NOVARE
hectares, hectares. hectares. hectares.
Froment 32,322 71,835 48,800 55,483
Maïs . 34,000 37,980 24,580 42,274
Riz » 80 1,355 72,300
Orge et seigle. . . 6,439 24,861 315 18,110
Avoine 4,365 2,514 695 4,152
Uaricots, etc. . . . 5,310 4,617 1,070 2,760
Fèves, lupins, etc. 3,866 1,004 720 5,973
Pommes de terre.. 1,726 2,870 687 1,680
Chanvre 5,217 971 288 195
Lin » 80 48 17
Les rigueurs des hivers ont empêché la culture de l'olivier de s'implanter au Piémont, mais la vigne y prospère dans toutes les provinces et elle y donne d'excellents produits. Les vignobles couvrent 22,475 hectares dans la province de Coni, 52,115 dans celle de Turin, 37,350 dans celle d'Alexandrie et 25,564 dans celle de Novare. Dans les trois premières provinces, la vigne est cultivée en arbre, et on lui donne pour soutien des châtaigniers, des saules, etc. ; dans celle de Novare, le système de la culture à basse souche prédomine au contraire. Le soin qui est apporté à la culture de la vigne place le Piémont au premier rang, en Italie, pour la production, qui dépasse 23 hectolitres par hectare. La vigne prospère sur les flancs des coteaux jusqu'à une hauteur moyenne de 500 mètres au-dessus du niveau de la mer; dans quelques expositions privilégiées, elle atteint jusqu'à 750 ou 800 mètres. Le mûrier accompagne presque partout la vigne, et il est cultivé avec le plus grand soin ; les paysans piémonlais ne paraissent pas avoir été découragés par les maladies qui ont sévi sur les vers à soie, et ils ont maintenu la culture de cet arbre précieux.
Les céréales qui occupent le premier rang au Piémont sont le froment, le maïs et le riz.
Le fromentcouvre 188,438 hectares: le produit total est de 1,885,235 hectolitres, soit à peu près 10 hectolitres par hectare. Les produits extrêmes sont de 7 hectol., 90 dans la province de Coni, et de 14 dans eelle die Novarei Pour lé maïs, là surfaee totale eh culture est de
' 138,935 hectares ; le produit total est de 2,872,616 hectolitres, soit 20,68 par hectare. Le maximum est de 24 hectolitres dans la province de Novare, et de 18 hl ,50 dans celle de Coni. Le maïs forme, pour ainsi dire, la base de l'alimentation des populations rurales piémontaises, dont la polenta est le mets de prédilection. Le maïs du Piémont est particulièrement estimé dans toute l'Italie; cette faveur provient à la fois du soin avec lequel la culture est faite et de la qualité des grains ; on est parvenu, en effet, à y former une variété connue sous le nom de maïs de Tortoni, à grains lourds, cristallins, bien serrés dans l'épi, et donnant une excellente farine.
La province de Novare est de toutes les provinces italiennes celle où la production du riz a pris la plus grande extension. Ce résultat est dû à de gigantesques travaux qui ont été entrepris et se poursuivent encore pour amener l'eau jusque sur les points les plus éloignés des rivières, par une habile canalisation. La production totale en riz gruge est de 3,278,569 hectolitres pour tout le Piémont. Les provinces de Turin et d'Alexandrie n'entrent que pour 61,000 hectolitres dans ce total.
Parmi les plantes textiles, le lin n'est cultivé que sur une faible échelle, et seulement pour satisfaire aux besoins domestiques des familles des cultivateurs. Le chanvre est plus répandu, mais sans avoir encore pris l'extension à laquelle cette plante pourrait atteindre.
La pomme de terre est, de toutes les plantes légumineuses, celle qui occupe la première place au Piémont. « Elle est, dit le comice d'Ossola, la ressource des exploitations les moins favorisées par le climat et la qualité du sol. La production, qui autrefois était limitée à la consommation locale, a pris un grand développement, et déjà elle arrive, quoique sur une échelle restreinte, à alimenter une exportation sensible de ces tubercules ».
Les cultures arbustives sont en honneur : en première ligne il faut placer lia production des poches en plein vent, qui donnent lieu à un assez important commerce. La culture potagère est restée limitée généralement aux besoins de la consommation des cultivateurs. 11 faut toutefois faire une exception pour les environs de quelques villes. C'est ainsi que la commune d'Asti produit, grâce aux irrigations, d'innombrables quantités de légumes, et qu'elle en envoie chaque année dans les régions voisines. Ainsi encore, sur le territoire d'Acqui, on cultive beaucoup les aulx, et, d'après le comice, l'exportation s'en fait jusque dans l'Amérique méridionale.
11 faut enfin citer les châtaigniers, dont les fruits entrent pour une large part dans la consommation locale, et les noyers. Ces derniers arbres sont principalement recherchés pour la production de l'huile ; mais leur nombre va rapidement en diminuant.
Dans un pays aussi accidenté, les prairies doivent être abondantes ; elles s'élèvent sur les flancs des montagnes jusqu'à une hauteur de 1,500 à 2,000 mètres. Ce sont pour la plupart des prairies permanentes; quand elles deviennent moins productives, elles sont (converties en
terres arables. Les prairies artificielles sont faites sur les terres qui peuvent jouir de l'irrigation, ou qui sont naturellement fraîches. Elles sont le plus souvent semées en luzerne, ou en lupin, ou en plantes fourragères moins vivaces, telles que l'avoine, le maïs, etc. La luzerne dure ordinairement de six à quinze ans.
La situation des forêts peut être considérée comme déplorable. La plus grande partie des montagnes du Piémont sont aujourd'hui dénudées, et l'œuvre de dévastation continue. Les eaux entraînent les terres des régions supérieures, et il n'y reste le plus souvent que quelques maigres landes incapables de fournir une nourriture un peu abondante aux troupeaux affamés.
La division de la propriété est loin d'être la même dans la région montagneuse et dans la plaine. Ici la petite propriété l'emporte ; là, c'est, au contraire, la grande propriété. Les différences sont aussi tranchées en ce qui concerne les modes d'exploitation du sol. Le fermage prédomine dans les parties basses de la région, autour de Vercelli, de Novare, d'Alexandrie ; dans le Haut-Piémont, le métayage est le système le plus général. La culture directe par les propriétaires est l'exception; il faut toutefois ajouter que, d'après l'Académie d'agriculture de Turin, chaque jour un plus grand nombre de propriétaires s'adonnent euxmêmes à la culture de leurs terres.
Les assolements sont très-variés au Piémont. Mais la plupart de ceux qui sont pratiqués se font remarquer par un excès de culture des céréales. Le plus souvent, l'assolement est biennal ou triennal. Dans le premier cas, on a presque invariablement maïs et froment; dans le deuxième cas, froment ou seigle, pendant deux ans ; maïs ou chanvre ou autre plante la troisième année. Dans les environs de Turin, l'assolement le plus répandu fait alterner le blé avec une plante sarclée. Le trèfle entre souvent en culture dérobée, entre le froment et le maïs. La luzerne entre rarement dans les assolements, sauf dans les terres arrosées, principalement dans la province de Novare.
Les instruments aratoires sont loin de présenter un ensemble satis- ^ , faisant. Les antiques charrues, à peu près semblables encore à celles décrites par Virgile, dominent dans une grande partie de la région. Il y a eu néanmoins des progrès accomplis et le Piémont n'est pas au-dessous des autres parties de l'Italie, sous ce rapport. Il est juste d'ajouter que les instruments et les machines de l'agriculture moderne ont commencé à pénétrer dans quelques grands domaines.
2 e Région. — La Lombardie.
La Lombardie est une des régions les plus naturelles de l'Italie ; elle est homogène par la nature de son sol, aussi bien que par sa configuration. Elle s'étend sur une surface de 2,352,681 hectares, en comprenant les huit provinces de Pavie, Milan, Cême, Sondrio, Bergame, Brescia, Crémone et Mantoue. Elle forme une plaine vaste et fertile, qui à l'ouest
se rattache aux provinces de Novare et d'Alexandrie, au nord s'arrête aux Alpes, à l'ouest au lac de Garde, et au midi est limitée par le Pô. Les Alpes la protègent contre les vents du continent et lui fournissent une grande quantité d'eaux fertilisantes.
La plus grande partie du sol de la Lombardie appartient au diluvium ; elle a, en outre, reçu des Alpes et des Apennins des alluvions nombreuses où abondent les détritus de toute nature. Les eaux y abondent; il suffit de rappeler l'Adda, le Tessin, le Mincio, etc., les lacs de Côme, de Garde, de Lugano, dont quelques-uns sont justement célèbres par leurs rivages enchanteurs et par la douceur de leur climat. L'abondance des eaux a, de toute antiquité, appelé les travaux des hommes, et provoqué la création de nombreux canaux destinés soit à faciliter le commerce, soit à féconder le sol. Virgile et Slrabon nous ont laissé le souvenir des anciennes irrigations de la Lombardie ; de nombreux canaux ont aussi été créés dans des temps plus rapprochés, particulièrement au moyen âge. Ils forment aujourd'hui le réseau le plus remarquable qui soit connu. Ce n'est pas, dit M. Gaetano Gantoni, dans une intéressante notice qu'il a écrite sur les produits agricoles de la Lombardie, la fertilité naturelle du sol qui a fait la richesse agricole de la Lombardie, c'est l'industrie de ses habitants qui, par une habile appropriation des eaux, a su corriger les défauts d'un climat chaud et sec, et acquérir celte production proverbiale qui s'est maintenue malgré les nombreuses vicissitudes politiques auxquelles le pays a été en proie.
La température moyenne de la Lombardie est, en général, un peu plus douce que celle du Piémont. A Milan, dont l'altitude au-dessus de la mer est de 147 mètres, la température moyenne annuelle est de 12°,9. A Pavie, avec une altitude de 98 mètres, elle est de 12°8. Durant la période de 1-866 à 1874, la plus haute température constatée à Milan a été de 36°,3; la plus basse, de — 10°,9. A Pavie, le maximum a été de35°,8, et le minimum de — 14°, 1. AScrmide,dans la province de Manloue, le thermomètre est descendu, durant l'hiver de 1871, à — 17°. A Milan, )a température de l'été est à peu près celle de Cagliari et de Rome ; l'hiv. r est analogue à celui de Bruxelles, ou de Harlem, et plus rigoureux qu'à Paris. Ces circonstances expliquent comment la culture du maïs, du riz, de la vigne, du mûrier, prospérant en Lombardie, on ne peut y faire croître le figuier ou l'olivier.
Les pluies sont répandues d'une manière assez régulière. On en jugera par le tableau des moyennes des pluies, pour chaque saison, à Milan et à Pavie, pendant !es neuf années 1866 à 1874 :
Mlî.AN. PAVIE.
Hiver 151.6 millimètres. 151.5 millimètres.
Printemps. . . 205.7 — 182.0 —
Été 174.5 — 165.1 —
Automne.. . . 255.5 — 251.8. —
Totaux. 767.5 730.4
Dans ces deux stations, février a été le mois le plus sec, novembre le mois le plus humide.
La physionomie de la culture lombarde varie suivant les altitudes. Dans les parties les plus déprimées, dominent les rizières, les prairies et les céréales; si Ton monte un peu, aux cultures de céréales s'associent la vigne et le mûrier; au delà de leurs limites, on ne trouve plus que les châtaigniers, les bois et les pâtures. Yoici, sur le versant des Alpes, les limites des principales cultures :
Vignes 550 mètres.
Mûrier 660 —
Seigle 800 —
Châtaignier 850 —
Orge 1,000 —
Pin 2,200 à 2,500 —
Dans la plaine, on obtient souvent deux récoltes la même année. Alors les successions les plus fréquentes sont les suivantes : trèfle et maïs, colza précoce et maïs ou riz, seigle et maïs, lin d'hiver et maïs, froment et maïs quarantain ou millet. Mais ce qui donne un cachet particulier aux cultures de la Lombardie, ce sont les irrigations qui s'y font sur une échelle plus grande que nulle part ailleurs.
Les eaux employées aux irrigations sont principalement dérivées du Pô, par le canal Gavour construit récemment, et du T ici no, du Lambro, de l'Adda, de l'Oglio et du Mincio. Quelques autres rivières fournissenlde l'eau pour les arrosages, mais d'une manière irrégulière. Avant l'ouverture du canal Cavour, la Lombardie pouvait déjà arroser 452,000 hectares de terres, et le débit de ses canaux fournissait 560 mètres cubes par seconde. Le canal le plus ancien est le canal Muzza dérivé de l'Adda, et qui fut construit en 1220; il fournit 61 mètres cubes d'eau par minute. Le canal Naviglio del Martesana, dérivé aussi de l'Adda, date de 1475, et le canal Naviglio Grande a été ouvert en 1577. Les irrigations sont faites également avec les eaux d'un certain nombre de sources qui jaillissent chaudes pendant l'hiver, et qui sont principalement employées sur les prairies d'hiver, désignées sous le nom de mar cites. v
Les cultures fourragères tiennent le premier rang en Lombardie. On distingue quatre sortes de prairies : la prairie permanente, la prairie artificielle, la prairie d'hiver ou marche, et enfin la prairie de pâturage. Les plus grands soins sont donnés à toutes ces prairies, non-seulement au point de vue de la quantité de la production, mais aussi pour en assurer la qualité.
A conditions égales de culture, le foin des prairies permanentes est le plus estimé. On y fait généralement trois coupes, aux mois de mai, de juillet et de septembre ; le dernier regain est mangé sur pied. Exceptionnellement on pratique une quatrième coupe au mois d'octobre. La production est à peu près équivalente dans les prairies artificielles,
où dominent le trèfle rouge et le. ray-grass. Le fourrage de trèfle est tout particulièrement estime en vue de la production du lait destiné à la fabrication du fourrage dit parmesan.
La prairie d'hiver ou marcile est une création à peu près exclusive au Milanais ; elle est toujours organisée de manière à être constamment recouverte durant l'hiver d'une légère nappe d'eau qui n'y croupit jamais. L'herbe profite ainsi, sans crainte de l'influence des gelées, des rayons bienfaisants du soleil pendant les belles journées. Dans la prairie d'hiver, on fait généralement six coupes: la première en décembre ou en janvier, et les autres successivement dans les mois de mars, d'avril, de mai, de juillet et de septembre. Quelquefois la dernière est retardée au mois d'octobre. Dans le voisinage de Milan, les prairies arrosées avec les eaux de la Vettabia qui traverse la ville et en reçoit les immondices donnent jusqu'à huit coupes par an.
Quant aux pâturages, ils forment les prairies des coteaux et des montagnes. Us sont le plus souvent dans les dépendances des terrains communaux, et ils sont soumis à la vaine pâture. 11 est très-difficile d'en estimer la valeur.
Le produit moyen des prairies permanentes et celui des trèfles est estimé à 6,700 kilogrammes de foin par hectare ; la quantité récoltée décroit à chaque coupe. Les luzernes irriguées donnent un produit qui, en quatre ou cinq coupes, varie de 16,250 à 22,750 kilogrammes de foin par hectare, suivant la nature du sol, les soins de culture et les circonstances climatériques de l'année. Quant aux marcites, leur produit est de 14,000 à 15,000 kilogrammes de foin.
Quand Arthur Young, visitant l'Italie à la fin du siècle dernier, s'arrêta à Lodi, il fut frappé, au théâtre de celte ville, du luxe déployé non-seulement par les citadins , mais aussi par de nombreuse familles rurales. Après avoir étudié le pays, il put s'écrier : « De l'eau, du trèfle, des vaches, du fromage, de l'argent et de la musique, voilà comment s'enchaînent les éléments de tout cet éclat ».
A côté de la production fourragère, le lin occupe une large part dans l'agriculture lombarde. On estimait, il y a vingt ans, à 85,000 quintaux métriques de filasse la production annuelle du lin ; d'après l'enquête faite pour les cinq années 1870 à 1874 par le ministère de l'agriculture, elle a été établie à 119,000 quintaux métriques. La fabrication de l'huile de lin est une des principales industries rurales du pays ; les tourteaux qui en proviennent servent soit à la nourriture du bétail, soit à fumer les prés, principalement les marcites.
Parmi toutes les céréales, le maïs est celle qui, en Lombardie, couvre la plus grande surface; il ne s'étend pas sur moins de 221,000 hectares. La production moyenne, pour toute la province, est de 20 bl ,47 par hectare. Dans quelques régions, notamment dans la vallée de Polésine, et dans la plus basse partie de la Yalcamonica, près du lac d'Iseo, le maïs est cultivé presque sans interruption, sur le même terrain* Dans les provinces de Bergame et de Drescia, cette plante
n'occupe pas moins de la moitié, et parfois des deux tiers, du terrain consacré à la culture. On a calculé que, dans les terres non irriguées, une seule année sur cinq donne une récolte complète, deux années donnent deux tiers de récoltes, une année une demi-récolte et la cinquième ne donne presque rien. D'après M. Gaetano Cantoni, des expériences nombreuses ont démontré que l'écimage de la tige et l'effeuillage pratiqué peu de temps avant la maturation de la graine, diminuent de 10 pour 100 le produit évalué en volume et de 13 pour 100 le produit en poids. La semaille à la volée est encore pratiquée dans beaucoup de cantons, mais les semailles en lignes sont adoptées dans les cultures non irriguées de la Lombardie, aussi bien que dans plusieurs districts du Piémont.
La Lombardie compte 199,000 hectares environ cultivés en froment. Le produit moyen, pour les cinq années 1870 à 1874, a été de 13 u 80 par hectare. Dans quelques cantons, au nord de la ville de Milan, grâce à l'emploi de furnures abondantes, la production atteint, dans les bonnes années, 35 hectolitres par hectare. Les variétés de blés les plus généralement cultivées appartiennent aux blés tendres. Néanmoins, on cultive aussi une assez notable quantité de blés durs, qui sont employés à la fabrication des pâles; cette industrie est une de celles qui ont pris le plus d'extension et qui sont de plus en plus florissantes. Les travaux de la culture du blé se pratiquent le plus souvent >C avec les anciens instruments ; la moisson se fait à la main : mais, dans ces dernières années, un certain nombre de machines à moissonner ont été introduites dans le pays.
Le seigle est limité à la petite culture et à la région montagneuse, sauf quand il est cultivé pour être coupé en vert au printemps et servir de fourrage. U en est de môme de l'avoine ; cette céréale est parfois semée en culture dérobée, au mois d'août, pour servir de fourrage à la fin de l'automne. La culture de l'orge est aussi très-restreinte. Le sarrasin est tout à fait limité à la région montagneuse.
Le riz occupe, en Lombardie, 100,000 hectares; c'est une des productions caractéristiques de la province. L'Italie tout entière ne compte, en effet, que 233,000 hectares consacrés à cette plante. La production moyenne est de 43 hl , 50 par hectare. Les provinces de Milan et de Pavie sont celles où cette culture est la plus répandue; elle y remonte au quatorzième siècle. Le riz n'y est pas exclusivement cultivé sur les sols marécageux et d'une humidité excessive; il entre souvent dans les dernières années de chaque assolement, de manière à occuper un cinquième à un quart du sol cultivé. Le riz a été la première céréale r à laquelle ait été appliqué, en Italie, le battage mécanique, se substituant au dépiquage par les pieds des chevaux. — D'après M. Gaetano Cantoni, que nous avons eu déjà souvent l'occasion de citer, l'influence néfaste des rizières sur la santé publique a été beaucoup exagérée. Dans beaucoup de localités, elles auraient amélioré les conditions hygiéniques en remplaçant d'anciens marais; ailleurs, les mesures adoptées pour les distances auxquelles on doit tenir ces cultures des
centres de population, offriraient des garanties suffisantes pour qu'on n'ait pas à craindre de danger pour l'hygiène publique.
La vigne couvre, en Lombardie, 141,000 hectares; le produit moyen est estimé à 15 hl , 50 de vin. C'est un chiffre faible, mais on fait beaucoup d'efforts pour arriver à des résultats plus satisfaisants. Les vins les plus estimés sont ceux de la Yalteline et des provinces de Bergame et de Brescia. Ceux de la Yalteline sont exportés en Suisse sur une assez grande échelle. Quant aux vins communs, ils entrent aujourd'hui en France dans d'assez grandes proportions.
La production du lait en grande abondance est la conséquence de la vaste étendue consacrée aux cultures fourragères. La Lombardie nourrit 550,000 vaches à lait; elles donnent, en moyenne, 1,500 à 1,800 litres de lait par an dans les parties non irriguées, et 2,200 à 5,000 litres quand elles sont nourries sur les prairies irriguées. La plus grande partie du lait est consacrée à la fabrication du beurre et du fromage. Le beurre milanais est très-estimé ; il s'exporte en grandes quantités dans le comté de Nice et en Provence. Le fromage parmesan , dit encore de grana, est principalement fabriqué dans les provinces de Lodi, de Milan et de Pavie ; il est à pâle dure. En dehors de la consommation indigène, il est exporté en Allemagne, en France, en Angleterre et en Orient. On fabrique aussi des fromages gras, consommés dans le pays, avec le lait des brebis et des chèvres, qui sont estimées au nombre de 250,000 .
Les cultures fruitières ont pris, dans toute cette région, une grande importance; il en est de même des cultures potagères. Depuis l'extension des voies ferrées, leurs produits donnent lieu à un commerce d'exportation chaque année grandissant, qui se fait principalement vers la Suisse et l'Allemagne, pour s'y rencontrer concurremment avec les produits similaires français. Les agriculteurs italiens ont compris que leur climat leur permettait la culture sur une grande échelle des légumes et des fruits , et qu'ils y trouveraient de très-importantes sources de profits. Parmi ces cultures, il faut donner une mention spéciale à celle des orangers et des citronniers sur les bords du lac de Garde ; on estime que dans les jardins plantés de ces arbres en plein rapport le produit brut n'est pas inférieur à 20,000 francs par an, et par hectare. Il est vrai d'ajouter que peu de terres se prêtent, par leur situation, à celte culture privilégiée.
Le ver à soie était jadis une des principales sources de la richesse agricole de la Lombardie. Le mûrier était cultivé avec amour ; l'ombre du mûrier est ombre d'or, dit un vieux proverbe du pays. Avant l'invasion des maladies qui ont sévi sur les éducations , la production annuelle dépassait 1 million et demi de kilogrammes de cocons. Beaucoup de mûriers ont été arrachés depuis vingt ans pour faire place à des cultures plus lucratives. Aujourd'hui, grâce aux découvertes de la science, l'espoir revient au cultivateur lombard , mais il faudra de nombreuses années pour rendre aux plantations leur ancienne vigueur et à la production sa vigueur d'autrefois.
Sans donner de plus longs détails sur les conditions générales de la production en Lombaidie, il faut indiquer les causes qui ont provoqué le développement de l'agriculture dans cette région.
En première ligne, on place la division de la propriété. Cette division est très-variable, suivant les provinces ; mais il y a un mouvement continu, qui date de loin, à augmenter le nombre des propriétaires du sol. La petite propriété cultive par elle-même : elle a des bras à bon marché, et grâce à un climat heureux, une famille peut facilement trouver, sur un héritage restreint, les céréales, les productions fourragères, les légumes, les fruits, le vin, l'huile, qui sont nécessaires à sa consommation, et faire, en outre, des ventes assez considérables. C'est surtout dans les régions où l'irrigation est développée que ce spectacle est le plus frappant.
En deuxième ligne, il faut placer la nature des rapports qui existent généralement entre les propriétai» es du sol et les exploitants. De quelque manière que le sol soit cultivé, soit par le métayage qui est la forme la plus usitée, soit par la culture d recte, soit enfui par le fermage, les contrats sont toujours faits de telle sorte que tous les ouvriers de la culture ont une certaine participation aux produits. C'est un trait essentiel de l'économie rurale de la Lombardie. Il est inutile d'insister sur les avantages que cette organisation présente ; en fait, elle assure une émulation féconde, dans laquelle les agronomes les plus autorisés, Jacini en première ligne, ont trouvé le secret principal de la prospérité agricole de la Lombardie.
5 e Région. — La Vénétis.
La Vénétie, qui se rattache au sud-ouest à la Lombardie, est limitée, d'autre part, par les Alpes, le Pô et la mer Adriatique. Elle comprend les provinces de Bellune, Padoue, Rovigo, Trévise, Venise, Vérone, Vicence et Udine ; sa superficie est de 2,346,373 hectares. Le sol, dans les parties basses de la région, est principalement constitué de débris dérivant des roches alpines, et il est analogue à celui qui se présente sur la rive gauche du Pô, dans les deux précédentes régions. Ailleurs il présente une composition très-variable. Sur les bords de la mer, principalement dans l'estuaire vénélien, le sol arable est d'une faible profondeur, mais d'une très-grande fertilité et d'une rare richesse en humus ; mais, dans un certain nombre de localités, les cultivateurs sont obligés de construire des digues pour préserver leurs champs de l'invasion des eaux au moment des grandes marées de l'hiver et de l'automne.
Le climat est généralement doux, mais il est sujet à .de grandes variations entre les températures extrêmes, principalement dans la partie la plus élevée de la région. En outre, au vois nage des Alpes on attribue une influence sur les pluies qui se manifeste par une sécheresse excessive en été, et des pluies prolongées en automne et à l'hiver. Les
eaux sont abondantes ; le Pô et ses abondants affluents pourraient être utilisés sur une grande échelle; malheureusement beaucoup d'eaux sont laissées sans emploi. Toutefois, dans les parties les plus basses, l'irrigation est en usage, et non-seulement on y emploie les eaux des fleuves et rivières, mais aussi celles des plus faibles ruisseaux et des sources.
L'agriculture de la Vénétie a beaucoup de termes d'analogie avec celle de la Lombardie. C'est sur les mêmes plantes que s'exerce le génie agricole ; les résultats seulement sont un peu différents, parce que les procédés de culture ne sont pas les mêmes, et que parfois le sol ne permet pas d'obtenir les mêmes richesses.
Les 2,346,000 hectares dont se compose la Vénétie se répartissent approximativement de la manière suivante : 878,000 hectares de terres arables, 263,000 hectares de bois et forêts, 243,000 hectares de vignes, 28,000 hectares d'autres cultures arbustives, 250,000 hectares de prairies et de pâtures. Le reste de la superficie peut être considéré comme à peu près improductif au point de vue agricole.
La vigne est, de toutes les cultures, une de celles qui sont les plus importantes. Elle prospère dans toute la région jusqu'à une hauteur de 700 mètres environ au-dessus de la mer. Dans toute la plaine elle est cultivée en plante arborescente et elle se marie le plus souvent avec les arbres fruitiers, les mûriers, etc., plantés en ligne dans les champs cultivés. Dans les environs de Venise et sur le littoral de la mer Adriatique, elle est cultivée à basse souche ; ce mode de culture se rencontre aussi, mais exceptionnellement, dans quelques parties des provinces de Vicence, de Rovigo et de Trévise, de même que dans le district de Fonzaso, province de Bellune. La production moyenne dé vin, pendant les cinq années 1870 à 1874, a été pour toute la région, de 2,605,000 hectolitres ; elle varie de 8 à 15 hectolitres par hectare suivant les provinces. Les vins sont généralement d'une qualité médiocre ; il faut toutefois faire une exception pour les vins de Valpollicella dans le Véronais, pour ceux de Raboso et de Prosecco sur les collines de Conegliano, et en général pour les vins des provinces d'Udine et de Trévise. La culture de la vigne prend chaque année une extension croissante.
Quoique sur une étendue plus restreinte qu'en Lombardie, le mûrier est encore une des principales cultures de la Vénétie. C'est surtout dans les provinces d'Udine, de Vérone et de Trévise que la sériciculture a pris le plus de développement. Les méthodes de sélection des graines pour empêcher le développement de la maladie des vers à soie y ont trouvé de nombreuses applications.
Les températures basses qui se produisent presque chaque année durant l'hiver, en Vénétie, ont empêché l'olivier d'y prendre beaucoup de développement. Cet arbre est à peu près confiné dans la province de Vérone, où il occupe environ 3,000 hectares.
La culture des céréales est une des plus importantes de la Vénétie. Les 878,000 hectares de terres arables comptent, en effet, 226,650 hec~
tares consacrés au froment, 258,260 hectares pour le maïs, 32,460 pour le riz, 29,730 pour le seigle et l'orge, 27,860 hectares pour l'avoine.
Les blés tendres d'hiver sont ceuxqui sont particulièrement recherchés. On en cultive diverses variétés; mais dans les parties basses, on recherche celles à maturation hâtive. C'est dans les provinces de Padoue et de Vicence que la culture du blé a pris le plus d'extension ; mais c'est dans celles de Venise et de Rovigo que l'on constate la production la plus élevée par hectare; celle-ci y atteint le même degré que dans les parties les plus fertiles de la Lombardie. La production moyenne dans toute la province a été de ll hl , 20 pendant les années 1870 à 1874.
La culture du maïs est plus étendue que celle du blé ; cette céréale entre, pour une très-large part, dans l'alimentation de tous les habitants des campagnes. La production y est cependant inférieure à celle de la Lombardie. Les provinces d'Udine, de Trévise, de Vicence, de Padoue et de Rovigo, sont celles où la culture du maïs se fait sur la plus grande échelle.
Pour les autres céréales, la culture est assez restreinte ; les produits ne servent également qu'à la consommation locale. Les mêmes réflexions s'appliquent aux plantes légumineuses, aux pommes.de terre, aux plantes oléagineuses. Dans la province de Vicence, des essais de culture du tabac ont été tentés dans ces dernières années ; les résultats ont été assez encourageants, au point de vue de la qualité des produits, pour déterminer les associations agricoles locales à créer des primes pour amener l'extension de cette culture.
Les cultures maraîchères et fruitières sont à peu près les mêmes que celles de la Lombardie. Pendant longtemps la production a été restreinte aux besoins locaux, sans donner lieu à un commerce d'exportation. Aujourd'hui les légumes de la Vénétie ont trouvé des débouchés dans les autres parties de l'Italie, aussi bien que dans l'Autriche et en Allemagne. Les melons de Polésine, aux environs de Lendinara, sont portés, d'après les renseignements fournis par le comice agricole de cette ville, jusque sur les marchés de Gonstantinople et d'autres villes d'Orient.
Les prairies artificielles sont loin d'être aussi importantes qu'en Lorrçbardie» La production des graines de luzerne et de trèfle pour semences a pris une grande extension, notamment autour de Vérone ; elle donne lieu à un important commerce avec les autres parties de l'Italie. L'abondance et la bonne qualité des prairies naturelles dans un grand nombre de provinces compensent l'infériorité constatée au point de vue de la production des fourrages artificiels. Les belles et fraîches vallées qui descendent des Alpes donnent, pendant le printemps et l'été, une abondante nourriture à de nombreux troupeaux. Les pentes montagneuses sont loin d'y offrir le degré de dévastation qui a été atteint dans beaucoup d'autres provinces. La province de Belluno peut être particulièrement citée à cet égard.
Les bois couvrent, dans toute la région, une étendue totale de 263,000 hectares. Sur ce total, 69,000 hectares appartiennent à la seule
province de Belluno. Leur exploitation est généralement faite avec beaucoup de soin. La plus grande partie des bois de Belluno appartiennent aux communes ou à d'autres corps; leur produit moyen annuel est estimé à 3,225,000 francs.
Dans une région d'une telle étendue et qui présente une très-grande variété ciimalériqiie et géologique, les systèmes de culture du sol doivent être très-variés. Aussi serait-il impossible de donner une règle générale sur les assolements qui sont suivis. Il suffira d'en indiquer quelques exemples.
Dans la province d'Udine, la rotation est généralement biennale, froment et maïs ; elle devient parfois triennale avec la culture du trèfle, et quadriennale avec celle de l'avoine. D'autres provinces, notamment le baut Frioul, fatiguent le sol en lui demandant des récoites successives et ininterrompues de maïs. Dans d'autres toutefois, notamment celles de Rovigo et de Padoue, la culture devient plus rationnelle. Voici deux exemples d'assolements qui y sont généralement répandus :
1" année, froment.
3 e — chanvre.
5 e — prairie.
1" année, avoine et prairie.
2 a — prairie.
4 a — chanvre.
6 e — froment.
Souvent, aux environs de Vérone, le blé est suivi d'un trèfle qui dure deux ans, pour revenir au blé, et ainsi de suite. C'est dans cette province que la culture des fourrages artificiels s'est particulièrement répandue. Dans les exploitations où l'on cultive le riz, cette plante occupe un tiers ou même la moitié du sol arable; le reste se partage entre les diverses céréales et les plantes fourragères.
La grande étendue donnée aux céréales exigerait de nombreuses fumures. Malheureusement le bétail est peu abondant, quoiqu'il trouve une bonne nourriture dans les prairies naturelles. C'est là une des principales causes de l'infériorité de la Vénétie comparée à la Loinbardie.
La petite culture travaille ses champs à la bêche ; dans les plus grandes exploitations le travail se fait avec la charrue du pays, parfois remplacée par la charrue Dombasle. Quelques-uns des instruments perfectionnés ont reçu droit de cité : extirpateurs, herses, rouleaux. 11 en est de même des machines à battre de tous genres qui se sont multipliées dans tout le pays. Nais les faucheuses, moissonneuses, semoirs, rencontrent plus de difficultés pour être adoptés, sauf par quelques rares propriétaires plus instruits.
Quand on examine les diverses provinces au po ; nt de vue de la division du sol, on trouve une situation très-variée. Hais on peut dire, d'une manière générale, que dans la plaine et dans les parties basses le sol est extrêmement divisé ; c'est là aussi que la production a atteint
la plus grande perfection. La grande propriété est, au contraire, comme du reste dans presques toutes les parties de l'Italie, à peu près générale dans la partie accidentée et montagneuse de la région.
Le métayage est la régie générale de la location du sol. Les bases qui règlent les redevances à payer par les métayers sont assez variables, mais ces redevances sont presque toujours payées en nature. Le fermage à prix d'argent se pratique dans quelques districts; mais là encore domine l'habitude de faire payer au fermier une partie de sa location en produits de la ferme. La durée des baux est généralement de neuf à vingt-neuf ans. Les associations agricoles de la Vénétie sont unamines à attribuer à cette habitude du payement du fermage en nature la lenteur des progrès agricoles dans cette région.
4 e Région. — • La Ligorie.
La Ligurie est la plus petite région de toute l'Italie. Elle s'étend en forme de croissant sur le littoral de la Méditerranée autour du golfe de Gènes; elle est limitée par les crêtes et le versant nord et occidentale des Apennins. Son étendue est de 710,411 hectares ; elle comprend les trois provinces de Gênes, Massa-di-Carrara et Port- Maurice.
Le sol de la plus grande partie de la province se rapporte au système géologique des Apennins. Les eaux y sont peu abondantes, et si l'on en excepte la rivière de la Magra, la plupart des cours d'eau n'y sont que des torrents. Le climat de la province est généralement plus doux que celui des autres parties de l'Italie situées sous la même latitude. A Gênes, la température moyenne annuelle est de 16°4; à San Remo, de 15° 8. Les températures extrêmes, pendant les neuf années 1866 à 1874, ont été de — 4°,8 en hiver et 32°,8 en été, à Gênes ; et — 3°,3 en hiver et 32°, 6 en été à San Remo. Le printemps et Tété sont généralement très-secs, mais les autres saisons donnent des pluies assez abondantes.
Le voyageur qui arrive en Ligurie par la mer est frappé de la magnificence de la végétation, de la richesse des produits. Sur les roches qui s'étagent depuis le bord de la mer, la vigne, l'olivier, le citronnier, et dans quelques parties le palmier, l'agave et d'autres plantes encore de l'Afrique et du Nouveau Monde, étonnent le regard par l'exubérance de leur vie. Et pourtant nulle part peut-être on ne trouve un sol plus kigrat ; ce n'est que par un travail opiniâtre, par une lutte incessante que l'agriculteur de la Ligurie a pu créer ce jardin fantastique. C'est en portant la terre sur ses épaules, dans les fentes et les dépressions du rocher, qu'il y a fait pousser la vigne ; c'est en créant des champs où la terre est retenue par des murs en maçonnerie, qu'il en a fait des olivettes ; c'est en consolidant le sable du littoral avec des murs et des palissades qu'il a pu lui demander des récoltes.
Cette couronne splendide de verdure perpétuelle qui égayé la rive
ligurienne fait un contraste frappant avec les coteaux et les montagnes de l'intérieur de la région. Ici c'est la dénudation complète, la dévastation chaque jour accélérée des bois et des forêts, la disparition de la terre végétale, -
Les cultures arbustives sont celles qui tiennent le premier rang dans l'agriculture de la Ligurie. La vigne et l'olivier sont les deux principales. Nulle part peut-être l'olivier n'est cultivé avec plus de soin; nulle part aussi peut-être ne donne-t-il dos fruits plus abondants. Quant à la vigne, elle trouve dans toutes les parties de la région les meilleures conditions pour sa végétation, et elle y donne d'excellents produits. Malheureusement les procédés de vinification sont le plus souvent tellement défectueux, que les vins sont médiocres et trouvent difficilement des consommateurs en dehors de la région.
Les orangers et les citronniers sont cultivés avec d'excellents résultats à Gènes et à San Remo. Les citrons, notamment, donnent lieu à une exportation active en France, en Allemagne et en Autriche.
Le mûrier est peu cultivé. Le châtaignier, au contraire , est répandu partout, au-dessus des limites de la végétation de la vigne ; ses fruits servent, sur une grande échelle, à l'alimentation des montagnards. Sur le littoral, la plupart des arbres fruitiers donnent d'excellents et d'abondants produits.
La nature du sol et son peu de profondeur, aussi bien que la sèche* resse du climat, sont des obstacles sérieux à l'extension des cultures des céréales, qui ne donnent que des produits très-incertains. Le froment et le maïs sont les seules céréales qui soient cultivées sur une certaine étendue dans la province de Gênes; elles le sont beaucoup moins dans celle de Massa, très-peu à San Remo. Il en est de même des plantes légumineuses, à l'exception toutefois des pommes de terre.
La rareté des fourrages naturels est une conséquence de la sécheresse du climat. Aussi la région ne compte-t-elle qu'un bétail très-reslreint, en dehors des animaux de trait.
Les assolements sont le plus souvent biennaux, en dehors des cultures fourragères ; on prend le maïs après le blé, et ainsi de suite.
La propriété est extrêmement divisée dans la partie basse et moyenne de la région ; un peu plus étendue dans la partie montagneuse, mais avec des proportions beaucoup moindres que dans la plupart des autres régions de l'Italie.
Dans la partie de la région la plus voisine de la Toscane le métayage est le mode d'exploitation du sol le plus répandu ; les produits sont partagés par moitié entre le propriétaire et le colon. Le fermage domine à Port-Maurice et on en trouve des exemples fréquents aux environs de Gênes. Les cultures de vignes et d'oliviers sur le littoral sont généralement faites par des tâcherons. Le métayage domine, au contraire, à San Renlo et aux environs, avec des formes variées, mais le plus souvent avec partage par moitié.
5 e Région. — L'Emilie.
L'Emilie comprend les huit provinces de Plaisance, Parme, Reggio, Modène, Ferrare, Bologne, Ravenne et Forli : elle a une étendue de 2,051,509 hectares. Comme les régions précédentes, elle a un sol trés-accidenté, et par suite un climat très-varié. Des fleuves assez nombreux baignent son territoire. Le sol est généralement assez bon ; une partie appartient au terrain quaternaire ou d'alluvion, une autre appartient à la formation pliocène où dominent un sol argileux plus ou moins consistant et des parties calcaires.
Au point de vue météorologique, la région présente d'assez grandes diversités. Une partie appartient à la vallée du Pô, et jouit du climat moyen de cette vallée. D'une manière générale, le climat ne diffère pas, d'une manière très-sensible, de celui du Piémont et de la Lombardie, dans la plaine. Mais il n'en est plus do même sur les collines et les parties plus élevées.
Le froment constitue pour toute la région une culture des plus prospères, principalement dans les provinces de Ferrare, de Bologne et de Forli. Dans cette dernière province, le froment ne couvre pas moins de 30 pour 100 de la superficie totale. La région est d'ailleurs une de celles où les terres arables sont le plus étendues ; elles entrent pour 56 pour 100 dans la superficie totale. Le froment est moins cultivé dans les provinces de Plaisance, de Parme, de Reggio et de Modène qui confinent à la Lombardie, et qui ont généralement adopté le système de culture lombard.
Ce qui vient d'être dit du froment s'applique également au mais, quoique cette céréale soit cultivée sur une plus faible étendue que le blé, 327,000 heptares y sont seulement consacrés; la production moyenne est de 18 hl , 71 par hectare.
Le riz est particulièrement cultivé dans la province de Bologne. Moindre qu'en Lombardie, la production de cette céréale atteint en Emilie à peu près la même proportion que dans la Vénétie.
De même que le lin est une des plantes caractéristiques pour la Lombardie, le chanvre est pour l'Emilie la principale source de richesse ; nulle part, en Italie, cette plante n'est autant cultivée et nulle part elle ne donne d'aussi bons produits. Depuis longtemps, les provinces de. Bologne et de Ferrare sont universellement réputées pour le soin et la perfection apportés à la production du chanvre. La superficie consacrée à cette plante est de 33,000 hectares dans la province de Bologne et de 25,000 dans celle de Ferrare. Dans les autres provinces de la région, cette culture prend aussi une plus grande extension, ainsi qu'il sera dit plus loin.
Les menus grains et les plantes légumineuses ne sont généralement cultivés que sur des étendues restreintes. 11 en est de même des pommes déterre et des produits maraîchers et potagers. Les arbres à fruits ne demandent pas une mention spéciale, pas plus que l'olivier cultivé sur
une très-faibie étendue dans les provinces de Bologne, de Ravenne et de Forli.
Les prairies naturelles ou artificielles, abondantes sur les confins de la Lombardie, diminuent de nombre à mesure qu'on s'en éloigne. D'après les recherches faites par le ministère de l'agriculture, la production moyenne de la province de Plaisance serait de 550,000 quintaux de foin et 550,000 quintaux de fourrages divers. La province de Ferrare contient 45,000 hectares de prairies artificielles et naturelles et de pâtures; celle de Reggio 40,534 hectares de prairies, dont 7,810 hectares sont irrigués.
La vigne est le plus souvent mariée aux arbres vivants, disposés en lignes, à intervalles plus ou moins rapprochés, au milieu des champs. Ce n'est guère que dans la province de Forli qu'on rencontre des vignes à souche basse. La vigne couvre 168,000 hectares environ, et la production annuelle est de 1,990,000 hectolitres.
Les vers à soie sont peu cultivés : le mûrier est conséquemment peu répandu ; en outre, sa culture est généralement faite avec peu de soin. Le châtaignier est un arbre important dans toute la partie montagneuse de la région. Ses fruits, convertis en farine, entrent dans la préparation de la polenta pour l'alimentation des classes pauvres de la montagne.
Ici encore on retrouve les plaintes déjà constatées dans d'autres régions au sujet de la dévastation des forêts surtout sur les montagnes, dont elles devraient constituer la principale richesse. Quelques efforts sont tentés pour arrêter ces ravsges. Il faut citer à cet égard la fameuse forêt de pins de Ravenne qui s'étend sur le littoral de la mer et qui ne compte pas moins de 4,800 hectares. Cette forêt, sur laquelle les habitants de la ville exerçaient de temps immémorial des droits de pâturage et de lignerage qui en réduisaient le produit, a été acquise par la ville en 1875. 11 est à penser que la municipalité suivra les conseils que lui donne M. Romoli Conti, son ingénieur en chef, au sujet de la répression du pâturage et du plan d'exploitation à établir pour améliorer la forêt et en tirer dans l'avenir un abondant produit.
Les assolements varient beaucoup suivant la nature du système agricole en usage. Dans la colline et la partie montagneuse, où la culture principale est celle des céréales, l'assolement est en général biennal, maïs et froment, avec quelques parcelles réservées pour les plantes légumineuses et le chanvre. À Plaisance on rencontre souvent un assolement quadriennal ainsi constitué : l ra année, maïs ;• 2 e , maïs ; 3% trèfle, fèves, vesce; 4 e , blé. — Dans le Bolonais la rotation est généralement biennale : chanvre et blé ; quelquefois la luzerne y intervient. D'autres rotations ont été indiquées par H. Gaetano Cantoni, savoir: assolement de trois ans : 1" année, chanvre fumé; 2 e , maïs ou autre culture estivale; 3 e , froment et travaux préparatoires pour le chanvre ; — rotation de quatre ans : i n année, chanvre fumé ; 2 e , froment ; 5 e , fourrages de printemps, puis maïs; 4 e , froment et culture préparatoire pour le chanvre.
Les contrats de louage du sol présentent dans l'Emilie toutes les
formes qui ont déjà été indiquées pour les autres régions. Le métayage, sauf dans la partie qui est voisine de la Lombardie, est la loi générale. Les conditions de la division de la propriété sont aussi analogues à celles des autres rég ons. A Modène, à Plaisance, à Ravenne, la superfi ie des exploitations varie généralement de 5 à 20 hectares. À Bologne, on compte de 10 à 20 hectares pour la plaine, et seulement de 5 à 6 hectares en montagne. A Plaisance et à Ferrare, les exploitations ordinaires ont de 15 à 30 hectares, et parfois dix fois plus.
L'Emilie est une des régions de l'Italie où il a été fait le plus pour la diffusion des in>truments perfectionnés. La charrue de Beggio, qui a \ de grandes qualités, et celle de Dombasle sont répandues partout. Dans les provinces de Ravenne et de Ferrare, les associations agricoles constatent que presque partout les machines à battre, les faucheuses, les râteaux mécaniques, les moissonneuses, etc., sont adoptées par les agriculteurs. Ces progrès sont moins lents dans la région montagneuse, mais ils s'y répandent peu à peu.
Il serait injuste de terminer ce qui a trait à l'Emilie, sans parler du concours pour la prime d'honneur qui a eu lieu dans la province de Reggio en 1876. L'attribution des primes d'honneur donne lieu, en Italie comme en France, à de» rapports faits avec beaucoup de soin. Le rapport sur le concours de la province de Reggio a été rédigé par un agronome bien connu, M. G. Chizzolini, directeur à Milan d'un des organes les plus estimés de l'agriculture italienne.
Le territoire de la province de Reggio s'étend du cours de l'Enza à l'ouest jusqu'à la Secchia qui en baigne presque toute la limite orientale ; au sud, il atteint les cimes les plus élevées des Apennins, et il descend vers le nord jusqu'au thalweg de la grande vallée du Pô. Il peut donc être considéré comme divisé à peu prés en deux parties : lune formant une plaine presque au niveau du Po, l'autre s'étageant en plateaux jusqu'aux Apennins. Il en résulte une assez grande diversité dans les conditions agricoles. Cette diversité est d'ailleurs accusée par la valeur du sol ; tandis que les terres de la plaine, favorables aux cultures potagères, bien situées pour l'irrigation, valent en moyenne 2,200 francs à près de 2,600 francs par hectare, les prix de vente des terres des coteaux descendent souvent au-dessous de 500 francs par hectare, en dépassant rarement 1,200 francs.
L'assolement le plus généralement adopté est un assolement biennal ou quadriennal, présentant les cultures suivantes : 1" année, maïs ; 2 e , blé; 3 e , légumineuses ou trèfle semé dans le blé; 4% blé. Malgré cette succession rapide de récoltes de céréales, le rendement moyen, dans les terres les plus fertiles de la province, peut être estimé de 15 à 20hectol. r par hectare pour le blé, et de40â48heetol. pour le maïs. Dans les alluvions du Pô, l'assolement précédent n'est plus suivi; les cultures fourragères y ont pris une grande extension ; dans ces terres fraîches et profondes, les luzernes donnent cinq coupes par an, sans même qu'on ait recours aux irrigations. Mais dans les coteaux qui entourent Reggio, le sol aune valeur bien moindre, et les récoltes sont loin d'atteindre les
moyennes qui viennent d'être indiquées. Le bétail y est moins abondant, quoiqu'il soit encore supérieur en nombre aux moyennes que fournit la statistique pour l'ensemble de l'Italie.
- La petite culture domine dans toute la province, principalement dans la partie montagneuse. La superficie moyenne des exploitations rurales dans cette partie est de 42 à 15 hectares ; aux environs de Reggio, elle descend de 7 à 9 hectares. Mais dans la plaine les corps de ferme sont un peu plus importants ; leur étendue moyenne est de 25 à 30 hectares environ. Dans chaque ferme, le nombre des bœufs et des vaches se détermine pur celui des charrues ; pour une charrue, on a généralement six bœufs ou vaches et quelques jeunes élèves ; parfois le nombre des vaches l'emporte, mais le plus souvent les attelages se partagent par moitié entre les bœufs et les vaches. On estime généralement à une demi-tête de gros bétail, pour employer l'évaluation vulgaire, la population animale de chaque exploitation.
D'après les statistiques officielles, la province de Reggio compte, sur une surface de 20,000 kilomètres carrés environ, un peu plus d'un million d'hectares en terres arables. Parmi les cultures de céréales, le maïs occupe le premier rang ; les plantes fourragères prennent de plus en plus d'extension, comme il vient d'être dft. Trait caractéristique d'une situation prospère, dans une province qui ne compte pas de grandes villes industrielles, la population spécifique atteint le chiffre de 105 habitants par kilomètre carré.
Six exploitations ont pris part, en 1876, au concours de la prime d'honneur. Presque toutes ces exploitations présentaient la même division, domaines assez considérables coupés en fermes d'une étendue plus ou moins grande. C'est ainsi que MM. Spalletti, qui ont obtenu la prime d'honneur, présentaient au concours les trois fermes de Rossa, Arienta et Bergonza, faisant partie du vaste domaine qu'ils possèdent à San Donnino, non loin de Reggio. Ce domaine comprend à peu près 700 hectares, et il est divisé en 31 exploitations dont l'étendue varie de 4 à 60 hectares. Les trois fermes présentées au concours ont ensemble une surface de près de 98 hectares. Elles sont situées en terrain silicoargileux, assez compacte.
En laissant de côté à peu près 5 hectares occupés par les bâtiments, les jardins, les chemins, les eaux, etc., les trois fermes se décomposaient ainsi en 1875 : froment, 25 hectares 50 ; maïs, 4 hectares 30 ; chanvre, 11 hectares 50 ; luzerne, 11 hectares 50; prairie, 27 hectares 65; dont un peu plus de 16 hectares irrigués. C'est donc en tout 39 hectares, soit 40 pour 100 de la surface totale, consacrés aux cultures fourragères. D'après le système de culture adopté, il y a deux assolements distincts : l'un pour les terres à chanvre, où le blé alterne avec cette plante ; l'autre pour le reste du domaine. Ce dernier est quadriennal : à la luzerne succède le froment, puis vient une culture de maïs, à laquelle le froment succède de nouveau, pour revenir à la luzerne. C'est en 1871 que ce système de culture a été adopté. « Grâce à cette transformation, dit H. G. Ghizzolini, une véritable révolution s'est produite dans ces exploi-
tations, révolution heureuse non-seulement par l'accroissement notable qui en résultera dans les revenus des propriétaires et dans la valeur du sol, mais aussi par la grande masse de produits bruts qui sont créés, et pour les bénéfices qui, par la suite, se répandront dans toutes les classes des ouvriers qui contribuent à les créer et qui en usent. L'introduction sur une large échelle de la culture du chanvre et de celle du trèfle, chacune occupant environ un quart de la surface cultivée, est un fait très-important qui mérite d'être donné en exemple à imiter pour une grande partie du territoire de cette province. Elle assurerait, dans un avenir prochain, un accroissement notable dans la production du lait, du fromage et du beurre, ainsi que de la viande, et dans la culture d'une plante industrielle qui est une de celles qui rémunèrent le mieux le travail agricole. » Ce changement de système de culture a été accompagné par une importation considérable d'engrais achetés au dehors, notamment de tourteaux, de matières des vidanges, d'engrais divers par leur origine et leur composition, en même temps que par un développement des soins de culture pour toutes les parties de l'exploitation, et notamment des labours et des façons données au sol.
Le rendement moyen des trois années 1875 à 1875 a été, pour le froment de 14 hl par hectare; pour le mais, de près de 22 hl ; pour l'avoine, de 21 hI ; pour le chanvre de 522 kilogrammes de tige. Les luzernes donnent quatre coupes, et les prairies naturelles trois coupes, dont le produit total est de 120 mètres cubes de foin.
Les trois exploitations renferment, comme bêtes de trait et d'élevage, 2C vaches, 14 génisses, 15 veaux , 2 taureaux, 14 moutons et 24 porcs. C'est, d'après les calculs de M. G. Chizzolini , environ 0,80 télé de gros bétail par hectare; dans peu d'années, cette proportion pourra être notablement augmentée. Les animaux de l'espèce bovine appartiennent à la race de Reggio. L'art de l'engraissement est poussé très-loin chez MM. Spalletti : deux bœufs mis à l'engraissement en 1875 pesaient ensemble 2,199 kilog., et deux autres atteignaient ensemble le poids de 2,024 kilog. Les vaches sont surtout élevées au point de vue du lait. Pendant les trois dernières années, on a engraissé sur les trois domaines 18 bœufs et 30 porcs. 14 bœufs de trait sont employés à faire les travaux agricoles , les labours, les transports de terre, d'engrais, etc. Les étables sont tenues avec le plus grand soin, comme tous les bâtiments.
Mais c'est par le produit qu'on peut juger d'un système de culture. Sur les trois exploitations dont il vient d'être question, le produit brut a été pendant les trois années 1873 à 1875: Iapremière,de37,012fr.69 c; la deuxième, de 38,951 fr. 95 c. ; la troisième, de 38,042 fr. 61 c. C'est un produit brut, par hectare,de 577 fr.60 c. en 1873, de 597 fr. 45 c. en 1874 et de 388 fr. 20 c. en 1875. Quant au produit net, il a été, pendant ces trois années, en moyenne de 14,571 fr. 15 c, avec un minimum de 15,449 fr. 55 c. et un maximum de 15,045 fr. 60 c. 11 faut ajouter que la transformation du domaine est de date encore beaucoup trop récente pour avoir pu porter les fruits qu'on est en droit d'en attendre, et que beaucoup de dépenses qui peuvent être considérées comme des amélio-
rations permanentes sont entrées en ligne de compte durant ces trois années. 11 faut dire aussi que le produit net, qui est actuellement de 154 francs par hectare en moyennes atteignait pas 92 francs avant 1 872 ; c'est donc, pour ces trois premières années de transformation , une augmentation de 70 pour 100 environ sur la valeur du produit net. Les impôts ne sont pas comptés dans ces évaluations; mais comme ils sont demeurés à peu prés les mêmes dans les deux périodes, ils n'influeraient pas sur le résultat définitif. C'est donc une opération agricole d'une valeur incontestable que le jury a mise en lumière en décernant la prime d'honneur à MM. Spalletti.
En dehors de celte prime, une médaille d'or a été attribué à M. Ailegretti, qui possède à Guastalla un domaine de 45 hectares environ, divisé en deux métairies, occupant l'une 18 hectares, l'autre 27 hectares. C'est le système de culture ordinaire du pays, c'est à-dire le métayage. Les meta \ ers font tous les travaux sous la direction du propriétaire; les travaux extraordinaires sont payés par celui-ci, avec la participation du colon. Les produits sont partagés par moitié. D'après les relevés des comptes, le produit brut moyen des deux métairies pendant les cinq dernières années a été de 294 francs par hectare. Le bétail entretenu est d'ailleurs moins nombreux que celui du domaine qui vient d'être décrit. L'assolement est le même que celui du pays, maïs et blé, avec une sole de faible étendue de fourrages artificiel* et un peu de chanvre pour subvenir aux besoins des familles des métayers. Le produit moyen du blé est de 20 hectolitres par hectare, celui de l'avoine varie de 40 à 45 hectolitres ; sur les luzernes, on fait cinq coupes qui donnent ensemble à peu près 55 mètres cubes de foin. Le propriétaire a exécuté, de 1858 à 1873, divers travaux d'amélioration, notamment d'aménagement des eaux, qui ont doublé le produit brut du domaine, qui n'était autrefois que de 133 francs pnr hectare; l'intérêt des déboursés faits pour ces améliorations ne dépasse pas d'ailleurs 20 francs par hectare. Tous ces faits prouvent que le progrès est en faveur auprès des agriculteurs éclairés, qui comprennent que l'argent confié sagement au sol augmentera à la fois leur fortune et la richesse publique.
6 e région. — Les marches et lombrie.
Cette région est formée par les cinq provinces de Pesaro, Àncône, Macerata, Âscoli et Pérouse. Son étendue totale est de 1,933,716 hectares. Les Apennins la divisent en deux parties presque égales; elle se trouve ainsi comprise à la fois sur les versants de la Méditerranée et de l'Adriatique. La plus grande partie des sols cultivables proviennent de la décomposition des roches des Apennins, ou appartiennent aux formations géologiques tertiaires el quaternaires. La région est traversée par des fleuves importants, ayant de nombreux tributaires.
Le climat, d'après les observations faites dans cinq stations météorologiques, est à peu près celui de l'Italie moyenne. Les différences sont
d'ailleurs assez tranchées entre les parties basses, les collines et la partie montagneuse. Ainsi la température moyenne de l'année, qui est de 15% 8 5 àÀncône et de 15°, 09 à Jesi, n'est plus que de 42°,62 à Urbino, 42°,60 à Pérouse et 11°, 74 à Camerino. La configuration géographique du sol, les séries de montagnes et de collines qui le coupent en tous sens, sont la cause de nombreuses variations atmosphériques. L'hiver est généralement doux, ni trop pluvieux, ni trop neigeux, sauf sur quelques points. La répartition des pluies, d'ailleurs suffisamment abandantes, est à peu prés régulière suivant les saisons.
Deux différences caractéristiques séparent les Marches et l'Oinbrie des diversesrégions de l'Italie septentrionale. La première vient des cultures, la seconde est dans les rapports entre le propriétaire et l'exploitant du sol.
Le sol fortement accidenté dans toutes les parties de la région rend la culture et l'entretien des prairies difficiles. Les colons recueillent avec le plus grand soin toutes les herbes de toutes sortes, les feuilles des arbres, etc., pour les conserver et en faire la nourriture du bétail pendant l'hiver.
Si Ton excepte les prairies naturelles, les terres sont consacrées presque exclusivement à la culture des céréales et des autres plantes annuelles qui servent à l'alimentation soit des hommes, soit des animaux domestiques. Ce système est loin d'être favorable au maintien de la fertilité du sol, et ce n'est qu'à force d'engrais qu'on peut entretenir celle-ci. Il serait toutefois plus exact de dire que la plupart des terres sont consacrés à des cultures mixtes. Rarement, en effet, un champ est consacré à une plante unique ; les oliviers, les ceps de vigne, les mûriers, les arbres fruitiers s'y alignent; au-dessous on trouve le blé et le maïs, et au milieu de ces céréales, des fèves, des pommes de terre, des légumes, etc. De là une très-grande, et presque inextricable difficulté, pour la statistique, d'établir d'une manière à peu près précise la répartition des diverses cultures dans la région.
Néanmoins on estime que le froment est cultivé sur une étendue de 433,400 hectares. La production est, en général, peu élevée ; elle varie de 8 bl ,30 par hectare pour Pesaro, à 12 hectolitres pour Hacerata. Les variétés généralement cultivées sont des blés tendres. Le blé de Rieli a acquis, dans ces dernières années, une grande renommée comme blé de semence; il est l'objet, de ce chef, d'un commerce assez étendu.
Les terres consacrées à la culture du maïs représentent, chaque année, un peu plus de la moitié de celles emblavées en blé. Tous les autres grains, riz, avoine, seigle, orge, sarrasin, n'ont qu'une importance très-secondaire. Toutefois, dans la province de Pérouse, on cultive d'assez grandes quantités d'avoines qui sont coupées en vert pour servir d'aliment au bétail. Les plantes oléagineuses sont aussi très-peu cultivées.
Dans les provinces de Pérouse, de Macerata et d'Àncône, on cultive le tabac; sauf dans cette dernière province qui y consacre environ 500 hectares, cette culture est peu étendue* La production annuelle est
d'environ 498,000 kilogrammes de feuilles obtenues avec 5,800,000 pieds.
La pomme de terre est assez souvent cultivée comme plante fourragère ; mais sa production ne dépasse pas le plus souvent les besoins de la consommation locale, pour la nourriture des hommes et pour celle du bétail.
Les légumes et les cultures maraîchères sont négligés, sauf dans les environs des villes où ils trouvent des débouchés avantageux. Les cultures fruitières tendent à se développer ; la création des nouvelles voies ferrées leur a ouvert de plus grands débouchés ; autrefois le commerce des fruits se faisait presque exclusivement avec la Dalmatie et l'Istrie, par les ports de l'Adriatique.
La vigne, l'olivier, le mûrier, forment, avec le froment et le maïs, les bases fondamentales de la production agricole des Marches et -de TOmbrie.
Pour la vigne, la .culture en arbres domine partout ; celle sur souches basses est l'infime exception. Tantôt mariée à des arbres vivants, tantôt suspendue à des troncs morts, le précieux arbuste couvre ainsi une surlace totale de 145,370 hectares, soit un peu moins que la dixième partie du territoire de la région. La production totale est estimée à 1,917,000 hectolitres; c'est une moyenne de 13 hl ,19 par hectare.
L'olivier couvre presque toutes les collines; il s'élève jusqu'aux contre-forts orientaux des Apennins, à San Marino et Tronto. Les modes de taille et de culture sont très-variés. La récolte se fait en novembre et décembre ; la fabrication de l'huile la suit immédiatement. Les huiles provenant des environs de Pérouse, du lac de Trasimène, sont très-estimées et comptent parmi les meilleures que produise l'Italie.
La culture du mûrier est faite généralement avec beaucoup de négligence, et ses produits sont faibles.
Les forêts laissent beaucoup à désirer : presque tous les sommets des nombreuses montagnes de la région sont dénudées, à peine couvertes de quelques broussailles que ronge la dent des troupeaux affamés. Sur les collines et dans les plaines tous les chênes de futaie ont été abattus depuis la hausse des bois de construction. Non-seulement cette disparition est en elle-même un malheur, mais elle tend à faire péricliter une branche importante de la production agricole dans la région, l'élevage des porcs. La diminution de la glandée ralentira certainement cette production.
L'assolement à peu près général est l'assolement biennal. Toutes les exploitations sont divisées en deux parties, Tune consacrée au blé, l'autre au maïs associé avec quelques plantes légumineuses. Une petite partie de terre est consacrée à des cultures fourragères, à des légumes, à quelques cultures spéciales, comme le lupin, qui sert à nourrir le bétail pendant l'hiver. En outre, presque toutes les exploitations ont un bocage de chênes où Ton envoie paître les porcs. — Dans quelques districts, un assolement triennal s'est introduit par l'intercalation du trèfle ; il se compose ainsi : 1" année, blé avec semailles de trèfle;