COMMENT DIMINUER LES FRAIS DE PRODUCTION
Je vais maintenant m’appliquer à démontrer que nous pouvons produire le lait à bien meilleur marché que par le passé et que, si nous le voulons vraiment, notre agriculture tout entière peut devenir bien plus profitable. Je le fais avec d’autant plus d'assurance que, dans cette réunion, je me vois en face d’un auditoire d’élite : les représentants de l’agriculture intelligente, progressive, venus par centaines de toutes les parties de la province, afin de se charger, à leur retour dans leurs paroisses respectives, de porter à tous la bonne nouvelle, bonne nouvelle que j'espère vous donner aujourd’hui ei que je résume comme suit: Tout cultivateur qui le voudra à l’avenir, maïs sincèrement, énergiquement, est dès à présent en mesure de doubler prochainement ses récoltes, sans augmentation notable de ses frais actuels de culture. Et s’il continue dans cette voie, dans peu d’années, il arrivera à tripler et probablement à quadrupler ses récoltes. Ne vous récriez pas trop, Messieurs ; je n'hésite pas à le répéter : si nous le voulor:s, nous, les cultivateurs de la province de Québec, nous sommes maintenant en mesure de doubler bientôt la somme de nos produits agricoles, et même de les tripler dans un avenir prochain. Je n’ai pas besoin de vous dire que si nous arrivons jamais à pareil résultat, ce sera la richesse pour nous, au lieu de la trop grande gêne qui jusqu'ici, au moins depuis quarante ans, a été le partage du très grand nombre de nos cultivateurs. J’affirmais ce fait,—que nous pouvons, si nous le voulons, doubler et tripler nos revenus nets, —devant messieurs les missionnaires agricoles, tant prêtres et religieux que laïques, réunis à Oka en juillet dernier, et j'en donnais les moyens en détail, dans une conférence qui, formant la deuxième partie de ce travail, sera également publiée dans notre prochain rapport annuel, Le lendemain, monsieur l’abbé Dauth, curé de St-Léonard de Nicolet, nous faisait part, très modestement, des résultats qu'il avait obtenus lui-même, après trois années de culture dans sa nouvelle paroiïsse, et cela avec des frais d'amélioration très modiques, que chacun de nous peut imiter, s’il le veut. Afin qu'il n’y ait aucune erreur possible, je vais citer à peu près ses paroles :
“ Déjà, après trois années d'amélioration, je récolte autant, sur ma petite terre de 164 arpents, que l’on récolte généralement sur une propriété de 40 et 50 arpents. Le secret de mon succès est dans la culture des plantes sarclées et la restitution continuelle des engrais.
Arrivé à St-Léonard, pendant l'été de 1891, j'ai récolté à l’automne, 75 minots de navets, 18 minots d'avoine, 8 minots de blé, 3 petits voyages de foin, et je n’ai pas eu suffisamment de pâturage pour ma vache et mon cheval.
‘ A l'automne, j'ai mis par arpent environ 8 minots de chaux vive sur ma prairie et sur le pâturage. J'ai fait faire un bon labour d’automne sur le
reste et j'y ai étendu environ 12 minots de chaux par arpent. Au printemps, j'ai donné, à la prairie et au blé, semé avee graines de mil et trèfle, 300 livres d'engrais Victor par arpent, et j'ai semé des pois, des lentilles et de l’avoine sur le reste du labour.
“J'ai continué ce système depuis, labourant l'automne la vieille prairie et le pâturage, chaulant, et mettant au printemps 300 Ibs d’engrais Victor sur ma prairie neuve et sur le grain semé avec mil et trèfle.
‘“ Mes récoltes et mes revenus ont augmenté beaucoup, d’année en année. L'année dernière, en 1894, j'ai récolté 1800 à 2000 bottes d’excellent foïn, en deux récoltes ; 101 minots d’orge parfaitement nette et à grosse mesure ; 600 minots de betteraves pour mes vaches ; 125 minots d’autres racines ; ‘2,700 choux moelliers ; 70 minots de patates ; 24 minots de blé d'Inde ; de minots de fèves ; 46 gallons de cidre ; 11 gallons de vin de raisin ; 18 gallons de vin de rhubarbe ; 56 1bs de miel ; 40 Ibs de tabac.
Mes cinq vaches m'ont donné en argent, beurre et fromage vendus. 8207.00 Avec le petit lait, mes pâturages de trèfle et un peu de grain, j'ai engraissé dix cochons, que j’ai vendus...............,....... 261.00
ÉOtaL ss éssnisiéiosnresetess 8408.00
J'ai donc touché à l’automne quatre cent soixante et huit piastres en argent, sans compter ce qui me restait de la récolte de l’année. Je ne compte pas non plus le laït, les légumes du jardin, les volailles, les œufs et les autres petites jouissances apportées au presbytère, comme fruits additionnels de nos travaux. ”
Voilà, MM. ce qu’un très modeste, mais très zélé curé a pu faire luimême, sur 164 arpents de terre, sans négliger le bien des âmes dans sa paroisse !
Le printemps dernier, M. Dauth m'écrivait que ses habitants avaient acheté trois chars pleins d'engrais Victor, d’un seul coup, sans compter la cendre et la chaux qu’ils employaient en grande quantité. Voilà encore, MM., le fruit d’un bon exemple !
Je vous le demande maintenant, M. Dauth s'est-il contenté de doubler et de tripler ses récoltes en trois ans? J’en ai fait le caleul avec soin ; en évaluant les deux récoltes de 1891 et de 1894, cette dernière est d’au moins quinze fois plus considérable que la première !