‹ L'Agriculture moderneChapitre 14 sur 84 · Annales de Roville . Paris, 1829, chez Iluzaid · texte numérisé non relu

Annales de Roville . Paris, 1829, chez Iluzaid

l'agriculture moderm-

posent se tiennent entre elles ; l'égale répartition qu'il offre, sur toutes les saisons de l'année, des travaux qu'il exige ; la facilité avec laquelle il s'applique aux sols de toute nature placés sous des climats très variés, on jugera peut-être qu'il eût été impossible alors d'imaginer une solution plus complète du problème suivant : trouver le système de culture le plus convenable pour fournir les objets les plus indispensables de consommation à une nation pauvre, peu avancée dans la civilisation et peu peuplée, quoique déjà trop nombreuse pour que le système pastoral puisse suffire à sa subsistance; le système qui exige le moins de main-d'œuvre possible, qui puisse le plus facilement tMre mis en pratique par des hommes manquant cV instruction et d'avances pécuniaires. »

Déjà, M. de Dombasle, dans les lignes précédentes, insistait sur les considérations économiques.

Il ajoute encore :

« Aujourd'hui nous voyons, chez toutes les nations de l'Europe, les cultivateurs les plus industrieux remplacer l'ancien mode de culture par le « système de culture alterne », qui exige beaucoup plus de capitaux et d'instruction de la part de celui qui Fe met en pratique, mais aussi qui lui offre un produit net infiniment plus considérable, et qui a pour principales bases : la suppression des prairies permanentes ; la division des terres arables en un nombre très variable de soies, où s'introduit la culture d'un grand nombre de plantes récemment appropriées à l'art agricole, et qui ne peuvent entrer dans l'assolement triennal; la culture alternative, sur le même sol, des produits destinés à la nourriture de l'homme, et de ceux qui doivent servir à alimenter le bétail 1 ; le

1. De là le nom de culture alterne donné, par Dombasle, au système qu'il préconise.

retour périodique de la culture des plantes qui épuisent la terre et de celles qui l'améliorent; le retour périodique de la culture des plantes qui permettent de détruire pendant leur croissance, par des sarclages et des binages,, les plantes naturelles du sol qui nuisent aux récoltes; et la suppression de la jachère.

« Dans ce système, la jouissance du pâturage en commun est impraticable.

« L'application de ces principes éprouve sans doute des modifications dans un grand nombre d'exploitations où Ton a adopté une culture perfectionnée. Par exemple, la suppression de la jachère n'est souvent pas absolue; on considère seulement cet antique procédé de culture comme un remède dont l'emploi est très onéreux pour le cultivateur, mais dont l'application est nécessaire dans un petit nombre de circonstances; on l'emploie, en conséquence, à des époques plus ou moins éloignées, principalement dans les sols excessivement tenaces, selon que le besoin s'en fait sentir, et jusqu'à ce que l'amélioration progressive de la terre, obtenue par une culture plus parfaite, permette de s'en affranchir.

« De même le principe de la conversion des prairies permanentes en terres arables ne reçoit souvent pas une application complète; c'est une réserve sage, tant qu'on n'a pas acquis assez d'expérience dans la culture des prairies artificielles pour être bien assuré que ce moyen ne laissera jamais manquer de nourriture pour le bétail.

« Les principes de l'art éprouvent encore parfois d'autres modifications ; mais il demeure vrai que l'ensemble des principes fondamentaux que je viens d'établir, et chacun d'eux en particulier, forment bien le caractère essentiel du système de culture alterne pris dans toute sa pureté.

« L'étendue des jachères et des prairies permanentes, autant que la position de ces dernières n'en exclu) |>;is la charrue, diminue progressivement et avec rapidité partout où ce système de culture est adopté, jusqu'à ce que les unes et les autres disparaissent complètement.

« I >ans l'assolement triennal, les deux tiers des terres arables sont invariablement consacrés à la culture des céréales: dans les assolement alternes, il n'y en a. en général, que la moitié; mais, dans ce dernier système, les prés permanents n'étant plus nécessaires, l'étendue des terres soumises à la charrue est plus considérable, ce qui rétablit à peu près l'équilibre. En sorte qu'on pourrait croire, an premier coup d'oeil, qu'on récolte autant de grains par une méthode que par l'autre, et que toutes deux fournissent une égale quantité de nourriture pour l'homme. Cependant, la différence est immense : V abondance de nourriture destinée au bétail que produit la culture alterne permet de consacrer aux terres in finiment plus d'engrais, et les récoltes de tout fiènre s'augmen tertt ét proportion»

« Je prend rai pour exemple l'agriculture d'u ne grande partie de la Flandre et de la Belgique, qui fournit peutêtre le modèle de la culture alterne le plus ancien et le pins parlait qui existe en Europe, mais qui n'est bien eonnu que depuis un petit nombre d'années.

« Là, le produit moyen en grains d'une étendue donnée de terre, semences déduites, est environ double du produit moyen des terres de même nature soumises à l'assolement triennal dans la généralité de la France »*.

1. Voyez Dieudonné, Statistique du département du Nord; Schwkkz, Anleitung zur Keuntniss der Belgischen Landirirth scha/'t; Coudiek, Agriculture du département du Nord.

TRANSFORMATION DES SYSTÈMES DE Cl'LTURI

On voit de suite la portée économique des vues de l'illustre agronome; il la dégage plus nettement encore, lorsqu'il dit :

« D'un au ire côté, l'assolement triennal exclusif est intolérant par sa nature, repousse toute combinaison qui lui est étrangère, toute récolte autre que le petit nombre d'espèces de céréales pour lesquelles il a été calculé; les plantes sarclées propres à la nourriture de l'homme, et en particulier la pomme de terre qui commence à joue* un rôle si important dans la subsistance dés peuples, ne peuvent y être introduites que d une manière forcée, en y donnant de chétifs produits et en nuisant essentiellement aux récoltes de grains qui suivent, tandis que la culture «les piaules de cette classe forme un des principaux pivots des assolements alternes où elle présente une excellente préparation pour la récolte suivante.

« Ce sont là les principales causes pour lesquelles le système de culture alterne peut fournir à la subsistance d une population beaucoup plus nombreuse que ne peut le faire l'assolement triennal. »

M. de Dombasle termine enfin par ces considérations économiques et sociales :

« Le système de culture alterne peut se plier infîniment mieux que l'assolement triennal à satisfaire à tous les besoins d'une nation, selon les divers degrés de sa population, de sa richesse et de son industrie. L'assolement triennal est inflexible sous le rapport de la quantité comme sous le rapport de la nature de ses produits. Calculé pour la culture de trois ou quatre espèces de céréales, qui formaient tout le domaine de l'agriculture à l'époque où il a été conçu, très peu

d'autres plantes peuvent y être introduites avec avantage ; la quantité de produits animaux qu'il a créée pour la nourriture de l'homme, comme viande, lait, beurre, fromage, est très peu considérable : en sorte que, chez les nations qui Vont adopté, les dix-neuf vingtièmes de la population doivent se nourrir presque uniquement de pain.

« La quantité de grain qu'il produit, prise en ternie moyen sur un certain nombre d'années, est invariablement la môme, et n'est susceptible de recevoir aucune augmentation, si ce n'est par des moyens pris en dehors de lui-même : en sorte que chez tous les peuples dont la subsistance est fondée sur ce système de culture, la population, de toute nécessité, reste stationnaire ; l'industrie ne peut non plus faire de progrès, à moins qu'elle ne tire du dehors les matières premières qu'elle emploie. »

« Un des hommes auxquels la science agricole doit le plus dans toute l'étendue du continent européen 1 a dit « Les véritables greniers cl 'abondance sont dans « les bons assolements. »

« En effet, non seulement ce sont les bons assolements qui peuvent seuls fournir des moyens de subsistance aune population nombreuse, mais ils peuvent seuls aussi présenter autant de garanties qu'on a droit d'en attendre dans l'ordre social, que la masse des subsistances se maintiendra constamment et avec uniformité au niveau des besoins de la population.

« Dans les nombreuses combinaisons des assolements alternes, ce n'est plus du grain seulement que l'Agriculture crée pour la subsistance de l'homme. Des produits variés présentent bien plus de chances contre les désastres causés par une saison défavorable à une espèce de récolte.

Page 1