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COMMERCE ET NAVIGATION

La république de l'Uruguay entretient un commerce très-actif avec l'étranger; mais la France et l'Angleterre fournissent à elles deux plus de la moitié de sa consommation annuelle. Il n'en est

pas de même pour l'exportation : la Belgique à elle seule preud autant de laines et de cuirs de l'Uruguay que la France et la Grande-Bretagne réunies. Viennent ensuite les États-Unis, l'Espagne, et d'autres pays qui vont chercher directement à la Plata les produits qu'ils tiraient indirectement d'Angleterre et de Belgique il y a peu d'années.

L'Uruguay importe presque tous les articles de fabrication nécessaire à l'économie sociale et une partie considérable de comestibles; il les paie avec ses produits à l'état naturel. Le commerce extérieur de ce pays a donc une importance bien supérieure à celle que le chiffre de sa population semblerait devoir comporter.

D'après les statistiques officielles, l'importation et l'exportation réunies montèrent en 1872 à 34,394,256 piastres (près de 185,723,982 francs 40 centimes; en 1873, a 37,377,218 piastres, et en 1874 à 32,426,455 piastres (1).

La fortune publique consiste principalement en terres agricoles,

moutons, bœufs, chevaux 'et mulets.

La dette de l'Uruguay a atteint la somme de 60,000,000 piastres;

mais à partir de 1869, le gouvernement a remboursé 19,542,924 piastres, c'est-à-dire presque un tiers de la totalité delà dette, dont la moitié a été souscrite par des nationaux et l'autre moitié par l'étranger. Etant donnés la valeur de la propriété dans l'Uruguay et le cjiiffre de sa population, cette dette est relativement moins élevée que celle des Etats-Unis ou de toute autre nation européenne. Contrairement d'ailleurs à ce quia lieu dans l'Union, où les Etats, les comtés, les villes même ont la faculté de faire des emprunts particuliers, l'Uruguay n'a aucune dette locale, et le chiffre qui vient d'être indiqué représentait le passif total de la république.

Il est peu de pays où la fortune nationale soit plus également (1) Nous estimons dans nos calculs la piastre à 5 fr. 40 cent.

distribuée : le travail y est des mieux rétribués ; l'indigence y est inconnue.

Les revenus de l'Etat en 1877 se sont élevés à 9 millions de piastres, soit 48,600,000 francs.

La dette publique se décompose ainsi :

Dette intérieure 29, 894.975 piastres.

— extérieure 14.874.560 —

— anglo-française et italienne 2.842.250 —

Total de la dette consolidée au

31 décembre 1877 47.611 .485 piastres.

La constitution libérale de l'Uruguay, son système d'éducation, ses écoles gratuites, son climat salubre, sa position exceptionnelle pour le commerce, tout conspire pour attirer vers ce pays l'émigration qui se porte dans le nouveau monde, et pour mettre la ré* publique de l'Uruguay au premier rang des Etats de l'Amérique du Sud.

On compte 1,160 milles de lignes télégraphiques dans la république Orientale, y compris les 130 milles de câble sous-marin entre Montevideo et Buenos- Ayres. Ces lignes télégraphiques se rattachent à d'autres lignes qui vont, par voie de terre, d'une part jusqu'au Chili et au Pérou sur le versant Pacifique, et d'autre part jusqu'au Brésil pour se relier aux différents câbles transatlantiques; ce qui met le pays en communication directe avec l'Europe.

Il y a 20 milles de tramways dans la ville de Montevideo.

Une ligne de chemin de fer est en construction entre Salto et Santa-Rosa, ville située sur la frontière du Brésil \ cette ligne est

presque terminée. Elle aura 100 milles de long : la première section de cette voie ferrée est ouverte au trafic depuis Tannée dernière.

Il en existe une également de Montevideo à Durazno qui est achevée et qui a 130 milles de parcours; une autre entre Montevideo et San-José a 54 milles de long.

Une ligne importante est en cours d'exécution de Montevideo à Cébollati sur le lac Mérim, par voie de Pan do, Maldonado et Puntadel-Este, avec embranchements de Pando à Minas. et à Artigas sur la frontière du Brésil. Le lac Mérim fait partie d'une série de lacs qui s'étendent jusque dans la partie sud-est du Brésil, et où débouchent le Bio-Grande et autres tributaires; ces lacs et ces fleuves ou rivières fournissent 1,000 milles environ de navigation intérieure.

Ce vaste réseau de voies de communication par eau s'étend à travers toute la partie sud-est des possessions brésiliennes, c'est-àdire, des plus fertiles provinces de cet empire ; mais, comme il n'y a pas de débouché par le Bio-Grande, qui est obstrué par les sables à son embouchure, ou qui est tout au moins d'un accès fort difficile, cette grande artère en construction de Montevideo au lac Mérim est appelée à rendre les plus signalés services. Tout le commerce de la partie orientale de la république s'écoulera par cette voie pour être ensuite chargé à bord des vaisseaux en partance à Maldonado et à Montevideo, Beconnaissant toute l'importance de cette nouvelle ligne, le gouvernement a fait de libérales concessions à la compagnie pour sa construction; il a garanti en outre 7 p. 100 sur 10,000 livres st. ou 250,000 francs par mille anglais pou* la ligne qui va de Punta-del-Este et Maldonado à Cébollati, et 7 p. 100 sur 8,000 livresst. ou 200,000 francs par mille anglais pour les autres lignes qui vont de P^ndo à Maldonado, à Minas et à Artigas.

MM. R.-R. Pealer et O construisent ce chemin de fer, et déjà les premiers 99 milles de Montevideo à Pando sont terminés.

Toutes les voies ferrées ont été l'objet de levées topographiques exécutées par des ingénieurs compétents, et d'après leurs estimations, il est acquis que le trafic sur ces lignes paiera et au delà les frais de construction, qu'il dépassera les subventions accordées par le gouvernement et donnera de fort beaux dividendes aux actionnaires.

Une nouvelle ligne, dite Chemin de fer du Nord, a été livrée à l'exploitation depuis le commencement de 1878 : elle va de Montevideo à la Barre de Sainte-Lucie.

C'est par bateaux à vapeur que s'effectuent en grande partie les transports des passagers et des marchandises entre la Plata et l'Europe. Certaines lignes de paquebots font des voyages réguliers entre Montevideo et Southampton, Liverpooî, Anvers, Lisbonne, la Hollande, Bordeaux, le Havre, Marseille, Gênes, Naples, Glasgow, New- York, Boston, Rio-de- Janeiro et Buenos-Ayres, Hambourg et Brème.

Il existe, en outre, une ligne allant de Liverpooî à Valparaiso par la route de Rio-de-Janeiro et qui touche à Montevideo.

Ces différentes lignes jouissent à Montevideo d'importants privilèges : leurs vapeurs, sont, entre autres, dispensés de tous droits de port et de mouillage; ils ne sont assujetti? qu'à l'impôt de phare concédé à des entreprises particulières. En échange de ces avantages, toutes ces lignes sont tenues de transporter la correspondance officielle, la correspondance publique, et de mettre gratuitement, à la disposition du gouvernement oriental ou de ses représentants un nombre déterminé de passages de l re , 2 e et 3 e classe.

Un service régulier de bateaux à vapeur appartenant à diverses compagnies, parfaitement aménagés, et qui donnent des résultats très-rémunérateurs, met en communication journalière Montevideo et Buenos-Ayres. Ces paquebots partent généralement de Monte*

video au coucher du* soleil pour arriver à Buenos-Ayres au point du jour. A deux heures de l'après-midi, ils reprennent leur voyage, remontant l'Uruguay ou le Paranâ, le premier jusqu'au •âalto, et desservant les ports orientaux de Palmira, Mercedes, Fray-Bentos, Paysandû et Salto et ceux de Gualegaichu, Conception de l'Uruguay, Villa-Colon et Concordia, appartenant à la République Argentine.

Les vapeurs qui remontent le Paranâ vont jusqu'à l'Assomption, capitale de la République du Paraguay, et desservent l'important port de commerce du Rosario, le Paranâ et Corrientes.

Le mouvement de la navigation a pris dans le port de Montevideo un accroissement extraordinaire, dû tant au développement du commerce dans les États de la Plata qu'à la situation géographique de ce port, le meilleur, après Rio-de-Janeiro, de toute la côte Sud de l'Amérique.

Situé à l'embouchure du Rio de. la Plata, qui sert d'affluent aux deux grandes rivières de l'Uruguay et du Paranâ, sillonnées par de nombreux bateaux à vapeur, le port de Montevideo, aujour-

d'hui escale forcée de tous les paquebots transatlantiques qui se dirigent vers l'Océan Pacifique, en traversant le détroit de Magellan, est nécessairement destiné à devenir le plus important du Sud- Amérique.

Le périmètre de la baie, de forme circulaire, n'a pas moins de 10 kilomètres 600 mètres; cette baie donne accès à des navires d'un tirant d'eau de 15 à 17 pieds. Les vaisseaux du plus fort tonnage trouvent un excellent mouillage dans la rade, qui leur offre un abri commode et sûr.

Le mouvement maritime de Montevideo en 1875 a présenté, entrées et sorties, un ensemble de 3,406 navires, soit vapeurs, soit voiliers, représentant 1,930,253 tonneaux, et la navigation du cabotage, entrées et sorties, 3,966 navires, jaugeant 340,940

tonneaux et desservis paç uq personnel d'équipage de 4Q t 289 marins. •

Dans les autres ports de la république, on a compté en 1875, à l'entrée, 5,835 voiliers et 864 vapeurs formant un total de 6,699 navires avec 49, 175 hommes d'équipage et 456,137 tonneaux. A la sortie, 5,108 voiliers et 620 vapeurs. Ensemble : 6,323 navires.

Durant ces dernières années, l'agriculture tend & se substituer aux habitudes pastorales. L'élevage du bétail, naguère la principale et, pour ainsi dire, la seule industrie des campagnes, marche actuellement de concert avec l'agriculture, laquelle est appelée, nous n'en doutons pas, à procurer, grâce à la fertilité du sol, de très-fructueux avantages à ceux qui s'y adonneront avec une intelligente activité.

Son développement, joint au rapide essor de la population, a sensiblement accru la valeur de la propriété rurale.

Vierge encore, le sol se prête, avec une admirable flexibilité, à la culture de tous les légumes, de toutes les céréales et de tous les fruits des zones tempérées. Les blés, le seigle, l'orge, le maïs, le lin et le chanvre donnent des résultats très-satisfaisants. La pomme de terre a une double production annuelle. Les récoltes, en 1876 et 1877, ont fourni 1,200,000 hectolitres de blé et 800,000 hectolitres de maïs ; les autres cultures ont suivi la même progression •

Produits de la 3one torride et produits de la tone tempérée viennent également bien dans les diverses régions du territoire < Le coton > le tabac, la canne fr sucre, les olives, les patates» le mandioca* la café* les melons* les haricots» les petits pois y réussissent dans

Imperfection; les pommes, les poires, les pruneaux, les reine- Qlaude, les abricots, les raisins, les fraises, les figues, les orangés, ks citrons, les dattes, les guayavas et autres fruits sont l'objet d'une, çultyre considérable. Les pèches viennent spontanément, en plein vent, le long du fleuve Uruguay et sur les bords de plusieurs rivières moins importantes. Parmi "les plantes médicinales et tinctoriales que produit le pays, on peut citer le pavot, le cam pèche, la gentiane, le baume, le coriandre, la camomille, le réglisse, la mauve, le romarin, le sureau et la salsepareille, de production spontanée. La gentiane et la salsepareille sont l'objet d'une exportation exceptionnelle.

Le quebracho et l'osier rouge fournissent de belles teintures.

Naguère, la culture des céréales était négligée et l'on importait une assez notable quantité de farines étrangères; mais la production actuelle dépasse les besoins de la consommation, et l'Uruguay envoie l'excédent de son blé à Buenos- Ayree et celui de ses farines au Brésil.

La fertilité intrinsèque de ce sol privilégié explique le développement rapide des diverses colonies agricoles qui s'y sont établies depuis quelques années, les principales et les plus anciennes sont : la colonie suisse, dite « Nue va Helvecia » fondée en 1832 par MM. Siegriot et Fender, et la colonie piémontaise « La Paz » qui s'organisa en 1858 : Ces deux colonies occupent actuellement une étendue de quatorze lieues carrées ; elles ont des écoles et des églises et jouissent d'une véritable prospérité. En 1877, la«Nueva Helvecia » a pu exporter 85,000 fanègues de blé ou 11,568,120 litres. La production des fromages y est de 50 kilogrammes par jour : le prix de ces fromages varie entre 20 et 25 francs les 50 kilogrammes.

Ces chiffres marquent l'état de bien-être atteint par ce centre agricole, destiné à devenir des plus importants sous le double rapport commercial et industriel*

Indépendamment de la colonie suisse et de la colonie piémon* taise, il en existe une espagnole, de fondation récente, et qui tend à prendre de prompts développements.

Ces trois colonies sont situées dans le département de la Colonia, près du Rosario oriental.

On peut également citer la colonie « Diaz» aux environs de Mercedes, dans le département de Soriano ; la colonie « Porvenir », dans celui de Paysan dû, une colonie de Mahonais (espagnols) dans le département du Salto, et celle de formation nouvelle, placée sous le patronage de S. Exe. le Président de la République dont on lui a donné le nom. Nous ne doutons pas que la colonie Latore ne soit appelée au même avenir que ses devancières et ne rivalise avec elles en succès.

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