit un Américain, que le grand désert américain des anciens est un mythe créé par l'ignorance... On ne doute plus de l'aptitude de cette contrée à l'exploitation agricole, beaucoup plus loin à l'ouest qu'on ne le supposait il y a peu d'années. »

Septième région : Région des plaines du nord, — La région des plaines du nord comprend le Wisconsin, le Minnesota et les deux Dakota (745,050 kil. carrés).

C'est une région froide. La température moyenne de l'année y varie de 44° Fahrenheit ( -f 6,6 centigrades) au sud à 36° (+ 2,2 cent.) au nord. A Saint-Paul (Minnesota)

218 É. LEVASSECR.

elle est de 44*» (+ 6,7 cent.) (*); à Duluth (Minnesota), ville située plus au nord sur la rive du lac Supérieur, elle est de 38^6 (+ 3,3 cent.), à Fort-Assiniboine (Montana), de 40® ( + 4,4 cent.). Vers Textrémilé nord -ouest de cette région, la température moyenne de janvier n'est que de — 1*»5 ( — 17° cent.), celle de juillet est de 68* (+ 20° cent.).

A Test, dans le Wisconsin, la hauteur de la pluie est de 30 à 35 pouces (0™,87). Elle diminue vers l'ouest, entre le lac Supérieur et la rivière Rouge, elle est de 20 à 30 pouces (0™,50 à 0*",78) ; elle n'est guère que de dS (0'",37) dans le Dakota et de 40 (0™,28) dans le Montana.

L'hiver est long et rude. La chaleur succède presque sans transition au froid ; la végétation se développe alors très rapidement. La pluie, qui est peu abondante^ souvent trop peu, tombe surtout au printemps et en été : ce qui facilite la pousse des céréales. En été, il y a, dans le voisinage des lacs, des rosées et des brouillards qui entretiennent la fraîcheur des plantes.

Le Minnesota, dont des voyageurs français avaient découvert le territoire au xvii" siècle, n'a eu cependant (excepté au sud, le long du Mississipi) ses premiers colons européens que vers 1820. Une petite chapelle de bois, construite en 1840, a été le premier édifice de la future ville de Saint-Paul. En 1858, le Minnesota, qui avait alors 180,000 habitants, fut érigé en État. Mais les Indiens occupaient encore la plus grande partie du pays; en 1862, ils ont ravagé la contrée, tuant 700 personnes et détruisant les maisons de plus de 20,000 colons.

(1) En 1892, le jour le plus chaud a étë de + 90» (+ 32,2 cent.), le plus froid de — 23* (— 30,5 cent.).

l'agriculture aux états-unis. 2Ï9

Aujourd'hui, cantonnés dans quelques réserves, ils ne sont plus redoutables et le Minnesota est un des États où Tagriculture est le plus en progrès; les terrains de ses deux villes jumelles, Saint-Paul et Minneapolis, ont même été Tobjet d*un « boom » prodigieux, c'est-à-dire qu'une spéculation effrénée les a fait monter à des prix insensés et a abouti à un « krack ».

A Test du Mississipi, la terre est généralement légère, sablonneuse et couverte de forêts ; à l'ouest, c'est une prairie dont la couche d'humus a une épaisseur de 1 à 5 pieds et qui comprend le « Red river valley », vallée de la rivière Rouge : c'est, à proprement parler, non une vallée, mais une plaine plate avec de très légères ondulations, où le cours de la rivière n'est marqué que par un rideau d^arbres. Les géologues y voient le bassin d'une ancienne mer intérieure ou d'un ancien lac ; des alluvions ont formé cet humus et les détritus des herbes pourries ou incendiées pendant une longue suite de siècles l'ont enrichi. Terre et climat conviennent excellemment à la culture du blé de printemps. J'ai traversé du sud au nord cette région qui s'étend non seulement sur le Minnesota, mais sur la partie orientale du Dakota et j'ai été frappé des conditions avantageuses qu'elle offre à la culture : pas de défoncement coûteux, car il n'y a ni souches ni pierres; une terre no]re,pulvérisée, meuble, d'une grande fertilité et d'une épaisseur qui assure une longue continuité de récoltes ; une surface unie qui facilite l'emploi des machines ; pas une acre de terre n'est perdue. L'insuffisance de la pluie dans certaines années est le grand obstacle ; mais la neige qui persiste longtemps et qui, en fondant, pénètre le sol d'humidité, garantit quelque peu contre la sécheresse.

220 É. LEYASSEUR.

A l'époque de mon voyage, la moisson était faite; on n'apercevait à perte de vue que des chaumes de blé, très rarement un petit bouquet d'arbres, çà et là une maison de bois sans étage, perdue dans l'immensité, ou la roue d'un moulin à vent haut perché sur quatre échalas en fer et faisant monter l'eau du puits, des meules de blé, quelques rares champs de maïs dont les épis seuls avaient été enlevés ou dont les bottes étaient groupées en dizeaux, des pièces de terre très grandes que des hommes, les uns à pied, les autres sur un siège, labouraient avec des charrues à deux socs traînées par quatre chevaux et traçant des sillons dont quelques-uns avaient peut-être un kilomètre de long. La plupart des stations de chemin de fer ne se composent que d'un bureau en planches pour les voyageurs, d'un réservoir d'eau pour la machine et d'un « Elevator » pour les grains; quelques-unes sont attenantes à des villages naissants, dont les rues futures sont déjà tracées à angle droit, munies de trottoirs eu planches et éclairées à l'électricité.

La partie septentrionale du Minnesota, surtout entre les sources du Mississipi elle lac Supérieur, est une terre de granit, accidentée, boisée, réputée stérile, à peu près sans fermes jusqu'ici, qu'on nomme quelquefois « Pine région ». Dans le centre, la « Parle région », entre le Mississipi et le Minnesota, qui est accidentée aussi, possède des terres de qualité diverse, labour, bois, prairies, et convient à l'élevage ; le voisinage de Minneapolis et de Saint-Paul en a hâté le défrichement. La partie méridionale « Southern Minnesota », autrefois toute boisée, moins pittoresque que « Park région », a été trouvée propre à la culture des céréales et des légumes à mesure

que rexploitation des bois y a pratiqué de grandes clairières : c/est un sol aussi riche que celui du nord de rÉtat dlowa. Cette partie a été la première exploitée et elle est plus peuplée que les autres.

Les grandes propriétés, quoique nombreuses au Minnesota, sont Texception. La moyenne est de 160 à 200 acres (64 à 81 hectares). Sur 160, il y en a ordinairement une centaine en labour, dont un tiers en blé ; le reste est en prairies ou en pâture. Les fermes de 320 acres (129 hectares) sont déjà considérées comme grandes; celles de 1,000 acres (403 hectares) sont rares. On en rencontre au contraire fréquemment qui n'en ont pas plus de 40 (16 hectares). « Nous sommes fiers du grand nombre de nos petits propriétaires », me disait le professeur d'économie politique de l'Université du Minnesota; le gouverneur du Minnesota auquel j'ai rendu visite et un sénateur de l'Etat avec lequel jai causé à Chicago m'avaient déjà exprimé le même sentiment. Là, comme dans le reste de l'Amérique, les fermiers se plaignent du bas prix auquel ils vendent leurs denrées; cependant, les petits souffrent peu de la crise parce qu'ils vivent de leur propre fonds, qu'ordinairement ils en vivent assez largement avec leur famille, et que la variété des cultures qui est facilitée par le voisinage de deux grandes villes (Minneapolis et Saint-Paul) les rend moins dépendants du marché des céréales. Il y a dix ans, les deux tiers de leurs terres étaient ensemencés en froment, et, quand le froment manquait, c'était la gêne ou la ruine; aujourd'hui, le quart seulement est en froment et, si une récolte manque, ils peuvent se tirer d'affaire avec les autres (*) .

(1) Cependant les Indiens y cultivaient le maïs ayant la Tenue des

Voici le progrès des récoltes du Minnesota en vingt ans, de 1870 à 1890 : blé, 15 et 40 millions de boisseaux (la récolte avait mémo atteint 32 4/2 en 1886) (*); avoine,

10 et 39 millions ; maïs, 5 1/2 et 19 ; orge, 1 1/2 et 8 ; pommes de terre 1,3 et 6 1/2; graine de lin, 0,7 (en 1872) et 4 ; beurre 7,3 millions de livres (en 4871) et 32.

11 faut ajouter que, dans le même temps, la population s'est élevée de 439,000 à 1,301,000 habitants.

A cause de la latitude, le blé de printemps (*) et Tavoinesont les céréales les plus cultivées; l'orge et le seigle viennent au second rang. Malgré le préjugé longtemps contraire (^), le maïs mûrit au Minnesota. Le lin donne de bons résultats dans les défrichements nouveaux (^), La betterave peut réussir aussi, ainsi que la plupart des légumes et des fruits. L'étendue des pâturages facilite l'élevage : en 1891, le Minnesota possédait plus d'un million de bêtes à cornes dont près de la moitié étaient des vaches à lait. Aussi le lait y devient-il, comme dans d'autres Etats, la matière d'une grande industrie; en 1891, 182 crémeries et 53 fromageries ont livré au marché 27 millions de livres de beurre et prës d'un million et demi de livres de fromage.

Européens; mais ce maïs ne donnait que de petits grains. Voir le Voyage dé Groseillers et Radisson en 1658.

(1) Le rendement moyen entre 17,91 boisseaux par acre en 1868' et 9,6t en 1876, année où la moitié de la récolte a manqué. U parait avoir un peu diminué et il n'a guère été que de 13 en moyenne depuis cinq ans.

(2) La récolte do 1891 a été exceptionnellement bonne au Minnesota^ comme dans la plupart des États : 53 millions de boisseaux. Il a fallu faire venir des machines et des ouvriers des États voisins ; néanmoins tout le grain n'a pas pu être rentré avant l'hiver. (Voir Minnesota. A brief sketch of Us histoi^j resources and advantagesy 1893.)

(3) En 1880, les 18 comtés de cette région avaient 66 p. 100 de leurs terres cultivées en blé ; en 1890, ils en avaient 25 p.lOO.(TAîrd biennialreport ofthe bureau ofLaborStatistics of the State of Minnesota^ 1891-92, p.371 .)

(4) Le Minnesota et le Dakota produisent les deux tiers de la récolte de lin des États-Unis.

Le Wisconsin continue à Test le Minnesota. II n'est pour ainsi dire, dans ses parties septentrionale et centrale, qu^une vaste forêt dans les éclaircies de laquelle sont les villages et les cultures. La terre a d'ailleurs peu de valeur dans les pinières décapitées dont le sol est hérissé de troncs tranchant par leur teinte noirâtre sur la verdure des broussailles. J'ai traversé toute cette région. Les beaux arbres commencent à y devenir rares ; mais les clairières le sont aussi et la plupart des stations ne sont que des haltes, à côté de quelques cabanes de bûcherons. Dans ses parties sud et sud-ouest, le Wisconsin est beaucoup plus cultivé; il possède des prairies et de bonnes terres de labour. Là, 200 acres (81 hectares) sont considérées comme constituant une ferme d'une bonne étendue; SOO acres (303 hectares) ne peuvent être exploitées que par un homme riche. A Middleton et à Madison où j'ai séjourné, la plaine^ doucement ondulée et bordée de petites collines boisées, m'a paru fertile ; les prairies alternent avec les labours; selon l'usage, les champs sont clôturés ; les maisons de bois du village de Middleton ont un certain air d*aisance : ce n'est pas un pays pauvre.

Les Dakota, bien moins peuplés encore que le Wisconsin (*), sont une contrée tout récemment colonisée qui avait 4,837 habitants au recensement de 1860 et qui, divisée en deux États en 1889, en comptait 410,000 au recensement de 1890.

Le North Dakota est trop jeune pour avoir une histoire statistique de ses récoltes (^). Il possède des parties

(1) 12 hab. par kil. carré dans le Wisconsin, 1,3 dans le Dakota.

(2) Le bureau de l'agriculture et du travail n'y a été crée qu'en novembre 1889. Le commissaire se plaignait dans son premier rapport que les

224 É. LEVÂSSEUR.

très fertiles, comme la plaine de la rivière Rouge qui coule sur sa frontière orientale en le séparant du Minnesota, et des parties très stériles, comme le coteau du Missouri. La température moyenne de Tannée est de 40« à 48o Fahrenheit (+ 4« 44 à 7** 22 cent.). A Bismark, le thermomètre est descendu à — 34* ( — 1* 11 cent.) en février et est monté à 102<> (h- 38° 89 cent.) en août 1889. La pluie a une hauteur moyenne de 19,57 pouces (48cent.),maisenl889iln'en est tombé que 11 (27cent.)

A rinsuffisance de la pluie on a remédié en quelques endroits par des puits artésiens dont plusieurs ont jusqu'à 600 pieds de profondeur.

En 1892, les 27,102 fermes du North Dakota occupaient 6,789,000 acres (2,737,000 hectares), c'est-à-dire un huitième du territoire de TEtat ; près des deux Uers étaient en culture (*). L'étendue moyenne de ces fermes en 1890, variait, dans les comtés qui avaient fourni ce renseignement, de 94 à 409 acres de (38 à 16S,6 hectares) (*). Sur ces défrichements nouveaux il faut, avec les procédés employés pour la culture, plus de terrain que dans le Minnesota méridional pour réussir. On estime que 200 acres (81 hectares) sont nécessaires; 280 (102 hectares) sont considérées comme une bonne moyenne.

J'ai rencontré un Canadien français, mécanicien au service d'une Compagnie de chemin de fer, qui avait

assesseurs ne lui fournissent pas de renseignements ou ne lui en fournissent pas de suffisamment exacts. YoirFirst report ofthe Commissioner of Agriculture andLabor to the Govemor of North Dakota 4890.

(1) En 1890, la valeur estimée des fermes, y compris les améliorations foncières, était de 27,5 millions de dollars, soit environ $ 5 Tacre. — Le sixième à peu près des terres taxées du North Dakota parait être (en 1890) la propriété de Sociétés (corporate).

(2) 409 dans le comté de Me Intosh.

acheté il y a quatre ans d'un autre propriétaire pour la somme de 3,300 dollars une ferme de deux quarts de seclion [320 acres, 139,6 hectares) dans le comté de Pembina (North Dakota). On lui en avait offert dernièrement 5,000 dollars ; il a refusé. Ayant des économies, il avait pu payer comptant son outillage. Il a dix chevaux qui lui ont coûté 80 dollars (412 fr.) chaque et des vaches ; sa femme élève beaucoup de volaille. Il cultive en blé 160 acres qui lui ont rendu en moyenne 24 boisseaux par acre (22 hectolitres par hectare); le reste est en bois ou en pré; il a vendu une partie de son foin. Il trouve dans son puits, à 12 pieds de profondeur, une eau potable, avantage que tous ses voisins n'ont pas ; car Teau est en général saumâtre et déplaît au bétail.

On voit, il est vrai, à côté des fermes de cette étendue moyenne de très grandes exploitations dans le bassin de la rivière Rouge. Elles appartiennent en général à des sociétés, dont quelques-unes ont été formées sous le patronage de compagnies de chemins de fer. La plus grande (75,000 acres, soit 30,375 hectares) et la plus connue, dont je parlerai dans le chapitre suivant, est « Darlymple farm », située à Casselton près de Fai^o. Ce sont, d'ailleurs, les chemins de fer qui ont donné la vie aux terres naguère incultes du nord-ouest et c'est à proximité des voies ferrées seulement que la culture du blé est lucrative (*).

Dans les deux Dakota, comme dans le Minnesota, chaque station est munie d'un ou de plusieurs élévateurs. L'élévateur est un instrument nécessaire au trafic des

(1) Le Dakota exposait à Chicago une petite charrette attelée d'un bœut avec cette inscription : « This outfit was the only means of travel and transportation northwest of Saint-Paul prior to 1871. »

chemins de fer. C'est un bâtiment en bois très haat, étroit, terminé au-dessus du toit par une sorte de lanterne qui le fait ressembler à une église. Un plan incliné en bois facilite l'accès aux voitures. Le fermier y apporte son grain qui est coté comme blé de première, seconde ou troisième qualité, pesé, puis versé dans la masse. Ce blé est classé, vanné, porté mécaniquement dans les réservoirs supérieurs d'où il peut, par l'ouverture d'une soupape, couler dans un wagon comme de Teau. C'est un emmagasinage intelligent et un mode de chargement rapide et économique ; j'y reviendrai dans le chapitre suivant.

Comme dans le Minnesota, la plupart des stations ne comprennent que le bâtiment de la gare et l'élévateur. Il y a cependant quelques localités qui ont déjà acquis un certain développement; par exemple, Grand Forks où est l'université du North Dakota et ï'argo qui est la ville la plus peuplée de l'État. Trois mois avant mon passage un incendie avait détruit plus de cent maisons à Fargo; la plupart de ces maisons se relevaient lorsque je l'ai vue et les constructions en briques dépassaient déjà le premier étage ; de toutesparts des maçons étaient à l'œuvre, et tant de matériaux se trouvaient amoncelés dans la principale rue que les voitures ne pouvaient plus y passer. J'avais sous les yeux un exemple de l'énergie américaine.

Dans le North Dakota, le progrès de la colonisation a été très rapide. Il y a quatre « Districts de terre » du gouvernement fédéral, à Fargo, à Grand Forks, à Devil Lake, à Bismarck, qui disposaient encore en 1890 de 16,7 millions d'acres (6,758,000 hectares) (»).

(i) Surtout dans le district de Bismarck qui dispose de 11,6 millions d'acres.

Le Northern pacifie railroad possède de grandes étendues de terre qu'il vend 2,50 à S dollars l'acre (32 fr. 15 à 64 fr. 35 l'hectare) à l'est du Missouri, et 1,50 à 5 dollars (19 fr. 25 à 64 fr. 35 l'hectare) à l'ouest de la rivière.

En 1880, il n'y avait encore que sept comtés qui produisissent du blé et la récolte n'atteignait pas 2 millions de boisseaux; en 1892, 18 comtés organisés, c'est-à-dire tous, moins un, et deux comtés non organisés en produisaient ; il y en avait six qui en récoltaient chacun plus de 2 millions de boisseaux (') et la récolte totale atteignait 39,9 millions, sur 2,878,000 acres, soit un rendement moyen de 13,9 boisseaux par acre (14,400,000 hectolitres sur 1,168,000 hectares, soit 12,4 par hectare) (•).

La même année, Tavoine a donné 13,800,000 boisseaux, le seigle 400,000, l'orge 8,300,000, le maïs200,000, la pomme de terre 1,800,000, le lin 400,000; le millet el le poa de Hongrie ont donné 110,000 tonnes; les autres fourrages artificiels 23,000; le foin des prés environ 600,000, Les excès de sécheresse ou d'humidité sont également à redouter dans cette plaine où la pluie est ordinairement peu abondante et où elle a peu d'écoulement quand elle tombe. C'est ainsi que la belle récolte de 1891 aurait été de près de 3 millions de bois-

(1) Comtés de Cass (5 millions 1/2), de Grand Forks, do Pembina, do Richland, de TraiU, de Walsh.

Les chiffres donnés ici sont extraits du Spécial report of ihe Commisiioner of Agriculture and Labor for theyear 1893. Ils diffèrent de ceux qui avaient été donnés dans le First i^ort.., 35,8 millions de boisseaux et •!,828,000 acres avec un rendement de 12,6.

(2) Le comté où la moyenne a été la plus forte a été OUiver : 18,5 boisseaux par acre. En Tannée 1891, la superficie avait été de 2,847,000 acres, la récolte de 58,3 millions de boisseaux, le rendement avait ctc de 20^ par acre»

seaux de blé plus forte (*) sans les pluies qui sont survenues à Tépoque de la moisson.

Le produit des cultures maraîchères était estimé à 73,700 dollars en 1891 ; la valeur de la volaille et des œufs vendus Tétaient à 153,000 dollars ; celle du lait et de la crème à 1 million de dollars. La production du fromage a été cette même année de 300,000 livres ; celle du beurre, beaucoup plus importante, de S, 573, 000 livres (2,520,000 kilos). La culture des fruits ne faisait que commencer (*), ainsi que les plantations d'arbres (*); mais il y avait 673,000 acres de terrain naturellement boisé {*).

Le nombre des chevaux, des bœufs et des moutons a beaucoup augmenté, comme on peut le voir parla comparaison des années 1885 et 1893 (^).

(1) Tenth annual report of the irade and commerce of Minneapolis, 1892j Ckamber ofcommei*ce, p. 137. La récolte de lS93,d'apré8 l'estiniation du commissaire de Tagriculture et du travail, a été seulement de 27,8 millions de boisseaux de blé, quoique les emblavements aient augmenté (2,878,000 acres en 1892 et 2,977,000 en 1893); aussi le rendement est-il tombé de 13,88 boisseaux à 9,36 par acre. La récolte de Tavoine est tombée de 13,8 à 11, i millions de boisseaux ; celle de Forge, de 5,3 à 4,5 ; celle des pommes de terre de 1,7 à 1,1. Il y a eu une légère augmentation pour le maïs et le seigle.

Spécial report of the Commissioner of Agriculture and Labor to the Governor of Nof^th Dakota for the year, 1893, p. 7 et 8.

(2) 9,315 acres portant fruit, 11,709 ne portant pas encore fruit.

(3) 24,400 acres en 1892.

(4) La statistique donne 252,000 en 1891 et 673,000 en 1892 (Ckamber of commerce of MinneapoliSt p. 146). On no voit pas comment a pu se produire d'une année à l'autre cette dififérence.

(5) Voir Tenth annual report of the trade and commerce of MinneapoliSf p. 148 à 157.

Il n'y a pas concordance complète entre les chiÛres donnés pour Tannée 1892 dans ce document et le Spécial report.

Les mulets et ânes sont mentionnés pour 1892 et ne le sont pas pour

Cet État est encore tout agricole. Sur la somme de 3,275,000 dollars, à laquelle il évaluait sa production industrielle en 1892, la farine figurait pour 2 millions 1/2. Ces chiffres se sont trouvés réduits en 1893 à 2,519,000 dollars au total et a 1,670,1)00 pour la farine; c'est que la récolte

l'agriculture aux ÉTATS-LNIS. 229

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