‹ L'agriculture et le phosphate de chaux: notice sur les travaux et sur lesChapitre 41 sur 49 · CORPS IMPÉRIAL DES MINES · texte numérisé non relu

CORPS IMPÉRIAL DES MINES

L'exposition du corps des Mines comprend des cartes géologiques superficielles et souterraines, des études de bassins et des collections.

Les collections proviennent des arrondissements minéralogiques de Lille, Strasbourg, Troyes, Chaumont, Chalon-sur-Saône, Clermont (Puy-de-Dôme), Alais, Rodez, Chambéry, Toulouse, Bordeaux, Limoges, Nantes et Rouen.

En les étudiant en détail, on pourrait se faire une idée de la richesse minéralogique de la France et apprécier ce qui reste à faire pour exploiter tous les gîtes signalés.

Le département de l'Hérault, pour ne citer qu'un exemple , contient six concessions de mines de cuivre, toutes abandonnées, après avoir été l'objetde travaux de reconnaissance. On y retrouve encore

— xcvm — de nombreux indices d'importantes exploitations métalliques, remontant à une époque reculée. Voilà donc bien des richesses souterraines qui attendent des capitaux pour être mises en circulation.

Des collections, la plus importante pour l'agriculture c'est celle qui a été réunie par M. de Molon. Elle comprend les gisements de nodules de phosphate de chaux reconnus par lui dans 39 départements. Une carte dressée par ses soins complète cette exposition, en indiquant les divers points où l'existence des nodules a été constatée et où ils sont en exploitation.

L'histoire de l'introduction des nodules de phosphate de chaux dans l'agriculture est d'un grand intérêt sous plus d'un rapport. Il s'agit d'un engrais industriel, inconnu en France il y a dix ans, et recherché aujourd'hui comme l'élément réparateur le plus puissant.

L'emploi des engrais industriels a été le résultat des recherches récentes sur là composition chimique des végétaux et du sol arable.

Ces recherches ont mis en lumière plusieurs vérités fondamentales pratiques :

1° Les plantes puisent, dans le sol, plusieurs éléments minéraux ;

2° Ces éléments abondent dans un sol fertile;

3° Un sol frappé de stérilité en est dépourvu;

4° Il suffit de les répandre et de les mêler à une terre stérile pour la rendre féconde.

Ainsi s'est fondée ce qu'en science agricole, on appelle la théorie de la restitution.

Une partie des principes constitutifs des plantes se renouvelle dans le sol, parce que la nature ne cesse d'y introduire ces principes ; de façon que, en ce qui concerne ces principes , la végétation n'est jamais fatiguée ; elle est toujours alimentée.

Quant aux phosphates, rien ne les restitue naturellement, une fois que la culture les a épuisés.

Or, les phosphates constituent l'un des éléments les plus essentiels de l'économie animale, attendu qu'ils entrent dans la composition des plantes alimentaires et qu'ils sont le fondement de toute charpente osseuse. « 1000 kilogrammes de blé, dit le « savant recteur de l'Académie de Rennes, M. Ma- « lagutti, en renferment environ 11 'd'acide phosphore rique, correspondant à peu près à 24 kilogrammes « de phosphate de chaux. Si cette quantité de blé « était consommée sur le lieu de sa production, « l'acide phosphorique finirait par rentrer dans le « même sol d'où les récoltes l'auraient tiré. Mais il « n'en est pas ainsi. »

L'idée de l'application des phosphates des os à l'agriculture, idée qui s'est manifestée pour la première fois il y a quarante ans, a donc été une de

celles que la Providence inspire quand elle veut rappeler qu'elle ne cesse pas de veiller sur l'homme.

Cependant, les phosphates que nous utilisons depuis ce petit nombre d'années ne représentent qu'une faible portion de ceux qui sont soustraits sous la forme d'os d'animaux à la circulation de la matière organisée ; ils ne remplacent pas, tant s'en faut, ceux que la mer engloutit sous la forme de limon et de déjections animales et ceux qui sont retenus religieusement dans l'asile des tombeaux. M. Élie de Beaumont a calculé que, depuis le temps des Celtes jusqu'à nous, le phosphate de chaux qui a été emprunté au sol et non rendu par les générations qui se sont succédé sur le territoire français s'élève à deux milliards de kilogrammes.

En présence de ces faits saisissants, il ne faut pas s'étonner siM. Malaguti, dont l'autorité scientifique en ces matières est des plus grandes, s'est écrié à plusieurs reprises, devant la commission d'enquête des engrais que : « la découverte du phosphate fos- « sile était une découverte providentielle , un fait « providentiel. A. la manière dont l'agriculture « marche, a-t-il ajouté, si l'on n'y prend garde, il se « produira dans le sol, un abaissement inévitable de « fertilité, car on ne rend pas à la terre, chaque ance née, tout ce qu'on lui a pris l'année précédente. »

Déjà, à partir de 1851, des essais avaient été faits

en Angleterre pour utiliser le phosphate de chaux dans l'agriculture; quand, pour la première fois, en 1856, M. de Molon le signala à l'Académie des Sciences , il en recherchait les gîtes depuis plusieurs années et il en avait découvert un grand nombre. Il ne s'agissait plus que d'en propager l'usage. C'était, comme on le voit, rendre à l'agriculture un immense bienfait tout en créant pour la France, une nouvelle richesse minérale.

M. de Molon eut a lutter avec des difficultés de plus d'un genre : les plus rudes à surmonter furent celles que lui opposa la presse agricole.

« Loin de ni 'aider à vaincre les répugnances de la culture, la presse agricole, dit M. de Molon dans sa déposition devant la Commission des engrais (Enquête, page 377), attaqua ce nouvel engrais avec une violence que rien ne pouvait justifier, et alla jusqu'à dire que le phosphate fossile, n'étant qu'un leurre tendu à la bonne foi des cultivateurs, constituait une fraude coupable qu'il fallait dénoncer au nom des intérêts agricoles menacés ; enfin que cette industrie périrait honteusement. »

Après la calomnie et l'invective vint le silence dont la conspiration est dévoilée par les paroles suivantes prononcées par M. Malaguti devant la commission d'enquête des engrais :

« Aujourd'hui, disait-il, que la question d' assimila-

tion du phosphate fossile est résolue et que son application aux défrichements et aux terres depuis longtemps en culture ne permet plus de douter de ses bons effets, la presse agricole commettrait un crime de lèse-humanité, si elle continuait à se taire. L'indifférence à l'égard d'une découverte aussi précieuse constitue une anomalie dont la postérité ne manquera pas de s'étonner. »

De telles allures, il faut le dire, doivent provoquer l'indignation de tout écrivain honnête qui jouit du privilège d'exprimer à volonté sa pensée indépendante dans une feuille publique. Le silence est coupable en présence de ces procédés odieux et il faut les flétrir, quels que soient les auteurs, sans hésitation et sans crainte.

Pourquoi faut-il que la clairvoyance des gouvernements soit exposée a être obscurcie par les

VAPEURS MALSAINES QUE DÉVELOPPENT QUELQUEFOIS AUTOUR D'EUX LES PASSIONS D'UN ENTOURAGE PLUS OU MOINS IMMÉDIAT?

M. de Molon a semé; il a arrosé le sol de la France de la sueur de son front et de ses veilles, et d'autres aujourd'hui recueillent le fruit de sa semence.

JUSQUES A QUAND LA RAISON PUBLIQUE RESTERA-T- ELLE INDIFFÉRENTE A DE PAREILS FAITS? jusqu'à quand

verrons-nous encore les grandes idées exploitées au profit exclusif des manieurs d'argent ?

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Sera-ce donc en vain que M. de Molon aura été honoré des encouragements les plus élevés, les plus éclairés et les plus enviables ?

Que le Jury de l'Exposition générale d'agriculture de 1860 lui aura décerné sa grande médaille d'honneur?

Que les huit sections réunies de cette Exposition auront émis à l'unanimité le vœu qu'une récompense nationale lui fût donnée ?

Que la Commission d'enquête des engrais aura voulu, dans trois séances spéciales, entendre la longue histoire et le développement de ses travaux et de ses découvertes, de ses succès et peut-être aussi de ses infortunes ?

Qu'il aura obtenu, enfin, d'occuper au Palais de l'Exposition la première place et un rang distingué dans les comptes-rendus de l'École des Mines?

Jadis Yicat inventa une chaux artificielle, et, sur un rapport d'Àrago, les pouvoirs publics lui décernèrent une pension.

Rendre la fertilité à des contrées appauvries et devenues infécondes : conjribuer ainsi, de la manière la plus efficace, à conjurer les famines dans l'Etat, est à coup sûr un service plus éclatant que de donner aux ingénieurs des Ponts-et-Chaussées le moyen de fabriquer partout du mortier hydraulique.

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L'étude de la composition superficielle et profonde du sol de la France a fait les progrès les plus considérables du jour où Ton a eu l'idée de construire une carte géologique générale

Signé : Grimaud de Caux.

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