‹ L'agriculture aux États-UnisChapitre 9 sur 40 · CD · texte numérisé non relu

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parce qu'elles n'ont pas encore été défrichées par le fermier. A l'ouest du 100^ méridien, il y en a beaucoup qui sont improductives faute d'eau et que Ton nomme « terres arides » ; aussi est-ce dans Fou est (Californie et Nevada exceptés) que se trouve la plus forte proportion de terres non exploitées (67,6 p. 100 dans le Dakota, moyenne des années 1880-1890). Les bois (il ne s*agit que des bois compris dans les fermes) dominent dans les États du sud et du massif des Appalaches (66,3 p. 100 dans la Floride). Les prairies couvrent à peu près le tiers du sol des fermes dans la Nouvelle-Angleterre (39 p. 100 dans le Yermont).

M. Grandeau, dans son rapport sur l'agriculture à l'Exposition universelle de Paris en 1889, a reproduit (en traduisant en francs) l'estimation de la valeur à la ferme de la production agricole des États-Unis en 1886- 1887 donnée par le Statisticien du Département de l'agriculture. La valeur totale s'élevait à 19,3 milliards de francs (*); les céréales y figuraient pour 6,000 millions, la viande pour 3,900 millions, la basse-cour pour 900, les cuirs pour 500, les produits du lait pour 1,900, les plantes textiles pour 1,800, les foins et fourrages pour 1,900, les fruits pour 900, le tabac pour 200, les légumes potagers pour 300, les pommes de terre et patates pour SOO, etc.

Sur les défrichements récents de terres profondes, on peut obtenir une longue suite de récoltes de maïs ou de froment sans se préoccuper d'une rotation conservatrice, et quelquefois ces récoltes sont abondantes. En Gali-

(1) En France, la production agricole peut être évaluée à 42,840 mil- Jions. Voir, dans les Mémoires de la Société nationale d*AgHcuUui*ef la note sur la valeur de la production agricole par M. Levasseur (page 128 du tirage à part).

LAGBICULTURK AUX ÉTATS-liNlS. 61

fornie, on raconte que des sols viei^es ont produit jusqu'à 80 hectolitres à l'hectare ; mais il faut se tenir en défiance contre la tendance à l'exBg:ératioa à laquelle n'échappent pas certains Américains. Dans les cas ordinaires, on pense que, dans le centre et l'ouest, quelques bonnes terres peuvent rendre, pendant une quinzaine d'années,' 25 hectolitres : estimation va^e d'ailleurs et variabte suivant les lieux. Les terres de qualité inférieure rendent assurément moins de 10 hectolitres.

Le plus souvent on ne prend pas assez soin de l'assolement. Un agronome, M. T.-C. Sloan, signalait ce danger àlaConvention agricole et horticole de Madi son (Wisconsin)eni87d:« Je crois pouvoir dire qu'en thCse générale, par suite des pratiques défectueuses de ce pays, les terres qui ont été pendant un certain temps en culture se sont progressivement appauvries et leurs produits ont également perdu en qualité et en quantité. Il est parfaitement clair que si un tel régime continuait longtemps encore, nous verrions s'accumuler les déceptions et les ruines. Dans ce pays {Wisconsin), si l'on peut dire que nous ayons un système de culture, ce système est une sorte d'intermédiaire entre la grande et la petite culture. A peu d'exceptions près, les essais do grande culture n'ont été que des expériences temporaires qui, lorsqu'elles se sont prolongées, ont abouti à des échecs complets. Par grande culture j'entends celle qui produit de grands résultats. Il y a dans ce pays nombre de fermes de 160 à 200 acres qui peuvent être appelées relativement de grandes fermes. Il y en a aussi de 200 à 300 acres et même de 400 à SOO acres ; mais elles sont généralement écrémées, efTritées, et ne produisent guère plus que le strict nécessaire pour soutenir le propriétaire

6B É. LEVASSEl'B.

avec sa famille et payer les conlributioas. Il n'y a pas un dixième du capital ou un vingtième de la maind'œuvre qu'il faudrait pour les rendre véritablement profitables ('). «

Le rendement des cultures dans chaque contrée est souvent plus variable qu'en France parce que les fermiers donnant à la terre moins de façon et de fumier doivent compter davantage sur la nature qui n'est pas tous les ans égale et clémeote. La ^rêle, le vent, le froid, I& sécheresse font sentir parfois durement leur mauvaise influence. Ainsi la récolte du maïs passe de S, S millioDs de boisseaux en 1891 à 3,2 en 189S en Califoraie', de 12 en 1890 à 21,7 dans les Dakota, de 141 en 1887 à 278 en 1888 dans l'Ulinois, de 132 en 1885 à 71,4 eu 1887 dans l'Indiana; celle du blé de 27,6 millions de boisseaux en 1891 à 6,7 en 1893 dans l'Iowa, de 7,6 en 1887 à 70,8 en 1892 et à 23,2 en 1893 dans le Kansas, de 29,9 en 1890 à 45,5 en 1891 dans l'Ohio ; celle des pommes de terre de 13,5 millions de boisseaux en 1^8^ à 7,2 en 1881 dans le Wisconsin, de 12,4 en 188S à 7,^ en 1887 dans l'Ohio ; celle du foin, de 92,000 toones en 1886 à 470,000 en 1892 dans le Texas, de 892,000 en 1880 à 2,354,000 en 1883, dans le Wisconsin (').

Je parlerai plus loin du rendement en blé.

LeBbonsagriculteursdecertainesconlrées s'appliqua"' aujourd'hui à pratiquer une culture variée et rationnelle pour ne pas épuiser leur terre. L'assolement triennal, qui

(1) « Les fermes, disait un autre aeroaomB du "Wisconsin {Traïaactiona of tke Wisconsin agricuUwal Societij, 1B78-79, p. 2*6) oïl f^ soumises à lies procédés d'épuisement; on y a récolté du blé, d" " encore, du blé toujours, et les prcpriétairee disent : Le fermage ne p»' , pasl Sans doute le fermage entendu de cette façon ne paie pas &

(2) Voir page 231, le rendement dans l'Iowa.

exige plusieurs fortes fumures, comprend un maïs qui est coupé dès que les épis deviennentbrillants,puisun froment qui est semé entre les lignes de maïs, puis un trèfle semé le printemps suivant sur tout le champ avec de Tavoine dans les intervalles des lignes de maïs; après un an, le trèfle est retourné pour faire place au maïs. L'assolement quinquennal, qui est usité surtout dans le nord et le nord-ouest, consiste en maïs la première année, en avoine la seconde, en blé la troisième, en trèfle la quatrième et la cinquième. Dans beaucoup de fermes du centre, il comporte seulement un maïs que Ton sarcle très fortement, puis un blé, puis une avoine.

La moisson est souvent incommodée par les mauvaises herbes, dans certaines contrées par les joncs, parce qu'on ne sarcle presque jamais la terre et qu'entre les semailles et la moisson la plupart des fermiers ne lui donnent aucun soin.

Le nombre des insectes ennemis de l'agriculture est grand. Les sauterelles, qui ont leur siège principal dans les Montagnes Rocheuses, s'abattent par millions quelquefois sur des contrées qu'elles dénudent entièrement : on a évalué à 40 millions de dollars les pertes qu'elles ont occasionnées aux fermiers de 1874 à 1877. Plusieurs Etats ont donné des primes et voté des lois pour la destruction de ces insectes. Il y en a bien d'autres : le scarabée de la pomme de terre qui a fait son apparition en 1889 dans le Colorado ;]'« Army worm », qui a fait plusieurs fois^ notamment en 1878, de grands ravages; la mouche de Hesse ('), animal minuscule dont les larves

(1) Le nom de « Hessian fly » Tient de la croyance, populaire en Amérique, qu'à répoque de la guerre de Tindépendance, les troupes Hessoises avaient introduit cet insecte.

70 t. LEVASSEUR.

sucent la mocllâ des tige», la collerette des racines et détruisent ainsi des cbntons entiers de bté à demi mûr; le « Chinch bug » {Blissus leucopierus), qui, quoique très petit aussi, est un fléau terrible pour les bléa mûrs dans les années de sécheresse {■]; le phylloxéra, etc. Un rapport dans lequel l'entomologiste de l'État de lllliaois les a décrits n'a pas moins de 174 pages (')■

Dans certaines grandes cultures du nord, et dans beaucoup de cultures du sud, on ne coupe pas toul le maïs ; après que les plus beaux épis ont été eue illis à la main, on lâche dans le champ les animaux, surtout les porcs, qui pâturent le reste. Partout, iQoins cependant dans le sud qu'ailleurs, on vise à l'économie de la maind'œuvre, qui est très coûteuse : on y parvient par l'emploi des machines, qui est, comme je l'ai dit, général aux États-Unis. L'ouvrier américain est particulièrement habile à s'en servir.

J'ai traversé, h la tin de mai 1894, les plaines du nord de la France et de la Belgique et, faisant un retour sur mes souvenirs encore récents d'Amérique, j'étais frappé de la difl'éreuce d'aspect des campagnes; il faudra encore bien du temps avant que le fermier américain dépense sur ses grandes pièces de terre autant de travail et de capital, et mette le sol en état de rendre une aussi grande quantité de produits variés que le fermier wallon le fait aujourd'hui sur ses petites parcelles.

Propriétaires et locataires. — Si l'on cherche par qii sont exploitées les fermes, on trouve qu'en 1880, dans l'ouest, plus des neuf dixièmes l'étaient par leur propné-

(1) Voir sur le b Cbtnch bng » Report of IKe Commwsioner of Agtteuttwre year laST, p. 51.

(S] Voir l'Agriculture da Èlals-Onii, par M. Breuil, p. 56.

l'agriculture aux ÉTATS-UHIS. Il

laire (96,1 p. 100 dans le Dakota), que, dans la plaine du Mississipt et dans les États du nord-est, la proportion varie à peu près de 9 à 7 dixièmes, que dans le sud elle n'est que de 7 à 6 dixièmes (49,7 p. 100 dans South Carolina). Il est remarquable qu'aujourd'hui les propriétaires du sud exploitent beaucoup moins souvent par eux-mêmes leur domaine que ceux des autres régions et que, parmi leurs tenanciers, il y a beaucoup plus de métayers qu'ailleurs ('). Dans l'Etat de Delaware, par exemple, sur 100 cultivateurs, il y a 87,6 propriétaires, 5,8 fermiers payant leur fermage en argent, 36,6 tenanciers payant en nature. Le régime du métayage s'explique par l'esclavage du temps passé et par le manque de capitaux des fermiers actuels.

La même recherche a été faite pour le Gensus de 1 890 ; les résultats en sont connus pour S2 États ou Territoires. Us contirment en général les données précédentes, avec cette différence pourtant que le nombre des locations a beaucoup augmenté depuis dix ans, et que le faire-valoir ' direct a diminué d'autant. Ainsi, eu 1880, on calculaitque la moyenne générale des exploitations par le propriétaire était de 75,63 par lOO fermes; on n'a trouvé que 67,70 en 1890 ('). C'est dans le sud, pour la raison que j'ai

(1) Dana le Mlnnesot», que jo cite comme ciomple, le propriêlaire a pour sa part la moitié de la récolte quand il fournit los bAtimant* et la semence, et la moitié du croll du bi^tail. Le propriétaire n'a que le tien quand il ne fournit □■ bAiîment ni semence.

(2) Il y a des États où le iermage a pris un très ^and développement. Ainsi, sur 100 cultiTateurs, il y avait dans le Maine 2,S locataires en 1880 et 7,3 en liW, dans le Massachu,i<etts, 6,7 et li.l; dans l'Obio, 24,0 et 37,1| dan» le Kansas, 13,1 el 33,2.

Voici quelques tei-mea de comparaison avec des Etats europâons :

La Slatiilique agricole de la France : résultat! de l'enquête décennale de

f«J?,aéUbliqa'eaFrance,sur un total de4,941,2B7ciiUivateurs,3,52S,342

ët&ient propriétaires (2,150,696 n'exploitant que leur propriété et 1 ,374,646

ealtivBDt leur bien, mais travaillant en outre pour autrui en qualité de

indiquée, que la diminution s'accuse leplus;la Géoi^e par, exemple n'a plus que 43 propriétaires sur 100, an lieu de SS qui cultivent leur terre; la Caroline du sud

fermisra, mrilaf era ou journaliers]. La proporlioa étant donc, anr lOÛ, de 71,19 propriëlaires-cultivateurs et de £8,81 cultîvaleuri non proprittaires- En mojenue cb&cua de <x» propriétaires eiploitait SB parcelles de terre el pajait sa contribution foncière dans 2 perceptions et demie. Voici quelques d^partemenls appartenant k la catégorie : 1* de ceux qui avaient le pla> de cultivatcurs-propriélairsB; 2° de ceui qui étaient dana la mojeoxie; 3° de ceux qui aiaienl le moins de cultivateure-proprîélaires.

Snr 100 cultlvatsurs

Alpei (Hautes-). .

Piiy-de-DimB. . , Marne (Haute-). .

Alpes (Bssses-).

De l'onquito faite par le ministire des finances (UîrccUon des contributions directes) sur la propriété bâlie, il résulte que 61,3 p- 100 dos >nai- SOQB en France sont habitées par leur propriétaire; si Ton ne prend que les communes de 2,000 habitants et au-dessous qui sont les commune vurslee, la proportion moyenne est de B3 p. 100 ; elle s"élàve à 80 c' P dana l'Ariège, la Corse, le Lot, le Puy-do-Dame, la Savoie et la "^'J'^, Savoie et elle est forte en général dans le aud-oueat, la Massif can

38 aa lieu de 49 (^). Dans Touest il y a aussi de fortes diminutions : 79 au lieu de 97 dans le Wyoming ('). Il y a beaucoup de petites fermes que le fermier exploite avec sa famille (^), sans l'assistance d'ouvriers, ou du moins d'ouvriers au mois. Aussi le nombre des exploitants est-il supérieur à celui des salariés : 2,809,456 fermiers ou planteurs (propriétaires ou locataires) et 795,679 ouvriers en 1860 avant la guerre; 4,225,948 fermiers ou planteurs (propriétaires ou locataires) et 3,323,876 ouvriers en 1880 (*). Si le nombre des ouvriers a beaucoup augmenté dans l'intervalle, c'est que les anciens esclaves sont devenus des salariés libres, et que dans le nord certaines exploitations ont pris plus d* étendue. Il reste néanmoins au-dessous de celui des fer-

et Touest de la France ; elle descend au-dessous de 50 dans l'Allier, le 'Cher, le Finistère, l'Ile-et-Vilaine, les Landes, la Mayenne, la Sarthe, la Seine, la Seine-Inférieure. (Voir dans les publications du Comité des travaux historiques et scientifiques, ministère de Tlnstruction publique, l'Enquête sur les conditions de l* habitation en France ^ par M. de Fo- Yille.)

Dans FEmpire allemand, sur 5,276,000 fermes, 2,953,000 sont exploitées en totalité par le propriétaire, 1,494,000 le sont en partie, et 829,000 le sont par des fermiers ou métayers; il y a ainsi 85 p. iOO des fermes qui sont en totalité ou en partie exploitées par le propriétaire.

En Italie, le nombre des propriétaires ruraux est très petit. D'après Tenquéte agricole de 1882, il n^est que de 12,3 par 100 habitants et il descend à 6,5 en Toscane ; dans le Piémont, oii il est le plus élevé, il atteint à peine 20 p. 100.

En Angleterre, d'après la statistique du Local Government Boardy le nombre des propriétaires est encore moindre : 282,850 personnes possédant plus de 1 acre, sur lesquelles 10,070 possèdent les deux tiers du territoire agricole.

[K] II est vrai que dans le sud le nombre des petits métayers peut augmenter sans qu'il y ait une forte diminution dans les grandes ezploitations.

(2) Extra Census Bulletin, n* 63, 19 décembre 1893.

(3) Le nombre des fermiers est en général un peu supérieur à celui des fermes parce qu'il y a quelquefois plusieurs personnes associées pour une môme exploitation.

(4) Dans ces nombres no sont pas compris certaines catégories d'agriculteurs, comme les jardiniers ; le nombre total des personnes employées dans l'agriculture en 1880 était de 4,074,238.

miers : sur 100 fermiers il y avait 79 ouvriers en 1880. Il est inférieur, surtout dans les contrées nouvellement peuplées de Touest, comme le Minnesota, le Dakota, la Californie (^). Au contraire, dans les anciens pays à esclaves, le nombre des ouvriers l'emporte sur celui des fermiers (') .

Il existe aux Etats-Unis (excepté dans le sud) une véritable démocratie de propriétaires -cultivateurs, suivant l'expression des Américains. Mais on ne dirait pas, comme en France ('), que « la terre est au paysan », parce qu'il n'y a pas à proprement parler de paysans en Amérique. L'homme y vit de la terre par son travail personnel et par la petite culture (comme on l'entend en Amérique, c'est-à-dire avec des fermes d'une cinquantaine d'hectares) (*). Quand on considère que la différence entre le nombre des fermes en 1870 eten 1880 représente un accroissement moyen annuel de 135,000, et que par conséquent 135,000 familles ("*) ont trouvé chaque année un établissement sur le domaine rural des Ëtats-Unis, on comprend quelle influence la

(1) Dans le Minnesota 96,648 fermiers et 33,993 ouvriers; dans le Dakota 22,740 fermiers et 5,306 ouvriers; en Californie 43,489 fermiers et 23,856 ouvriers.

(2) En Géorgie 145,062 fermiers' et 284,060 ouvriers; dans la South Carolina 93,550 fermiers et 198,147 ouvriers.

(3) En France, d*aprés l'enqnète décennale de 1882, on comptait, sur 100 personnes employées dans les exploitations agricoles, 50 cultivateurs exploitants (dont 31,1 propriétaires-cultivateurs, 14 fermiers, 4,9 métayers} et 50 salariés (dont 0,3 régisseurs et commis, 21,4 journaliers, 28^3 domestiques de ferme).

(4) 46 hectares, c'est-à-dire 111 acres, étendue moyenne des fermes par cultivateur on 1880 dans les États ou Territoires qui n'avaient pas d'esclaves en 1860. La moyenne générale de toutes les formes des États-Unis (nord et sud), d'après le recensement de 1890, est de 137 acres, soit 55 hectares.

(5) Do ce nombre de 135,000,11 est vrai, U faudrait déduire un certain nombre |de terres louées en métayage à des noirs et qui forment une catégorie spéciale.

terre a exercée et exerce encore sur le peuplement du pays, sur le bien-être des habitants, et par contre-coup sur le salaire en général, salaire industriel aussi bien que salaire agricole. Le jour où les terres à occuper viendraient à manquer serait probablement suivi d^une diminution de l'immigration .

Ce sont les petits cultivateurs et les défricheurs, gens en général énergiques et industrieux, qui se passent d'ouvriers. Leur labeur est très rude. Comme la domesticité est fort peu du goût des filles de race blanche nées en Amérique, le travail de la fermière dans les petites exploitations sans domestique n'est pas beaucoup moindre que celui du fermier, quoique le perfectionnement de Toutillage et le changement des mœurs l'aient beaucoup atténué depuis un demi-siècle.

Irrigations et engrais. — Il y a des étendues considérables qui ne peuvent être cultivées que par irrigation, parce que la pluie y est insuffisante. Telle est presque partout la région située entre le 100® méridien (mér. de Greenwich) et les États du Pacifique. Dans les régions même oh il tombe en moyenne plus de 20 pouces d'eau (0°»,50) par an, il y 'a maint canton qu'il faut irriguer.

Les Américains se sont mis hardiment à cette œuvre. En 1891, ils avaient déjà construit des canaux qui pouvaient fournir de l'eau à 13,286, 000 acres (5,381,400 hectares), et qui en alimentaient en réalité 8 millions, (3,240,000 hectares); en outre, 13,695 puits artésiens (*) fertilisaient 274,000 acres (110,970 hectares). Dans l'Utah, cette irrigation, qui se fait surtout au pied des monts Watsach et Uintah , avait élevé à 80 dollars

(l) Dont 3,500 en Californie, 4,300 au Colorado, 2,254 dans l'Utah, etc.

s (412 francs) la valeur moyenne des terres qui ne valaient

^ rien auparavant. Je reviendrai plus loin sur cette ques-

* tion, en décrivant les régions de la Cordillère et du

Pacifique.

Les Américains usent peu de fumure. La terre n'a pas encore, dans la plupart des États, assez de valeur pour que le cultivateur se décide à en accroître le rendement en y dépensant beaucoup de capital. Il a été jusqu'à présent plus porté à défricher qu'à améliorer.

« Les fermiers du Ransas, disait en 1878 le Bureau d'agriculture, ne peuvent pas même se décider à utiliser les engrais animaux de leurs fermes, la manie générale étant de trop mettre en culture aux dépens de la qualité du travail. » En effet on prend rarement, excepté dans certaines fermes de Test, la peine d'épandre sur la terre le fumier, mais on brûle les chaumes sur place. Aussi use-t-on peu de litière ; souvent les étables sont planchéiées et les animaux couchent sur le bois. La plupart des feimiers prennent d'ailleurs peu de soin de leur bétail et le laissent exposé aux intempéries de la mauvaise saison. Dans la rade de New York, il n'est pas rare de voir des bateaux transporter les fumiers de la ville pour les jeter à la mer. Le drainage et les autres améliorations foncières, malgré les progrès accomplis, sont encore à l'état d'exception.

La « State agr icultural Society » du New York a insisté sur lé drainage : « Il n'y a pas, disait-elle il y a une quarantaine d'années, une ferme sur soixante-quinze, dans cet Etat, qui n'eût besoin d'être drainée. »

Le Département de l'agriculture de l'IUinois s'exprimait trente ans plus tard de la même manière : (c La grande nécessité pour nous est un système complet de

drainage... Il n^ ^ pour ainsi dire pas une des terres de TEtat dont la puissance de production ne puisse être considérablement accrue par un judicieux système de drainage ('). »

Ce serait cependant une erreur de croire que les Américains n'emploient aucun engrais. Le Gensus de 1880 a fait connaître la somme dépensée en matières fertilisantes, indépendamment des produits directs de la ferme dont il n'a pas enregistré la valeur; en 1879, cette somme était de 28 millions et demi de dollars. La région du Centre-Atlantique, avec la Pennsylvanie, le New York, le New Jersey, le Maryland, occupait sous ce rapport le premier rang; puis la région du Sud-Atlantique, avec la Géorgie, les Garoline du nord et du sud, qui ont le phosphate sous la main, et la Virginie ; la Nouvelle- Angleterre venait au troisième rang avec le Massachusetts et le Gonnecticut, puis la Galifornie, TAlabama, TArkansas. Il est vrai que ces engrais sont employés quoiqu'on commence à en user aussi pour d'autres cultures, pour la culture des légumes et des fruits.

c( Il y a cinquante-cinq ans, dit M. Jenkins, chef de la station d'expérience du Gonnecticut, on n'entendait pas parler en Amérique de fabrique d'engrais. Aujourd'hui il y en a plus de 400 qui fabriquent par an plus de 20 millions de dollars d'engrais. » Il y a trente-trois ans qu'on a commencé l'exploitation des immenses gisements de phosphate de la Garoline du sud, d'où l'on a extrait plus de 250,000 tonnes, et on a découvert dans la Floride des gisements plus considérables encore. On recommande l'introduction des légumineuses, trèfle,

(i) Rapport sur Vagricullure des États-Unis, par M. Breuil, p. 23.

luzerne, etc., dans Fassolement parce que ces plantes ont la propriété d'absorber Tacide azotique de Tair, d'en fixer une partie dans leurs racines et de régénérer ainsi la fertilité du sol; la pratique de cette culture fait des progrès.

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