LES CAPITAUX
Au Pérou, il est bien difficile, pour le moment, comme il arrive même dans beaucoup de pays plus anciens, d'obtenir des données exactes sur le capital agricole, sur sa natulre, son chiffre, ses relations avec la surface cultivée et sa répartition entre les diverses cultures. La statistique agricole, ainsi que nous l'avons dit, est à peine organisée, et de longues années passeront avant que Ton recueille les fruits que peut fournir cette importante branche de l'administration publique. Le capital agricole au Pérou, comme partout, est formé par la rente du sol, la valeur des récoltes enterre ou en magasin et le matériel agricole, dans lequel figurent les animaux domestiques.
Seulement, au Pérou, il y a un autre élément qui prend rang dans le capital agricole et qui est inconnu en Europe, par exemple: ce sont les bras. Sans doute l'esclavage a été supprimé dès 4854, ainsi que nous l'avons déjà dit, mais cette suppression a été plus apparente que réelle. On a rendu la liberté à la race noire et on a réduit la race mongolique à un semi-esclavage que beaucoup considèrent comme un esclavage complet et que d'aucuns regardent comme plus dur même que celui qui opprimait la race africaine avant l'émancipation des esclaves.
Quoi qu'il en soit de l'interprétation qu'on accorde à l'usage, pour les travaux des champs, des bras mercenaires engagés sur la côte orientale de l'Asie, il n'en est pas moins vrai que ces bras, bien qu'ils ne soient loués que temporairement, constituent une certaine partie du capital des exploitations agricoles du Pérou. Dans la grande culture industrielle, il n'est pas rare de voir dans une même propriété un capital de 100 000, de 200 000 soles, et quelquefois plus, évalué en Chinois.
Il est bon de noter que ce capital, comme celui destiné à l'achat d'autres machines agricoles, est essentiellement renouvelable. Sa durée est de huit années.
La loi péruvienne considère le capital comme meuble ou comme immeuble, mais, dans le cas particulier du capital agricole, le code civil déclare formellement que ce capital est immeuble. Le capital agricole d'une ferme ne peut être saisi ni mis à l'enchère pour payer la location de la ferme, tant que dure le bail, mais seulement quand celuici a été résilié ou est arrivé au terme de son échéance.
Institutions pour favoriser le crédit agricole. — Il s'est formé, dès 1866, au Pérou, deux établissements de banque ayant pour principal objet de favoriser le crédit agricole : l'un est la Banque . territoriale hypothécaire; l'autre la Banque de crédit hypothécaire.
Leurs statuts sont analogues et ces deux établissements ont toujours compté les intérêts de l'agriculture au nombre de leurs moindres soucis
Il est vrai que rfen ne les obligeait à protéger cette industrie ni à favoriser son progrès, n'étant pas d'ailleurs les seuls établissements de crédit qui lui prêtassent des capitaux.
Aune époque peu éloignée, il y eut au Pérou de grands capitaux en disponibilité, c'était après 1867. La guerre de sécession des Etats Unis était finie depuis deux ans; l'industrie agricole de ce pays, quelque temps compromise par l'horrible lutte qui lui prit ses bras et par la paix qui lui enleva ceux que la guerre n'avait pas inutilisés, se relevait peu à peu. Son principal produit, le coton, le rot coton , selon l'expression d'un illustre agronome, reprenait sa place sur le marché, et le Pérou qui, à l'ombre de la hausse déterminée par la guerre, avait pu se livrer avec succès à la culture du précieux textile, vit qu'il ne pourrait pas soutenir la lutte, au moins sur certains points de la côte, où les nuits fraîches sont peu favorables à la culture de cette plante. Ge fut le signal du développement de l'industrie sucrière; ce fut l'origine de ces grandes et belles exploitations de canne à sucre qui ornent la côte du Pérou et qui ne redoutent la comparaison avec celles de nul antre pays sucrier. Mais pour transformer une exploitation cotonnière en une exploitation sucrière, il faut de grands capitaux, surtout quand il s'agit d'installations qui produisent de 10 à 20 tonnes de sucre par jour.
Les établissements de crédit, tant hypothécaires que les autres banques locales, offrirent ces capitaux, dans des conditions, il est vrai, un peu dures pour l'agriculture; car, il faut bien le reconnaître, cette belle et noble industrie n'est pas assimilable aux autres industries quant aux crédits dont elle a besoin. Ces crédits doivent lui être accordés dans des conditions spéciales. Puisque l'agriculture offre plu6 de garantie au préteur que beaucoup d'autres industries, il semble naturel qu'elle soit traitée avec plus d'égards et plus de douceur. Ses bénéfices ne sont pas ceux d'un joueur : elle ne saurait supporter l'usure.
Les établissements de crédit du Pérou, répondent-ils à ce besoin ? Hélas! non. Ge sont des maisons de prêts, comme on les qualifie quelquefois, qui, presque toutes, émettent des billets au porteur et font des affaires.
Rien de plus juste et de plus honorable; toutefois, il n'en reste pas moins vrai que, vu cet état de choses, l'agriculture péruvienne manque d'établissements spéciaux de crédit et se voit obligée de recourir aux diverses banques locales, et de se soumettre aux conditions qui lui sont faites et qui, nous le répétons, ne lui conviennent nullement.
Dans les grandes cultures industrielles, le capital agricole est considérable et n'entre pas toujours dans les contrats d'hypothèques. Ge capital pourrait être une garantie excellente pour beaucoup de prêts à courte échéance qui rendraient les plus grands services aux agriculteurs. Les prêts sur les récoltes surtout sont essentiellement applicables à la côte du Pérou, où ces récoltes sont asurées par l'absence complète d'accidents climatériqu es et météorologiques, comme les froids, les pluies et sécheresses intempestives, les ouragans dévastateurs, etc.,
qui, en d'autres régions, détruisent en partie ou presque totalement les récoltes sur lesquelles on fondait les plus légitimes espérances.
Il faut néanmoins reconnaître que la Banque territoriale hypothécaire et celle du Crédit hypothécaire ont rendu de grands services au pays et ont contribué au développement de son agriculture. En accordant des prêts à longue échéance sur hypothèques de propriétés rurales et urbaines, elles ont mobilisé la fortune immobilière et leur mode de remboursement par annuités, comprenant l'intérêt et le capital d'amortissement, a permis et facilité le développement notable qu'a pris l'agriculture depuis une dizaine d'années.