LES TRANSFORMATIONS TECHNIQUES
le système qui peut être appliqué avec le plus d'avantage. C'est lui qui met en œuvre, au plus haut degré, l'intelligence du cultivateur, son capital, les bras des ouvriers, la force des animaux. Il résume toutes les difficultés, toutes les combinaisons, toutes les chances de réconomie rurale; aussi, c'est à son développement que nous avons dû nous attacher parce que tous les systèmes y trouvent un enseignement qui leur est propre, et qu'il est seul complet et en possession d'appliquer toute la science agricole. »
Quelques années plus tard, M. de Gasparin aurait tenu un autre langage. Au lieu de se contenter de maintenir la fertilité du sol, de l'accroître lentement, l'agriculteur apprenait à la développer rapidement, à l'improviser en quelque sorte, et cette transformation était due aux recherches des chimistes, des géologues, des agronomes.
La composition de la terre et celle des plantes étant bien connue, ou du moins mieux connue, on comprit le rôle de l'engrais : la « matière utile au végétal et qui manque au sol». Compléter la terre arable, lui fournir les éléments minéraux qui lui faisaient *défaut, c'està-dire de la potasse, de la chaux, des phosphates, des matières azotées sous forme de sels, telle fut la pensée directrice, la théorie de la veille qui devint, avec un succès éclatant, la « pratique » du lendemain.
Au même moment les géologues découvraient les gisements de phosphates, de sels de potasse, de chaux ou de plâtre, qui devaient avoir un débouché de plus en plus large. Les nitrières du Pérou et du Chili étaient exploitées; l'industrie multipliant ses produits, multipliait en même temps les résidus industriels miné-
raux, les déchets d'origine végétale ou animale que l'agriculture était capable d'utiliser en leur faisant subir, dans le sol, des transformations lucratives.
Les moyens de transport à bon marché permettaient, enfin, de porter la matière fertilisante là où elle devait être employée utilement, tandis que le débouché était assuré, pour la même raison, aux denrées produites.
Les transformations d'ordre économique sont, ici encore, inséparables des progrès techniques. Le développement et le bon marché des moyens de transport, par exemple, rendent seuls possible l'usage des engrais industriels, et l'accumulation simultanée des épargnes agricoles fournit au même moment à l'agriculteur les ressources financières indispensables au succès des méthodes nouvelles.