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2 e , trèfle ; '3% maïs, et, à l'automne semailles du blé. — L'assolement biennal est une cause d'appauvrissement du sol, qui devient encore plus grave, par l'intercalalion de plantes fourragères dérobées, faite souvent à l'été, à la faveur d'une pluie, pour assurer la nourriture du bétail pendant l'hiver. Les propriétaires plus intelligents ont compris ce grave inconvénient, et la nécessité d'avoir recours aux cultures fourragères; mais cette utile réforme demande des avatices que peu seulement peuvent faire et dont les colons surtout sont incapables.
Le métayage est le système d'exploitation à peu près exclusif dans les Marches et l'Ombrie. L'étendue des fermes est ordinairement de 6 à 20 hectares et elle va jusqu'à 50 hectares. Dans beaucoup de cas, un propriétaire donne l'administration de plusieurs métairies à un agent qui prend le nom de facteur. Dans le pays montagneux, les exploitations ont, en général, une plus grande étendue. Un des principaux obstacles au progrès agricole dans toute la région est l'excessif morcellement des domaines, qui est une cause perpétuelle de perte de temps, et qui empêche la surveillance et souvent l'exécution des travaux urgents au moment opportun.
L avis unanime de tous les agronomes italiens, c'est que deux conditions sont indispensables au progrès de l'agriculture dans les Marches et TOmbrie. La première, c'est la meilleure préparation et l'emploi plus considérable des engrais ; la seconde, c'est la substitution aux anciens +instruments de culture, des instruments nouveaux mieux adaptés aux ' conditions du travail du sol. La perte des fumiers est chaque année immense, par le fait de l'incurie de la plupart des cultivateurs ; les associations agricoles luttent avec ardeur pour transformer ce fâcheux état de choses.
7 e Région — La Toscane.
La région toscane est formée par le territoire de l'ancien État de ce nom; elle se compose des sept provinces d'Arezzo, Florence, Grosseto, Livourne, Lucques, Pise et Sienne. Sa surface totale est de 2,227,508 hectares.
La plus grande partie du sol toscan est constituée par les terrains tertiaires der la période éocètie, et des terrains de l'époque secondaire, qui doivent se rapporter à la période crétacée, Presque toutes ses eaux coulent dans la Méditerranée ; les deux fleuves principaux sont l'Arno et le Tibre ; d'autres nombreux cours d'eau en sont les affluents ou se rendent directement à la mer. Les conditions géographiques de la région en rendent le climat très-varié ; on y rencontre les différences climatériques qui distinguent presque toutes les autres parties de la péninsule italienne. C'est ainsi qu'à Santo Stefano la végétation a beaucoup d'analogie avec celle des régions méridionales, que les bois des Maremmes présentent les essences les plus communes de l'Italie moyenne, que les parties élevées accusent tous les caractères de la végétation
alpine et subalpine. La vaste chaîne des Apennins projette sur tout le territoire toscan d'innombrables ramifications de montagnes et de collines qui enserrent les parties basses et en troublent profondément les conditions climatériques normales.
La partie occidentale de la Toscane, sur le littoral de la Méditerranée, a reçu le nom de Maremmes. Elle forme, entre Livourne et Piombino, une région marécageuse et malsaine, quoique d'une grande fertilité. Depuis près d'un demi-siècle, des travaux importants ont été ent épris pour son assainissement. Ces travaux ont eu partout d'excellents résultats. C'est en Toscane d'ailleurs qu'a été appliqué pour la première fois le colmatage pour l'assèchement des marais ; c'est ce principe qui sert pour l'assainissement des Maremmes. C'est aussi le colmatage qui a été appliqué en 1823 par le comte de Fossombroni pour l'assainissement de la vallée du Chiana et la régularisation du cours de cette rivière. Ce travail important, qui a assaini et livré à la culture la vaste plaine située entre Arezzo et Chiusi, a été achevé de nos jours par l'habile ingénieur Manetti.
La Toscane a eu, au xvm e siècle, le bonheur d'être gouvernée par un homme qui a compris l'impulsion qui devait être donnée au travail agricole; c'était le grand-duc Léopold. « Peu de princes, dit Arthur Toung, dans la relation de son voyage en Italie, ont autant mérité de leurs sujets. Je voudrais qu'une traduction anglaise des lois léopoldines fût mise entre les mains de nos législateurs. Voici les principaux encouragements donnés à l'agriculture toscane par ce sage et bienveillant souverain : abolition des dîmes ecclésiastiques, liberté absolue du commerce des grains, abolition du droit de parcours et faculté de s'enclore à volonté, vente des communaux et de nombreux domaines appartenant à l'État, suppression de tout privilège en matière d'impôts, dépense de plusieurs millions pour les chemins, etc. M. Paoletti, curé de la paroisse de Villamagna depuis quarante-trois ans, m'a dit que, pendant cet espace de temps, les quarante fermes dont se compose cette paroisse ont acquis une plusvalue de 100 pour 100; ce changement s'est opéré surtout dans les dix dernières années. »Ce mouvement de progrès s'est toujours maintenu en Toscane ; il a été plus ou moins accéléré, suivant les temps et les circonstances, mais il ne s'est pas arrêté. Aussi la population a-t-elle pris dans toute la région un rapide développement; c'est le signe le plus certain de la prospérité. Néanmoins il reste encore beaucoup à faire, comme le montrera la suite de cette étude.
D'après les renseignements les plus dignes de foi, la Toscane comprend : 791,000 hectares de terres arables ; 219,000 hectares consacrés à la vigne; 119,000 hectares d'oliviers; 200,000 hectares de prairies et pâturages; 445,000 hectares de bois et forêts.
Les terres arables sont presque exclusivement consacrées aux céréales, parmi lesquelles le maïs et le froment tiennent le premier rang.
Le froment seul couvre chaque année environ 405,000 hectares. Les méthodes de culture diffèrent sensiblement, pour les semailles, aussi bien que pour la récolte, suivant l'altitude. Le produit moyen, pour
toute la région, est estimé à 11 UI ,50 par hectare; les extrêmes sont de 12 b! ,30 dans la province deLucques, et de 9 hectolitres dans celle de Livourne.
Dans toule la partie basse de la Toscane, le mais est cultivé sur une étendue m moins égale à celle qui est consacrée au froment, sauf dans les Maremmes, où l'insalubrité du climat, en été et à l'automne, ne permet pas de donner les soins assidus que réclame la culture du maïs. Mais dans les terres qui dépassent une altitude de 700 à 800 mètres au-dessus du niveau de la mer, la température ne permet plus une maturation régulière du maïs, et cette plante disparait à peu près complètement devant le froment.
Les autres céréales ne sont cultivées qu'en très-faibles proportions. Le riz notamment n'est produit que sur de très-faibles étendues, dans les parties basses du littoral. Quelques légumineuses, et surtout les haricots, les fèves et les lupins, sont plus recherchées. Quant aux plantes textiles et oléagineuses, elles sont à peu près complètement délaissées. Il faut faire toutefois une exception pour le chanvre; presque tous les colons en cultivent un champ, dont les produits sont destinés aux besoins de leur famille, sans donner lieu à aucune spéculation. Le chanvre produit en Toscane est réputé pour la finesse et pour la longueur de ses fibres ; celui qui est obtenu dans la province d'Arezzo, de la vallée du Chiana au lac de Trasimène, est tout particulièrement estimé. La pomme de terre obtenue dans la partie montagneuse de la région présente aussi des qualités remarquables.
Les prairies naturelles, ou mieux les pâtures, abondent dans la partie montagneuse et dans les Maremmes; la plupart sont loin d'être dans une situation prospère. Les prairies artificielles n'occupent qu'une trèspetite place dans les assolements. On a souvent recours à des mélanges de trèfle, de seigle et d'avoine qui sont coupés en vert pour donner des fourrages au printemps ; à l'automne, le même rôle est joué par les feuilles de maïs.
Parmi les cultures potagères, aucune ne joue un rôle important; mais la production moyenne de la culture maraîchère suffit amplement pour les besoins de la consommation 4e villes populeuses que renferme la région. Les fleurs sont partout aimées et recherchées ; les horticulteurs de profession, aussi bien que de nombreux amateurs, s'ingénient à produire ou à introduire de nouvelles variétés. L'arboriculture n'est pas moins en honneur, et des progrès sensibles ont été effectués durant les dernières années.
Si maintenant nous étudions les cultures arbustives les plus répandues en Toscane, nous trouvons la vigne en première ligne. De tout temps la vigne y a été en honneur ; elle est répandue dans toutes les parties de la région, depuis le littoral de la mer jusqu'à une hauteur de 700 à 800 mètres. Ici, comme dans presque toute l'Italie septentrionale, la vigne est principalement cultivée à haute tige, et elle se marie avec les arbres disséminés dans les champs. Dans les grandes plaines, à sol fertile et profond, le développement que prend sa végétation est réel-
lement extraordinaire ; des festons innombrables s'enchevêtrent en tous sens au-dessus du sol, et quand les raisins sont mûrs, ils offrent aux yeux étonnés, par leur abondance et la richesse de leurs couleurs, une des plus belles manifestations de la vie végétale. La culture sur souches basses est une exception, sauf dans les environs de Grosseto. La quantité des cépages cultivés est presque innombrable, mais ils donnent généralement des vins ayant à peu près les mêmes caractères, connus dans le commerce sous le nom de Chianti. Un de leurs graves défauts est leur peu de durée ; la plupart présentent, en outre, une tendance sensible à s'altérer par les chaleurs. La Toscane produit cependant quelques crus généreux, limpides et agréables, recherchés dans presque toute l'Italie.
L'olivier ne tient pas moins de place que la vigne, dans les sols et les situations qui lui conviennent. 11 forme parfois de véritables bois, dans lesquels on fait des cultures fourragères intercalaires, mais presque toujours médiocres. La production annuelle de l'huile d'olive est estimée à 285,000 hectolitres. L'huile toscane, notamment celle de Lucques et de quelques autres localités, est réputée comme une des plus fines et des plus délicates que produise l'Italie; elle entre pour une très grande part dans les exportations du pays. On estime à 80,000 ou 400,000 hectolitres par an la quantité qui est expédiée en France, en Angleterre et en Belgique.
Le mûrier se rencontre presque partout ; les plantations de cet arbre ont été encouragées dès le xvm* siècle. Il est planté en allées le long des routes publiques et des chemins particuliers, sur les confins des héritages, sur les revers des fossés, mais il forme rarement des agglomérations d'une certaine étendue. Ce sont les provinces de Lucques, de Pise, d'Arezzo et de Sienne qui cultivent le plus grand nombre de mûriers. Hais les plantations ont été interrompues par la maladie des vers à soie, et beaucoup d'arbres ont été arrachés.
Les châtaigniers couvrent presque toutes les hautes collines. La farine de châtaignes est largement utilisée pour la préparation de la polenta nationale. Quant aux forêts, ici comme ailleurs, il faut déplorer l'incurie qui a longtemps présidé à leur aménagement, les dévastations dont elles ont été les victimes.
Le système de culture adopté en Toscane est à peu près partout le même : c'est l'assolement biennal : froment et maïs. Parfois on prend quelques fourrages en récoltes dérobées. Dans la partie montagneuse la rotation devient assez souvent triennale : blé, la première année; herbes, la deuxième année ; blé ou pommes de terre, la troisième. Sur quelques points des environs de Florence, on a adopté un assolement quadriennal, composé de : 1° fèves ; 2° blé ; 3° maïs; 4° blé. Dans les Maremmes, les systèmes de culture sont assez irréguliers. Ordinairement, on y alterne la culture du blé avec la jachère. Dans les terres les plus fertiles, on adopte souvent un assolement analogue au suivant : i ie et 2 e années, blé ; 3 e , avoine ; 4 e , pâtures.
Le travail des champs se fait généralement à la bêche, principalemen 1
quand il s'agit de préparer le sol pour le maïs ou pour les cultures légumineuses. Le travail à la charrue est celui de toutes les exploitations un peu plus étendues que la moyenne ordinaire. Les nombreux et distingués agronomes que la Toscane a comptés et compte encore ont fait de puissants efforts pour y introduire l'usage des instruments et des machines perfectionnés : tous les appareils de la culture moderne ont été expérimentés sur le sol toscan ; mais il faut ajouter qu'ils entrent lentement dans le matériel de la masse des cultivateurs. La machine à battre est toutefois adoptée presque partout ; elle fonctionne pour le battage des céréales dans les Maremmes, côte à côte avec l'ancien système du dépiquage par les pieds des chevaux, qu'elle tend à faire disparaître.
La plus grande partie des engrais employés sont les engrais de ferme. Quoique la préparation des fumiers et leur emploi sur les terres, laissent encore beaucoup à désirer, on peut affirmer que de grands progrès ont été accomplis dans ce sens. Les feuilles des forêts, les herbes des pâtures sont souvent utilisées pour remplacer, dans les litières, la paille qui est distribuée aux animaux domestiques.
La petite propriété est la loi générale de toute la partie intérieure. Le cultivateur fait venir, sur un nombre restreint d'hectares, des légumes, de la vigne, des oliviers et des arbres fruitiers, des céréales et quelques fourrages; il en retire, pour lui et sa famille, la nourriture de toute l'année et il trouve encore le moyen de vendre une partie des produits Les domaines plus étendus sont le plus souvent divisés en petites métairies, cultivées chacune par une famille, et soumises à la direction d'un facteur. Dans les Maremmes, ainsi que sur les versants des montagnes, la propriété est plus étendue; on y rencontre fréquemment des domaines de 500 hectares ; leur étendue s'élève parfois jusqu'à plusieurs milliers d'hectares.
Le métayage domine absolument dans toute la Toscane où il a été introduit de temps immémorial. En règle générale, les produits sont divisés par moitié. Le fermage est presque inconnu. Dans les Maremmes, la culture directe par le propriétaire domine; la plupart des travaux y sont faits par des ouvriers étrangers; la mal'aria empêche, en effet, dans toute cette partie de la région, tant qu'elle ne sera pas assainie complètement, la formation d'une nombreuse population sédentaire.
8 e Région. — Le Latium,
Le Latium est le cœur de l'Italie. La région désignée aujourd'hui sous ce nom ne correspond pas exactement à l'ancien Latium, mais • ' elle en forme une grande partie. C'est le sol sur lequel Gaton et Cincinnatus ont conduit la charrue ; celui où Virgile a tracé dans l ^ ses vers immortels les règles de la culture et de l'élevage du
bétail, où Yarron, Columelle, Cornélius, Celse, Pline et Palladius ont jeté dans leurs ouvrages les premiers fondements de la littérature agronomique.
Le Latium ne comprend que la province de Rome. Il est limité au nord par le cours du Tibre, à l'ouest par les Maremmes de la Toscane et la mer, au midi par les marais Pontins et la Méditerranée, à Test par les Apennins. Son étendue totale est de 1,191,713 hectares, dont 212,500 représentent la campagne romaine (agro Romand) y nom sous lequel on désigne le vaste territoire qui entoure la capitale.
Une grande partie du sol du Latium est formée d'un terrain volcanique, provenant des débris des éruptions d'un grand nombre d'anciens volcans. Une autre partie est composée de couches des époques pliocène et diluvienne, où dominent la marne et un gros sable calcaire. Dans les vallées de l'Anio et du Tibre, la couche supérieure du terrain est formée par des alluvions fluviales modernes mélangées de débris des roches des Apennins et des roches volcaniques entraînés par les eaux. Enfin, on y rencontre une large zone formée d'une plaine sableuse marécageuse communiquant avec la mer, et dont l'insalubrité est proverbiale depuis les temps les plus anciens ; ce sont les marais Pontins qui s'étendent sur une longueur de 45 kilomètres entre Cisterne etTerracine. et sur une longueur de 18 kilomètres entre la mer et le pied des monts des Volsques.
La province de Rome est sillonnée par un grand nombre de cours d'eau qui se déversent dans le Tibre et dans l'Anio ; mais la plupart n'ont de l'eau que pendant la saison pluvieuse.
Des observations climatériques n'ont été faites, pour toute la province, que dans la seule ville de Rome. La température moyenne annuelle y a été, de 1866 à 4874, de 15°,3. La température moyenne a été pendant le même temps, de 7°,6 pour l'hiver, de 13°,8 pour le printemps, de 23°,6 pour l'été, de 16°,1 pour l'automne. Les températures extrêmes ont été pendant la même période, de 35°,5, pour le maximum, et de 6° pour le minimum. La quantité annuelle de pluie tombée a été 775 millimètres, répartie comme il suit : 200 nom ,7 en hiver ; 181,9 au printemps; 82,7 en été et 310 en automne. Le mois le plus pluvieux est généralement celui d'octobre ; le plus sec est celui de juillet.
Au point de vue agricole, la province de Rome peut être divisée en deux parties : la plaine de la campagne romaine et les cantons qui se rattachent aux Apennins sur tout le pourtour de la province.
La campagne de Rome, quoiqu'elle ait un sol d'une nature différente, a beaucoup d'analogie avec les Maremmes de la Toscane ; elle se distingue, comme elles, par une extrême insalubrité. Mais tandis que dans les Maremmes de grands et utiles travaux d'assainissement ont été entrepris avec succès, ici la situation est demeurée sans changement. Cette insalubrité date surtout de la chute de l'empire romain et de la négligence qui, pendant de longs siècles, a présidé à la, direction des travaux agricoles. La nature du sol a été aussi un obstacle au développe-
ment de la culture. Sur les 212,000 hectares qui forment la campagne romaine, 442,000 hectares forment la plaine proprement dite, 20,000 forment la vallée du Tibre et de ses affluents, 50,000 s'étendent en plaine sur le rivage de la mer. La plus grande partie de cette surface est en prairies, ou plutôt en pâtures naturelles, le reste en bois et buissons ; un cinquième seulement est livré à la culture des céréales.
Les prairies ne donnent qu'une coupe au mois de mai. Le regain sert de pâture au bétail qui vague presque en liberté dans la plaine, et encore un certain nombre de ces prairies ne donnent-elles que des herbes souvent funestes à la santé des animaux. C'est ainsi qu'en approchant des marais Pontins, les terres constamment humides et à peu près submergées ne fournissent qu'un foin très-médiocre ; elles sont presque exclusivement laissées aux troupeaux de buffles qui y vivent comme ils peuvent. Quelques prairies artificielles ont été créées sur plusieurs points, mais leur étendue est encore trop restreinte pour exercer une influence quelconque-
Les bois sont considérés généralement comme l'accessoire des pâtures ; on en livre l'accès au bétail qui y fait les plus grands dégâts. Sur le littoral de la mer, on rencontre de grandes et belles forêts de haute futaie, mais la plupart sont à peu près délaissées par leurs propriétaires, et leur aménagement laisse tout à désirer. Les bois taillis sont mieux traités dans l'intérieur de la province ; mais ils sont, pour la plupart, loin d'être dans un bon état, à raison des ravages que la dent du bétail y fait périodiquement.
Les systèmes de culture adoptés varient suivant la nature des terres et suivant les conditions du fermage, car c'est le mode d'exploitation le plus usité dans la campagne romaine. Le plus souvent une partie des pâtures est prise chaque année pour la culture des céréales. La première année, on y sème du blé ; la deuxième, du nié sur une partie, des levés et de l'avoine sur le reste ; la troisième et la quatrième année la terre se repose et revient en pâture. A la fin de la quatrième année on fait les semailles pour recommencer le même cycle. On ne cultive le maïs qu'exceptionnellement et sur de très-petites surfaces. Les travaux se font le plus souvent avec des charrues anciennes, traînées par des bœufs ou par des buffles.
En dehors du blé et de l'avoine, les céréales sont peu cultivées. La vigne et le mûrier se rencontrent ça et là dans la plaine, mais sur des étendues restreintes. Aux environs immédiats de Rome, la production maraîchère avait pris une grande extension ; mais cette industrie diminue à mesure que la capitale s'étend, et que les chemins de fer apportent en plus grande abondance les fleurs, les légumes et les fruits des provinces méridionales de l'Italie.
Le Comice agricole de Rome estimait comme il suit, en 4871, la division de la campagne romaine au point de vue des diverses cultures :
Froment sur jachère
hectares.
Froment sur terre déjà cultivée.
Avoine. —
Fève. —
Orge. —
Haïs sur jachère.
Lupin.
Pâtures livrées au bétail, excepté
du 15 mai au 24 juin pour la fau-
chaison.
Pâtures réservées au menu bétail
(porcs et chèvres).
Taillis coupés pour la fabrication
du charbon de bois.
Vignes de la campagne romaine.
Vignes de la banlieue.
Vallées marécageuses et lacs.
Bois de haute futaie.
Total 212,572 hectares.
Il reste à décrire maintenant la partie de la province qui est limitrophe aux monts Apennins. Le contraste est frappant avec la campagne romaine ; plus on s'éloigne de celle-ci, et plus on rencontre tous les caractères d'une agriculture prospère. Grâce à la pureté de l'air, les colons peuvent donner tous leurs soins à leurs champs, et la population, au lieu d'être décimée, augmente constamment. Les collines de Frascati et de Velletri, par exemple, ne le cèdent en rien aux parties les mieux cultivées de la péninsule ; elles forment de véritables oasis à côté de plaines mortelles. L'abondance des eaux y favorise la culture maraîchère ; la vigne y récompense avec usure les soias intelligents qui lui sont donnés. Les arbres fruitiers y portent des fruits recherchés qui ont conservé leur antique renommée. Le froment, le maïs, les fèves, les haricots et autres légumineuses y sont cultivés sur une grande échelle, sans suivre d'assolement régulier, mais d'après des habitudes locales et suivant les besoins de chaque exploitation.
La partie septentrionale de la province présente une culture moins intensive et dont les caractères sont à peu près ceux de la Toscane. La culture du froment, du maïs, des légumineuses, des plantes textiles, de la vigne, s'y fait d'une manière analogue. Le châtaignier couvre les collines élevées et les contre-forts des Apennins. Les machines et instruments agricoles des anciens types dominent encore chez la plupart des cultivateurs; il n'y a que quelques hommes plus éclairés qui aient adopté les machines perfectionnées.
Un des caractères distinctifs de la province de Rome tout entière, c'est l'habitude de ne jamais fumer les terres cultivées. On se contente de la fumure naturelle d» bétail qui parcourt les pâtures. Toutefois quelques agriculteurs ont commencé à recueillir les fumiers, en con-
struisant quelques étables ou abris pour le bétail, et à les répandre ensuite sur les champs.
La grande culture domine dans toute la campagne romaine. Les domaines d'une étendue supérieure à 1,000 hectares n'y sont pas rares. Dans le reste de la province, le sol est beaucoup plus partagé, et dans les parties les plus productives la petite culture domine presque exclusivement. „
Dans la campagne romaine, aussi bien que dans les marais Pontins, et dans la plus grande partie de la circonscription de Givita Vecchia, les exploitations sont louées à ferme par leurs propriétaires ; il n'y a que de très-rares exceptions à cette habitude. Dans les fermes, les travaux ordinaires sont effectués par des ouvriers loués à Tannée, mais les travaux extraordinaires, fauchaison, moisson, etc., sont faits par des ouvriers nomades provenant principalement des provinces napolitaines, des Marches et de l'Ombrie. Il n'y a que quelques rares exemples de culture par métayage, notamment pour les jardins et les vignes. Au contraire, dans le reste de la province de Rome, et surtout dans toute la vallée supérieure de l'Anio, le métayage est la loi à peu près générale. Il faut toutefois faire une exception pour la circonscription de Velletri; la plus grande partie des exploitations rurales y sont cultivées par leurs propriétaires, ou sont affermées ; le métayage y est très-rare.
9 e Région. — Provinces méridionales du versant de l'Adriatique.
Cette région est une des plus vastes de l'Italie ; elle ne comprend pas moins de 3,940,418 hectares. Elle est formée des provinces de Teramo, Chieti, Aquila, Campobasso, Foggia, Bari et Lecce. Elle s'étend surtout le littoral de la mer Adriatique jusqu'au golfe de Tarente.
De nombreuses rivières sillonnent la région dans toute son étendue ; quelques-unes sont assez importantes. La partie centrale et la partie méridionale comptent de nombreux étangs et marais. Quelques-uns ont été soumis à des travaux d'assainissement ; mais le plus grand nombre subsistent encore, en enlevant de vastes surfaces à l'agriculture et en étendant leurs miasmes délétères sur de plus grandes encore. Le lac Fucino, récemment desséché par un particulier, comme il sera dit plus loin, appartient à celte région.
Au point de vue géologique, une vaste étendue du sol appartient aux terrains tertiaires supérieur et moyen. La plus grande partie des Pouilles appartient à la formation crétacée. Au point de vue climatérique les diverses provinces de la région présentent de grandes variations ; mais les observations qui ont été faites sont encore trop restreintes pour permettre d'établir les lois de leur climat, ta chaleur y est très-grande, d'une manière générale, en été, quoiqu'elle soit parfois adoucie par de violents orages.
La production agricole présente des différences caractéristiques suivant les diverses parties de la région ; il faut donc étudier celles-ci séparément.
Les Àbruzzes, formées des provinces de Teramo, Aquila et Chieti, forment la partie la plus montagneuse de la région. La moitié de leur surface est couverte par les Apennins et les monts qui s'y rattachent, entrecoupés de vallées parfois profondes et encaissées. Il en résulte que l'élève du bétail est la principale industrie du pays. Pendant l'été, de nombreux troupeaux de bœufs et de moutons sont conduits sur les versants et les cimes des montagnes, et quand l'hiver les chasse, ils descendent dans les plaines basses, notamment dans les Pouilles. Dans les parties moyennes et basses des Abruzzes, la culture présente à peu près les mêmes caractères que dans les autres provinces de l'Italie centrale. L'irrigation, à l'aide des rivières et des torrents descendant de la montagne, s'y fait sur une assez large échelle ; mais on est loin dé tirer de leurs eaux tout le parti qu'il serait possible d'en obtenir.
La culture des céréales est la principale dans toutes les parties moyennes et basses des Abruzzes. Le froment y vient en première ligne ; dans la province de Teramo, il n'occupe pas loin du tiers de la superficie totale. Le produit moyen général varie de 8 à 10 hectolitres par hectare. En deuxième ligne vient le maïs qui constitue, avec le blé, la base de la plupart des assolements. Quant aux autres céréales, leur production est tout à fait secondaire ; il en est de même des légumineuses, des pommes de terre, etc. Les plantes textiles, notamment le chanvre sont cultivées presque partout, mais seulement dans des proportions suffisantes pour subvenir aux besoins des familles des cultivateurs.
Les prairies naturelles sont abondantes dans toutes les hautes Abruzzes ; dans quelques parties de la plaine, des cultivateurs intelligents augmentent progressivement l'étendue consacrée aux cultures fourragères artificielles jusqu'ici trop délaissées. C'est la luzerne qui y est principalement semée; dans les bonnes terres irriguées, elle donne deux coupes par an, et trois coupes quand les saisons sont favorables. Quelques rares canaux d'arrosage permettent d'irriguer quelques cantons, mais le périmètre de leur action pourrait être notablement augmenté.
Parmi les cultures potagères qui donnent les plus grands profits, surtout aux environs des centres de population, il faut citer la tomate, récoltée en vue de la préparation des conserves. 11 faut également signaler, parmi les cultures spéciales, l'anis, le coton essayé sur quelques points du territoire de Teramo, mais sans résultat avantageux.
La vigne occupe de vastes surfaces dans les Abruzzes. Le mode de culture est toujours le système du mariage des ceps avec lés arbres à haute tige. Les soins sont médiocres; la vinification se fait le plus souvent sans méthode, de telle sorte que la plupart des produits sont d'une qualité tout à fait médiocre; mais on commence à comprendre la nécessité d'améliorer la préparation des vins, afin de leur assurer une plus grande qualité et une conservation plus durable.
L'olivier est cultivé dans toutes les parties de la région, en quantités
plus ou moins grandes, mais en proportion toujours considérable. Mais le mûrier est peu recherché, principalement depuis la maladie des vers à soie. Le châtaignier à fruit est très-répandu dans toute la province d'Aquila, moins dans les autres.
La disposition géographique du sol des Abruzzes aurait dû assurer un grand développement aux forêts. Mais soit par l'influence de la transhumance des troupeaux sur les cimes élevées, soit à raison de l'absence de routes pour transporter les produits des coupes, toutes les forêts ont beaucoup perdu de leur importance, et elles sont dans un état de décadence absolu.
La plupart des instruments agricoles encore adoptés par les cultiva- V teurs remontent aux âges les plus reculés ; ils se font remarquer par leur rusticité, mais aussi par leurs nombreux défauts. Les assolements ne sont pas moins primitifs. Le système de culture presque universellement adopté-est un assolement biennal, dans lequel les terres, partagées en deux parties égales, sont alternativement consacrées au maïs et au froment. Dans les localités, où soit à raison d'une trop grande altitude, soit à raison des sécheresses de l'été, on ne peut pas cultiver le maïs, le blé est alors la seule plante qui couvre le sol, en alternant avec la jachère. Les notices envoyées à l'enquête sur l'agriculture constatent néanmoins que sur certaines exploitations on commence à introduire quelques autres cultures , notamment celles des plantes légumineuses, lupin et fèves.
Dans la plaine, le sol est assez divisé; les exploitations ont une plus grande étendue dans la montagne. Le système d'exploitation le plus généralement adopté est toujours le métayage, sauf dans la province d'Aquila où domine le fermage.
La province de Campobasso présente une physionomie à peu près analogue à celle des Abruzzes. La culture est presque exclusivement consacrée au blé; le maïs vient ensuite, mais avec une bien moindre importance. Quant aux autres produits annuels, ils sont à peu près délaissés, sauf en.ce qui concerne le lin et le chanvre strictement nécessaires aux besoins des familles des cultivateurs. La vigne est, la plupart du temps, cultivée sur souches basses. Quant aux forêts, abondantes autrefois, elles ont été tellement dévastées, que ce qui en reste mérite à peine le nom de bois. Instruments d'un autre âge, assolements primitifs, absence de capitaux, tel est le bilan général. Toutefois, depuis la création récente de voies ferrées, les grands domaines féodaux, communaux ou appartenant à des communautés religieuses, ont été morcelés en lots nombreux et les pâtures qui y régnaient presque exclusivement ont été remplacées par la culture des céréales. La propriété se morcelé de plus en plus. Le système d'exploitation le plus généralement adopté est le fermage, sauf pour les terres presque exclusivement consacrées aux vignes, aux olivettes ou aux arbres fruitiers.
La province de Foggia constitue la région connue sous le nom des Pouilles. Elle forme, dans son aspect général, une vaste plaine entrecoupée d'étangs et de marais, qui lui donnent une physionomie et un
climat analogues à ceux des Maremmes de la Toscane et de la campagne romaine. Presque tout le sol y est partagé entre la culture des céréales et les prairies naturelles. Des travaux importants d'assainissement et de dessèchement y ont été entrepris; plus de 10,000 hectares ont été débarrassés, depuis quinze ans, des eaux stagnantes qui y croupissaient, au grand détriment de la culture et de l'hygiène des habitants. La culture des céréales, et principalement du froment, couvre la majorité des terres arables ; l'orge et l'avoine viennent en deuxième ligne ; le maïs est moins recherché, à raison de la sécheresse extrême qui, presque chaque année, se fait sentir pendant Tété. Après avoir pris une grande extension , la culture du coton est en décadence ; elle n'occupe pas plus de 24 hectares aujourd'hui, tandis qu'il y a quinze ans 768 hectares y étaient consacrés. La vigne, au contraire, est plantée chaque année sur des terres nouvelles; la conduite sur souches basses est celle qui est principalement adoptée pour le précieux arbuste. L'olivier se partage, avec la vigne, la presque totalité des nombreuses collines qui se rencontrent dans la province. Dans quelques parties les orangers, et principalement les citronniers, forment une branche très-importante de la production.
Un des fléaux de cette province est la destruction des forêts, fléau d'autant plus grave ici que les forêts exercent une grande influence au point de vue de l'assainissement du sol. La fureur du déboisement est un peu arrêtée aujourd'hui, mais il faudra de nombreuses années pour réparer le mal qui a été fait.
Le système de culture le plus général est le fermage à prix d'argent, ou la culture directe. Ce dernier système domine surtout dans les grandes exploitations de la plaine. Les méthodes de culture, les instruments adoptés sont, sauf quelques exceptions, les mêmes que pour la campagne romaine. Toutefois la province de Foggia a été, dans ces dernières années, le théâtre d'améliorations agricoles importantes, dues à des propriétaires ou à des fermiers remplis d'initiative. Ces efforts ont été mis en évidence par le concours régional tenu en 1874. On peut ajouter qu'une des premières primes d'honneur décernées en Italie a été attribuée à un Français, M. Maury, régisseur des domaines de M. le duc de La Rochefoucauld-Bisaccia dans cette province.
Au-dessous de la province de Foggia, sur le littoral de la mer Adriatique, se trouve la terre de Bari. Cette province jouit d'un climat et d'un sol éminemment favorables à la production des arbres à fruits. La vigne et l'olivier forment la base de la culture; ensuite viennent le citronnier, l'oranger, le caroubier, le figuier.
Parmi toutes les céréales, le froment est à peu près la seule plante cultivée sur une assez grande échelle. Les plantes textiles, naguère encore très-répandues, sont aujourd'hui peu cultivées ; c'est au coton surtout que cette réflexion s'applique : de 6,223 hectares en 1864, la surface consacrée à cet arbre était descendue à 2,045 hectares en 1873. Quant aux cultures fourragères, elles sont très-restreintes; la sécheresse continue du printemps et de Tété, qui caractérise le climat de cette
province, est la principale cause de leur insuccès ; on est souvent obligé d'avoir recours aux feuilles des arbres, aux bruyères, etc., pour donner de la nourriture au bétail.
Les assolements adoptés sont les plus rudimcntaires : culture du blé et jachère. Le sol, qui est difficile à travailler dans la plus grande partie de la province, n'est labouré qu'à une faible profondeur par les charrues primitives encore en usage ou par les instruments à main. La culture directe par régisseurs ou maîtres-valets est la plus généralement suivie; le métayage est presque inconnu, mais le fermage est assez répandu.
La partie méridionale de la région est formée par la terre d'Otrante; Lecce en est le principal centre de population. Ici la culture de l'olivier, de la vigne, du citronnier, domine d'une manière absolue. Le climat permet le développement des arbres originaires des régions tropicales, du figuier d'Inde notamment, qui prospère dans toutes ses parties. Le figuier donne des produits tout à fait remarquables ; d'après une étude publiée par le docteur de Giorgi, un hectare planté de 150 arbres environ, dans le territoire de Lecce, peut donner un produit moyen de 9,000 à 9,500 kilogrammes de fruits.
Les terres arables se partagent entre la culture des céréales (le froment occupant le premier rang), celle du lin cultivé pour ses graines qui sont l'objet d'un important commerce d'exportation, et celle du tabac. Le tabac est une des plantes caractéristiques de la province ; ses produits y sont d'une qualité remarquable , et atteignent , année moyenne, le chiffre de 1,176,000 kilogrammes. Pour le coton, il faut présenter les mêmes observations que pour les autres provinces ; c'est un arbre qui chaque année occupe une moins grande surface.
Des forêts, il faut dire ce qui s'applique à presque toute l'Italie; elles ont été soumises à un régime de dévastation tel qu'il n'en existe presque plus aujourd'hui sur un sol où elles contribueraient largement à modérer les ardeurs d'un été tropical.
Toutes les associations agricoles de la contrée sont unanimes sur ce point que la culture du sol est faite avec des procédés et des X >N instruments d'une autre époque. La terre est à peine labourée, ou plutôt grattée à sa surface. La machine à battre est la seule, parmi les machines perfectionnées, qui ait trouvé bon accueil dans le pays. Aussi presque partout c'est l'assolement biennal qui domine dans les terres arables : froment et maïs ou autre plante d'été ou jachère. Toutefois, dans quelques exploitations, les plantes fourragères ont été introduites et s'intercalent dans cette rotation ; mais il faut malheureusement constater que c'est l'exception.
La grande propriété domine dans presque toute la province. Le fermage et la culture directe sont généralement adoptés, sauf pour les terres consacrées aux plantations arbustives, et qui sont le plus souvent cultivées par métayage ; ce système prend un assez grand nombre de formes suivant les localités et les propriétaires.
Avant d'achever ce qui est relatif à la neuvième région, nous devons
donner quelques détails sur l'entreprise de dessèchement du lac Fucino, qui appartient à cette province. Ce travail gigantesque, mené à bonne fin par un simple particulier, le prince Torlonia, a vivement excité l'attention dans tous les pays. Les agriculteurs français ont déjà appris les principaux traits de cette œuvre par une communication faite en 1877 par M. Durand-Claye à la Société des agriculteurs de France. 11 serait injuste de n'en pas rappeler les principaux passages dans un travail qui a pour but de mettre en relief les travaux exécutés en Italie au point de vue des intérêts agricoles.
« Le lac Fucino, dit M. Durand-Claye, occupait le fond d'une immense cuvette de 65,000 hectares d'étendue, dont le point bas est à la cote 657 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son étendue moyenne était de 15,000 hectares environ, avec une profondeur variant de 9 à 22 mètres. La forme était elliptique, offrant 20 kilomètres dans sa plus grande dimension el 11 kilomètres dans la plus petite. Toutes les eaux des montagnes, dont le cirque couronnait le lac, venaient s'y accumuler. Là, ces eaux ne trouvaient aucun écoulement; une arête abrupte, le mont Salviano, séparait le lac du cours d'eau le plus voisin, le Liri, affluent du Galigliano, lequel vient se déverser dans la Méditerranée, au golfe de Gaëte. Cette disposition toute spéciale créait aux localités riveraines une situation désastreuse ; lorsqu'une série d'années humides se succédaient, les eaux s'accumulaient, le niveau du lac montait ; les rives étaient inondées et des surfaces considérables de terres arables, toujours précieuses dans un pays de montagnes, disparaissaient. Puis, lorsque arrivait une série d'années sèches, le lac se retirait peu à peu, la confiance renaissait ; la culture reprenait possession des rives, jusqu'à ce qu'une nouvelle crue vint ronger les bords, anéantir lentement, mais sûrement, les récolles et quelquefois transformer en îles des collines occupées par des villages entiers; c'est ainsi qu'en 1861 le village d'Ortuçchio était complètement isolé de la terre ferme. »
Tel était l'état ancien. Pour changer complètement cette situation, de grandes dépenses étaient nécessaires. Elles atteignaient, à la fin de 1878, plus de 43 millions de francs, dont 24 millions pour les travaux proprement dits de dessèchement et 14,500,000 francs pour la création des fossés, des routes, des plantations, etc. Ces chiffres font ressortir la dépense à plus de 3,000 francs par hectare. « Mais il convient, ajoute avec raison M. Durand-Claye, de ne pas oublier que le dessèchement du lac Fucino était avant tout une œuvre d'utilité publique ; il fallait éviter aux populations riveraines les désastreuses inondations périodiques qui désolaient la contrée ; et du coup on créait une vasle surface cultivable dans un pays abrupt et stérile. Ce double résultat, plutôt humanitaire que financier , a été incontestablement atteint avec plein succès. L'émissaire, avec son bassin de retenue, assure à perpétuité l'assèchement du lac. La surface desséchée est une excellente terre arable, formée de parcelles calcaires et argileuses , enlevées aux flancs des montagnes voisines, et de nombreux débris organiques, provenant de fascines qu'employaient autrefois abondamment les pêcheurs
du lac pour former des sortes de pièges à poissons. Si l'amodiation ou la vente d'un domaine de plus de 14,000 hectares, dans un pays qui n'avait pas de routes carrossables en 1854, est une œuvre de longue haleine, s'il faut attendre plusieurs années pour arriver à une transformation agricole complète, l'heureuse influence du dessèchement se fait sentir dès aujourd'hui. Les terres riveraines du lac ont quadruplé de valeur, montant de 425 francs l'hectare à 1,700 francs. Un mouvement ascensionnel du môme genre se produit même sur les terres plus éloignées, qui profitent de l'amélioration générale de la contrée. L'arrondissement d'Avezzano a gagné en bonne terre par le dessèchement un dixième environ de sa superficie totale, qui est de 170,751 hectares. « De pareils résultats d'un intérêt générai évident ne peuvent que frapper davantage lorsqu'on réfléchit qu'ils ont été obtenus aux risques et périls d'un simple particulier, et non d'un État ou d'une administration publique. Le gouvernement napolitain le premier, et depuis 1860 le gouvernement italien, ont successivement compris qu'ils devaient soutenir et encourager de pareils efforts. Dès 1859, le gouvernement napolitain renonçait, moyennant le versement d'une somme de 35,000 francs , à des clauses vraiment léonines du cahier des charges de la concession, telles que l'obligation de rectifier tout le cours du Liri et de terminer tous les travaux en huit années. Ce dernier délai fut doublé. Aussitôt après les événements de 1860, le nouveau gouvernement manifesta les dispositions les, plus bienveillantes pour l'entreprise ; en particulier, M. de Cavour comprit tout l'avantage et tout l'honneur que la nouvelle Italie pouvait retirer de l'exécution de l'émissaire. Le 18 mai 1862, un décret royal prescrivait le bornage du lac, ce qui allait permettre d'échapper par un règlement officiel aux difficultés sans cesse renaissantes que soulevaient les riverains portés naturellement à bénéficier, sans bourse délier, des travaux. Plus tard, en 1869, le gouvernement consentit à supprimer ce qui restait de clauses comminatoires de confiscation, déchéance, etc. Moyennant le dépôt d'un cautionnement de 142,000 francs, il autorisa l'aliénation partielle des terrains avant la fin de l'opération et prorogea au 31 décembre 1878 la limite d'achèvement définitif des travaux. Enfin, après la mise en service définitive de l'émissaire et l'achèvement complet du dessèchement, une médaille d'or spéciale fut décernée par le roi d'Italie au prince Torlonia, qui avait reçu aux expositions universelles de Paris (1867) et devienne (1873) des diplômes d'honneur. »
10' Région. — Provinces méridionales du versant de la Méditerranée.
Cette région, la dernière de l'Italie continentale, est encore plus vaste que la précédente. Elle ne comprend pas moins de 4,591,080 hectares, et elle renferme les provinces de Caserte-, Naples, Bénévent, Avellino, Salerne, Potenza, Cosenza, Catanzaro et Reggio de Calabre. Elle s'étend sur le littoral de la Méditerranée, depuis les confins du Latium, jusqu'à
l'extrémité méridionale de la péninsule. Elle présente les conditions géographiques les plus variées : montagnes nombreuses, hautes et abruptes, collines de toutes hauteurs, sol bas parsemé d'étangs et de marais, vallées fertiles, et enfin plaines riches détendues.
La diversité du climat n'est pas moins grande. Mais les observations faites pouf en établir les caractères sont encore loin d'être assez nombreuses pour que ceux-ci aient pu être bien déterminés. La température moyenne annuelle est de 47°,4 C. à Naples, de 48°,2 à Reggio, de J3°,2 seulement à Bénévent. En ce qui concerne les pluies, on n'a eu d'observations suivies que pour la ville de Naples ; la moyenne de neuf années accuse 897 milUui .6 de hauteur d'eau tombée, dont 282,4 en hiver, 188 au printemps, 101.2 en été et 326 en automne. Le mois le plus sec est celui de juillet avec 25 luiIIlm .7 de pluies; le plus humide est celui de novembre où il est tombé en moyenne 142 rail,i,n .2 de pluie.
La variété du climat entraîne la diversité des cultures. La région est donc loin de présenter un aspect uniforme, avec des caractères constants. Pour en décrire les principaux traits, il faut la diviser en trois parties que l'on peut considérer comme ses divisions naturelles.
1. La première partie est formée des cinq provinces de Caserte, Naples, Salerne, Bénévent et Avellino.
La province de Naples est, au point de vue agricole, une des plus riches de l'Italie. Tous les environs de la grande ville sont cultivés avec Je plus grand soin, et un sol bien préparé donne des récoltes à la fois abondantes et d'une qualité remarquable. La culture florale et celle des plantes d'ornement y ont pris une extension qui va d'ailleurs sans cesse en grandissant; leurs produits sont exportés chaque année en quantités innombrables dans toutes les parties de l'Italie aussi bien qu'à l'étranger, et ils donnent des profits très-considérables. A côté les vignes, les oliviers, les citronniers donnent des fruits excellents., et au milieu de ces immenses jardins, on fait encore croître le coton, le lin, le chanvre, la garance. L'olivier et la vigne forment une ceinture de richesses au Vésuve et à toutes les collines plus ou moins élevées qui s'élèvent en amphithéâtre autour du golfe de Naples. Les oranges et les citronsde Naples sont aussi estimés que ceux des contrées encore plus méridionales. Les autres fruits, caroubes, figues, amandes, noix, . donnent lieu également à un commerce très-important.
Eu dehors de cette zone privilégiée, quand on s'éloigne de la côte, la culture ordinaire des céréales, des légumineuses, des plantes textiles, reprend un rang plus distingué. Mais partout la vigne domine; cultivée sur souche basse sur le littoral, elle est, au contraire, conduite en arbres dans l'intérieur du pays. Parmi les céréales, le froment, le maïs et l'orge prennent le premier rang; vient ensuite la culture du chanvre et du lin, dont les produits alimentent l'industrie florissante de Naples, Salerne, Scafati, etc. La garance est une des plantes caractéristiques de la province ; cultivée avec beaucoup de soin, elle avait naguère encore une extension considérable ; il y a douze ans elle couvrait environ d 0,000 hectares autour de Naples; la récolte moyenne
atteignait 180,000 quintaux; mais aujourd'hui que les prix de vente sont devenus presque nuls par suite de la concurrence de l'alizarine artificielle, Naples voit, comme le département de Vaucluse en France, ses récoltes diminuer chaque année.
Lecoton avait trouvé d'ardents partisans dans toutes les parties méridionales de l'Italie, au moment de la guerre de sécession aux États-Unis ; .de vastes surfaces avaient été couvertes de cet arbre. Le succès avait couronné les efforts faits dans la province de Naples ; aussi la diminution de cette culture y a-t-elle été moins grande qu'ailleurs.
Les cultures fourragères n'ont qu'une médiocre importance ; le bétail est le plus souvent nourri dans les pâtures naturelles ou avec les feuilles des arbres.
Le sol est presque toujours travaillé à bras par le paysan napolitain. Robuste, sobre, et contrastant, tout à son avantage, avec les lazzaroni de la ville, il remue constamment son lot de terre , et par ce travail assidu en assure la fécondité, il ne craint pas d'avoir recours à de nombreux engrais; ce n'est d'ailleurs que par ces deux moyens qu'il obtient des récoltes successives qui font sa richesse et celle de sa famille. La terre est divisée à l'extrême ; les exploitations dépassent rarement une étendue de 3 à 4 hectares, et souvent une famille de cultivateurs vit sur une petite propriété de 1 hectare et demi à 2 hectares, qui lui appartient. Presque tous les cultivateurs sont, en effet, en môme temps propriétaires.
La province de Caserte s'étend au nord de celle de Naples ; c'est la Terre de Labour, l'ancienne Campanie. C'est ici la même fertilité, la même diversité de culture. Il faut toutefois faire une exception pour la partie qui se rapproche du Latium, où les marais et les étangs dominent encore et donnent au pays un caractère d'insalubrité tout à fait nuisible aux progrès de l'agriculture. 11 faut aussi excepter les collines arides de San Germano, Roccasecca et Arpino.
La vigne, l'olivier, les cultures fruitières tiennent le premier rang dans toutes les parties de la province. Les céréales donnent d'excellentes récoltes dans les terres fertiles de la plaine, dans les vallées fraîches et profondes où coulent de nombreuses rivières; le mais, le froment, l'avoine, sont les trois céréales qui occupent la plus grande surface. Les plantes légumineuses, notamment les fèves, les haricots, les pois et les lentilles, occupent aussi un rang des plus remarquables. Ensuite viennent les plantes textiles. Mention doit être faite enlin de la garance, qui faisait jadis une des richesses du pays, mais qui disparaît avec une vitesse accélérée chaque année.
Les cultures fourragères sont presque nulles, même dans les parties les plus cultivées; ailleurs le bétail trouve sa nourriture dans les communaux ou quelques prairies naturelles auxquelles on ne donne que des soins très-restreints.
Les assolements le plus généralement adoptés sont des rotations biennales, savoir : grain auquel on fait succéder du lupin pour servir d'aliment frais au bétail pendant l'hiver, puis froment; ou bien chanvre
et froment ou autre céréale d'automne. Quand on cultive le maïs, la rotation devient triennale : maïs, froment, avoine. Avec le chanvre, l'assolement prend quatre ans. Sauf dans les terres les plus fertiles, et auxquelles on donne des engrais, la jachère revient après une ou deux rotations, et elle dure quinze à vingt ans ; la végétation spontanée fournit alors une prairie naturelle qu'on remet en culture après cet intervalle. ^ Les anciens instruments sont encore presque exclusivement adoptés, dans le pays. Quant aux fumures, elles sont faites avec les engrais d'étable ; parfois on fume simplement les champs en y parquant le bétail durant la nuit.
La propriété est assez divisée, et elle se morcelle de plus en plus. Quant au système d'exploitation, le plus général est le fermage, avec des baux de trois à neuf ans.
Les trois provinces de Bénévent, d'Avellino et de Salerne , qui appartiennent à la même partie de la région, ont une surface des plus accidentées; elles présentent toutes les cultures qui sont possibles en Italie depuis l'oranger, le coton et la garance, dans la plaine, jusqu'au seigle et au châtaignier qui occupe le versant des Apennins et des montagnes qui en dérivent. Dans la partie basse de ce^ provinces, de nombreux cours d'eau permettent de faire des irrigations principalement dans celles de Bénévent et de Salerne ; on compte dans la première environ 4,000 hectares irrigués, et près de 10,000 dans la deuxième. Mais, dans la province de Salerne, plus de 18,000 hectares sont couverts de marais, impropres à toutes cultures, et dont les miasmes délétères sont dangereux pour toute la zone voisine. La richesse native de cette zone contraste péniblement avec les fièvres, qui attaquent chaque année les cultivateurs attachés à la culture de ce sol.
Les caractères de l'agriculture sont à peu près les mêmes que dans la province de Caserte. Les céréales, et surtout le froment et le maïs, couvrent, avec quelques plantes légumineuses, l'immense majorité des terres arables. Le tabac a été introduit dans les trois provinces, principalement dans celle de Bénévent, où il occupe plus de 1 ,600 hectares. Quant au chanvre et au lin, ils sont presque uniquement cultivés pour les besoins de l'industrie locale.
La propriété tend de plus en plus à se fractionner. Aux environs de Bénévent, les exploitations de 100 à 500 hectares ne sont pas rares : partout ailleurs elles ont une étendue beaucoup plus faible. Les petites exploitations de 5 à 10 hectares dominent autour de Salerne; elles «deviennent encore beaucoup plus restreintes quand on se rapproche de la province de Naples. — Le système d'exploitation le plus général est le fermage.
2. La province de Potenza, ou Bnsilicate, occupe une surface de 1,057,597 hectares. La dixième partie de ce vaste territoire, soit 116,000 hectares, est en plaine; les deux tiers du reste du territoire sont en collines plus ou moins élevées, l'autre tiers en montagnes. Au point de vue de la culture, on peut diviser la province en trois régions : la plaine, la zone moyenne qui embrasse les districts de Potentino et la
partie la plus élevée de ceux de Matera et de Melfi, où domine la culture des céréales ; une dernière zone qui s'étend jusqu'aux confins de la Calabre où dominent les cultures arbustives, et dans laquelle presque tous les paysans sont propriétaires des lots de terre qu'ils cultivent.
Les principales plantes cultivées sont les mêmes que dans les provinces voisines ; mais la culture des céréales y est beaucoup plus étendue, quoique l'on soit loin d'avoir atteint le degré de production auquel on peut prétendre. Le froment occupe le premier rang; les céréales inférieures, notamment le seigle et l'orge, n'ont qu'une importance tout à fait secondaire. Il en est de même pour les plantes légumineuses ou textiles.. La réglisse croit spontanément dans la Basilicate; ses racines sont récollées pour la préparation du sucre qu'elles renferment; dans quelques communes, on se livre à la culture de cette plante. — Les cultures maraîchères donnent d'abondants et excellents produits dans la plus grande partie de la province ; elles prendront certainement beaucoup plus d'extension, lorsque les voies de communication auront été multipliées.
Comme dans les provinces voisines, les assolements sont presque toujours biennaux ; les procédés de culture sont des plus défectueux, les ^ bons instruments continuent à manquer. La jachère occupe le sol pendant de longues années pour pallier un peu le défaut d'engrais.
5. La partie la plus méridionale de la région est constituée par les trois Calabres, qui comprennent les provinces de Gosenza, Catanzaro et Reggio. Leur surface totale est de 1,725,713 hectares. C'est peut-être, dans toute l'Italie, la région où l'agriculture a fait, depuis un siècle, le moins de progrès. Ce n'est pas qu'elle soit disgraciée par la nature, mais elle a manqué de débouchés, et ici encore on rencontre souvent les vallées marécageuses qui engendrent les fièvres et déciment les populations rurales.
Les cultures arbustives tiennent le premier rang ; elles couvrent les nombreuses collines qui s'étendent dans les trois provinces. L'olivier, la vigne, le figuier, le châtaignier, donnent des fruits abondants, et qui soit sous leur forme naturelle, soit sous celle de vins et d'huiles, sont l'objet d'un commerce important. Pour les cultures annuelles, il faudrait répéter ce qui a été dit des provinces voisines ; de grandes surfaces leur sont consacrées, mais les soins de culture sont trop primitifs pour que la production soit abondante. La réglisse est ici, comme dans la Basilicate, une des plantes caractéristiques. Les cultures fourragères sont peu connues ou délaissées. De l'emploi des machines et de celui des engrais, il n'y a rien à dire, sinon que de constater l'ignorance ou l'absence des ressources chez la plupart des cultivateurs.
La grande et la petite propriété se partagent presque également le sol, suivant les districts. Dans la partie montagneuse, la petite propriété et l'exploitation par métayers sont générales ; dans la plaine insalubre, dominent la grande propriété et le fermage. Le métayage est très-rare dans la province de Catanzaro ; il domine, au contraire, dans celle de Reçgio.
11 e et 12 e Régions. — Là Sicile et la Sardaigne.
Les limites dans lesquelles doit se renfermer cette étude sont trop restreintes pour permettre de donner ici, sur les conditions agricoles (les deux grandes iles de la Méditerranée qui se rattachent à l'Italie, des détails aussi complets que pour les autres régions. Nous devons donc nous borner à résumer, d'après l'enquête du ministère de l'agriculture, les principaux traits de la production dans un tableau synoptique, aussi complet que possible :
Sicile
Surface"""^ Production cultivée. totale.
Sardaigne
Hectares.
Froment 505,955
Maïs 1,874
Riz 599
Orge et seigle. . 129,902
Avoine 4,055
Légumineux. . . 95,118
Pommes de terre 971
Vignes 211,454
Olivier 101,373
Bois et forêts . . 102,144
Hectolitres.
Surface cultivée.
Hectares.
Production totale.
Hectolitres.
En Sicile, les terres arables couvrent environ 40 pour 100 de la surface totale; dans la Sardaigne 19 pour 100 seulement. La principale source de richesse de la première est dans le produit de ses vignes; pour l'autre, c'est la production forestière. Les domaines et les communes y possèdent environ un tiers du territoire ; cette partie est, pour l'immense majorité, couverte de forêts ou consacrée à des pâtures.