‹ L'Agriculture moderneChapitre 13 sur 84 · Virgile, Géorgiques, liv. I · texte numérisé non relu

Virgile, Géorgiques, liv. I

C'est ce que disait Virgile dans le passage suivant : « Laisse ensuite se reposer tes champs moissonnés, et que la terre pendant un an se raffermisse ; du moins n'y sème de nouveau ie froment qu'au retour de la saison, et qu'après avoir recueilli sur ce terrain une récolte de pois, de vesce légère, de lupin aux frôles chalumeaux, fragile et bruyante forêt de légumes résonnant dans leur cosse tremblante; mais garde-toi d'y semer l'avoine, le lin et le pavot chargé des vapeurs du Léthé ; ils dessèchent, ils brûlent la terre qui les reçoit. »

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millénaire, ménage le sol, et assure, par suite, aux récoltes une certaine régularité.

Les agriculteurs de tous les temps et de tous les pays ont constaté que nulle plante céréale ou industrielle ne pouvait être cultivée longtemps sur le même champ sans que ce dernier parût êpttisè puisque les récoltes diminuaient sans cesse. Les mêmes observations ont prouvé, dans tous les temps et tous les pays : 1° que l'épuisement du sol était nul, et la régularité des récoltes assurée, lorsque certaines plantes se succédaient les unes aux autres régulièrement ; 2° que la terre paraissait prendre de nouvelles forces et conserver indéfiniment sa puissance productive, quand on lui assurait une période de repos, une jachère, et cette expression sert à désigner, tout à la fois, le système de culture qui la comporte en lui donnant sa place dans l'assolement, et l'étendue de terrain, ou division du domaine, sur laquelle cette période de repos est accordée au sol à des intervalles réguliers.

Le trait caractéristique des progrès de la culture moderne au point de vue du maintien de la fertilité des terres est précisément l'adoption d'un bon ordre de succession des récoltes et la disparition progressive de la jachère, c'est-à-dire de la division, ou sole, qui était momentanément stérile puisqu'elle ne portait pas de récoltes.

La transformation des assolements envisagée à ces deux points de vue, est l'œuvre capitale des agriculteurs et des agronomes au cours du xix e siècle. Cette œuvre n'est point achevée et nous aurons à marquer les étapes de la transformation qu'elle comporte.

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Pendanl bien des siècles le territoire de la France a été soumis à un système double comportant la «jachère . ou période du repos du sol : le système <>u assolement Inennal — avec jachère tous les deux ans — et le système triennal^ avec repos du sol nue année sur trois.

Les céréales occupaient presque toujours la terre pendant la période d'activité ou de culture, cl les aliments indispensables aux animaux étaient produits sur des prairies permanentes de toutes qualités, sur des landes, sur des champs ayant porté «les récoltes l'année précédente ol se couvrant d'rfne végétation spontanée de médiocre valeur.

Le maintien de la fertilité du sol était assuré tant bien que mal parle repos alternatif et par l'apport des engrais obtenus à l'étable en pourrissant du bétail. Ce bétail était d'ailleurs d'autant moins nombreux que ses aliments restaient plus rares H moins régulièrement produits. Les avances sous formé d'animaux domestiques étaient, en effet, insuffisantes, et le propriétaire lui-même se voyait forcé de devenir le banquier de son tenancier en lui confiant un « cheptel » dont l'entretien assurait le maintien de la productivité

du sol.

Celle situation spéciale esl encore < d>seivée aujourd'hui dans toutes les régions pauvres «le la France ou de l'Europe, partout où l'insuffisance du capital de culture- oblige les propriétaires à commanditer leurs locataires pour prévenir la dégradation des terres <-i leur épuisement rapide.

Un grand agronome qui était en même temps un excellent économiste, Mathieu de Dombasle. a magistralement exposé les mérites et les inconvénients de la culture avec jachère. Il est indispensable de citer

ici ce passage pour comprendre le sens, la portée et jusqu'aux lenteurs d'une évolution qui n'est pas encore terminée. Voici comment il s'exprime dans son mémoire sur l'état actuel de l'Agriculture européenne 1 :

« Lorsque l'on considère l'état actuel de l'Agriculture sur toute la surface de l'Europe, il est impossible de ne pas reconnaître que cet art se trouve en ce moment (1829), à l'entrée d'une ère nouvelle, et placé sur les limites de l'ancien système de culture, et d'un autre, mieux approprié aux ci rconsfanees politiques et économiques des peuples aux besoins desquels il doit pourvoir.

« L'origine de l'ancien système de culture se perd dans la nuit du Moyen Age, de môme que celle de tant d'autres institutions. Les bases de ce système étaient, le partage du sol en deux parties : l'une destinée à rester en prairies permanentes ; l'autre, soumise à la charrue, et divisée elle-même en deux ou ordinairement en trois soles ; la culture exclusive des céréales, la jachère employée comme préparation obligée à la culture du Ironie ni ou du seigle, suivie immédiatement des grains de mars; enfin, la jouissance en commun du pâturage.

« On ne me soupçonnera pas, je pense, d'être un trop zélé partisan de ce système de culture ; cependant il m'est impossible de dissimuler qu'il me semble parfaitement approprié aux circonstances de l'époque pour laquelle il a été conçu, époque à laquelle l'atrriculture ne pouvait s'exercer que sur un petit nombre de plantes, prises toutes dans la famille des céréales. Si l'on considère l'extrême simplicité de ce système, l'harmonie avec laquelle toutes les parties qui le com-

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