NOTRE PROVINCE N’EST PAS UN PAYS AGRICOLE
Notre province n’est pas un pays agricole ? — Mais on ignorait donc que tout ce qui croît en Ecosse, en Belgique, dans le nord de la France, —les pays agricoles les plus prospères de l'Europe, — croît ici avec une abondance aussi grande ;— mais plus rapidement, et à moins de frais !— Dieu merci, MM. ces préjugés ont complètement disparu, ou à peu près, depuis 1872, quand l'Industrie Laitière ouvrit un nouveau champ d’activité à des milliers de jeunes gens instruits : nos conférenciers agricoles ; nos inspecteurs et profezseurs de beurrerie et de fromagerie ; nos propriétaires et fabricants des 1500 fabriques de beurre et de fromage, créées depuis dans la province. Allez maintenant dire à certains cultivateurs de progrès que notre agriculture ne saurait être profitable. Vous verrez ce qu'ils vous répondront. — Cette année même, dans les environs immédiats de Québec, sur une terre réputée épuisée jusqu’à ces années dernières, un homme de progrès a produit une récoite de blé, sur un champ considérable, comme on n’en récolte guère de plus beau, n'importe où. Cet homme de progrès, cet amateur, — je pourrais dire cet artiste en agriculture, — vous le connaissez tous. C’est le député à la chambre d'assemblée pour Québec Centre : Monsieur Victor Chateauvert. Ionneur à lui ! — Mais il n’est pas le seul, parmi les citoyens les plus distingués de cette province, qui donnent leurs loisirs à l’agriculture, en même temps qu'ils s’assurent les jouissances sans nombre de la vie des champs. — J'en pourrais nommer plusieurs, qui sont des mieux respectés et admirés parmi les cultivateurs, et dont les cultures sont déjà citées comme des modèles d'économie et de grands rendements.
Dieu merci, MM., nos hommes les plus marquants se sont enfin donné la main, dans ces années dernières, pour favoriser l’agriculture et la colonisation dans la mesure de leurs forces. NN.8S. les Evêques des diverses provinces ecclésiastiques du pays ont bien voulu se joindre au mouvement. Ils ont doté la province de Québec de missionnaires agricoles, dont le travail consciencieux et patriotique fait déjà un bien incalculable, Plusieurs centaines de Cercles agricoles ont été créés. Autrefois notre population agricole n’aimait guère à entendre parler d'agriculture. En général, elle ne lisait aucun journal du métier, — Aujourd’hui, la plupart des familles lisent le journal ofliciel d’agri-
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. culture et en adoptent avec confiance les données. Comparé au passé, il y a de fait, dans les esprits, un mouvement immense en faveur de l’agriculture, et j'en vois une preuve nouvelle dans cette réunion si distinguée.
Continuons ainsi, MM., la main dans la main ; et faisons même davantage : favorisons l’agriculture de toutes nos forces. Que dans toutes les classes instruites, on se livre de plus en plus à l’étude et à la pratique des choses rurales. Que l’on s’enrôle au plus tôt dans nos sociétés provinciales d’industrie laitière, de pomologie, dans la nouvelle société pour l’amélioration des chemins publics, —vous admettrez, n’est-ce pas, MM., que cette dernière venue n’est pas de trop—, bientôt nous verrons nos vieilles paroisses se repeupler ; les mémes terres, qui suffisent à peine au soutien d’une pauvre famille, finiront par en faire vivre plusieurs, dans une modeste aisance. (C’est alors que les fils et les filles de cultivateurs, — au lieu de déserter la campagne, pour se faire domestiques ou journaliers et, trop souvent, de véritables esclaves dans les centres industriels, — feront refleurir l’agriculture dans les anciennes paroisses ou se porteront avec courage et énergie vers nos nouveaux centres de colonisation. C’est alors, Messieurs, que la véritable force nationale résidera surtout dans la possession et l'exploitation intelligente du sol, assurant ainsi au plus grand nombre la stabilité, en même temps qu’une noble et parfaite indépendance.
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