‹ L'agriculture et le phosphate de chaux: notice sur les travaux et sur lesChapitre 3 sur 49 · DONC RENDRE A LA TERRE CE QU'ON LUI PREND, OU LUI · texte numérisé non relu

DONC RENDRE A LA TERRE CE QU'ON LUI PREND, OU LUI

apporter ce qui lui manque, tel est le principe évident, incontestable, sur lequel doit être basé tout système d'agriculture, pour conserver ou donner au sol un état de fertilité normal.

Eh bien! qu'a-t-on fait dans ce but? à quel système d'économie matérielle s'est-on arrêté? sur quel principe exact a-t-on basé l'assurance, due au pays, que la source du bien-être général ne courait pas risque de se tarir? sur aucun encore ! chacun s'est ingénié à perfectionner les instruments de labou-

(1) De la Dîme royale.

rage, à demander aux couches inférieures du sol, les éléments de production dont les couches supérieures étaient épuisées ; à combiner des assolements basés sur les exigences différentes des plantes, de manière à obtenir le plus possible de la terre sans rien lui restituer, à trouver des moyens de culture plus simples, plus économiques, à drainer, à irriguer son sol; mais personne ne s'est occupé de résoudre le problème des conditions de la production et de la conservation de sa fertilité !

Tel était l'objet de mes études et de mes constantes préoccupations lorsqu'en 1836, l'observation des faits recueillis pendant plusieurs années de pratique, appela mon attention sur l'importance du rôle que jouent les substances minérales dans les phénomènes de la végétation; dès lors je pensai que la recherche de l'origine des éléments de la vie des plantes et des sources de leur alimentation pouvait avoir une grande utilité.

Déjà la chimie commençait à analyser les cendres des végétaux et y constatait la présence de substances alcalines et terreuses, de divers sels minéraux et principalement du phosphate de chaux.

Ces faits me parurent avoir une telle importance que je n'hésitai pas à poursuivre mes études et mes recherches dans cette voie; je fis analyser dans les laboratoires de l'École des mines, des PontSTet-Ghaus-

sées, de l'École Normale, du Conservatoire des Arts et Métiers, de divers autres encore, et enfin, en Angleterre, la plupart des plantes cultivées sous notre climat. Cette investigation eut, pour premier résultat, de me faire connaître que les cendres de tous les végétaux sont invariablement composées des mêmes substances minérales dont les proportions seules diffèrent, suivant les espèces.

Parmi les principes constitutifs des plantes, il en est toutefois qui ne peuvent faire défaut dans le sol d'une manière absolue, soit à cause de leur abondance, soit parce que la nature se charge de combler le vide que la végétation y occasionne. Ainsi le carbone, l'oxygène, l'hydrogène et l'azote ne manqueront jamais aux plantes tant qu'il y aura de l'eau et de l'acide carbonique dans la terre et dans l'air, tant qu'il y aura des orages, des vents et des pluies, tant que le sol arable sera le siège de la nitrification de l'azote de l'atmosphère. La magnésie, la silice, les chlorures et les sulfates alcalins, ne feront jamais défaut à la végétation au point de la rendre impossible, car quelques-uns de ces principes abondent dans le sol et d'autres y sont apportés par les pluies et le mouvement même des eaux.

Mais les phosphates ! outre que dès le principe la nature ne les a pas prodigués à notre globe, on n'en trouve ni dans les eaux pluviales ni dans l'air, de

façon qu'on ne voit pas comment il pourrait s'en introduire naturellement dans le sol dès qu'une cause quelconque les en aurait soustraits; cependant puisqu'ils sont un élément indispensable de tous les végétaux, la culture rend évidemment leur épuisement inévitable; c'est là ce qui explique la stérilité actuelle de certaines contrées jadis fertiles. Pourquoi les plaines de la Sicile, certaines parties de la Grèce, de l'Asie-Mineure et de l'Afrique septentrionale, qui étaient autrefois les greniers de l'Italie; pourquoi presque tous les vieux états de l'est de l'Amérique, terrains vierges qui ne sont cultivés que depuis quelques siècles et qui étonnaient l'Europe par leur fertilité ; pourquoi, dis-je, toutes ces contrées sont-elles devenues stériles? pourquoi, en Virginie, de vastes étendues de terrain sont-elles déjà si épuisées qu'on ne les cultive plus? Pourtant leur climat n'est pas devenu inclément, l'air qui les entoure et l'eau qui les baigne sont toujours les mômes; il faut donc qu'un changement soit intervenu dans le sol de ces pays, il faut qu'il se soit appauvri d'un principe que le jeu régulier des agents naturels ne peut pas réintégrer.

Le résultat définitif et immanquable des cultures est d'enlever et de porter loin de leur place naturelle les principes fertilisants accumulés à la surface du sol par le travail séculaire de la végétation. Tous les

produits du sol ne sont pas, en effet, consommés sur place. Une grande partie des denrées est portée au marché ; les fourrages eux-mêmes, qui sont consommés par le bétail de la ferme, ne passent pas entièrement dans le fumier, puisqu'une quantité notable est exportée sous forme de lait et de viande.

Si Ton ajoute que les terres, par cela même qu'elles sont cultivées, abandonnent aux eaux pluviales une portion d'elles-mêmes beaucoup plus grande que les terres incultes, et que les phosphates qui s'y trouvent vont s'engloutir pour toujours dans les abîmes de l'Océan ; si l'on ajoute encore que les phosphates absorbés par les populations sont perdus pour la terre, puisque le respect que l'on doit aux tombeaux interdit d'y porter la main, on voit combien de causes concourent à la déperdition des phosphates indispensables au sol que l'homme cultive.

L'idée de l'application du phosphate des os a donc été une de celles que la Providence envoie à l'homme quand elle veut lui rappeler qu'elle ne cesse jamais de veiller sur lui. Cette idée a en effet pour résultat d'éloigner les peuples civilisés de l'abîme vers lequel la fatalité les entraîne.

Cet abîme, la stérilité future du sol, est toujours menaçant, car les dépôts de phosphates animaux dans lesquels l'agriculture puise, depuis quelques années à peine, s'épuisent rapidement.

Il est donc urgent d'en trouver de nouvelles sources qui nous éloignent à jamais du danger qui nous menace; cette nécessité apparaît impérieuse quand on voit que partout en Europe on a épuisé les ossements qu'on pouvait consacrer à l'agriculture; quand on pense que l'Angleterre est allée en chercher sur tous les points du globe, que les champs de bataille eux-mêmes ont été fouillés et que, malgré tant d'efforts, l'élévation de leur prix nous dit assez qu'ils deviennent de jour en jour plus rares.

La question est donc de savoir où trouver une source de phosphates assez abondante pour que l'agriculture puisse y puiser au prorata de ses besoins sans avoir jamais à craindre de la tarir.

Tel a été le problème à la solution duquel j'ai consacré ma vie et .ma fortune.

Mes premières études s'étaient portées sur la recherche des dépôts calcaires du littoral de la Bretagne et de la Normandie, depuis l'embouchure de la Loire jusqu'à celle de la Seine, j'y signalai un grand nombre de bancs de maerls, polypiers, madrépores, tangues, tress, sables coquillers et marnes <sal-

caires, jusqu'alors inconnus, et imprimai ainsi une nouvelle activité à l'utilisation de ces matières trèsriches en carbonate de chaux. On ne peut évaluer aujourd'hui à moins de six millions de mètres cubes la quantité de ces apports marins que les cultivateurs utilisent annuellement (i).

J'avais ensuite pensé à demander, aux débris, ossements et arêtes de poissons provenant des grandes pêches maritimes, particulièrement de celles des côtes de Terre-Neuve et d'Islande, le phosphate de chaux et les matières organiques azotées renfermés dans ces débris.

Pour connaître les ressources que l'agriculture pouvait espérer de ce côté, j'affrétai spécialement dans ce but, le navire le Neptune du port de Saint- Malo, et l'un de mes frères voulut bien se charger d'aller faire cette exploration, qui eut pour résultat de constater que la quantité de débris de poissons, abandonnée, chaque année et accumulée sur les graves de Terre-Neuve, est considérable et qu'elle peut être facilement et avantageusement utilisée. Mon frère en rapporta un chargement d'environ 200 tonneaux et l'emploi agricole qui en fut fait, démontra que la puissance fertilisante de ces matières, simplement séchées et pulvérisées, était au moins

(1) Voir ma déposition dans l'enquête officielle sur les engrais industriels. (T. I, pages 583 et suivantes.)

équivalente à celle du guano du Pérou. (Voir l'Annexe, pages xni et suivantes.)

Mais ces résultats, si utiles et si importants qu'ils fussent, étaient encore loin de me satisfaire.

On venait de découvrir à Logrosan, dans l'Estramadure (Espagne), des gisements d'apatite, ou phosphate de chaux cristallin. En Angleterre on avait également signalé l'existence de la chaux phosphatée et, en France, MM. les ingénieurs des mines Berthier, Dufrénoy, et Élie de Beaumont en avaient fait connaître quelques indices, sans toutefois avoir paru soupçonner l'existence de gîtes réguliers susceptibles d'exploitation ; personne n'était donc encore sur la voie de la découverte de ces vastes gisements que j'ai suivis, depuis la plage de Wissaut (Pas-de-Calais) jusque dans la vallée d'Antibes (Alpes-Maritimes), sans, pour ainsi dire, en perdre la trace, soit sur une longueur d'environ 1100 kilomètres.

Les paroles suivantes, prononcées par M. Dumas dans un discours à l'Académie de médecine, avaient été pour moi une révélation :

« Les os abandonnés à eux-mêmes sur le sol, se ce divisent peu à peu et disparaissent; quelle est la ce force nouvelle qui intervient pour en dissoudre les ce éléments? D'après mes expériences, c'est l'eau, non ce pas l'eau pure, le phosphate des os y est insoluble; « mais l'eau chargée d'acide carbonique, celle des

« pluies, des sources, celle en un mot qui baigne « partout le sol. A la faveur de cet acide carbonique, « le phosphate de chaux se dissout, les os se désa- « grégeat et les derniers vestiges de la vie animale « disparaissent. »

Je me demandai aussitôt, ce qu'avait pu devenir, où pouvait se rencontrer, le phosphate de chaux de la charpente osseuse des animaux antédiluviens qui ont péri sur les rivages des anciennes mers, notamment de celles des époques jurassique et crétacée.

Dès lors les indices de phosphate de chaux qui avaient été signalés par MM. les ingénieurs des mines, prirent à mes yeux une importance beaucoup plus grande que celle qu'ils paraissaient y avoir attachée eux-mêmes. Ces indices pouvaient, en effet, me mettre sur la trace de gisements susceptibles d'exploitation.

La question ainsi posée entraînait des recherches immenses et d'énormes sacrifices de temps et d'argent ; mais le but à atteindre était si grand que je n'hésitai point à y consacrer toute mon activité.

Je n'entrerai pas dans le détail des travaux auxquels je me suis livré pendant plus de vingt années; je me bornerai à dire qu'un premier examen sommaire, qui embrassa 39 départements, augmenta d'abord dans une proportion très-considérable le nombre

des indices qui pouvaient me servir à établir l'existence des gîtes réguliers de chaux phosphatée que je cherchais.

Un second examen plus approfondi et appliqué seulement à onze des départements que j'avais d'abord visités, une observation plus attentive des circonstances de gisements dans lesquelles se trouvaient placés les divers indices reconnus, me firent voir que des liens de continuité existaient entre eux; des recherches persévérantes, des fouilles et des sondages multipliés, exécutés dans le voisinage des lignes d'affleurement, confirmèrent constamment le fait et mirent en évidence l'existence de gisements réguliers.

Ces gîtes appartiennent tous au terrain crétacé inférieur et sont répandus en très-grand nombre, d'abord dans tout le pourtour du mamelon jurassique du Boulonnais, et ensuite dans les parties des départements des Ardennes, de la Meuse, de la Marne, de la Haute-Marne, de l'Aube et de l'Yonne qui s'étendent de Novion-Porcien à Saint-Florentin, suivant une zone d'environ 400 kilomètres de longueur, sur une largeur moyenne de 10 kilomètres au moins; leur surface minimum est donc de 4000 kilomètres carrés. Sur le plus grand nombre des points l'extraction est facile et l'abondance inépuisable. (Voir l'Annexe, pages xxix et suivantes) .

Une nouvelle richesse nationale considérable était donc découverte.

Tel était, en 1855, le résultat auquel j'étais parvenu après vingt ans de travaux pénibles et de recherches coûteuses.

Pendant cette longue suite d'années, non-seulement je n'avais reçu aucun encouragement, aucune espèce de concours, mais encore j'avais tenu à honneur de conserver le silence le plus absolu sur le but que je poursuivais. L'illustre et regretté savant Élie de Beaumont avait été le seul auquel j'avais confié le secret de mes recherches et le seul aussi dont les conseils toujours bienveillants m'avaient aidé daijs l'accomplissement de mon œuvre.

Dès lors que je pouvais subvenir par moi-même aux dépenses qu'exigeaient mes recherches, il me suffisait d'avoir la conviction qu'elles satisferaient à un grand intérêt public, pour m'y consacrer tout entier.

Certain désormais d'avoir trouvé une source inépuisable de phosphate de chaux, je voulus immédiatement en faire l'expérience pratique.

Mais ici se présentait une question d'une haute importance. Sous quelle forme et dans quelle condition devais-je présenter ce phosphate à l'agriculture, pour qu'il produisît les résultats que j'en espérais.

Dans ma conviction la forme la plus simple devait être la meilleure.

Je me bornai donc à réduire les nodules phosphatés en poudre très-fine, persuadé que cette simple division mécanique suffirait pour permettre aux plantes de s'en assimiler les éléments; n'est-ce pas ainsi que procède la nature? Avant qu'on eût rendu au sol du phosphate de chaux sous forme de noir animal, d'os broyés, ou de guano, avant même qu'on se fût servi d'engrais, on obtenait des récoltes, et ces récoltes, pour se produire, avaient dû nécessairement trouvé dans la terre du phosphate de chaux; or, ce phosphate de chaux ne pouvait provenir que des roches dont la désagrégation s'était produite sous les influences atmosphériques. C'était de Tapatite ou de la phosphorite, au moins dans les terrains cristallisés, et cependant les acides naturels de la couche arable suffisaient à le rendre assimilable aux plantes.

J'avais d'ailleurs remarqué que les nodules extraits du sol depuis un certain temps, et exposés à l'air, se délitaient facilement et que la poudre de ces nodules s'échauffait, lorsqu'elle restait quelque temps entassée; d'un autre côté, l'analyse chimique m'avait révélé que ce phosphate minéral contenait encore des matières organiques et en moyenne 5 à 6 /° de phosphate de fer.

Ces remarques achevèrent de me convaincre ; je

savais, en effet, que, lorsque les roches sont douées d'une certaine porosité, Veau, en raison de sa fluidité, s'infiltre dans leurs fissures et pénètre dans la masse; que si, par un abaissement de température, l'eau vient ensuite à se congeler, elle écarte, en se dilatant, les molécules minérales et détruit leur cohésion. Je savais aussi, qu'aux causes mécaniques de la destruction des roches, s'ajoute encore une action chimique dépendante des influences météorologiques, laquelle s'exerce avec une grande énergie sur leurs éléments constitutifs.

C'est ainsi que sous l'action de l'oxygène et de l'acide carbonique certains granités se décomposent avec une rapidité étonnante. Le feldspath et le mica, par exemple, se transforment, en mettant en liberté les sels alcalins qu'ils contiennent, en une substance argileuse que les minéralogistes désignent sous le nom de kaolin.

D'autres granités, au contraire, résistent, pour ainsi dire, éternellement, aux mêmes agents de destruction.

Si au nombre des premiers, nous pouvons citer ceux de la Haute-Vienne, des Côtes-du-Nord, du Finistère et du Morbihan, dans lesquels on peut suivre les modifications du feldspath jusqu'à une profondeur de plus de cent mètres; on rencontre, au sein même de ces roches altérées, des masses qui ont ré-

çisté à l'action décomposante du sol et de l'atmosphère, en conservant toute leur dureté et leur fraîcheur.

Ainsi, dans la presqu'île armoricaine, à côté des granités décomposés de la baie de Bertheaume (Goulet de Brest), se trouve celui de Laber, dont nous avons un échantillon sous les yeux, dans le socle de l'obélisque de la place de la Concorde, et qui résistera probablement aux agents de destruction, autant que l'obélisque de la place St-Jean de Latran, à Rome, taillé à Syène sous le règne d'un roi de Thèbes, 1,300 ans avant l'ère chrétienne /ou encore, que celui de la place St-Pierre, consacré au Soleil, par un fils de Sésostris, il y a plus de 3000 ans. . Si donc il existe dans la constitution moléculaire des roches cristallines, des différences telles, que les unes se désagrègent facilement par la seule action des agents atmosphériques, tandis que les autres résistent éternellement à cette même action, il devait en être ainsi pour les Roches phosphatées.

Par tous ces motifs j'étais fondé à croire que si la pulvérisation mécanique des apatites et phosphorites, telles que celles de Logrozan (Estramadure), était insuffisante pour les rendre solubles dans le sol et que, pour les utiliser, il était nécessaire de les dénaturer au moyen de réactifs puissants, il pouvait n'en être pas ainsi, pour les phosphates concrétion-

nés, que j'avais découverts dans les terrains sédimentaires, et qui avaient été certainement organisés.

Cependant avant d'engager les agriculteurs à faire usage de ces phosphates, à l'état de poudre naturelle, je voulus m'assurer, par des expériences directes, de leur efficacité.

Mes premières applications eurent lieu dans la propriété de Menez-ru (Finistère), appartenant à mon frère, au mois de mai 1855, sur une récolte de sarrazin; au mois de juin, sur des choux branchus et des rutabagas, et, à la fin d'octobre de la même année, sur une avoine d'hiver; au printemps suivant, j'en continuai l'emploi sur du blé et des avoines. Les résultats obtenus ayant dépassé toutes mes espérances, je ne craignis plus d'affirmer l'efficacité de ce phosphate simplement pulvérisé.

Mais aussitôt des critiques violentes s'élevèrent de tous côtés.

La presse agricole, loin de m' aider à vaincre les répugnances des cultivateurs, attaqua ce nouvel engrais avec une violence que rien ne pouvait justifier, et alla jusqu'à dire que le phophate fossile, n'étant qu'un leurre tendu à la bonne foi des agriculteurs, constituait une fraude coupable qu'il fallait dénoncer au nom des intérêts agricoles menacés; enfin que cette industrie périrait honteusement.

L'Académie des sciences, elle-même, enregistra, en les approuvant, des communications de chimistes essayeurs d'engrais du commerce, qui prétendaient que ces phosphates n'étaient d'aucune utilité en agriculture (voir l'Annexe, pages xlvii et suivantes).

Cependant la science se prononça par la voix d'un illustre savant : M. Elie de Beaumont fît paraître un remarquable travail sur l'utilité agricole et les gisements géologiques du phosphate (voir le Moniteur universel des 26 et 27 mars, 18 et 28 juillet 1857), dans lequel il dévoila le rôle fondamental que joue cet élément dans la vie végétale, exposa les causes et les dangers de son épuisement et fît comprendre la nécessité de remplacer la quantité qui est fatalement soustraite au sol chaque année pour aller se perdre dans l'Océan.

ce La somme totale des productions agricoles qu'un « pays peut fournir, disait le célèbre académicien, « la somme totale de viande, de grain, de légumes, « qu'il peut livrer à la consommation, dépend surtout « de la quantité de phosphate de chaux qui se trouve « engagée dans la masse de la matière organique ou «agricole.

« La réparation des pertes annuelles de

« phosphate, est un travail nécessairement imposé

« à l'agriculture, travail qui jusqu'à ce moment n'a « pas été compris et n'a pu être exécuté que d'une « manière très-imparfaite ; » et plus loin :

« On comprend que, là où le phosphate de chaux « aurait disparu, toute végétation serait impossible; à que les substances azotées, cette manne agricole « qui tombe de l'atmosphère, ne pourraient qu'im- « prégner le sol et le rendre salin, comme celui de « certains déserts, à moins que, pour rendre la cul- « ture possible, on n'ouvrît des mines de phosphate * de même que, dans le Sahara, on creuse des « puits artésiens. Comme l'a remarqué avec raison « M. Dumas, le programme de la Théorie est essence tiellement de rendre à la terre les matières azotées « et les phosphates qui lui manquent ou qu'elle « peut avoir perdus.

« Mais si cette théorie n'a plus de mystères pour « la science, elle n'est pas encore à la portée des « simples agriculteurs, dont on exploite Tinexpé- « rience en leur vendant des engrais frelatés qui sont « bien la pire espèce $ orviétan que le génie de la « fraude ait jamais inventé. Si un cheval ne peut « se plaindre de sa ration, un champ de blé le peut « moins encore. De nombreux millions sont extor- « qués, chaque année, à de pauvres laboureurs, par « cette honteuse industrie à laquelle la chimie char- « gée, à cet égard, d'un rôle officiel, pourra seule

oc mettre un terme. (Voir l'Annexe, pages vi et suicc vantes.)

ce Si Ton réfléchit à ce que pourrait devenir

« un jour le besoin de phosphate de chaux, lorsque « l'épuisement général des terres sera plus sensible « et mieux apprécié, on comprendra que la décou-

CC VERTE DE CETTE SUBSTANCE DANS L'INTÉRIEUR DE LA « TERRE, SERAIT UN IMMENSE SERVICE RENDU A l'aGRIce CULTURE. ...

« Pour rendre à la terre la vigueur végétative

« qu'elle possédait du temps des Celtes et des Gau- « lois, il faudrait que l'exploitation des couches qui « contiennent du phosphate de chaux, devint une

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