‹ L'agriculture et le phosphate de chaux: notice sur les travaux et sur lesChapitre 37 sur 49 · LXXX1V · texte numérisé non relu

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mais jusqu'ici la voix des agriculteurs s'est perdue dans nos champs appauvris. Grâce enfin à M. le ministre de l'agriculture, la lumière s'est faite sur cette grave question et les cultivateurs mettent leur espoir en vous, messieurs, pour faire cesser un mal dont les traces se feront encore longtemps sentir.

M. Valette. La fraude est très-répandue dans Ja Loire-Inférieure où il y a des tourbes en quantité et aussi beaucoup d'individus qui veulent bien se laisser tromper.

M. de Molon. Dans le centre de la France, la fraude se fait sur une échelle à peu près aussi grande.

A Rennes, au mois d'octobre dernier, j'ai eu le malheur de parler, dans un comice agricole, contre les falsificateurs d'engrais, et cela a soulevé une tempête. Le lendemain il y avait des protestations de tous les côtés. Dans un journal de la localité, on lisait , entre autres choses, une lettre à peu près ainsi conçue : « On a avancé, hier, tels et tels faits « contre les marchands d'engrais. Je vais rétablir la « vérité, et cette vérité est que, depuis vingt-cinq « ans que je m'occupe de noir animalisé, d'une ma- « nière très-active, je n'ai employé qu'un seul pro- « cédé, consistant à mélanger 1 hectolitre de noir « animal à 2 hectolitres de tourbe; ce qui donne

« un engrais bien meilleur que le noir animal pur. »

Voilà ce qui est imprimé et signé!

Dans une autre lettre insérée dans le même journal, on lisait encore : « On accuse les marchands « de noir de Rennes d'être des voleurs ; mais ils ce prêtent 1 million à l'agriculture! Ils ont toujours « i million entre les mains des agriculteurs. »

Telles sont les déclarations qui se trouvent dans un journal publié le mois defnier; je mettrai ce journal sous les yeux de la commission si elle le désire.

M. le Président. Certainement, c'est un aveu.

M. de Molon. Voici ce journal, c'est celui d'IUeet-Vilaine.

« Rennes, le 18 octobre 1864.

« Messieurs les cultivateurs du département « d'Ille-et- Vilaine,

oc Je viens répondre à M. de Molon qui a dit publiée quement au comice agricole de Pacé que tous les « marchands d'engrais qui vendaient des matières « tourbeuses étaient des fraudeurs, et que leurs ence grais étaient fraudés et frauduleux.

« Tous les marchands de noir-engrais ou noir ani- « malisé, sans en excepter un seul dans tout le dé- « partement, vendent des engrais fabriqués avec de

«la tourbe; nous sommes donc tous des fraudeurs, « et nos engrais sont frauduleux, d'après les dires « de M. de Molon.

« M. de Molon a eu bien soin de faire ressortir « les poursuites qui ont été dirigées contre les mar- « chands, pendant sept années, dans le département « d'Ille-et- Vilaine. 11 est vrai que les marchands « d'engrais ont été inquiétés pendant longtemps, « mais ce n'est pas une raison pour qu'on vienne « attaquer publiquement notre industrie. Au sur- « plus, dans tous les corps industriels et autres «ne se trouve-t-il pas malheureusement quel- € ques exceptions à signaler et à déplorer? .

« Je vais maintenant vous faire connaître com- « ment les noirs animalisés tels qu'on les livre depuis « vingt-cinq à trente ans, ont été fabriqués généralece ment par les marchands d'engrais du département « d'Ille-et- Vilaine : Nous faisons venir de la tourbe ce du département de la Loire-Inférieure, nous la sa- « turons de matières fécales, de détritus d'animaux, « en un mot de toutes les déjections animales, ma- « tières très-fertilisantes, qu'on jetait autrefois dans * les fossés, dans les ruisseaux, dans les rivières, et « même qu'on laissait sur la voie publique; aujourcc d'hui, au moyen de cette matière très-spongieuse (1),

(1) Elle serait spongieuse, en effet, si on l'employait à l'état sec, mais dans l'état où les marchands d'engrais l'utilisent, la

« toutes nos matières fertilisantes sont livrées à Tagri- « culture et ont fait doubler, pour ne pas dire tripler, « les produits agricoles dans les départements de la « Bretagne (i).

« Depuis vingt-cinq ans, je m'occupe très-active- « ment de la fabrication et de la vente des noirs anicc m alises; j'ai fait et fait faire sur plus de 500 fermes, « des essais comparatifs d'engrais, composés comme « suite : 4 hectolitres de tourbe saturée de matières « fécales et de détritus d'animaux, avec 2 hectolitres « de noir de raffinerie. Cet engrais, essayé avec une « quantité égale de noir pur , produit partout des « effets surprenants; c'est-à-dire que, moitié moins « cher que le noir pur, il a rivalisé en tout et parce tout avec lui.

« Ce n'est pas moi seul qui ai travaillé de la sorte, «mais tous les fabricants de noir animalisé*de « Rennes. Ces engrais nous reviennent de 5 à 6 fr. « l'hectolitre; nous les livrons au commerce et à « l'agriculture à 6 et 7 fr. (2); nous faisons crédit à « tout le monde pendant un an et quelquefois deux

tourbe ne contient jamais moins de 60 pour 0/0 d'eau ; sa puissance absorbante est donc épuisée.

(1) Il n'y a peut-être pas une ville en France où les matières fécales soient moins utilisées qu'à Rennes. L'administration de la guerre est obligée de payer 1500 fr. annuellement, pour faire enlever ces matières des casernes de l'artillerie.

(2) Ce n'est pas 6 et 7 francs que les agriculteurs paient cet engrais, mais de 10 à 13 fr. suivant les localités.

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