LE BESOIN DE REFRIGÉRANTS
Cette année, nous avons eu le bonheur d’une récolte abondante. Qu’avons-nous vu ? Des quantités énormes de produits alimentaires de la meilleure qualité, qui se sont vendues à vil prix, qui se sont même perdues, faute de réfrigérants modernes pour Îes emmagasiner et les conserver. Et ce qui est arrivé cette année s’est répété presque chaque fois que la Providence a béni nos travaux agricoles. Et pendant que nos cultivateurs perdent ainsi, faute d’un marché profitable, une partie notable de leurs revenus ; que se passe-t-il dans des pays avec lesquels nous communiquons constamment ; que la vapeur nous permet d’atteindre en quelques jours ?
Là, Messieurs, des millions d’hommes, de femmes et d'enfants sont absolument privés de ces mêmes aliments qui se vendent ici à vil prix ou qui se perdent. Et pourquoi? parce que ces mêmes produits sont trop rares et se vendent à des prix inabordables pour leurs faibles ressources. Et, savez-vous ce qu’il en coûtera pour conserver à la perfection, pour expédier et vendre sur les marchés d'Europe nos excellentes viandes et tous nos produits similaires ? Environ 14 centin par livre ! Pensez-vous que l’ouvrier anglais se nourria plus longtemps de pain et de fromage seulement, payant ce dernier 15 centins la livre, quand nous pourrons lui offrir nos meilleures viandes à 10 ou 12 centins? À ces prix, n'est-ce pas que la marge de profit que je viens d'indiquer nous permettra de multiplier bien des fois notre production sans encombre ? N’est-ce pas, Messieurs, qu’alors le cultivateur n’aura plus raison de se plaindre, qu'il ne saurait pas vendre avec profit les produits de ses champs, transformés en beurre, en fromage, en viande de toute espèce ; en volailles grasses, en œufs frais, etc., etc. ?
Encore une fois, puisque l’ Australie a pu affréter d'énormes vaisseaux à vapeur, en grand nombre et chaque année, et les transformer en réfrigérants parfaits, pour une traversée de 40 jours en moyenne, n’ai-je pas raison de dire que ces mêmes industries nous donnent les plus belles promesses d’avenir, à nous surtout du port de Québec, dont les eaux refroidies par les glaces du nord faciliteront infiniment ces mêmes transports ?