LES AVERTISSEMENTS DU PASSÉ
A notre dernière réunion annuelle de la Beauce, comme à nos réunions précédentes, nous avions été bien avertis que la production, en si grande quantité, d’un fromage et d’un beurre de qualité inférieure, ne pouvait pas manquer de nous créer tôt ou tard des difhicultés considérables. Eh bien, Messieurs, ces difficultés, cette baisse absolument ruineuse dans le prix de nos produits n’a pas tardé, et j'estime à environ deux millions de piastres ($2,000,- 000) ce que nous, les patrons de fromageries dans cette province, avons perdu dans le cours de la dernière saison de fabrication. Vous surprendrai-je, Messieurs, en prétendant que ce fromage trop vert, ce fromage fait en vue d’un trop grand rendement (sans s'occuper de ce que serait sa qualité au moment de sa consommation en Angleterre), ce mauvais fromage a dégoûté les acheteurs, a diminué grandement la demande ; et la surabondance sur le marché de cette qualité inférieure a causé la baïsse dont nous avons tant souffert ? En conséquence, nous, les patrons des fromageries de la province de Québec, nous avons perdu, pour notre part, je le répète, environ deux millions de piastres ! Nous faisons-nous une idée juste de ce que représente cette somme ? C’est environ la moitié de ce que nous coûte toute l'administration annuelle de la province, la justice, l'éducation, les aliénés, la législation, les travaux publics, etc., ete., enfin, tout ce que le gouvernement dépense pour la bonne administration de la province. Et cette année, les patrons de fromagerie, À eux seuls, ont perdu la moitié d’une pareille somme, sur un seul de nos produits agricoles ! Dans l’espoir que ces bons avis produiront leurs fruits, au moins pour l’avenir, laissez-moi vous rappeler ici ce que nous disait sur ce sujet, l’an dernier, un ami aussi dévoué qu'éclairé, M. Saül Côté :
“Je dis qu'acheteurs et inspecteurs ne sont jamais assez sévères, parce que je parle en ce moment au point de vue de l'intérêt général de l’industrie laitière. Est-ce un moyen de favoriser l’industrie laitière que de faire passer sur le marché étranger un article qui devra nécessairement déprécier notre fabrication ? Est-ce prendre l'intérêt des cultivateurs et travailler pour l’amélioration de notre industrie que de faire quelques piastres de plus cette année pour en perdre le double lannée prochaine ? Et c’est pourtant là le résultat inévitable de ce système des acheteurs et même de certains inspecteurs de fermer les yeux sur le défaut d’un article, lorsqu'on sait que cet article est de nature à nous déprécier à l'étranger ”.