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DEUXIÈME PARTIE

Résume de la production et du commerce des denrées agricoles

Les mdnographies, nécessairement brèves, qui viennent d'être consacrées à chacune des régions de l'Italie, seraient incomplètes, si nous ne leur donnions pas comme complément un tableau de l'ensemble de la production et du mouvement agricole dans le pays.

En groupant ensemble les résultats fournis par l'enquête agricole de 1870-74, on peut, pour donner un premier aperçu de l'étendue des terres cultivées, former le tableau suivant dans lequel nous avons

rapproché des surfaces consacrées aux terres arables celles des régions,

ainsi que la population constatée au recensement de 1871 :

Surface Terres Popula- Population

des régions. arables. tion. spécifique.

Hectares. Hectares.

Piémont 2,900,411 766,795 2,899,564 100

Lombardie 2,355,283 956,464 3,460,824 147

Vénétie.. ...... 2,365,709 877,677 2,642,807 H2

Ligurie 552,587 156,058 845,812 155

Emilie 2,052,734 1,147,840 2,115,828 105

Marches et Ombrie. . 1,954,714 815,958 1,465,020 76

Toscane 2,405,109 791,044 2.142,525 82

Latium 1,179,016 452,815 856,704 71

Italie méridionale

adriatique 5,940,952 1,554,571 2,705,874 68

Italie méridionale

méditerranéenne.. 4,590,028 1,827,660 4,471,427 97

Totaux 24,252,525 9,286,860 25,580,585

Sicile 2,924,024 2,584,099 88

Sardaigne 2,445,017 656,660 26

Totaux et moyenne. . 29,601,564 26,801,144 90

Les dix régions continentales comptent 5,000,000 d'hectares en bois et 7,000,000 d'hectares en prairies eten pâtures. Il resterait donc, environ, 4,000,000 d'hectares en étangs, marais, superficie bâtie, sol improductif de toute nature. C'est une proportion de 16 pour 100 de la surface totale, à peu prés 4 fois plus que pour la France, mais beaucoup moins que dans toutes les autres parties de l'Europe méridionale. La faible proportion des prairies et des cultures fourragères, en général, explique le contingent tout à fait insuffisant des animaux domestiques. On ne compte, en effet, dans tout le royaume, que 5,489,000 bœufs et vaches, 40,000 buffles, 1,196,000 chevaux, ânes et mulets, 8,675,000 tètes des espèces ovine et caprine, 1,575,000 porcs.

Un fait caractéristique, c'est la densité de la population ; celle-ci est beaucoup plus élevée qu'en France, et dans aucune province de l'Italie continentale elle ne descend au-dessous du chiffre moyen, constaté pour toute la France, de 69 habitants par 100 hectares.

Deux régions surtout, la Ligurie et la Lombardie, présentent un caractère tout spécial par la densité de leur population ; on peut ajouter que ce sont les deux plus riches au point de vue agricole. Dans la province de Rome, au contraire, aussi bien que sur tout le littoral méridional de l'Adriatique, l'influence de la mal'aria empêche la formation d'une population rurale suffisante. Hais cette situation changera dans un laps de temps assez rapide.

D'après les rapports [que nous avons sous les yeux, la production moyenne pour les diverses cultures a été, en Italie, dans la période de cinq années, de 1870 à 1874, la suivante :

Production

Surfaces

Production

moyenne

cultivées.

totale.

par hectare

Blé 4,676,485 hectares 51,790,005 hectol. 11,07 hectol.

Maïs 1,696,513 51,094,331 18,35

Riz 232,669 9,818,151 42*14

Orge et seigle. 464,780 6,697,288 14,40

Avoine 398,631 7,443,567 18,67

Haricots, elc. . 312,869 2,496,192- 7,97

Fèves, etc. . . 300,657 3,096,747 10,30

Chanvre. . . . 135,039 . 959,177 quint. 7,21 quint.

Lin 81,116 233,337 2,38

Vignes 1,870,109 27,136,534 hect. 14,51 hect.

Oliviers 900,311 3,585,591 3,76

Châtaigniers.. 495,794 5,768,347 quint. 11,63 quint.

Quelques détails donnés sur chacune des cultures compléteront les enseignements de ce tableau.

On a vu que le froment eBt la principale céréale cultivée en Italie. Il occupe 4,676,000 hectares, et la production moyenne est de 11 hectolitres par hectare. C'est peu, comparativement à d'autres pays, principalement à la France ; mais la production tend à augmenter. Le produit moyen varie dans des limites assez étroites, de région à région ; le maximun (13 hectolitres 80) est atteint en Lombardie, le minimum pour l'Italie continentale est de 8,57» dans la Ligurie. Quant à l'étendue relative de la surface consacrée au blé, elle varie dans de très-larges proportions de région à région , et de province à province ; elle est de 24 pour 100 environ dans l'Emilie, de 22 dans les Marches et dans les provinces méridionales, de 19 en Sicile, de 18 en Toscane, tandis qu'elle descend à 8 pour 100 dans la Lombardie et à 6 pour 100 dans le Piémont. Au point de vue de la production totale, l'Italie occupe en Europe le troisième rang ; elle vient après la Russie et la France; mais elle est loin de suffire aux besoins de sa consommation. En 1875, les importations de blés étrangers ont atteint 3,111,260 quintaux métriques, tandis que les exportations ne dépassaient pas 603,510 quintaux ; il y a donc eu un excédant de 2,507,750 quintaux en faveur des importations. Cet excédant avait une valeur de plus de 73 millions de francs. Quant aux importations de farines, elles balancent à peu près les exportations. La Russie et la Turquie sont les deux principaux pays d'approvisionnement; la France vient en troisième ligne, avec l'Algérie, mais distancée de beaucoup. D'une manière générale, l'Italie a besoin d'ini-

porter eu moyenne, chaque* année, une quantité égale à un peu moins du dixième de sa production ordinaire.

Le maïs occupe, parmi les céréales, le premier rang après le blé. Les provinces de la Lombardie, de la Vénétie, du Piémont et de l'Emilie, fournissent plus de la moitié de la production totale. Le Piémont et la Lombardie donnent la production la plus intense ; le rendement moyen, qui est de 18 hectolitres 33 pour tout le pays, y dépasse 20 hectolitres par hectare. Le maïs joue un rôle considérable dans l'alimentation, et il en reste encore de grandes quantités disponibles pour l'exportation. Celle-ci se fait principalement en Autriche, en Angleterre et en France, où les beaux maïs d'Italie sont recherchés. Cette céréale donne dans le Tyrol un rendement plus considérable, mais c'est le seul cas de supériorité sur la production italienne qui ait encore été constaté.

Le riz donne lieu, de son côté, à un commerce d'exportation considérable, qui a atteint 727,690 quintaux métriques en 1875, tandis que les importations ne dépassaient pas 87,540 quintaux. Cette culture est à peu près exclusivement conûnée dans l'Italie septentrionale, et c'est en Lombardie qu'elle a pris le plus grand développement.

Pour les autres céréales, il y a peu de choses à dire, sauf en ce qui concerne l'avoine. Il y a une importation assez considérable d'avoines d'Autriche et de Turquie, mais une exportation correspondante en France et qui dépasse 55,000 quintaux métriques ; elle a été favorisée dans ces dernières années par les hauts prix que ce grain a atteints sur nos principaux marchés.

L'exportation des produits maraîchers et horticoles tend à prendre une grande extension. La Suisse, l'Autriche, une partie de l'Allemagne, sont tributaires de l'Italie. Les transports se font soit par les chemins de fer, soit par les ports de l'Adriatique ou de la Méditerranée. La Provence reçoit chaque année, principalement pour l'approvisionnement de Marseille, de grandes quantités de fruits et de légumes frais italiens. 11 est intéressant de présenter le résumé des exportations de ces denrées, de 1870 à 1874, exprimées en quintaux métriques :

Raisins frais 11,598 23,816 21,850 15,013 30,090

Autres fruits frais. . 57,404 78,610 71,809 55,054 71,009 Légumes frais. .. . 20,071 51,546 57,520 65,145 76,950

A cette occasion, on nous permettra d'appeler l'attention sur un fait déjà signalé par la Commission permanente des valeurs de douane en France : la diminution de nos exportations de légumes de primeurs et de fruits. Il y a quelques années, la France fournissait sans partage ces denrées à l'Allemagne du Nord, à l'Autriche età la Russie. En 1874, nos exportations sont descendues à 30,340,000 francs ; en 1875, à 18,634,000 fr.; en 1876, à 13,615,000 francs; en 1877, à un chiffre encore inférieur. La

principale cause de cette diminution du commerce extérieur des fruits et des légumes est la concurrence de plus en plus active que nous font, sur les marchés des autres pays, les produits italiens. Cette concurrence a été favorisée à la fois par des tarifs spéciaux convenus avec les chemins de fer allemands, et par un abaissement considérable des tarifs des chemins de fer italiens, en vue de créer aux produits du pays de nouveaux débouchés. C'est là un des exemples, malheureusement trop nombreux, de la faute grave qui a été commise lorsque les tarifs des chemins de fer français ont été élevés.

Parmi les plantes textiles, le chanvre et le lin occupent le premier rang ; ils contribuent puissamment à la richesse de quelques provinces. L'exportation des lins et des chanvres atteint actuellement 300,000 quintaux métriques, tandis que l'importation ne dépasse pas le quart de cette quantité.

Quant aux autres cultures industrielles, elles n'occupent qu'un rang tout à fait secondaire.

La production viticole de l'Italie mérite d'être étudiée tout particulièrement. La vigne couvre, d'après les documents officiels, une superficie de 1,870,000 hectares, soit à peu près le quinzième de l'étendue totale du pays. Les provinces méridionales, la Sicile, la Toscane, le Piémont et la Vènétie présentent la production absolue la plus considérable. Le rendement moyen est estimé à 14 hectolitres 51 par hectare ; c'est peu comparativement à la plupart des autres pays viticoles. Mais il faut tenir compte des méthodes généralement adoptées pour la culture de la vigne en Italie. Une partie, relativement restreinte, de l'étendue affectée à cet arbre précieux, est cultivée en vigne basse; la plupart du temps la vigne est alliée à des arbres, et l'on demande au même sol de l'huile, du vin, des fruits de toute sorte, des grains, des légumes, des fourrages, etc. Le vin n'est donc qu'une partie du produit d'un hectare ainsi cultivé, et il est impossible de séparer d'une manière absolue la surface qui lui est consacrée, de sorte que la statistique indique forcément une surface plus considérable qui est, en réalité, uniquement consacrée à la vigne.

Le Piémont a la plus grande production moyenne; celle-ci y dépasse 25 hectolitres par hectare ; ensuite viennent la Sicile avec 20 hectolitres, la Sardaigne avec 18 hectolitres 64, les provinces méridionales méditerranéennes avec 15 hectolitres.

La fabrication des vins est presque partout mal faite; sauf dans quelques points, le vin se garde mal ; la chaleur a surtout sur son avenir une influence tout à fait néfaste. Hais il faut faire observer que de grands efforts sont tentés aujourd'hui pour changer ce triste état de choses. Des études ont été entreprises sur les conditions spéciales de la vinification, dans des stations œnologiques récemment créées; ces études sont vulgarisées par tous les moyens dont l'administration dispose.

Le vin est l'objet d'un important commerce avec les pays étrangers ; on en jugera par le tableau suivant des importations et exportations pour l'année 1875 :

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