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LB RÔLE DE LA MACHINE AGRICOLE

et de nous défendre contre une accusation sans v?ileur, celle de méconnaître Timportance croissante de l'outillage mécanique de l'Agriculture.

Cette importance augmente à mesure que la production même se développe. La suppression de la jachère a exigé un nombre plus grand de charrues, de herses, de rouleaux, pour exécuter dés façons culturales sur plusieurs millions d'hectares désormais couverts de récoltes.

Une transformation agricole correspond ainsi à une transformation de ïoutillage. Sur une surface cultivée plus grande, il eût fallu plus de bras, si Ja machine n'était pas venue . suppléer à leur insuffisance au moment même où la force des choses voulait que l'opération culturale fût rapide. L'emploi de la faucheuse, de la moissonneuse, du râteau à cheval à l'époque des récoltes répondit précisément à ce besoin.

L'accroissement de la production des céréales eût exigé un prodigieux accroissement du nombre des travailleurs exécutant, avec le fléau, l'opération du battage, si la machine à battre n'était pas venue faciliter leur tâche.

Dans le midi de la France spécialement, l'extension de la culture de la vigne eût encore exigé une augmentation considérable du nombre des ouvriers vignerons si la plantation des ceps à de larges distances n'avait pas facilité l'emploi des charrues vigneronnes, ou des houes qui remplacent la pioché du travailleur manuel.

La plantation en lignes des betteraves ou des céréales a permis également de réduire la maind'œuvre en utilisant des machines spéciales desti nées à exécuter les façons culturales dans les intervalles laissés libres. L'outil mécanique répond à un

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besoin nouveau, son usage correspond à une pratique culturale moderne, à des transformations techniques liées comme toujours à des transformations écono^ miques simultanées.

Notre collègue, M. Ringelmann, raisonne très justement, en économiste et en bon technicien, quand il dit à ce propos* :

« Il faut toujours songer qu'il conviendra d'apporter de nouvelles modifications à l'outillage au bout d'une certaine période, afin de se mettre en harmonie avec les conditions économiques du pays qui changent çans cesse. »

Voici un exemple excellent qui sert à illustrer sa démonstration^ :

« Les cultures en lignes, dont l'éloge n'est plus à faire, avaient été depuis longtemps proposées par Patullo et par Jethro TuU : ce dernier fut conduit à la ruine en cherchant de nouvelles méthodes d'exploitation du sol qui n'étaient pas en relation avec les conditions économiques de cette époque : on gagnait assez avec une année de jachère et on n'éprouvait pas le besoin de la remplacer par une récolte sarclée que permettaient le semoir en lignes et la herse à cheval. En France, le semoir Hughes qui lutta sans succès contre le parti pris et le mauvais vouloir des agriculteurs, eut le tort de venir trop tôt, car une machine nouvelle ne peut être utilement employée qu'à la suite des améliorations nécessaires apportées préala-

1 . Compte rendu du Congrès de mécanique agricole de 1911, Paris, à la Société nationale d'Encouragement à Tagricultarey 5, avenue del*Opéra.

2. Au lieu de répandre les semences indistinctement et uniformément sur toute la surface du champ, on les dépose suivant des lignes régulièrement espacées à des intervalles convenables, de telle sorte que les façons intercalaires soient possiàles, sans que les rendements dimintient.

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blement à la culture et aux procédés d'exploitation du sol.

« Il y a là une harmonie qu'on doit observer sous peine de produire des inventions stériles, tout au moins pour un certain laps de temps. Une machine, si perfectionnée qu'on la suppose, quand elle vient avant que les circonstances économiques n'en permettent avantageusement l'emploi, réunit toutes les chances possibles de ruiner son inventeur !

« Les inventeurs heureux qui ont pu recueillir le bénéfice légitime de leur travail peuvent se compter, et en étudiant leurs inventions j on voit qu* elles répondaient toujours à un besoin économique de leur époque. »

M. Ringelmarin aurait pu joindre à ces considérations celles qui se rapportent à remploi de produits nouveaux, tels que les matières fertilisantes minérales. C'est la nécessité économique de leur emploi en vue d'augmenter les rendements, qui a fait inventer et utiliser les semoirs à engrais, les appareils destinés à concasser certains sels, etc.

Inversement, l'invention de l'outil mécanique détermine une orientation nouvelle de la production et sa transformation économique. C'est le cas des écrémeuses centrifuges dont l'usage a provoqué la constitution de sociétés coopératives ou d'entreprises privées pour traiter en quelques heures de grandes quantités de lait, et fabriquer le beurre en se servant d'autres appareils perfectionnés.

Si l'on veut se rendre compte do l'importance de l'outillage mécanique agricole en France, au moins pour les principaux appareils^ il est bon d'en dresser

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rinventaire. C'est ce qu'a fait l'administration de l'agriculture en 1892. L'enquête officielle qui porte cette date renferme des données précises. Pour ne pas multiplier les statistiques et abuser des chiffres, nous nous contenterons de signaler au lecteur ce document.

Que faudrait-il ajouter à ce que nous possédions en 1893 pour disposer d'un outillage convenable, rien qu'en ce qui concerne les instruments d'extérieur de ferme. D'après M. Ringelmann, il nous faudrait :

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