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CHAPITRE II Les produits coloniaux

Il ne nous est pas permis d'oublier que nous possédons des colonies et que celles-ci produisent surtout des denrées agricoles alimentaires ou des matières premières. Des progrès incontestables ont été accomplis sur les terres françaises, ou dans les pays de protectorat, qui constituent notre immense empire colonial. La France, pas plus que les autres nations de TEurope, ne peut se passer aujourd'hui des produits coloniaux de toute origine. Ces derniers représentent plus du quart (exactement 26 °/o) du total de nos importations, et leur valeur s'élève annuellement à 1.946 millions de francs.

Sans doute nos colonies de constitution si récente — trente ans pour la plupart — ne nous fournissent encore qu'une fraction très modeste de ces denrées qui valent près de deux milliards. Il est visible pourtant que le débouché existe dès à présent ^ il n'est pas moins certain^ que nos possessions situ4es dans la zone tropicale seront capables un jour de nous vwidrô les produits demandés jusqu'ici à des colonies étrangères.

Un des caractères les plus saillants de TAgriculture moderne, c'est précisément la mise en valeur des

terres coloniales dont la productivité est capable de se développer avec une extraordinaire puissance.

Dès à présent, par exemple, Tlndo-Chine française nous fournit près de la totalité des riz consommés dans la métropole, soit 1.500.000 quintaux. Les deux tiers de toutes les arachides importées en France viennent de nos possessions de TAfrique Occidentale.

Enfin, l'Algérie, qui n'est colonisée effectivement que depuis cinquante ans, nous fournit une part très importante des produits agricoles que nous ^mmes forcés d'acheter au dehors.

Contrairement à toutes les légendes relatives à notre impuissance soi-disant reconnue au point de vue de nos aptitudes colonisatrices, notre œuvre agricole en Algérie^est extrêmement remarquable. Nous avons dressé le tableau suivant qui montre bien l'importance des envois algériens en France il y a une dizaine d'années.

Exportation de produits algériens à destination de la France (commerce spécial). Période 4901-4^^.

ImcoFt«itioBs Produits totales

Natnrg des produits. algériens. en France.

Millier* ;. - " ^,^, ...tietêtef.

moW35^^, ; . 1.312,0 1.480;0 1,6' 5,8

Milliers de quintaux.

Laioea en masse. 52,0 2.402,0

Peaux (petites) . . . I2i0 127i0

Froment 1.260,0 2.889,0

avoine 724,0 2,407

Rapport V» Valeurs des chiffres 4qs (vr<M|Q^

de la ■■• colon «^

kfeltî».

jlfUIiOBS de francs.

te.7

LBS PRODUITS COLONIAUX 197

Ofge

Tabac ....

Huile d'olive.

Liège

Ëeorce h tan .

Mistelles

yniiotd. en fûts.

Milliers d'hectolitres.

Le» valeurs inscrites dans la dernière colonne (col. 4) nous révèlent tout de suite la trSs grande importance des exportations algériennes à destination de France. Le bétail vaut 37 millions, les céréales (froment, avoine et orgô), plus de 55 millions, les mîstelles (moûts mutés à Talcool) et les vins, plus de 71 millions de francs I Dans leur ensemble, les envois de TAlgérie représentent 183 millions de francs.

11 est particulièrement instructif de Comparer le chiffre des achats faits par nous en Algérie avec le total des importations françaises portant sur les mômes marchandises» Nous- avons fait ces calculs dont le résultat est inscrit dans la troisième colpnne de notre tableau (coL 3).

Pour les bœufs et les moutons, on voit que les 8/10 de nos importations sont de provenance algérienne. Ces proportions restent encore très considérables pour les céréales; elles sont respectivement de 43 ^/o pour le froment, de 30 °/o pour Tavoine, et même de 83 •/© pour Forge.

En ce qui concerne les lièges, les écorces à tan, et surtout les vinsy le rapport constaté s'élève plus haut encore et varie de 67 à 82 7©.

Sans nul doute, le développement rapide de la production métropolitaine en ce qui touche le bétail, les céréaies et les vins, entre 1890 et 1900, a déterminé

une diminution brusque de nos importations totales. Los récoltes algériennes s'accroissaient en même temps, les exportations à destination de la France augmentaient ainsi rapidement pour cette colonie; par suite, le rapport de nos achats en Algérie à nos importations totales a pu grandir très rapidement. Il est toutefois hors de doute que notre colonie de l'Afrique du Nord, si bien placée de Tautre côté de la Méditerranée, pourvoit à nos besoins de la façon la plus large.

Depuis 1901-1903, les exportations de vins algériens ont presque doublé et ont passé de 3,6 millions d'hectolitres à près de 7 millions. Pour toutes les autres denrées, Taccroissement des quantités exportées est tout à fait remarquable. Cela est vrai pour le bétail comme pouf les céréales.

Il est clair que la production agricole a suivi la même marche, le développement des exportations étant la conséquence visible de ces progrès dans le domaine de la culture.

En dépit des prédictions pessimistes et des légendes répandues au sujet de l'inaptitude des Français à la colonisation, il est certain que nous avons tiré un excellent parti de notre domaine algérien.

On pourrait, d'ailleurs, nous adresser les mêmes éloges à propos de la Tunisie. Nul n'ignore avec quel empressement les Français — capitalistes et colons — ont consacré leurs ressources et leur activité à la mise en valeur du sol de la Régence.

Les exportations tunisiennes à destination de la France sont déjà notables. Dans quelques années, nous pourrons avec plus de certitude en marquer l'importance et surtout en apprécier les progrès.

L'importance de la production coloniale française est d'ailleurs attestée par le chiffre relativement élevé des marchandises que nous tirons de nos possessions, -

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sans compter ici, bien entendu, les ventes faites par nos colons sur des marchés étrangers.

De 1902 à 1906, nous avons importé dans la métropole une quantité de produits représentant annuelleraent une valeur moyenne de 490 millions de francs. De 1906 à 1911, ce chiffre s'élève à 743 millions. Or, iâ s'agit presque exclusivement de produits agricoles,

L'Algérie ne figure guère pour plus de moitié daas CCS ewTois, et la Tunisie pour plus du sixième ou du huîtièmfi^ .

Les prodmta coloniaux àtA^ zone tropicale.

Xes rcSaiffres plus haut ne donnent cependant aucune jdée des exigences croissantes de la consommation française au point de vue des denrées coloniales cultivées ou recueillies dans la zone tropicale* Le poids et Ja valeur de ces importations n'ont pas cessé d'augjnenter depuis un demi-siècle. Il est visible que nous 0ie pouvons pas demander à d'autres pays qu'à des icolonies anciesnes ou nouvelles, la masse croissante «de denrées alimentaires " ou de matières premières Miduslrielles dont nous avons besoin.

Nous les tirons des colonies anglaises, ou hollandaises^ de l'Amérique du Sud, de la zone méridionale de l'Amérique du Nord, de l'Extrême-Orient, c'esl-àdire de la Chine et du Japon. Cette énumération montre bien que la qualification des dçnrées dites coloniales n'est pas très précise et résulte évidemment d'une assimilation avec tes produits tirés des colonies européennes.

Jusqu'à présent, notre immense empire colonial ne »ous » fourni qu'une faible partie des produits de ce .rgence dont nous avons besoin. Nous les demandons ^\(^ ^un empressement toujours plus grand à des

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colonies étrangères ou à des peupilës 'flëveilus des nations après avoir été fort lôngtecbps dés colonies européennes.

Il est hors de doute qiie toute fti'zdne du^lliAfe qu'on désigne sous le nom de région tropicale éontrîbuait fort peu autrefois à rappro^isiotifaéiientdefe' marchés européens. La mise eiiValeUr de 'ces imitténses 'étendues est relativement récente ; Tutilisation dés prt)dliits qu'elles peuvent ' fouinir n'était pas' bien cottn^e, les frais de transport restaient très élevés. Seules, les denrées particulièrement recherchées et chères, telles que les épices, les parfums, ies gommes, Tivoire, récaille ou la nacre, faisaient, avec les métaux précieux, l'objet d'un commerce notable. ' Les tettiles,Jes oléagineux, les céréales ou les féciiîes* n'avaient pas péttêtré en Europe etn'étaietlt pas produits en quantités considérables dans les régit)ns tropicales.

Le développement de la richeëèe dans les idetix pays et, par suite, les exigences croissantes de la consommation, (Vnt modifié cette Situation. 'Faute de "pouvoir se procurer autrement' la masse énorme de 'dèûréès alimentaires et des matièi'es prefmières dont elles ont besoin, les nations européennes — et la France ]iàr conséquent — ont dû 6'adrcssèr aux pays tropicaux.

Les îm^ôrtklions coloniales ont donc fàif^des progi^ès èxtraoi*(Knàires. Le public n'a guère' lé loidr d'étudier ce phénomène, ou même de le constater. Il est pourtant Singulièrement intéressant de le mettre en lumière ' pour indntréreri même temps: 1** Hmportàince exceptionnelle du rôle que peuvent jouer nos propres colonies ; 2° la puiséance productive de la culture coloniale à l'étranger. ' En observant les faits et en voyant que nous sommes forcés de recourir aux importaitiôns coloniales, nos compatriotes ^ seront,

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peut-être, tentés de s'intéresser à la mise en valeur de notre domaine îropical.

Nous résumons dans le tableau suivant no^ importations relatives aux produits tirés presque exclusivement de la zone tropicale.

Importation en France des produits coloniaux.

1« Denrées alimentaires n*ayant pas de simi- Uires en Europe •

2» Matières premières industrielles diverses provenant de la chasse, de la cueillette, de la pêche ou de ragriculture

dfi Oléagineux

4» Textiles et loies d'Extrême-Orient, à l'exclusion des laines ..,...<»..,.

5<> Riz et sucres coloniaux. . , ^ . . . . .

Valeurs en millions de franci.

19aM903

Ce premier total de un milliard soixante-dix millions est di^à formidable. On remarquera pourtant que notre énumération des produits coloniaux importés en France n'est pas complète. Nous avons parlé des principaux* li faudrait indiquer, si nous pouvions en connaître exactement Torigine, les peaux, laines, cornes, poils, teintures, parfums, gommes, graines, etc.

Sans tenir compte de toutes ces marchandises, demandons-nous ce que représentait ie chiffre de 1 milliard 66 millions d'importations annuelles , constituées par des produits coloniaux de la zone du globe dans laquelle se trouvent précisément nos colonies.

Pour le savoir, il «uffit de le comparer au montant de nos importations totales. Celles-ci s'élevaient, de 1901 i 1903, à la somme de 4 milliards 670 millioas

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de francs. La valeur des produits coloniaux achetés par la France représentait 23 7© de te total, soit plus d'un cinquième.

De 1909 à 1912, les importations coloniales monient à 1.946 millions; elles équivalent à 26 7» des importations tolales.

Il est ainsi démontré que la vie industrielle et même la consommation des denrées alimentaires d'un pays comme la France ne peuvent plus être assurées aujourd'hui si les produits coloniaux ne viennent pas compléter les ressources tirées de la culture du^ol de la métropole. Il en est ainsi bien entendu dans tous les pays riches et civilisés de l'Europe. Le développement de l'agriculture coloniale est une nécessité économique qui s'est imposée hier et qui s'imposera demain. Les gens à courte vue ou les protectionnistes « outranciers » peuvent seuls redouter la concurrence des pays tropicaux et l'essor de la production agricole dans les régions successivement transformées par nos activités et nos capitaux.

Nous n'avons pas hésité d'ailleurs à faire de nos colonies d'Afrique des centres de production agricole très puissants.

Le développement de la production coloniale.

Ce qui est vrai pour la France l'est encore ponr les autres nations dont les colonies sont devenue? prospères. D'anciennes colonies devenues à leur tour des nations ont transformé leur territoire et accru dans des proportions presque inimaginables la production de leur agriculture. Il en est ainsi pour l'Australie, pour le Canada, pour l'Argentine.

Dans ce dernier pays, dont le développeiùent économique a été merveilleux, le froment couvre

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