LA SCIENCE AGRICOLE DANS LA PROVINCE DE QUÉBEC
Il est indubitable que le clergé français, prêtres et religieux, ainsi que les laïques instruits qui accompagnèrent nos ancêtres en ce pays, furent, pour le lus grand nombre, des hommes fort versés dans l’art de cultiver la terre. Et , our preuve, je citerai les admirables vergers des côtes de Beaupré, des û = Lu
paroisses au sud du fleuve, de l'Ile d'Orléans, ete., dont plusieurs donnent encore de bons rendements, après plus d’un siècle de traitements plus ou moins empiriques. On sait également que les jardins autour des presbytères, des monastères, des manoirs seigneuriaux, et autres, donnèrent en abondance, jusqu’à l’époque de la Cession, toutes les primeurs alors connues en France. J'ai retrouvé, dans maintes paroisses, des vignes de Chasselas, plantées du temps des Français, et donnant encore de très beaux fruits. Or, le Chasselas est de culture difficile ; il demande des soins particuliers, même dans les environs de Paris.
On sait également jusqu'à quel point l’agriculture était prospère, — malgré les guerres sans trève, avec les sauvages d’abord, puis avec leurs alliés, les blanes des colonies anglaises. — Et la preuve de cette prospérité est consignée dans l’augmentation vraiment prodigieuse de cette poignée de héros, piochant hardiment des deux mains, mais avec un fusil chargé sur le dos !
Malheureusement pour notre agriculture, les communications avec la France savante cessèrent presque entièrement à l’époque de la Cession du Canada. Pour comble de malheur, les laïques instruits les plus en vue, — jusque là les chefs de la nation, —retournèrent en France, Un grand nombre de prêtres français les suivirent.-—Ce fut au point que les vaillants curés, qui ne nous abandonnèrent pas, avaient jusqu’à deux paroisses à desservir. Et de plus, ils faisaient également les fonctions de magistrats, de notaires, au besoin de médecins et de maîtres d'école. Ils avaient surtout à aider, À consoler, et à encourager les cultivateurs, presque entièrement ruinés par de longs et très pénibles services militaires ; par tous les maux qui accompagnent et qui suivent une guerre sans merci ; menacés surtout par un avenir des plus sombres pour leurs cœurs de catholiques et de français. — Pendant trois quarts de sièele, il fallut lutter soi-même, de toutes ses forces ; se saigner, toujours et partout. —Tl fallut encore former et diriger des lutteurs instruits ; afin de sauvegarder et de conserver ce que nous avons de plus cher au monde :— notre religion, notre langue, nos lois chrétiennes.
Sous ces circonstances, MM. est-il surprenant que la science de l’agriculture ait été négligée, je dirai même oubliée, pendant toute cette époque, par nos classes dirigeantes ? — Il est de fait que, pendant plus d’un siècle, lagriculture a été complètement abandonnée aux hommes du métier. C’est au point, qu’il y a cinquante ans, quand j'entrai au collège, je constatai que les élèves étaient bientôt classés selon leurs talents et leurs aptitudes. Or, les moins bien doués étaient toujours ainsi notés ; — pardonnez, si je cite les expressions admises parmi les élèves :— Oh ! celui-ci est trop bête pour “ faire un homme instruit ; il devrait se faire habitant !” — c’est dire jusqu’à
quel point la science en agriculture n’était pas admise. — Quant à ce que peut Pagriculture pour la province de Québec, voici ce que des hommes instruits, vivant à la campagne, m'ont dit bien trop souvent, à la suite des conférences agricoles, auxquelles ils venaient de me faire l'honneur d’assister : “ Vous ‘ montrez sans doute, monsieur, beaucoup de zèle ; mais vous semblez oublier que