CHAPITRE VI SYSTÈME B'INSTRUGTION PUBLIQUE
L'instruction publique a été systématisée dès 1876 par un important règlement qui Ta organisé et lui a donné l'unité dont elle manquait complètement, soumise qu'elle était à une foule de règlements, le plus souvent contradictoires dans certaines de leurs dispositions. Le nouveau règlement approuvé par le Congrès extraordinaire de 1876, à titre d'essai, remplace celui de 1855 qui n'était plus en harmonie avec les besoins actuels du pays ni avec les dispositions de la loi mu. nicipale de 1873 dans ses relations avec l'instruction.
Selon ce règlement, l'instruction publique est officielle ou libre. Elle se divise en Primaire, qui se donne dan3 les écoles, Moyenne, qui se donne dans les collèges, et Supérieure, qui est l'instruction donnée dans les universités, les écoles et les instituts spéciaux.
La direction et l'inspection suprême de l'instruction publique appartient au ministère de la Justice, Bienfaisance et Instruction publique, qui est assisté par un Conseil supérieur de l'instruction publique. La direction et l'inspection des établissements d'instruction primaire est confiée aux conseils provinciaux et à ceux de districts ; celle des établissements d'instruction moyenne aux conseils départementaux ; celle des universités aux recteurs, conseils universitaires, doyens et facultés; enfin, celle des établissements spéciaux d'enseignement supérieur, au ministère dont ils dépendent. La désignation du plan, des textes et de3 programmes de l'instruction primaire etde la moyenne ainsi que l'inspection de l'enseignement, sont dévolues au Conseil supérieur de l'instruction. Quant à l'enseignement universitaire il est de l'exclusive compétence des autorités universitaires.
Le Conseil supérieur de l'instruction publique est formé du ministre, qui en est le président, du directeur général de l'instruction publique, qui remplit les fonctions de secrétaire et des membres suivants, nommés par le Gouvernement tous les deux ans :
Deux docteur* pour chacune des facultés de l'université de Lima ; deux professeurs de l'instruction moyenne; deux de renseignement primaire et deux de renseignement libre.
L'une des attributions du conseil supérieur de l'instruction publique est de réviser la collation des grades académiques, des universités mineures, et décerner les titres universitaires qui, selon le règlement, ne sont pas de la compétence de ces universités.
Les écoles primaires sont sous la dépendance immédiate et l'inspection économique et administrative des conseils départementaux, provinciaux, ou de district qui pourvoient à leurs dépenses et font les réglementa intérieurs des écoles, qui sont sous leur dépendance respective.
L'enseignement primaire du 1 er et du 2 e degré est gratuit, celui du 3 e degré peut être rémunéré.
Il y a des écoles du 1 er degré dans tous les districts et, selon les ressources et les circonstances, elles sont distinctes ou communes pour les deux sexes, ou bien on alterne dans une môme école, l'enseignement pour les garçons et l'enseignement pour les filles.
Dans la capitale de chaque province il y a des écoles du 2 e degré, où l'on donne en outre l'enseignement du l« r degré, mais il peut, outre ces écoles, en exister d'autres du 1 er degré quand les besoins de la localité l'exigent.
Dans les capitales de département, il y a, outre les écoles du 1 er et du 2 e degré, des écoles du 3 8 degré, qui peuvent donner l'enseignement du second.
Les conseils de district et de province sont libres d'établir des écoles de degré supérieur à celles que leur assigne le règlement, selon les ressources dont ils disposent.
Pour être précepteur des écoles, il faut être majeur ou émancipé et posséder un certificat de bonne conduite donné par deux personnes d'honorabilité notoire et un certificat de capacité décerné par le président du conseil départemental, selon le règlement. Les certificats sont du premier, deuxième ou troisième degré et autorisent à diriger des écoles du degré correspondant.
Les écoles sont pourvues de précepteurs au concours. Le traitement des précepteurs est fixé par le conseil dont ils dépendent, selon les ressources de la localité.
Quand le nombre des élevés, qui fréquentent une école, passe 40, on adjoint un ou plusieurs précepteurs auxilliaires qui doivent au moins être titulé du premier degré.
L'enseignement est donné dans les écoles selon le plan, le programme et les textes approuvés par le conseil supérieur de l'instruction. Les élèves des écoles ont à subir des examens privés et publics, et ce n'est qu'après examen qu'ils passent d'une école d'un degré à celle du degré immédiatement supérieur.
Les recettes des écoles sont formées par :
1° Les fonds que votent les conseils ;
2° Le produit de3 biens qu'ils acquièrent et destiuent à l'instruction primaire ;
4° Toute autre ressource que la loi assigne aux écoles.
Dans les districts où ces fonds ne suffiraient pas pour le soutien des écoles de l'instruction primaire, on perçoit, pour fonds d'école, un sol par semestre à chaque habitant valide et majeur de 21 ans, pour l'intérieur, et deux soles dans les districts de la Costa. Ceux qui ont atteint 60 ans sont dispensés de la contribution du fonds d'école.
L'instruction primaire du premier degré est obligatoire pour tous les habitants du Pérou et elle se donne aussi dans les casernes, les prisons et les pénitenciers. Le règlement général d'instruction publique dicte des peines contre les pères et les gardiens ainsi que les patrons qui ne remplissent pas le devoir de faire donner l'instruction de premier degré à leurs fils, pupilles ou serviteurs. Les enfants qui ont atteint l'âge de six ans doivent être inscrits sur un registre ad hoc, et les parents qui négligent de faire faire cette inscription supportent une amende de deux soles. Si les enfants inscrits n'assistent pas à r école, sans raison suffisante, les parents ou patrons supportent une amende de deux réaux à cinq soles, selon décision du conseil de district de chaque localité.
Ces dispositions, qui rendent l'enseignement obligatoire, s'appliquent aussi aux adultes qui au premier janvier 1881, n'auront pas suivi le cours d'instruction du premier degré.
En cas de récidive des pères et des patrons de ne pas envoyer leurs fils et serviteurs à l'école, ceux-ci sont envoyés par le Gouvernement dans les écoles spéciales établies à Lima et Callao, (établissements agricoles, militaires et navals). L'instruction peut être donnée à domicile des parents ou patrons .qui doivent alors justifier de cette instruction par un certificat d'examen et un certificat du précepteur qui la donne.
L'instruction moyenne est donnée dans des collèges qui sont sous la dépendance, direction économique et administration immédiates des conseils départementaux.
Les départements qui ne peuvent pas établir des collèges qui comprennent les deux degrés se limiteront à l'enseignement des matières du premier degré en y ajoutant l'étude de la constitution et des lois organiques. S'il n'est pas même possible d'établir de collège du premier degré les départements ouvriront, autant que possible, dans les écoles primaires du 3 e degré les cours suivants :
Français ;
Anglais ;
Histoire;
Notion de rhétorique et de poétique.
Le personnel des collèges d'intruction moyenne est composé d'un sous-directeur, d'un secrétaire-bibliothécaire, des professeurs titulaires et adjoints, des inspecteurs pour maintenir la discipline, d'un aumônier, d'un économe et des employés subalternes qu'exige le service. Le médecin titulaire de la province doit prêter ses services professionels au collège.
Pour être directeur d'un collège de l'instruction moyenne, il faut être docteur ou licencié en une faculté quelconque, ou profeseeur examiné d'instruction moyenne, ou passer un examen devant un jury
nommé par le conseil supérieur d'instruction sur les matières qu'indique ce conseil. Les directeurs sont sous la dépendance des conseils départementaux.
Pour être directrice d'un collège de filles, il faut posséder un diplôme de précepteur du 3 e degré.
Les professeurs titulaires et adjoints sont nommés à la suite d'un concours. Pour être admis à ce concours, Tune des conditions est d'être bachelier ou de posséder un diplôme de capacité décerné par le Conseil supérieur de l'instruction, diplôme qui donne le titre de professeur examiné.
On impose une amende aux professeurs qui manquent leurs leçons. Le professeur qui a manqué 15 fois dans un an est suspendu jusqu'à l'année suivante. En cas de récidive il est destitué.
Si les rentes d'un collège, y compris la somme votée par le conseil départemental pour cet établissements ne sont pas suffisantes pour ses besoins, les conseils départementaux sont autorisés à augmenter de 1 0/0 additionnel la contribution foncière et celle des patentes.
L'enseignement des collèges privés, d'instruction moyenne, est libre, les conseils départementeaux n'interviennent que pour autoriser l'enseignement, quand les directeurs de ces collèges remplissent les conditions nécessaires, ou simplement inspecter la salubrité des locaux, la moralité des professeurs et veiller à ce qu'on n'enseigne pas dedoctrincs contraires à la morale, à la religion ou à la forme du gouvernement.
L'instruction supérieure, qui se donne dans les universités, est sous la dépendance immédiate des conseils universitaires et soumise à leur inspection économique et administrative. Les universités sont majeures ou mineures. Celle de Lima est majeure et comprend toutes les facultés de l'instruction supérieure. Dans les départements il peut y avoir des universités mineures pourvues de chaires déterminées. Les universités posséden! un recteur, un vice-recteur, un secrétaire, un sous-secrétaire, un trésorier et un archiviste bibliothécaire.
La charge de recteur dure quatre ans et exige d'être docteur de l'une des facultés. Le recteur peut être réélu une seule fois. Le choix du recteur et du vice-recteur se fait par un conseil de délégués des facultés, composé du doyen et de quatre professeurs pour chaque faculté. Les recteurs et vice-recteurs des universités mineures sont élus par le conseil supérieur de l'instruction.
Le conseil universitaire se compose du recteur et du vice-recteur de l'université, du doyen et d'un professeur élu pour deux ans par chaque faculté et du secrétaire de l'université.
L'université majeure de San Marcosde Lima se compose des facultés suivantes :
1° Faculté de théologie ;
2° Faculté de jurisprudence;
3° Faculté de médecine;
4° Faculté des sciences;
5 e Faculté des sciences politiques et administratives;
6° Faculté des lettres.
Chaque faculté se compose d'un doyen, d'un sous-doyen, d'un secrétaire, d'un sous-secrétaire et des professeurs titulaires et adjoints. Le régime intérieur des facultés d'une université dépend uniquement de son personnel. Chaque faculté fait son propre règlement qui doit être approuvé, par le conseil universitaire respectif. Elle nomme également son doyen et son sous-doyen qui doivent être pris parmi les professeurs principaux en exercice. Les doyens sont élus pour 4 ans seulement, mais peuvent être réélus.
Les professeurs des facultés sont principaux on adjoints : les deux peuvent être titulaires . ou intérimaires. Pour être titulaire d'une chaire, il faut l'obtenir au concours. Les professeurs doivent être docteur de la faculté, et être âgé d'au moins 23 ans. Les professeurs qui manquent leurs leçons supportent une amende et perdent leur chaire s'ils manquent plus de trente fois dans un an, sans justiûer leur absence.
Les élèves qui désirent être admis dans une faculté doivent présenter un certificat d'aspirants qui leur a été décerné après examen, à la fin de leurs études du cours du deuxième degré d'instruction moyenne, et, en outre, remplir les conditions exigées par le règlement de chaque faculté.
Les grades universitaires dans les facultés de l'Université majeure sont :
1° Baccalauréat; 2° Licence; 3° Doctorat.
Pour être bachelier, il faut : avoir été examiné et approuvé sur les matières qui correspondent aux trois premières années d'étude pour les facultés de théologie et de jurisprudence, aux cinq premières années pour celle de médecine, aux deux premières pour celle' des sciences politiques et administratives et celle des lettres, ainsi que pour une des sections quelconque de la faculté des sciences ; soutenir devant la faculté une thèse sur une matière choisie par le candidat et devant un Jury nommé par le Doyen. Dans la faculté des sciences, le sujet est choisi par le candidat et le problème par le Jury.
Pour être licencié, il faut être bachelier de la faculté dont on sollicite le grade; avoir été examiné et approuvé sur toutes les matières qui s'enseignent dans cette faculté comme obligatoires , et soutenir devant la même faculté une thèse sur un sujet, correspondant au cours de la dernière année, que désigne le sort, selon un questionnaire formé à cet effet par chaque faculté.
Pour être docteur il faut être licencié et lire une thèse sur un point correspondant à n'importe quelle matière enseignée par la faculté. Au pied de la thèse on pose un questionnaire formé par la faculté et qui contient un point de chacune des matières qu'enseigne celte faculté.
Dans les universités mineures, le conseil universitaire est formé du Recteur, du Vice-Recteur et des professeurs. 11 remplit auprès du conseil supérieur de l'instruction les fonctions assignées aux facultés. Le conseil supérieur de l'instruction détermine les grades que peuvent conférer les universités mineures.
II est permis de fonder des cbaires libres d'enseignement supérieur, ainsi que des facultés et universités libres, sous l'inspection du Gouvernement qui se limitera, dans ce cas, à empêcher renseignement de doctrines contraires à la religion, à la morale ou à la forme du Gouvernement. Les grades universitaires que confèrent les universités libres n'ont aucune valeur officielle.
Il y aura au Pérou quatre écoles d'application savoir : Ecole d'ingénieurs civils et des mines. Ecole supérieure d'agriculture.
Ecole navale.
Ecole spéciale d'artillerie et d'état-major.
Deux de ces écoles sont déjà installées : celle des ingénieurs civils et des mines et l'école navale.
Grâce à la nouvelle organisation dont nous venons de résumer les points principaux, l'instruction publique est en voie de progrès au Pérou, surtout dans les grands centres, où le nouveau règlement a été mis en pratique immédiatement. La décentralisation de l'enseignement est appelée à produire de bons résultats. Les conseils départementaux qui, d'après la loi, doivent veiller à tout ce qui concerne l'instruction primaire et guider en outre les conseils provinciaux et de districts dans leur surveillance des écoles rurales, pourront, avant peu, doter le Pérou d'un excellent système d'instruction publique. Les conseils départementaux nomment, en outre, pour chaque province des délégués qui les représentent et qui contribuent puissamment à seconder les vues du Gouvernement et à implanter sur des bases solides le système scolaire de la République, en sorte qu'il est permis d'espérer que, sous peu, les plus petits villages seront pourvus d'écoles et que, grâce aux mesures sévères de la loi d'instruction publique, tous les Péruviens sauront lire, écrire et compter.
Les difficultés qui se présentaient pour les écoles, par suite du manque de fonds pour payer les instituteurs, difficultés qui, quelquefois, ont amené la fermeture de quelques établissements d'instruction primaire, — l'instituteur n'étant point rétribué cherchait à gagner sa vie autre part — n'existent plus aujourd'hui, grâce à la contribution dite des Ecoles. Les conseils de province et de district qui n'ont pas de rentes suffisantes pourront néanmoins soutenir, désormais, les écoles nécessaires pour l'instruction du peuple.
Le nombre des écoles que peut ainsi soutenir chaque conseil de district est non plus celui que lui permettent ses ressources propres, mais bien celui qu'exigent les besoins des populations, au moins en tant que peuvent le permettre les produits de la nouvelle contribution et celles que les municipalités peuvent établir également.
Selon les instructions données par le conseil supérieur de l'instruction aux conseils de provinces et de districts, le nombre des écoles qu'il doit y avoir dans chaque district dépend du nombre de villages qui le composent et de leur population. Pour les districts dont les communes et villages sont peuplés de moins de 500 habitants, il doit y avoir pour dhaque deux villages une école qui fonctionnera aller-
nativement une année dans l'un et une année dans l'autre. Pour que les enfants des deux sexes puissent recevoir l'instruction dans ces écoles, elles doivent être mixtes, soit que les filles et les garçons les fréquentent simultanément, soit à des heures différentes de la journée. Dans les communes de plus de 500 habitants, il doit y avoir une école fixe également mixte, mais si les rentes de la commune sont suffisantes on établira une école distincte pour chaque sexe. Les communes de 2.000 habitants auront deux écoles distinctes: une pour chaque sexe et celles de 3.000 à 10.000 habitants auront une école par chaque 3.000 habitants.
La création des fonds spéciaux des écoles, au moyen de la contribution dont nous venons de parler a déjà donné de bons résultats, et les conseils départementaux, provinciaux et de districts, s'efforcent chaque jour davantage de faire accepter le nouvel impôt qui, d'ailleurs, ne rencontre généralement pas d'opposition. Les écoles abandonnées s'ouvrent de nouveau, d'autres sont créées par les soins des autorités municipales, là où il n'en existait pas; de toutes parts se développe l'instruction publique qui est un besoin pour tous les pays, et une condition d'existence des Gouvernements républicains.
Les fonds destinés à l'enseignement primaire au Pérou sont suffisants pour assurer désormais la marche régulière et progressive de cet enseignement. Les Préfets sont invités à surveiller le recouvrement de ces fonds, à exciter par tous les moyens légaux le zèle des municipalités et leur prêter l'appui nécessaire afin qu'elles puissent faire exécuter la loi et les décisions du conseil supérieur de l'instruction publique.
Ces fonds se composent :
1° Des sommes que des lois spéciales ont appliquées aux écoles et de celles que ces écoles acquièrent par des moyens légaux.
2° Du 10 0/0 des terrains irrigués ou que Ton irrigue pour compte de l'Etat ou des municipalités.
3° Du produit de la contribution personnelle imposée à tous les citoyens de 21 à 60 ans et qui ne doit pas excéder 4 soles sur la côte et 2 dans l'intérieur, par année.
4° Des subventions que les conseils départementaux votent aux conseils de district et de celles que les conseils provinciaux votent pour les chefs-lieux de provinces.
5° Des amendes imposées aux citoyens qui ne payent pas régulièrement la contribution personnelle et de celles que l'on applique aux pères, tuteurs, ou patrons dont les fils, pupilles ou domestiques ne savent pas lire ou écrire ou ne fréquentent pas les écoles avec régularité.
Quand toutes ces ressources sont insuffisantes, les conseils de districts sont autorisés à établir des impôts sur les eaux-de-vie, la C/wc/uz, la Coca, etc., ainsi que des droits pour l'autorisation de fêtes, de feux d'artifices et de réjouissances publiques.
Avec de telles ressources, nous ne doutons nullement que l'instruction primaire, dont la constitution du Pérou garantit la gratuité, ne se répande rapidement chez les masses et leur permettent d'apprendre
à mieux connaître leurs droits et leurs devoirs. Une fois le chemin tracé, les générations futures le suivront. Le père instruit ne condamne pas son Bis à rester dans l'ignorance.
Influence du système d'instruction publique sur les jeunes gens qui se destinent aux diverses carrières. — Les jeunes gens au Pérou se dirigent plus spécialement vers les facultés de Droit et de Médecine. Toutefois, depuis la réorganisation de la faculté des Sciences et rétablissement de l'Ecole d'application des Ingénieurs civils et des Mines, ils commencent à comprendre l'utilité des études scientifiques proprement dites. Malheureusement le niveau des études n'est pas encore très-élevé, ce qui rend quelque peu difficile le fonctionnement des écoles d'application dont les exigences, d'ailleurs, sont appelées elles-mêmes à élever le niveau des études, et elles y réussiront certaiment pour peu que l'administration les seconde. La carrière médicale, celle du barreau et la carrière ecclésiastique ont été, jusqu'à ces derniers temps, les seules qui fussent offertes à la jeunesse studieuse du Pérou. Mais aujourd'hui que les écoles spéciales lui ouvrent, ou lui ouvriront bientôt, d'autres carrières non moins importantes, il n'est pas douteux qu'elle se dirigera davantage vers les études scientifiques afin de pouvoir répondre aux exigences d'admission dans les écoles d'application.
Plus de sévérité dans la collation des grades, principalement de celui de Docteur, que confère la faculté des sciences, ne peut amener que d'excellents résultats pour le niveau général des études au Pérou. On fera sans doute moins de Docteurs, mais on fera plus d'hommes instruits et véritablement aptes à entrer dans la voie des applications de la science à l'industrie. Les thèses que présentent les candidats au doctorat es* sciences ne sont que des compilations -, des appréciations générales sur les matières de l'enseignement qu'ils reçoivent, des travaux de peu d'importance, en un mot, qui sont le fruit de quelques jours, à peine de quelques semaines d'application; et cependant, il serait bien facile d'exiger des jeunes Péruviens, comme on le fait dans beaucoup d'autres pays, des thèses qui présentent quelques résultats nouveaux ou qui-, par l'ensemble de leurs résultats, font avancer la science en général. S'il est un pays où tout est presque à faire, au point de vue scientifique, c'est bien le Pérou. Les matériaux d'études ne manquent pas, et si chaque Docteur payait son tribut à la science, la connaissance de ce pays, si riche et si fécond, ne serait pas aussi peu avancée qu'elle l'est aujourd'hui. La science y gagnerait au point de vue général ; le niveau des études s'élèverait rapidement, et les richesses du pays, mieux étudiées, mieux connues, et mieux exploitées, contribueraient sur une vaste échelle à l'amélioration du bien-être économique de la nation tout entière.
C'est surtout l'école de Droit qui, jusqu'à ce jour a été le centre de prédilection des jeunes gens instruits. Le barreau offre un grand attrait, au Pérou comme partout, être avocat ouvre la porte des carrières administratives et c'est, surtout, le premier pas vers les sentiers attrayants de la vie politique.
En outre, la durée des études à la faculté de jurisprudence n'est que de cinq années, tandis qu'elle est de sept ans pour la faculté de médecine qui, à part cette petite circonstance, jouit de l'affection de la jeunesse et constitue pour elle un centre d'attraction.
Mais nous pensons que les écoles d'application sont appelées à changer cet état de chose. L'école des Ingénieurs civils et des Mines, bien que non complètement organisée encore, compte déjà de nombreux élèves; si le gouvernement finit par comprendre la nécessité de créer une Ecole supérieure d'Agriculture, nous pensons fermement que ces deux établissements sont appelés à détourner sérieusement le courant qui, jusqu'alors, a dirigé la jeunesse péruvienne vers le choix d'une carrière.
Le Pérou, en effet, possède deux sources de richesses inépuisables, l'agriculture et les mines. Bien exploitées, ces deux fécondes sources peuvent changer totalement, et en peu de temps, la situation économique du pays et rendre au Pérou son antique et proverbiale renommée de pays des richesses inépuisables. Faire moins d'avocats et de militaires, moins de docteurs et de politiques, et faire plus d'agriculteurs et de mineurs, nous a toujours paru la véritable voie dans laquelle doit s'engager le Pérou.
Avec une jeunesse douée d'un enthousiasme et d'une intelligence comme l'enthousiasme et l'intelligence de la jeunesse péruvienne, un pays peut toujours, en dirigeant bien d'aussi brillantes facultés, marcher rapidement vers le progrès moral et matériel qui assure le bienêtre économique des nations.
Jusqu'à ce jour, ou à un jour peu éloigné encore, la jeunesse péruvienne a souffert d'une maladie que nous qualifierons de contagieuse, puisqu'elle la recevait des hommes d'un âge mûr : c'est l'empléomanie, accompagnée d'un penchant exagéré pour les luttes de la vie politique et les hasards des tentatives révolutionnaires. Les malades sont aujourd'hui en pleine convalescence et il est à espérer qu'ils ne souffriront aucune rechute, pour peu qu'on les aide. Le meilleur et le plus hygiénique régime à prescrire nous parait être, sans contredit, d'appeler la jeunesse studieuse et instruite hors du milieu où elle a vécu jusqu'alors. 11 faut, à notre avis, lui montrer que l'industrie offre ' des chemins qui conduisent aussi vite, et plus sûrement, à la fortune et aux honneurs, que ceux de la politique ; que les carrières industrielles offrent au patriotisme, si vif et si pur chez les jeunes péruviens, un aliment plus sain et plus abondant que n'importe quelle autre carrière; qu'un agriculteur, ou un mineur, rend autant de services à son pays et a droit aux mômes égards qu'un magistrat, un médecin ou un diplomate:
Depuis quelques années l'administration a prêté beaucoup d'attention à la réorganisation de l'instruction universitaire au Pérou. Elle a même créé une nouvelle faculté : la faculté des sciences politiques et administratives. Néanmoins nous pensons qu'il eût été plus utile de consacrer les sommes dont disposait l'Etat et qu'il mettait au service de l'instruction, à des écoles d'application, à une École des Mines qui
existe aujourd'hui, de fait, mais qui manque de beaucoup de choses, et à une École supérieure d'Agriculture qui n'existe pas et n'existera peut-être pas de longtemps encore. Le Pérou, nous le répétons, a moins besoin d'employés de l'administration, de politiques et de diplomates (que d'ailleurs, lui fournissait en assez grand nombre la faculté de jurisprudence, l'une des plus dignes, des plus savantes et des plus estimables de l'Université), que d'agriculteurs et de mineurs intelligents, capables d'exploiter avec profit les richesses inépuisables dont la nature prodigue a doté le sol péruvien.
Les Gouvernements ne sauraient trop se rappeler que l'enseignement agricole est celui qu'ils doivent répandre de préférence à tous les degrés et sous toutes les formes, car c'est l'enseignement dont la richesse nationale et le bien-être moral et matériel du pays ont le plus à espérer, en même temps que celui dont l'ordre et la sécurité publiques ont le moins à redouter.